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Full text of "Les accessoires du costume et du mobilier depuis le treizième jusqu'au milieu du dixneuvième siècle... Ouvrage contenant 393 phototypies, reproduisant plus de 3.000 documents"

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LES   ACCESSOIRES 
DU 

COSTUME  et  du   MOBILIER 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2012  with  funding  from 

Sterling  and  Francine  Clark  Art  Institute  Library 


http://archive.org/details/lesaccessoiresdu01alle 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  I 


extraite  Je  l'ouvrage 


Dame  de  qualité  se  préparant  à   mettre  un  collier. 
Gravure  à  l'eau-forte  du   XVIIIe  siècle, 
Gallerie  des   Modes  et   Costumes  français,  à   Paris,  chez  les  sieurs  Esnaut  et    Rapilly,   1778-1787 
(Collection  Maurice    Rousseau.) 


HENRY  RENÉ    ^ALLEMAGNE 

StRjCHMSTE    PJlLÉOCJ&dPHE 


LES   ACCESSOIRES 


du  COSTUME 

ET 

du  MOBILIER 

DEPUIS  LE  TREIZIÈME  JVSSVUVJWLIEV  DV  DIXNEVVIÈjME  SIÈCLE 

TOME  I. 

Bijouterie  ,  bagues ,  bracelets,  boucles  d'oreilles, 
bijoux  en  acier  <âr  enfonte  de  Berlin  ,  boutons, 
châtelaines,  cachets, pommes  de  cannes,  éventaitj, 
miroirs,  escarcelles  érsacs,  boites  &  tabatières , 
coffrets,  luminaire ,  objets  en  tôle  vernie. 


Ouvrage 
contenant 

393 

phototypies 


Reproduifant 

plus  de 

3.000 

documents 


A    PARIS, 

Chez   5  CHEMIT,  Libraire, 

rue  Laffitte.52. 


M. CM. XXVIII 


Ouvrages    du    même    Auteur 


Histoire  du  Luminaire 

1  Vol.  in-4°  de  700  pages,  contenant  500  illustrations  dans  le  texte  et  80  planches  hors  texte 
imprimées  en  deux  couleurs.  —  Librairie  Alph.  Picard,  Paris,    1891.  Epuisé. 

Histoire  des  Jouets 

1  Vol.  in-4°  de  320  pages,  contenant  250  illustrations  dans  le  texte  et  100  gravures  hors  texte, 
dont  50  planches  coloriées  à  l'aquarelle.  —  Librairie  Hachette  et  Cie,  Paris,    1902.  Epuisé. 

Sports  et  Jeux  d'adresse 

1    Vol.  in-4°  de  390  pages,  contenant  328  illustrations  dans  le  texte  et   100  gravures  hors  texte,  dont 

29  planches  coloriées  à  l'aquarelle.  —  Librairie  Hachette  et  C'e,  Paris,   1 903.  Epuisé. 

Récréations  et  Vasse^Temps 

1  Vol.  in-4°  de  384  pages,  contenant  249  illustrations  dans  le  texte  et   1  32  gravures  hors  texte,  dont 

30  planches  coloriées  à  l'aquarelle.  —  Librairie  Hachette  et  C'c,  Paris,   1903.  Epuisé. 

Les  Cartes  à  jouer  du  XIVe  au  XXe  siècle 

2  Vol.  in-4°  de  504  et  640  pages.  Ouvrage  contenant  3.200  reproductions  de  cartes,  dont  956  en 
couleurs:  12  planches  hors  texte  coloriées  à  l'aquarelle,  25  phototypies,  1  16  enveloppes  illustrées  pour 
jeux  de  cartes  et  340  vignettes  et  vues  diverses.    Librairie  Hachette  et  C'e,   Pans,    1906. 

Epuisé. 

T>U    KrOraSSan     aU    VayS    deS    'BackhtiarîS    (Trois  mois  de  voyage  en  Perse) 

4  Vol.  in-4°  de  228,  250,  282  et  324  pages,  contenant  960  clichés  dans  le  texte  et  255  planches 
hors  texte,  dont  47  en  couleurs.  —  Librairie  Hachette  et  C",  Paris,  1911.  Epuisé. 

La  Ferronnerie  ancienne 

2  Vol.  in-4°  contenant  415  planches  renfermant  4.525  documents  du  XIIe  à  la  fin  du  XVIIIe  siècle. 
—  Librairie  J.  Schemit,  Pans,    1924. 

Nota.  —  Les  renvois  qui  se  trouvent  au  bas  des  pages  des  «  Accessoires  du  Costume  et  du  Mobilier  » 
se  rapportent  aux  planches  de  la  «  Ferronnerie  ancienne  ». 

La  très  Véridique  Histoire  de  Nette  et  Tintin  Visitant  le 
Village  du   Jouet 

Compte   rendu   de  la    Classe   XVI  à   l'Exposition   Internationale    des    Arts    décoratifs    et    industriels 
modernes  de  1925. 

I  Vol.  in-4°  contenant,  dans  le  texte,  69  illustrations  en  couleur  par  J.  VAZQUEZ,  hors  texte, 
49  phototypies  renfermées  dans  une  couverture  coloriée  à  l'aquarelle.  —  Librairie  J.  Schemit,  Paris,  1927. 


PRÉFACE 


Etudier  la  vie  de  nos  ancêtres,  s'informer  sur  leurs  goûts,  leurs  habi- 
tudes et  leurs  plaisirs,  se  rendre  compte  de  leurs  besoins  et  savoir  comment 
ils  se  sont  ingéniés  pour  y  subvenir,  a  été  la  constante  préoccupation  de 
l'auteur  de  ce  livre,  M.  Henry-René  D'Allemagne. 

Beaucoup  de  ses  présents  lecteurs,  on  n'en  saurait  douter,  connaissent 
son  Histoire  du  luminaire,  son  Histoire  des  jouets,  ses  Sports  et  jeux  d'adresse, 
ses  Récréations  et  passe-temps,  ses  Cartes  à  jouer,  enfin  les  quatre  gros  volumes 
de  son  Voyage  en  Perse,  qui  forment  autant  de  chevrons  dont  il  pourrait, 
à  bon  droit,  s'enorgueillir,  puisque  tous  ces  volumes  sont  aujourd'hui  épuisés 
et  qu'ils  se  trouvent  classés,  dans  les  catalogues  des  libraires,  comme  des 
livres  rares  et  précieux. 

Après  un  repos  d'une  douzaine  d'années,  repos  rendu  obligatoire  par 
la  terrible  période  que  nous  venons  de  traverser,  M.  Henry  D'Allemagne 
a  repris  sa  plume  et  publie  aujourd'hui  Les  Accessoires  du  Costume  et  du  Mobi- 
lier, très  complet  et  très  attachant  essai  sur  un  des  chapitres  les  plus  curieux 
les  plus  abondants  en  révélations  et,  peut-être  aussi,  les  plus  ignorés  de  l'his- 
toire des  moeurs. 

Note  de  l'éditeur.  —  Les  légendes  placées  au-dessous  des  planches  sont  très 
sommaires  et,  par  suite,  souvent  incomplètes  ;  aussi  le  lecteur  est-il  prié  de  consulter  le 
troisième  volume  renfermant  les  tables,  il  y  trouvera  des  renseignements  détaillés  sur 
chacun  des  objets  représentés  dans  les  planches  des  deux  premiers  volumes. 

Nous  rappelons,  en  outre,  que  les  notes  placées  presque  à  chaque  page  au  bas  du 
texte  se  réfèrent  à  l'ouvrage  «  La  Ferronnerie  ancienne,  musée  Le  Secq  des  Tournelles  », 
2  volumes  in-4°,  contenant  415  planches  renfermant  4.525  documents  du  xne  à  la  fin 
du  xvme  siècle.  Librairie  J.  Schemit,  Paris,  1924. 


VI  PRÉFACE 

Raconter  l'histoire  des  mœurs,  c'est  raconter  l'histoire  de  la  vie  des 
peuples  et  c'est  raconter  l'Histoire  :  on  ne  comprend  bien  la  grande  histoire 
que  lorsque  l'on  sait  la  petite  histoire  où  les  accessoires  du  costume  et  du 
mobilier,  qui  touchent  de  très  près  aux  costumes  et  à  la  mode,  ont  une  part 
prépondérante. 

«  Dis-moi  comment  tu  vis,  dis-moi  quelle  est  la  parure  de  ta  personne, 
et  dis-moi  quel  est  le  décor  de  ta  vie  et  je  te  dirai  qui  tu  es»:  telle  est  préci- 
sément la  leçon  que,  sous  une  forme  particulièrement  agréable,  nous  apporte 
cette  nouvelle  et  vaste  étude  de  M.  Henry  D'Allemagne,  qu'il  a  bien  voulu 
nous  faire  la  flatteuse  amitié  de  nous  demander  de  présenter  au  public. 
Nous  avons  saisi  avec  une  joie  très  vive  cette  occasion  de  rendre  hommage 
à  son  long  et  immense  effort,  poursuivi  avec  une  ténacité  qui  n'a  jamais 
connu  de  lassitude  et  avec  une  conscience  scrupuleuse  qui  l'a  soutenu 
dans  ses  recherches  et  qui  lui  a  interdit  de  se  contenter  de  l'a  peu  près  et  de 
l'hypothèse. 

«  Le  sage  n'affirme  rien  qu'il  ne  prouve  »,  proclamait  une  règle  de  la 
grammaire  latine  du  vieux  Lhomond  :  l'auteur  des  Accessoires  du  Costume 
et  du  Mobilier,  dont  nous  allons  parler,  est  ce  sage. 

La  conception  et  l'évolution  d'un  livre.  —  Mais  avant  de  cons- 
tater ce  qu'est  et  ce  que  contient  ce  livre  d'histoire,  il  est  indispensable 
d'indiquer  quelle  est  l'histoire  de  ce  livre. 

Il  convient,  tout  d'abord,  en  en  exposant  l'origine,  d'expliquer  son 
titre,  Les  Accessoires  du  Costume  et  du  Mobilier,  qui,  d'après  l'auteur,  en 
dit  beaucoup  trop,  du  moins  dans  certains  cas,  mais,  qui,  en  réalité,  est 
loin,  dans  la  plupart  des  cas,  d'en  dire  assez. 

Ce  n'est  pas  par  un  pur  hasard  que  M.  Henry  D'Allemagne  a  choisi 
cette  désignation  pour  les  matières  qui  se  trouvent  réunies  dans  ce  grand 
travail  et  dont  quelques-unes  jurent  d'être  dans  le  voisinage  de  quelques 
autres  avec  lesquelles  elles  semblent,  à  première  vue,  n'avoir  aucun  lien 
apparent.  Ce  titre  lui  a  été  imposé  par  la  disparate  même  qu'offre,  pour  un 
œil  non  prévenu,  la  juxtaposition  des  matières  traitées  et  que,  pour  les 
raisons  qui  vont  être  énoncées,  il  n'a  pas  été  maître  de  choisir  à  son  gré. 

La  collection  de  ferronnerie  de  M.  Le  Secq  des  Tournelles.  — 
Tous  ceux  qui  s'intéressent  à  l'art  du  passé,  ou  au  passé  de  l'art,  estiment 
le  haut  intérêt  de  l'incomparable  collection  de  pièces  en  fer  forgé  assemblée, 
au  prix  de  plus  d'un  demi-siècle  de  recherches,  par  M.  Henri  Le  Secq  des 
Tournelles,  collection  commencée  par  son  père  et  qui,  peu  à  peu,  est  devenue 
un  Musée  de  la  Ferronnerie  unique  au  monde. 

Cette  collection,  M.  Le  Secq  des  Tournelles  en  avait  distrait  quelques 
très  belles  pièces  qui  figurèrent  à  l'Exposition  de  1889  dans  la  section  de  la 


PRÉFACE  Vil 

Petite  Métallurgie,  dans  celle  de  la  Coutellerie,  enfin  dans  celle  du  Luminaire, 
cette  dernière  organisée  par  M.  Henry  D'Allemagne  et  d'où  est  sortie  son 
Histoire  du  luminaire. 

A  l'Exposition  universelle  de  1900,  M.  Le  Secq  des  Tournelles  contribua, 
par  des  prêts  innombrables,  à  l'établissement  des  sections  rétrospectives, 
dites  expositions  centennales,  notamment  à  la  nouvelle  exposition  du  Lumi- 
naire organisée,  comme  la  précédente,  par  notre  auteur.  Quand  la  Grande 
Foire,  où  le  monde  entier  s'était  donné  rendez-vous,  fut  fermée,  M.  Le  Secq 
des  Tournelles  réunit  de  nouveau  ses  collections  qu'il  avait  su,  entre  temps, 
augmenter  de  pièces  nombreuses,  et  lorsque  le  Musée  des  Arts  décoratifs, 
installé  au  Pavillon  de  Marsan,  au  Louvre,  ouvrit  ses  portes,  il  accepta, 
sur  l'invitation  de  M.  François  Garnot,  président  de  l'Union  centrale  des 
Arts  décoratifs,  de  les  y  exposer  à  titre  temporaire;  elles  y  restèrent  pen- 
dant près  de  vingt  années;  elles  sont  depuis  quatre  ans,  cette  fois  à  titre 
définitif,  exposées  à  Rouen,  dans  l'ancienne  église  Saint-Laurent,  naguère 
occupée  par  le  Musée  d'Art  normand. 

Or,  M.  Henry  D'Allemagne  est  lié  par  une  amitié  de  quarante  ans  avec 
M.  Le  Secq  des  Tournelles  dont,  vers  1882,  il  avait  fait  connaissance  dans 
l'échoppe  de  MM.  Forgeron,  père  et  fils,  les  antiquaires,  au  nom  prédestiné, 
de  l'ancienne  rue  Taranne,  aujourd'hui  partie  du  boulevard  Saint-Germain. 
Sur  la  demande  de  la  municipalité  rouennaise,  M.  Henry  D'Allemagne  accepta 
de  rédiger  le  catalogue  de  la  collection  de  son  vieil  ami,  son  camarade  d'explo- 
ration à  travers  les  boutiques  où  viennent  dormir,  en  attendant  qu'un 
amateur  leur  rende  la  vie,  les  débris  du  passé.  Il  assuma  avec  plaisir  cette 
charge  et  se  mit  sans  retard  à  l'ouvrage...  qui  lui  a  pris  trois  ans. 

Comment  peuvent  se  transformer  les  notices  d'un  catalogue.  — 
Il  estima  qu'une  simple  et  sèche  nomenclature  des  pièces  exposées,  qui  se 
comptent  par  centaines,  voire  par  milliers,  serait  insuffisante  pour  satisfaire 
la  curiosité  du  public.  L'idée  lui  vint  tout  aussitôt  de  diviser  les  collections 
du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  en  un  certain  nombre  de  classes  répondant 
à  autant  de  catégories  d'objets  déterminés.  Dans  son  esprit,  chacune  de 
ces  classes  devait  comporter  une  notice,  pour  ne  pas  dire  une  monographie, 
qui  aurait  servi  en  quelque  sorte  d'introduction  au  catalogue  numérique  du 
sujet  traité  et  présenté.  Quand,  de  l'idée,  il  a  voulu  passer  à  la  réalisation, 
il  s'est  heurté  à  des  difficultés  d'ordre  matériel  qui  l'ont  conduit  à  changer 
et  à  élargir  son  projet  primitif.  D'autre  part,  il  y  a  été  amené  par  un  scrupule 
de  M.  Le  Secq  des  Tournelles,  qui  révèle  à  quel  point  ce  collectionneur 
pousse  la  conscience.  M.  Le  Secq  des  Tournelles  est  de  ces  hommes  qui 
pensent  que  rien  n'est  fait  tant  qu'il  reste  quelque  chose  à  faire  ;  il  n'a  pas 


VIII  PRÉFACE 

jugé  que  le  classement  qu'il  avait  adopté  et  la  numérotation  à  laquelle  il 
s'était  premièrement  arrêté  pussent  avoir  la  valeur  d'un  fait  définitivement 
acquis  ;  mais,  tout  au  contraire,  il  a  pensé  qu'il  y  pourrait  encore  apporter, 
avec  le  temps,  des  améliorations  et  des  compléments.  Par  suite,  M.  Henry 
D'Allemagne  s'est  donc  vu  obligé  d'ajourner  indéfiniment  la  publication 
du  catalogue  numérique  ;  il  lui  a  substitué  un  catalogue  graphique,  précédé 
d'un  guide  rapide  à  travers  le  Musée,  catalogue  monumental  qui  ne  comporte 
pas  moins  de  415  grandes  planches  comprenant  au  total  la  reproduction  de 
4525  pièces  de  choix  réparties  en  deux  forts  volumes  :  Serrurerie  monumentale 
et  Menus  ouvrages  en  fer  et  en  acier. 

Qu'allait-il  advenir  des  notices  écrites  par  M.  Henry  D'Allemagne 
pour  servir  respectivement  de  préfaces  aux  reproductions  des  pièces  prin- 
cipales du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  classées  par  catégories,  notices  ou 
préfaces  auxquelles,  avons-nous  dit,  il  avait  travaillé  trois  années  durant  ? 
Il  en  a  fait  deux  parts,  la  première,  préparée  pour  le  premier  volume  de 
planches,  Serrurerie  monumentale,  a  été  mise  de  côté  par  lui  et  servira  à  la 
publication  de  sa  thèse  à  l'Ecole  des  Chartes  sur  1'  «  Histoire  de  la  corpo- 
ration des  serruriers  »,  qu'il  compte  faire  paraître  dans  quelques  années. 
La  seconde,  correspondant  à  l'autre  volume  de  planches,  Menus  ouvrages  en 
fer  et  en  acier,  a  formé  son  nouveau  livre,  Les  Accessoires  du  Costume  et  du 
Mobilier. 

Si  donc  le  choix  des  matières  traitées  par  l'auteur  peut  sembler  arbi- 
traire, la  faute  en  est,  non  point  à  lui,  mais  aux  circonstances  par  quoi  il 
a  été  dominé,  aux  conditions  dans  lesquelles  il  a  travaillé.  Du  fait  de  ces 
circonstances  et  conditions,  il  a  procédé  d'une  manière  réellement  originale, 
puisqu'elle  est  exactement  le  contraire  de  la  méthode  communément  suivie 
par  tout  écrivain  faisant  œuvre  d'érudition  et  voulant  publier  un  ouvrage 
pourvu  d'une  illustration  appropriée.  Cet  écrivain  commence,  nécessairement, 
par  établir  sa  documentation  ;  la  documentation  réunie,  il  rédige  son  texte  ; 
le  texte  rédigé,  il  recherche,  s'il  s'agit  d'un  ouvrage  touchant  à  l'art, 
les  éléments  qui  pourraient  le  plus  utilement  l'éclairer  et  l'imager,  éléments 
fournis  par  les  musées,  les  collections  privées,  les  dépôts  d'estampes.  Il 
met,  comme  il  se  doit,  les  bœufs  devant  la  charrue  ;  M.  Henry  D'Allemagne, 
lui,  a  mis  la  charrue  devant  les  bœufs  :  il  a,  en  premier  lieu,  réuni  une  illus- 
tration et  ce  n'est  qu'ensuite  qu'il  s'est  préoccupé  d'établir  son  texte.  Mais 
il  est  arrivé,  inconvénient  que  devait  inévitablement  amener  l'adoption 
de  cette  méthode  anormale,  que  ce  texte  s'est,  en  bien  des  cas,  sensiblement 
éloigné  de  l'illustration. 

D'autre  part,  il  n'a  pas  toujours   été  possible  à  l'auteur,  sous  peine 


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PRÉFACE  IX 

d'être  incomplet,  de  se  borner  aux  textes  ou  aux  documents  se  rapportant 
aux  seuls  objets  en  fer  forgé.  C'est  ainsi,  par  exemple,  qu'en  ce  qui  concerne 
les  bijoux,  force  lui  a  été  d'en  étudier  l'art  et  l'industrie  pendant  le  Moyen 
Age  et  la  Renaissance,  pour  se  laisser  conduire  tout  doucement  jusqu'au 
xvmc  siècle,  époque  où  sont  apparus  ceux  de  fer  et  d'acier,  qui  tiennent  une 
place  importante  dans  les  collections  du  Musée  rouennais. 

Sachant  que  la  collection  Le  Secq  des  Tournelles  est  à  l'origine  de  cet 
ouvrage,  on  ne  s'étonnera  pas  de  voir  revenir  si  souvent  en  note  des  indi- 
cations se  rapportant  au  Musée  de  la  Ferronnerie  pris  comme  source,  combien 
précieuse  !  de  références. 

Division  de  l'ouvrage.  —  M.  D'Allemagne  a  divisé  son  livre  en 
quatre  chapitres  :  la  Parure  et  la  Toilette  ;  Menus  objets  mobiliers  ;  Outils, 
Instruments  et  Appareils  de  précision  ;  la  Table  et  la  Cuisine,  qui  com- 
prennent, au  total,  plus  de  cent  articles  dont  quelques-uns,  ceux,  entre 
autres,  qui  concernent  les  boucles,  les  boutons,  les  éventails,  les  tabatières, 
les  coffrets,  le  luminaire,  la  fonte  ouvragée,  l'acier  travaillé,  la  tôle  vernie, 
les  lunettes  et  les  lorgnettes,  les  horloges,  pendules  et  montres,  les  couteaux, 
constituent,  par  leur  développement,  non  moins  que  par  leur  intérêt,  de 
remarquables  monographies  où  rien  ne  manque. 

Sources  bibliographiques.  —  M.  Henry  D'Allemagne,  qui  a  beaucoup 
lu,  comme  il  a  beaucoup  vu,  pour  réunir  son  information  rétrospective,  n'a 
point  prétendu  s'attribuer  le  mérite  des  recherches  d'autrui  et  de  toutes 
les  énonciations  dont  il  fait  état.  Tout  au  contraire,  il  cite  ses  sources  avec 
une  loyauté  qui  l'honore  grandement  ;  il  la  pousse  si  loin  que,  pour  chacun 
des  articles  qu'il  étudie,  il  dresse  en  quelque  sorte  une  bibliographie  du  sujet. 

Voici,  au  surplus,  quelques  indications  générales  sur  la  documentation 
des  Accessoires  du  Coslume  el  du  Mobilier  telle  que  l'auteur  a  tenu  qu'elle 
fût,  par  nous,  connue  de  ses  lecteurs. 

Il  a,  en  premier  lieu,  utilisé  des  renseignements  que  lui  fournissait 
la  belle  publication  que  M.  Metman,  le  distingué  conservateur  du  Musée 
des  Arts  décoratifs,  a  consacrée  au  métal  en  général  et  au  fer  forgé  en  parti- 
culier, publication  qui  reproduit  les  principales  pièces  de  la  collection  Le 
Secq  des  Tournelles  déposée  alors  au  Pavillon  de  Marsan,  au  Louvre. 

Il  a  eu  recours,  ensuite,  pour  les  objets  fabriqués  par  l'industrie  pari- 
sienne à  la  fin  du  Moyen  Age,  pour  le  xmc  siècle,  au  Livre  des  Métiers 
d'Etienne  Boileau,  le  justement  fameux  prévôt  des  Marchands  et,  pour  une 
époque  un  peu  postérieure  à  cet  autre  Livre  des  Métiers  dont  l'auteur  est 
appelé,  faute  d'un  nom  qui  soit  le  sien,  «  le  maître  d'école  de  Bruges  ».  Pour 

il 


X  PRÉFACE 

la  période  du  Moyen  Age,  encore,  et  pour  celle  de  la  Renaissance,  il  a  utilisé  le 
Glossaire  français  du  Moyen  Age,  cet  admirable  «  corpus  »  publié  en  1872  par  le 
comte  Léon  de  Laborde,  ancien  directeur  des  Archives  nationales,  ainsi  que 
le  Glossaire  archéologique  commencé  en  1887  par  le  savant  collectionneur 
M.  Victor  Gay,  et  du  deuxième  volume  duquel  son  confrère  et  ami,  M.  Henri 
Stein  lui  a  obligeamment  communiqué  les  bonnes  feuilles.  Pour  la  période 
qui  va  de  la  fin  du  xv  siècle  à  celle  du  xvme,  il  s'est  servi  notamment  des 
ouvrages  suivants  :  Dictionnaire  de  l' Architecture  et  Dictionnaire  du  Mobilier, 
de  Viollet-le-Duc  ;  Dictionnaire  du  Mobilier,  d'Henry  llavard  ;  le  Livre  des 
Collectionneurs,  de  M.  Maze-Gensier  ;  La  Coutellerie,  de  M.  Pages  ;  La  Collec- 
tion Soltykoff,  de  M  Louis  Dubois  ;  Histoire  des  Arts  industriels,  de  M.  Labarte; 
Lorgnettes  et  Lunettes,  de  Mme  Heymann  ;  Les  Eventails,  de  M.  Octave 
Uzanne  ;  Le  Vieux-Neuf  et  Variétés  historiques,  d'Edouard  Fournier,  le  très 
remarquable  ouvrage  de  M.  Henri  Vever  sur  la  bijouterie  du  xixe  siècle. 
Pour  la  seconde  moitié  du  xvme  siècle  et  la  première  du  xix°,  sur 
laquelle  se  clôt  son  étude,  il  a  tiré  parti  des  journaux  du  temps.  Enfin,  l'ami- 
cale communication  que  M.  Gélis,  l'érudit  horloger,  lui  a  faite  de  VAlma- 
nach  général  des  marchands  pour  1772  et  des  Catalogues  et  Rapports  des 
expositions  des  Produits  de  l'industrie  française  de  1819  et  de  1823,  lui  a 
fourni  des  précisions  sur  la  fabrication  et  les  fabricants  du  moment. 

Illustration.  —  La  division  qu'il  avait  dû  faire  de  ses  notes  et  l'exten- 
sion donnée  à  son  travail  ont  conduit  M.  Henry  D'Allemagne  à  rechercher 
une  illustration  complémentaire  pour  tous  les  objets  dont  l'équivalent  ne 
se  trouvait  pas  dans  les  collections  de  M.  Le  Secq  des  Tournelles  et  qui, 
cependant,  devaient  figurer  dans  Les  Accessoires  du  Costume  et  du  Mobilier, 
de  façon  à  rétablir  l'équilibre  entre  le  texte  et  les  reproductions 
graphiques. 

Cette  illustration  des  Accessoires  du  Costume  et  du  Mobilier  est  d'une 
richesse  et  d'une  variété  dont  on  reste  confondu.  Elle  complète  à  merveille 
le  texte,  lui-même  si  riche  et  qui  porte  sur  une  si  grande  diversité  d'articles. 
L'auteur  l'a  composée  avec  le  soin  constant  de  renseigner  le  plus  parfaitement 
et  le  plus  exactement  possible  son  lecteur,  mettant  à  profit  les  éléments  que 
pouvaient  lui  fournir  les  Archives  des  Monuments  Historiques,  les  livres  et 
les  musées,  ses  collections  personnelles,  celles  de  son  ami,  M.  Le  Secq  des 
Tournelles,  celles  de  son  autre  ami,  le  Dr  Albert  Figdor,  de  Vienne  (Autriche), 
qui  a  réuni  l'ensemble  le  plus  vaste  qui  soit  d'objets  usuels  et  familiers 
pouvant  aider  à  suivre  à  travers  les  âges  l'histoire  de  la  vie,  des  mœurs  et 
de  la  mode,  celles  aussi  de  M.  F.  Doistau.  Tout  récemment  encore,  il  retour- 
nait à  Vienne  pour  y  faire  photographier  chez  M.  Albert  Figdor  certaines 


l'HEFACE 


XI 


pièces  dont  il  lui  semblait  que  la  reproduction  viendrait,   fort  à  propos, 
joindre  l'image  à  la  description. 

Un  grand  amateur  :  le  Dr  Albert  Figdor.  ■ —  M.  Figdor  a  bien  voulu 
mettre  entièrement  à  la  disposition  de  M.  Henry  D'Allemagne,  avec  qui 
il  est  lié  par  trente-cinq  années  d'affectueuses  relations,  sa  magnifique 
collection  de  documents  sur  la  vie  civile  au  Moyen  Age  et  à  la  Renaissance 
en  Occident.  Il  fut  autrefois  un  des  premiers  banquiers  de  Vienne  ;  en  ce 
temps-là,  il  y  a  quarante  ou  cinquante  ans,  où  les  pièces  anciennes,  même  les 
plus  belles  et  les  plus  rares,  étaient  loin  d'avoir  la  valeur  marchande  qu'elles 
ont  prise  aujourd'hui,  il  n'hésitait  pas  à  immobiliser  des  sommes  consi- 
dérables, surtout  pour  l'époque,  afin  de  s'assurer  la  possession  d'objets  qui 
lui  paraissaient  présenter  un  intérêt  réel  pour  l'histoire  des  mœurs. 

Tous  ses  achats  ont  été  faits  avec  le  goût  le  plus  sûr  et  un  discernement 
qui  ne  se  trompe  pas.  Le  moindre  doute  survenant  par  la  suite  touchant 
l'un  des  objets  qu'il  possède  entraîne  immédiatement  son  retrait  de  la  série 
où  il  lui  avait  donné  place.  Gomme  il  le  disait  lui-même  à  M.  Henry  D'Alle- 
magne, ce  n'est  pas  une  collection  pour  Américains  qu'il  a  voulu  composer, 
mais  un  ensemble  de  documents  pouvant  servir  à  tous  ceux  qui  s'intéressent 
à  la  vie  d'autrefois.  A  ceux-là,  il  ouvre  volontiers  sa  maison,  surtout  s'ils 
sont  Français  :  il  aime,  en  effet,  profondément  la  France  qu'il  connaît  bien 
et  dont  il  parle  admirablement  la  langue.  Accueillant  et  libéral,  il  fait  gra- 
cieusement à  ses  hôtes  les  honneurs  de  sa  demeure  et  des  trésors  qu'il  y  a 
assemblés,  mais  s'il  s'aperçoit  que  ces  visiteurs  sont  venus  chez  lui  par  simple 
distraction  ou  dans  l'espoir  d'y  voir  des  pièces  d'un  genre  un  peu  frivole  ou 
léger,  il  sait,  courtoisement,  mais  avec  fermeté,  leur  faire  comprendre  qu'ils 
se  sont  trompés  de  porte. 

Enumérer  toutes  les  séries  d'objets  qu'il  a  constituées,  ce  serait  vouloir 
exposer  l'histoire  des  arts  — ■  que  nous  appelons  industriels  ou  appliqués  — ■ 
du  Moyen  Age  et  de  la  Renaissance.  Nous  citerons  seulement  ses  collections 
de  bijoux,  bagues,  ceintures,  menus  instruments  qu'on  portait  sur  soi,  tels 
que  «  furgettes  »  (cure-dents),  tablettes  de  cire,  calendriers,  couteaux  de 
poche,  pendentifs  ou  pend-à-col,  plaques  et  ornements  de  coiffure... 

C'est  lui  qui  a  acheté  le  célèbre  «  flabellum  »  (éventail)  du  xve  siècle, 
de  la  collection  Spitzer.  Cet  appareil,  en  bois  sculpté,  est,  nous  apprend 
M.  Henry  D'Allemagne,  formé  d'une  longue  poignée  ouvragée  qui  donne 
naissance  à  une  colonne  supportant,  sur  son  chapiteau,  deux  statuettes  de 
saints  personnages  dans  des  niches  superposées  ;  la  feuille,  en  parchemin, 
est  décorée  d'une  vignette  or  et  bleu  représentant  des  feuilles  et  des 
pampres  de  vigne. 


XI]  PRÉFACE 

Le  Dr  Figdor  possède,  entre  autres  pièces  historiques  ou  curieuses,  le 
peigne  d'Anne  de  Bretagne,  la  marotte  d'un  fou  de  la  Cour  d'un  roi  de  France, 
des  peignes  liturgiques,  des  capsules  d'identité  que  les  chevaliers  du  Moyen 
Age  portaient  sur  eux  pour  être  reconnus  s'ils  tombaient  sur  le  champ  de 
bataille,  comme,  pendant  la  Grande  Guerre,  nos  soldats  fixaient  à  leur  poignet 
un  bracelet  retenant  une  plaque  d'identité. 

Cette  collection,  justement  célèbre,  a  paru  au  Gouvernement  autrichien 
avoir  tant  de  valeur,  qu'il  a,  en  ces  dernières  années,  fait  voter  une  loi  décla- 
rant «  monument  historique  »  la  collection  du  Dr  Albert  Figdor  et  lui  interdi- 
sant soit  de  la  faire  sortir  d'Autriche,  soit  de  l'aliéner  partiellement.  Comme 
abus  de  pouvoir  et  violation  du  droit  de  propriété,  il  serait  difficile  de  trouver 
mieux,  même  en  notre  temps,  où  le  sentiment  du  «  mien  »  et  du  «  tien  » 
tend  de  plus  en  plus  à  se  perdre. 

Un  bienfaiteur  de  nos  musées  nationaux  :  M.  F.  Doistau.  — ■ 
M.  Henry  D'Allemagne  a  largement  puisé  aussi,  pour  l'illustration  de  son 
livre,  dans  les  collections  de  M.  F.  Doistau. 

11  est  superflu  de  rappeler  que  M.  Doistau,  membre  du  Conseil  de 
l'Union  centrale  des  Arts  décoratifs,  a  puissamment  contribué,  par  ses  dons 
éclairés,  à  l'enrichissement  de  ce  grand  musée.  Il  a,  en  outre,  donné  au  Musée 
du  Louvre,  il  y  a  quelques  années,  une  collection  de  boîtes,  de  tabatières 
et  de  miniatures  de  tout  premier  ordre,  enrichies  de  pierres  précieuses,  qui 
constitue  un  ensemble  absolument  unique  en  son  genre. 

M.  Doistau  a  libéralement  ouvert  à  M.  Henry  D'Allemagne  ses  vitrines, 
pour  lui  permettre  de  compléter  sa  documentation  graphique  et  l'auteur 
le  remercie  très  vivement  de  l'aide  précieuse  qu'il  lui  a  ainsi  apportée. 

Le  magasin  du  «  Petit  Dunkerque  »  tenu  par  Granchez.  — ■  M.  Henry 
D'Allemagne,  voulant  ne  négliger  aucune  source  d'information  rétrospec- 
tive, a  eu  l'idée,  idée  excellente,  de  dépouiller  les  collections  de  vieux  jour- 
naux pour  y  recueillir  des  indications  directes  sur  l'objet  de  son  étude.  Il 
n'a  point  regretté  et  ses  lecteurs  ne  regretteront  pas  non  plus  la  peine  qu'il 
a  prise  et  le  temps  qu'il  a  employé  à  cette  recherche,  car  il  lui  a  dû  de  nom- 
breuses et  très  instructives  trouvailles. 

C'est  ainsi  que  le  Mercure  de  France  et  le  Cabinet  des  Modes  lui  ont 
fourni  des  renseignements  circonstanciés  sur  les  articles  qu'offrait,  à  la  clien- 
tèle élégante  et  riche,  Granchez  qui,  dans  les  dernières  années  du  règne  de 
Louis  XV  et  sous  Louis  XVI,  tenait,  à  l'enseigne  du  «  Petit  Dunkerque  », 
quai  Conti,  à  la  descente  du  Pont-Neuf,  «  le  grand  magasin  curieux  de  mar- 
chandises françaises  et  étrangères  en  tout  ce  que  les  arts  produisent  de  plus 
nouveau   »,  ainsi  que  disait  sa  carte  de  commerce.  Ce  Granchez  était  un 


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PRÉFACE  XI II 

homme  habile,  qui  comprenait  l'utilité  de  la  réclame  et  savait  la  manière 
de  s'en  servir.  Par  les  almanachs  et  les  journaux,  il  mettait  le  public  au 
courant  des  nouveautés  qu'il  avait  reçues  et  de  leur  prix,  se  recommandait 
à  lui  de  sa  qualité  de  fournisseur  de  la  Reine  et  vantait  sans  fausse  modestie 
sa  marchandise.  Le  proverbe  dit  :  «  A  bon  vin,  pas  d'enseigne  »,  mais  non  : 
«  A  bon  vin,  pas  de  publicité  ».  Les  mots  «  réclame  »  et  «  publicité  »  sont 
de  nos  jours,  mais  la  chose  a  existé  de  tout  temps  et,  sous  le  nom  d'  «  avis  » 
ou  d'  «  annonce  »,  elle  avait  sa  place  dans  la  presse  de  l'Ancien  Régime. 

Sébastien  Mercier,  dans  son  Tableau  de  Paris,  a  fait  du  propriétaire  du 
«  Petit  Dunkerque  »  un  portrait  flatteur,  sinon  flatté,  qu'on  ne  pourrait 
pas  affirmer  qu'il  a  peint  sans  dessein  d'en  retirer  quelque  profit  personnel. 
Ce  portrait,  d'ailleurs,  mérite  d'être  pris  en  considération,  eu  égard  au  rôle 
joué  par  Granchez  dans  le  commerce  de  luxe,  au  déclin  de  la  Monarchie, 
et  même  dans  le  commerce  en  général,  s'il  est  vrai,  comme  il  semble,  que  le 
système  de  la  vente  à  prix  fixe  — ■  qui  devait  être  l'une  des  causes  du  succès 
des  grands  magasins  de  nouveautés  — ■  soit  une  idée  qui  lui  ait  appartenu  en 
propre  : 

«  Le  "Petit  Dunkerque",  écrivait  Sébastien  Mercier,  étincelle  de  tous 
ces  bijoux  frivoles  que  l'opulence  paie,  que  la  fatuité  convoite...  De  nombreux 
tiroirs  sont  remplis  de  mille  bagatelles  où  le  génie  de  la  frivolité  a  épuisé 
ses  formes  et  ses  couleurs.  Le  prix  de  la  façon  vaut  dix  fois  le  prix  de  la 
matière...  Chez  lui,  le  prix  des  bijoux  est  fixe  et  invariable  ;  et  si  la  rivalité 
fait  dire  aux  autres  marchands  qu'on  paie  le  double  au  «  Petit  Dunkerque  », 
c'est  la  jalousie  qui  parle.  La  grâce  et  le  fini  des  bijoux  ne  les  rendent  pas 
plus  chers  qu'ailleurs...   » 

Gratuite  ou  payée,  cette  annonce  était  bien  faite  pour  attirer  vers  le 
«  Petit  Dunkerque  »  ceux  que  Sébastien  Mercier  appelait  «  nos  petits  sei- 
gneurs »,  les  amateurs  des  «  enfantillages  de  l'industrie  délicate  »,  ainsi  qu'il 
qualifiait  les  bibelots  coûteux  qui  se  vendaient  dans  ce  magasin  renommé 
que  nous  pourrions  saluer  comme  le  précurseur  de  notre  rue  de  la  Paix  et 
et  de  notre  avenue  de  l'Opéra. 

L'énumération  des  articles  qui  se  débitaient  au  «  Petit  Dunkerque  » 
est  impressionnante  :  petits  meubles  de  table,  appliques,  flambeaux,  secré- 
taires de  voyage,  thermomètres,  pendules,  tabatières,  cages  d'oiseaux, 
seaux  à  liqueurs,  écrans,  bagues,  cachets,  sacs  de  voyage,  flacons,  chaînes, 
girandoles,  montres,  vases,  jouets,  portefeuilles,  écritoires,  boucles,  épées, 
réchauds,  lunettes  de  spectacle  et  lorgnettes,  boutons,  colliers,  lustres, 
salières,  baromètres,  plateaux,  pinces  à  feu,  bracelets,  éteignoirs,  sacs  à 
ouvrage,  pommes  de  canne,  moutardiers,  couteaux,  étuis,  pendants  d'oreilles, 


XIV  PRÉFACE 

bonbonnières,  ciseaux,  clefs  de  montre,  bourses,  tablettes  et  souvenirs  (qui 
sont  des  tablettes  sur  lesquelles  on  écrivait  ce  que  l'on  voulait  se  rappeler)... 
Les  matières  les  plus  diverses  étaient  employées  dans  la  fabrication  de  ces 
articles  de  haut  goût  :  or,  argent,  brillants,  pierres  de  couleurs,  acier,  cristal, 
émail,  écaille,  bronze,  stuc,  bois,  laque,  tôle  vernie,  strass,  verre,  papier 
mâché,  etc.. 

Bien  des  fois,  dans  Les  Accessoires  du  Costume  et  du  Mobilier,  revient  le 
nom  de  Granchez,  tant  le  «  Petit  Dunkerque  »  a  tenu  de  place  dans  la  vie 
élégante  et  facile  de  l'époque  charmante  dont  Talleyrand  a  pu  dire  que 
«  ceux  qui  ne  l'ont  pas  connue  n'ont  pas  su  ce  que  c'est  que  la  douceur  de 
vivre  ».  Granchez  a  été  véritablement  à  la  tète  du  commerce  de  luxe  pendant 
le  temps  qui  a  précédé  la  Révolution,  et  M.  Henry  D'Allemagne  ne  lui 
marchande  pas  une  réclame  posthume  dont  sa  gloire  bénéficiera  largement. 
D'ailleurs,  de  la  diversité,  de  la  richesse,  du  mérite  artistique  des  articles 
qui  se  trouvaient  au  «  Petit  Dunkerque  »  et  du  succès  qu'ils  obtenaient,  il 
tire  une  leçon  :  c'est  que  les  Français,  particulièrement  les  Parisiens,  ont  été 
de  tout  temps  «  des  gens  de  goût,  aimant  les  belles  choses,  sachant  les  appré- 
cier et  ayant  le  courage  de  les  payer  à  leur  juste  valeur  ». 

La  «  juste  valeur  »  de  ces  beaux  articles  pour  les  petits  seigneurs  et 
les  grandes  dames  était  fort  élevée.  Ceux  qui  seraient  tentés  de  croire  qu'aux 
siècles  passés  il  en  coûtait  peu  de  mener  une  existence  brillante  et  fastueuse 
devront  bien  revenir  de  leur  erreur  quand  ils  liront  les  chiffres  que  cite 
M.  Henry  D'Allemagne. 

En  voici  quelques-uns,  empruntés  précisément  aux  avis  publiés  par 
le  propriétaire  du  «  Petit  Dunkerque  »  qui,  avec  l'art  de  savoir  faire,  possédait 
si  bien  l'art  de  faire  savoir  : 

«  Tabatières  et  flacons  en  or  de  couleur  renfermant  un  carillon  jouant 
trois  airs  différents,  depuis  30  jusqu'à  50  louis. 

«  Ecritoires  en  laque  garnie  de  mathématiques  d'or,  600  livres. 

«  Lunettes  de  spectacle  et  lorgnettes  en  or  émaillé  en  gris  et  bleu,  900 
et  432  livres. 

«  Lustres  en  strass,  depuis  900  livres  jusqu'à  1100. 

«  Pendules  dorées,  1.320  livres.  » 

Le  livre-journal  de  Lazare  Duvaux  :  Les  achats  de  Mme  de 
Pompadour.  —  En  remontant  un  peu  plus  haut,  on  trouve  dans 
le  «  Livre-Journal  »  que  tenait  un  autre  marchand  de  curiosités,  également 
à  la  mode,  Lazare  Duvaux,  qui  comptait  Mme  de  Pompadour  parmi  ses 
meilleurs  clients,  les  prix  suivants  payés,  pour  des  tablettes  souvenirs,  par 
la  favorite  de  Louis  XV  : 


PRÉFACE  XV 

«  17  mars  1753.  —  Une  tablette  en  pierre  rose,  montée  en  or,  1.008  livres. 

«  10  décembre  1755.  —  Une  tablette  de  deux  plaques  d'agate  d'Orient, 
montée  à  jour  en  or  émaillé,  62  louis  »  (1.488  livres). 

Sur  ce  même  «  Livre-Journal  »  de  Lazare  Duvaux,  M.  Henry  D'Alle- 
magne a  relevé  les  prix  que  voici,  payés  par  Mme  de  Pompadour  pour  des 
«  navettes  à  frivolités  »,  ces  petits  instruments  que  les  femmes  emportaient 
avec  elles  et  dont,  afin  de  se  donner  une  contenance  et  occuper  leurs  mains, 
elles  se  servaient  pour  faire  des  nœuds  de  filet  : 

«  4  septembre  1753.  —  Une  navette  d'or  à  moulures  avec  des  branchages 
émaillés,  portant  des  cornalines  en  cerises,  570  livres. 

«  22  mai  1754.  —  Une  navette  d'acier  damasquiné,  550  livres. 

«  7  novembre  1754.  —  Une  navette  d'or  émaillé  à  rubans,  090  livres. 

«  1er  janvier  1757.  -  Une  petite  navette  d'or  tout  à  jour  et  ciselée, 
336  livres.  » 

Lazare  Duvaux  vendit  à  Mme  de  Pompadour  des  «  manches  de  couteaux 
de  porcelaine  en  vert  peints  à  guirlande  »,  qu'elle  paya  24  livres  pièce,  et  une 
«  lanterne  à  six  pans  en  bronze  doré  d'or  moulu,  de  quatre  pieds  et  demi 
de  haut  sur  trente  pouces  de  diamètre,  garnie  de  ses  glaces  et  chandeliers  » 
qui  lui  coûta  4.300  livres. 

Mme  de  Pompadour  était  une  bonne  cliente  pour  Lazare  Duvaux,  mais 
il  ne  lui  dut  pas  que  des  achats  avantageux.  On  peut  raisonnablement  penser 
que,  plus  d'une  fois,  elle  lui  donna  des  commandes  qui  furent  pour  elle 
l'occasion  d'exercer  son  influence  toute-puissante  sur  la  mode  ou  plus  exac- 
tement sur  l'art  dans  la  mode.  Les  moralistes  continueront  à  la  traiter  sévè- 
rement et  les  historiens  à  juger  sans  indulgence  son  action  politique,  mais 
les  artistes  se  montreront  plus  tendres  à  son  égard  :  sa  mémoire  trouvera 
grâce  devant  eux  parce  qu'elle  a  compris,  aimé,  encouragé  et  protégé  les 
arts,  qu'elle  a  soutenu  et  favorisé  ceux  qui  s'y  adonnaient,  qu'elle  a  fortement 
contribué  à  l'avancement  de  l'art  français  dans  la  voie  de  l'élégance  et  du 
bon  goût,  qu'elle  a,  enfin,  aidé  à  la  création  d'un  style. 

Les  «  Annonces,  affiches  et  avis  divers  »  au  xvme  siècle.  —  La 
lecture  des  feuilles  d'Annonces,  Affiches  et  Avis  divers,  à  la  rubrique  des 
objets  perdus,  a  procuré  à  M.  Henry  D'Allemagne  pour  le  xvme  siècle, 
beaucoup  de  renseignements  sur  les  articles  à  la  mode.  En  ce  temps  déjà,  il 
se  perdait  beaucoup  de  bijoux  ;  peut-être  ceux  et  celles  qui  les  avaient  oubliés 
ou  égarés  ne  voyaient-ils  pas  encore,  comme  aujourd'hui,  un  moyen  de 
publicité  personnelle  dans  l'avis  qu'ils  do  nnaient  au  public  de  leur  infortune  ; 
peut-être  leurs  annonces  avaient-elles  un  caractère  de  sincérité  ;  quoi  qu'il 
en  soit,  nous  savons,  par  ces  informations,  qu'en  telle  ou  telle  année  il  était 


XVI  PRÉFACE 

de  bon  ton  de  porter  tel  ou  tel  bijou.  Par  exemple,  dans  la  feuille  intitulée 
précisément  Annonces,  Affiches  et  Avis  divers,  M.  Henry  D'Allemagne  a 
découvert  que  le  26  décembre  1764  il  avait  été  perdu  «  un  sac  de  Marly  dans 
lequel  il  y  avait  une  navette  de  Burgos  montée  en  or  »  ;  le  4  février  1767, 
«  une  navette  d'or  de  couleur,  à  jour,  garnie  de  soie  mordorée,  dans  un  sac 
de  taffetas  couleur  de  rose,  brodé  en  argent  »;  le  11  mai  de  la  même  année, 
«  une  navette  d'or  travaillée  à  jour,  dont  le  milieu  représente  les  attributs 
de  l'Amour  en  or  de  plusieurs  couleurs  ». 

Si  nous  ne  savions  pas  l'engouement  que,  vers  le  temps  indiqué,  on  avait 
pour  l'usage  de  la  navette,  ces  simples  avis  nous  l'apprendraient,  de  môme 
que  nous  apprendrions  de  quelle  faveur  jouissaient,  à  la  môme  époque  les 
étuis  de  galuchat  —  peau  de  requin  ou  de  raie  travaillée,  ainsi  nommée  du 
nom  du  gainier  qui  avait  inventé  un  procédé  pour  la  préparer  et  la  teindre  — 
par  des  annonces  tirées  de  la  même  feuille  portant  à  la  connaissance  de  ses 
lecteurs  :  le  6  mai  1765,  la  perte  d'  «  un  étui  en  galuchat  servant  de  trousse  »  ; 
le  2  juin  de  la  même  année,  celle  d'  «  un  étui  de  galuchat  vert  renfermant  une 
montre  émaillée  »  ;  le  10  avril  1772,  celle  d'  «  un  crayon  d'or  dans  un  étui 
de  galuchat  à  charnière  et  bouton  d'or  ».  Le  Journal  général  de  Paris  offrait 
des  récompenses,  le  25  avril  1780,  à  qui  rapporterait  à  sa  propriétaire  «  un 
souvenir  d'écaillé  vert,  garni  en  or  à  jour  avec  médaillon  en  camayeu  et  deux 
tablettes  d'ivoire  dans  un  sac  de  peau  »  et,  le  3  avril  1781,  à  qui  rapporterait 
de  même  à  son  propriétaire  des  «  tablettes  d'argent,  couvertes  en  écaille, 
dans  lesquelles  sont  trois  portraits  en  miniature  »,  et  voilà  qui  nous  montre 
quel  succès  avaient,  dans  les  premières  années  du  règne  de  Louis  XVI,  les 
tablettes  et  les  souvenirs. 

L'acier  poli  :  sa  vogue  a  la  fin  du  xvme  siècle  et  au  commence- 
ment du  xixe.  —  Les  accessoires  du  costume  et  du  mobilier  en  acier  poli, 
dont  l'usage  a  été  si  répandu  à  la  fin  du  xvme  siècle  et  au  commencement  du 
xixe,  sont  devenus  rares  pour  cette  raison,  fait  remarquer  l'auteur,  que 
«  lorsqu'un  objet  en  acier  poli,  surtout  quand  il  est  garni  de  perles  taillées 
à  facettes,  commence  à  être  oxydé,  il  n'y  a  plus  aucun  remède  et  il  est  impos- 
sible, même  au  moyen  d'un  polissage  énergique,  de  rattraper  l'ancien  poli, 
à  moins  de  sacrifier  complètement  la  taille  des  perles  à  facettes  ». 

On  lira  donc  avec  un  intérêt  tout  particulier  les  détails  que  donne 
M.  Henry  D'Allemagne  sur  cette  mode  de  l'article  en  acier,  importé  d'Angle- 
terre au  milieu  du  xvme  siècle,  adopté  aussitôt  par  suite  de  l'anglomanie 
qui,  pour  lors,  travaillait  l'aristocratie  et  la  haute  bourgeoisie  françaises  et 
y  développait,  dans  une  certaine  mesure,  le  goût  de  la  simplicité,  enfin  per- 
fectionné à  Paris  même  par  un  fabricant  nommé    Dauffe,  établi  au  quartier 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  IV 


Bijoux  en  cheveux  tressés  montés  en  or. 

Echantillons  des  divers  genres  de  travaux  qu'on  peut  ainsi  fabriquer,  xix6  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


PRÉFACE  XVII 

Saint-Antoine.  Dauffe  livrait  au  public  des  boutons  d'habit,  des  boucles, 
des  chaînes  de  montres,  des  plaques  de  ceintures,  des  bagues,  des  ganses  de 
chapeau,  etc.  En  1787,  il  faisait  annoncer  par  le  Journal  de  Paris  qu'il  venait 
d'exécuter  «  une  garniture  de  boutons  pour  habit,  à  jour,  garnis  de  perles 
entières  à  vis,  tout  en  acier...  du  poli  le  plus  vif  et  le  plus  délicat  »  et  pouvant 
«  soutenir  la  comparaison  avec  ce  qui  est  sorti  de  plus  parfait  des  manufac- 
tures anglaises  ». 

Abandonnée  pendant  la  période  sombre  de  la  Révolution,  la  vogue  des 
bijoux  en  acier  travaillé  reparut  sous  le  Consulat  et  le  Journal  des  Dames  et 
des  Modes  du  20  messidor  an  XII  (9  juillet  1804)  put  écrire  :  «  En  costume 
d'étiquette,  l'acier  reprend  la  plus  grande  faveur  et  c'est  avoir  une  mise 
recherchée  que  de  porter  une  épée,  une  chaîne  de  montre  et  une  agrafe  de 
chapeau  en  acier  taillé  en  pointe  de  diamant.  Un  assortiment  pareil 
dans  le  fin  est  plus  élégant  et  peut-être  plus  cher  que  s'il  était  en  or  ». 

Aux  expositions  des  Produits  de  l'industrie  française  de  1819  et  de  1823, 
ancêtres  de  nos  expositions,  l'acier  travaillé  à  destination  de  parure  tenait 
une  place  très  brillante,  si  brillante  que  pour  celle  de  1819,  le  rapporteur  du 
jury  disait,  à  propos  de  la  présentation  faite  par  une  des  maisons  exposantes  : 
«  Il  paraît  impossible  d'atteindre  une  plus  grande  perfection  ;  elle  est  même 
portée  aujourd'hui  au  point  que  l'étranger  tenterait  vainement  d'introduire 
la  bijouterie  d'acier  en  France,  tant  la  différence  des  prix  et  du  fini  est  en 
notre  faveur  ;  aussi,  plusieurs  riches  commandes  ont-elles  été  faites  dans 
nos  aciéries  pour  l'Italie,  l'Espagne,  la  Prusse,  la  Russie  et  même  l'Angle- 
terre ».  Ce  même  rapport,  toujours  à  propos  de  cette  maison,  qu'il  louait 
pour  la  modération  de  ses  prix,  «  au-dessous  du  cours  de  toutes  les  fabriques 
étrangères  »,  non  moins  que  pour  la  beauté  des  objets  sortis  de  ses  ateliers, 
fournissait  d'utiles  indications  sur  le  côté  commercial  de  l'industrie  de  l'acier 
travaillé  :  «  Il  est  à  remarquer  que,  si  les  aciers  anglais  sont  employés  concur- 
remment avec  ceux  de  France,  le  kilogramme  d'acier  superfin  étant  au  prix 
de  3  francs  et  la  plus  riche  parure  complète  en  employant,  à  raison  du  déchet, 
pour  une  valeur  de  6  francs  ou  2  kilogrammes  environ,  le  kilogramme  d'acier 
de  parure  terminée,  polie  et  parachevée  s'exporte  au  prix  de  5  à  6.000  francs.  » 

En  quoi  pouvait  consister  cette  parure  complète  ?  Le  Miroir  des  Modes 
nouvelles  du  11  janvier  1789,  année  où  la  bijouterie  d'acier  faisait  fureur 
jusqu'à  avoir  pris  la  place  de  celle  d'or  et  d'argent,  énumère  ainsi  les  articles 
en  acier  travaillé  qu'un  élégant,  voulant  être  dans  le  bon  ton,  devait  porter 
sur  son  costume  :  boutons  des  jarretières,  de  la  culotte,  boucles  des  souliers, 
ganse  du  chapeau,  chaîne  (de  montre  d'or)  d'acier  garnie  de  breloques 
d'acier. 

m 


XVI 11  PRÉFACE 

«  Jusqu'en  1830,  écrit  M.  Henry  D'Allemagne,  on  porta  des  parures 
complètes  en  acier  poli  et  taillé  à  facettes,  des  broches,  des  fleurs,  des  boucles 
que  l'on  fixait  au  chapeau  ou  qu'on  passait  dans  un  ruban  porté  autour  du 
cou  ou  du  bras,  en  guise  de  bracelet,  des  petits  sacs  de  dames  appelés  gibe- 
cières, des  bourses  longues  et  souples  à  coulant,  des  châtelaines  auxquelles 
étaient  suspendues  toutes  sortes  de  breloques  également  en  acier  :  clefs  de 
montres,  cachets,  tablettes,  etc.. 

«  A  côté  des  bijoux  en  acier  ordinaires  d'un  prix  abordable  même  aux 
petites  bourses,  on  faisait  de  véritables  bijoux  d'un  très  grand  prix  :  des 
boutons  d'habits,  des  boucles  de  souliers,  des  gardes  d'épées.  » 

De  tant  d'objets  précieux  par  leur  élégance  et  par  leur  fini,  de  tant  de 
charmants  bijoux  qui  brillaient  de  tout  l'éclat  qu'ils  empruntaient  à  la  lumière 
se  jouant  sur  le  poli  de  l'acier  travaillé,  que  reste-t-il  ?  Quelques  spécimens 
recueillis  au  hasard  des  recherches  par  des  amateurs  passionnés  de  bibelots 
curieux  et  rares  et  conservés  dans  leurs  collections  ou  dans  des  musées  enrichis 
par  eux,  amateurs  au  premier  rang  desquels  il  faut  citer  M.  Le  Secq  des  Tour- 
nelles  !  L'abondante  et  remarquable  illustration  réunie  par  M.  Henry  D'Alle- 
magne permettra  d'estimer  la  variété,  la  finesse  de  cette  bijouterie  tombée 
dans  un  complet  oubli,  après  avoir  connu  la  gloire  d'un  succès  prodigieux. 

Les  bijoux  en  fonte  malléable  dite  «  fonte  de  Berlin  ».  —  Ce 
fut  aussi  la  destinée  de  la  «  fonte  de  Berlin  »,  dont  M.  Henry  D'Allemagne 
nous  conte  l'histoire,  renouvelée,  d'ailleurs,  d'une  initiative  française. 

«  Quand,  dit-il,  en  1789,  le  Gouvernement  fit  appel  à  la  générosité  des 
citoyens  pour  la  liquidation  de  la  dette  nationale,  les  dons  patriotiques 
furent  à  l'ordre  du  jour  ;  c'était  à  qui  se  dépouillerait  le  plus  vite  de  ses  curio- 
sités, de  ses  bijoux,  de  ses  boucles  d'or  ou  d'argent  pour  les  envoyer  à  l'Assem- 
blée nationale...  C'est  sur  la  proposition  du  député  d'Ailly,  que  l'Assemblée 
nationale  émit  un  vote  exigeant  que  tous  les  députés  abandonnassent  leurs 
boucles  d'argent  au  profit  des  Caisses  du  Trésor.  Le  22  novembre  1789,  la 
séance  de  l'Assemblée  s'ouvrit  par  le  don  patriotique  qu'avait  fait  le  maréchal 
de  Maillé  de  ses  boucles  d'or  ». 

Et  voici  l'origine  de  la  vogue  de  la  fonte  dite  «  de  Berlin  »,  telle  que 
l'expose  M.  Henry  D'Allemagne  :  «  En  1813,  la  Prusse,  pour  réapprovisionner 
son  trésor  anéanti  par  les  guerres  qu'elle  avait  soutenues  contre  Napoléon  Ier, 
reprit  l'idée  de  l'Assemblée  nationale  française  et,  après  la  bataille  de  Leipzig, 
alors  qu'elle  voyait  poindre  la  libération  de  son  territoire,  elle  engagea  ses 
citoyens  à  verser  au  Trésor  tous  leurs  objets  précieux.  Enflammées  par 
l'enthousiasme  national,  les  dames  allemandes  remirent  au  Gouvernement 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  V 


12 


Bijoux  en  fonte  de  Berlin   :   Collier,   fermoirs,   bracelets,  boucles  d'oreilles,   briquet.    1813-1S15 

(Collection    H.-R.    D'Allemagne.) 


PRÉFACE  XIX 

leurs  bijoux  d'or  et  d'argent  et  à  la  fin  de  la  guerre,  on  leur  donna  en  échange 
des  broches,  des  bagues  et  autres  objets  en  fer  fondu  portant  cette  inscription  : 
Gold  gab  ich  fur  Eisen  (J'ai  donné  de  l'or  pour  du  fer). 

«  Au  printemps  de  1813,  Rudolph  Verkmeister  fit  fabriquer  à  la  fonderie 
royale  de  Glauwitz  des  anneaux  nuptiaux  en  fer  avec  la  légende  :  Einge- 
tauscht  zum  Wohl  des  Vaterlandcs  (Echangé  pour  le  bien  de  la  Patrie).  Ces 
anneaux  étaient  fabriqués  avec  l'autorisation  de  l'autorité  militaire  et 
étaient  remis  en  échange  d'anneaux  d'or... 

«  Les  revers  successifs  de  Napoléon  furent  célébrés  par  les  Allemands 
par  des  médailles  commémoratives  des  victoires  des  alliés.  Ces  médailles 
furent  montées  en  chaînettes  de  montres  et  chacun  les  arborait  avec  fierté  ». 

Ouvrons  une  parenthèse  pour  constater  que,  pendant  la  guerre  de  1914- 
1918,  l'Allemagne,  quand  le  cuivre,  qu'elle  ne  pouvait  plus  se  procurer  au 
dehors,  lui  fit  défaut  pour  fabriquer  des  munitions,  s'inspira  du  précédent 
de  1813,  dont  elle  avait  retiré  un  profit  fort  avantageux.  Son  gouvernement 
exerça,  par  tous  les  moyens  dont  il  disposait,  une  pression  persistante  sur 
la  population  pour  obtenir  qu'elle  lui  remît  tous  les  objets  de  cuivre,  prin- 
cipalement la  batterie  de  cuisine,  qu'elle  possédait  et  en  échange  lui  donna 
des  pièces  correspondantes  ou  des  souvenirs  en  fer  avec  des  inscriptions 
appropriées.  Il  sut  également  se  faire  verser  en  grande  quantité,  pour  sub- 
venir aux  besoins  de  sa  trésorerie,  des  bijoux  d'or,  entre  autres  des  chaînes, 
qu'il  remplaça  par  d'autres  en  fer  :  le  port  d'une  chaîne  de  montre  en  fer 
devint  une  preuve  de  patriotisme  comme  en  France,  au  début  de  la  Révo- 
lution, celui  de  cordons  au  lieu  de  boucles  aux  souliers  en  était  une  de  civisme. 
Constatons  aussi  que  la  dernière  guerre  a  vu  renaître  en  Allemagne  la  mode  des 
médailles  commémoratives  en  fonte  :  les  portraits  de  ses  souverains  ou  de  ses 
généraux,  leurs  victoires  vraies  ou  fausses,  leurs  crimes  mêmes  —  car  ce  pays 
est  allé,  dans  son  cynisme  et  sa  honteuse  forfanterie,  jusqu'à  tirer  vanité  du 
torpillage  du  Lusitania,  dont  le  souvenir,  souillure  ineffaçable,  restera  éter- 
nellement attaché  à  son  nom  —  tout  lui  a  été  motif  à  la  mise  en  circulation 
de  médailles  prétendument  patriotiques. 

Mais  revenons  à  la  mode  de  la  «  fonte  de  Berlin  ». 

A  vrai  dire,  fait  remarquer  M.  Henry  D'Allemagne,  ce  composé  existait 
antérieurement  à  1813  :  il  avait  été  jeté  sur  le  marché  quelques  années  aupa- 
ravant sous  la  forme  de  menus  objets  ou  bijoux  en  fer  fondu  ou  en  filigrane 
de  fer,  mais  il  est  certain  que  l'emploi  en  fut  vulgarisé  par  le  caractère 
national  revêtu  par  les  pièces  populaires  de  circonstance  qu'il  servit  à  fabri- 
quer. On  en  fit  des  colliers,  des  bracelets,  des  breloques,  des  chaînes,  des 
bourses,  des  croix,  des  boucles  d'oreilles,  des  boucles  de  culotte,  des  clefs 


XX  PRÉFACE 

de  montres,  des  boutons  d'habit  ou  de  manchettes,  des  cachets,  des  boîtes, 
des  camées,  etc..  L'industrie  de  la  bijouterie  en  fer  fondu  ou  «  fonte  de 
Berlin  »,  née  en  Allemagne,  ne  tarda  pas  à  être  importée  en  France  et  à  s'y 
développer  ;  ses  produits  dédaignés  tout  d'abord,  sont  aujourd'hui  très 
recherchés  :  M.  Le  Secq  des  Tournelles  a  été  l'un  des  premiers  à  entreprendre 
d'en  réunir  une  collection. 

Influence  de  la  politique  sur  les  accessoires  du  costume.  — 
Tout  au  long  des  Accessoires  du  Costume  et  du  Mobilier,  on  trouve  ainsi  de 
curieux  aperçus  sur  l'intervention  de  la  politique  dans  la  formation  —  ou 
la  déformation  — ■  de  la  mode  et  sur  l'évolution  du  goût  du  jour.  Une  époque 
surtout,  la  plus  grande  de  toutes  par  le  formidable  bouleversement  qu'elle  a 
apporté  dans  la  vie  nationale,  la  Révolution,  a  été  la  cause  d'une  succession 
ou  plutôt  d'une  création  de  pièces  d'actualité  qui  se  renouvelaient  avec  les 
événements  et  qui,  par  suite,  ne  duraient  guère,  car  les  événements  allaient 
vite  en  ces  années  tragiques.  Ces  inventions  ont  trouvé  leur  réalisation  la 
plus  étonnante  dans  l'exploitation  que  fit  des  matériaux  de  la  Bastille, 
pierre  ou  fer,  l'entrepreneur  de  sa  démolition,  ce  Palloy  qui  signait  «  patriote 
pour  la  vie  »  et  qui  sut,  dans  l'opération,  se  tailler  une  réclame  peu  ordi- 
naire. Pendant  un  temps,  tout  fut  «  à  la  Bastille  »  et  l'on  peut  voir,  au  Musée 
Carnavalet,  à  Paris,  et  au  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  à  Rouen,  des  spé- 
cimens caractéristiques  de  cet  engouement  patriotique  et  révolutionnaire. 
Parmi  les  trouvailles  les  plus  imprévues  de  l'encombrant  mais  ingénieux 
Palloy,  il  faut  citer  les  bagues  de  fer  où  étaient  enchâssés  de  petits  fragments 
de  pierre  provenant  de  la  célèbre  prison  d'Etat,  qu'il  livrait  au  commerce  ; 
les  femmes  portaient  des  médaillons  faits  de  pierre  de  même  origine  ;  des 
cachets,  des  breloques,  des  boucles  de  souliers,  des  boucles  d'oreilles  affec- 
taient la  forme  de  la  Bastille  ;  la  prise  de  la  Bastille,  peinte,  sculptée  ou 
gravée,  apparaissait  sur  des  boutons  d'habit,  sur  le  couvercle  de  boîtes,  sur 
des  tabatières,  sur  des  éventails,  sur  des  lames  de  couteau,  etc..  Il  y  eut  aussi 
des  boucles  de  souliers  «  au  Tiers-Etat  »,  qui  représentaient  une  équerre 
enlacée  dans  un  cœur  fait  d'ornements  architecturaux,  et  des  boucles  «à  la 
Nation  »  où,  sur  un  cercle  massif,  décoré  de  dessins  en  zigzag  gravés,  étaient 
placés,  en  triangle,  de  petits  tableaux  portant  en  lettres  découpées;  «Vive 
la  Nation  ». 

Ne  disons  pas  que  la  mode  est  une  courtisane  :  le  mot  dépasserait  — 
peut-être  — ■  notre  pensée,  mais  disons  que  ceux  qui  la  font,  ceux  qui  la 
lancent,  ceux  qui  s'y  soumettent  sont  des  courtisans  et,  comme  tous  les 
courtisans,  c'est  aux  heureux  du  jour,  aux  grands  du  moment,  aux  vain- 
queurs, qu'ils  portent  leurs  hommages  et  leurs  adulations.  La  mode  vole 


PRÉFACE  XXI 

au  secours  de  la  victoire,  la  mode  s'écarte  des  vaincus  et  des  malheureux  ; 
elle  n'a  de  sourires  que  pour  la  fortune  ;  mérite-t-elle  qu'on  la  respecte,  puis- 
qu'elle ne  se  respecte  pas  ?  On  prétend  que  Talleyrand,  qui  avait  la  cynique 
franchise  de  ses  vices  et  de  ses  bassesses,  aurait  déclaré  un  jour  :  «  J'ai  prêté 
dix-sept  serments,  et  je  les  ai  tous  tenus  ».  Il  disait  vrai,  après  tout,  puisqu'il 
ne  trahissait  les  régimes,  les  gouvernements  ou  les  hommes  auxquels  il  avait 
prêté  serment  qu'après  leur  chute  et  leur  remplacement.  Le  brigadier,  dans 
Les  Deux  Gendarmes  de  Gustave  Nadaud,  professe  de  même  : 

J'ai    toujours    servi    sans   réplique 
Les    gouvernements    établis, 
Louis-Philippe    et    la    République, 
Napoléon  et  Charles  X... 

Telle  est  aussi  la  mode,  qui  sert  tous  les  gouvernements  établis,  encense 
les  maîtres  du  jour  et  de  l'heure,  quels  qu'ils  soient.  Elle  ne  fait  point  scrupule 
de  se  déjuger  et  ceux  qui  la  créent  ou  qui  lui  obéissent  suivent  sans  hésitation 
les  mouvements  populaires.  C'est  pourquoi, nous  voyons  la  mode,  en  matière 
de  bijoux  et  de  bibelots,  changer  si  souvent  pendant  la  Révolution.  Si  le 
spectacle  de  ces  variations  de  la  mode,  dans  ce  qu'elles  ont  d'une  profession 
de  foi  politique,  n'était  pas  profondément  douloureux  et  affligeant,  à  cause 
de  tout  ce  qu'elles  révèlent  de  la  légèreté,  de  la  versatilité,  de  l'ingratitude 
et  de  la  lâcheté  humaines  — ■  «  tant  que  tu  seras  heureux,  a  dit  Ovide,  tu 
compteras  beaucoup  d'amis,  mais  que  les  temps  deviennent  nuageux,  tu 
seras  seul  »  —  ce  serait  un  grand  divertissement,  un  amusement  prolongé,  que 
nous  apporterait  le  livre  de  M.  Henry  D'Allemagne,  où,  par  la  force  même 
des  choses,  il  doit,  presque  pour  chacune  des  pièces  de  parure  dont  il  raconte 
l'histoire  anecdotique,  rappeler  des  abandons  complets  après  des  engoue- 
ments hors  de  propos  et  de  mesure. 

Cependant,  parmi  tant  de  plates  manifestations  de  l'abaissement  devant 
le  pouvoir,  même  le  pire,  parfois  apparaissent  quelques  exemples  de  fidélité 
à  la  puissance  déchue  ou  d'attachement  aux  souverains  tombés,  d'autant 
plus  touchants  qu'on  les  rencontre  en  moins  grand  nombre  :  ces  objets  de 
parure  qui,  sous  la  Révolution,  donnaient,  par  leur  dessin,  le  portrait  des 
membres  de  la  Famille  Royale  ou  qui,  sous  Louis  XVI II,  reproduisaient  les 
traits  de  l'Empereur. 

Parfois  aussi,  c'est  le  mécontentement,  l'hostilité  qui  s'affirment  par 
le  moyen  de  bibelots  de  circonstance. 

Quel  que  soit  l'esprit,  le  sentiment  qui  en  ait  dicté  l'invention,  ces 
fantaisies,  courtisanesques,  loyalistes  ou  frondeuses,  constituent  des  pièces 


XXII  PRÉFACE 

de  collection  prisées  pour  leur  rareté.  Savons-nous  si,  dans  quelques  siècles, 
un  amateur  spécialisé  dans  la  recherche  des  épingles  de  cravates  ne  se  tiendra 
pas  pour  un  homme  heureux  le  jour  où  il  mettra  la  main  sur  l'épingle  «  au 
chapeau  cabossé  »,  qui  fut  créée,  il  y  a  quelques  années,  par  un  bijoutier 
du  Palais-Royal,  à  la  suite  du  coup  de  canne  porté  par  un  spectateur,  en 
matière  de  protestation  contre  une  certaine  politique,  sur  le  chapeau  haut- 
de-forme  d'un  président  de  la  République  paisiblement  assis  dans  la  tribune 
officielle  de  l'hippodrome  de  Longchamps  ?  On  écrit  l'histoire  par  l'image  ; 
on  pourrait  l'écrire  aussi,  mais  ce  serait  plus  difficile,  par  les  bibelots.  On 
pourrait  le  faire,  par  exemple,  avec  les  pipes.  Charles  Monselet  disait  que 

L'on   n'a   pas  été   grand'chose 
Tant  qu'on  n'a  pas  été  Bœuf  gras. 

Le  Bœuf  gras  est  mort,  mais  la  pipe  vit  toujours.  Et  la  vérité,  c'est 
qu'on  n'a  pas  été  grand'chose  tant  qu'on  n'a  pas  été  tête  de  pipe  — ou, 
comme  on  pouvait  le  dire  il  n'y  a  pas  bien  longtemps  encore,  qu'on  n'a  pas 
réellement  connu  la  gloire  tant  qu'on  n'a  pas  été  pain  d'épice. 

Les  principaux  centres  de  fabrication  pour  les  accessoires  du 
costume  et  du  mobilier.  —  On  peut,  en  lisant  le  beau  livre  de  M.  Henry 
D'Allemagne,  faire  à  travers  l'ancienne  France  un  voyage  plein  d'agrément 
et  bien  instructif.  Par  lui,  on  s'initie  aux  industries  localisées  et  l'on  apprend 
dans  quelle  fabrication  telle  ou  telle  province,  telle  ou  telle  ville  s'était 
confinée  et  illustrée.  Pour  le  xvme  siècle,  par  exemple,  on  constate  une 
variété  infinie  de  ces  fabrications,  dont  certains  pays  conservaient  en 
quelque  sorte  le  monopole  de  fait. 

C'est  Paris,  bien  entendu,  qu'il  faut  citer  en  tète  ;  Paris,  l'immense 
atelier  où  des  mains  exercées  et  expertes  savaient,  comme  aujourd'hui, 
ouvrer  avec  un  art  incomparable  les  matières  premières  qui  lui  venaient  de 
tous  les  points  de  la  France  et  de  l'étranger  ;  Paris  qui  faisait  la  mode  et 
donnait  le  ton  au  monde  ;  Paris  déjà  spécialisé  et  maître  en  tous  genres, 
ne  redoutant  aucune  concurrence  pour  les  articles  qui  demandaient  de 
l'élégance,  de  l'ingéniosité,  du  goût,  de  la  grâce,  de  la  grâce  «  plus  belle  encor 
que  la  beauté  ». 

D'ailleurs,  Paris  a  vu  deux  fabrications,  l'une  et  l'autre  importées 
d'Angleterre,  qui  eurent  dans  la  seconde  moitié  du  xvme  siècle  et  pendant 
les  premières  années  du  xixe,  une  vogue  extraordinaire,  celle  de  l'acier 
travaillé,  poli,  taillé,  guilloché,  et  celle  de  la  tôle  vernie,  s'introduire  sur  son 
territoire,  s'y  perfectionner,  s'y  développer  merveilleusement,  y  atteindre 
à  une  fortune  imprévue. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  VI 


13 


15 


Bijoux  normands  en  or  repercé  et  filigrane  garnis  de  strass  :  Boucles  d'oreilles,  broches-épingles,  plaques  de  bracelets. 

I,a  plupart  de  ces  bijoux  portent  au  centre  une  pensée  émaillée.  xixe  siècle. 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


PRÉFACE  XXIII 

Une  autre  fabrication,  également  importée  d'Angleterre,  celle  des 
aiguilles  d'acier,  fit  ses  débuts  à  Mérouvel,  près  de  Laigle,  en  Normandie, 
où  elle  se  maintint,  mais  d'où  elle  se  répandit  à  Rouen  et  à  Evreux,  tandis 
que  Paris  continuait  à  fournir  au  marché  les  aiguilles  à  broder,  à  tapisser 
ou  à  tricoter,  qui  étaient  en  d'autres  matières. 

Dieppe  se  montrait  sans  égal  pour  le  travail  de  l'ivoire,  que  ses  artisans 
savaient  ajourer  jusqu'à  lui  donner  l'aspect  d'une  dentelle,  ce  qui  était  le 
cas  pour  les  navettes,  ou  sculpter  finement,  s'ils  devaient  le  façonner  en  râpes 
à  tabac. 

Les  manufactures  de  Saint-Cloud,  de  Mennecy-Villeroy,  de  Moustiers, 
de  Rouen,  etc..  livraient  les  manches  de  couteau  en  faïence  et  en  porcelaine. 

Les  articles  de  bois,  principalement  de  buis,  râpes  à  tabac  et  tabatières 
entre  autres  —  la  joaillerie  de  Saint-Claude,  comme  on  les  appelait —  étaient 
pour  la  plupart  ciselés  ou  tournés  dans  le  Jura,  mais  un  tabletier  de  Grenoble, 
Bouron,  lança  des  tabatières  de  son  invention  qui  de  lui  prirent  leur  nom 
de  «  Bouronnes  »  et  qui  furent  recherchées  du  public. 

L'acier  de  Rives,  en  Dauphiné,  était  renommé  et  les  couteliers  s'en 
servaient  volontiers,  ceux  de  Thiers  notamment,  pour  faire  les  lames  de  leurs 
couteaux  de  qualité.  Thiers,  Châtellerault  et  Langres  possédaient  les  cou- 
telleries les  plus  réputées,  mais  il  en  existait  d'excellentes  à  Moulins,  à 
Saint-Etienne,  à  Caen,  à  Paris. 

Les  navettes  d'acier  et  les  étuis  à  ciseaux  en  fer  découpé  et  ajouré  sor- 
taient des  ateliers  de  Moulins. 

En  Picardie  et  en  Champagne,  on  fabriquait  beaucoup  d'articles  de 
cuisine,  notamment  les  crémaillères  et  les  grils,  mais  en  Provence,  on  tra- 
vaillait avec  le  plus  grand  soin  le  fer  limé  et  poli,  dont  on  faisait  des  râteliers 
de  cuisine  fort  estimés. 

A  la  Chartreuse  de  Durbon,  en  Dauphiné,  on  fondait  des  plaques  de 
cheminées  très  répandues  dans  la  région  des  Alpes;  d'autres,  qui  n'étaient 
pas  moins  appréciées,  étaient  coulées  en  Bretagne. 

Certains  dévidoirs,  formés  de  vergettes  d'acier  articulées  et  qui  se 
fixaient  sur  une  table,  passaient  pour  les  plus  parfaits  du  genre  s'ils  avaient 
été  exécutés  à  Plombières,  grand  centre  de  fabrication  de  pelles  et  de  pin- 
cettes, de  truelles  à  poissons,  de  boîtes  à  thé  ou  à  sucre,  de  porte-montres, 
de  caisses  à  fleurs,  de  miroirs,  de  corbeilles  à  pain  ou  à  fruits,  de  rouets,  etc., 
de  même  que  les  tabatières  en  faïence  de  Rouen  ou  en  pâte  tendre  de  Sèvres, 
de  Mennecy  ou  de  Chantilly  étaient  ce  qui  se  faisait  de  mieux  dans  cet 
article. 


XXIV 


PREFACE 


Dans  ces  notes,  il  n'a  guère  été  question  que  du  xvme  siècle,  bien  que 
les  autres  n'aient  pas  été,  de  la  part  de  l'auteur,  l'objet  d'une  moindre  atten- 
tion. C'est  simplement  que  ce  siècle  est  celui  où  l'article  de  Paris,  l'article  de 
Paris  élégant  et  riche,  a  connu  sa  principale  période  de  prospérité,  celui, 
en  tout  cas,  où,  exporté  par  ses  fabricants,  emporté  par  les  étrangers  qui  — 
depuis  longtemps  déjà  ■ —  venaient  en  France  pour  s'y  distraire  intellectuelle- 
ment, s'y  amuser  et  apprendre  les  belles  manières,  et  où  il  s'est  imposé  au 
monde  entier  ;  celui  donc  qui  lui  a  valu  son  éclatante  et  universelle  renommée  ; 
celui  où  à  la  matière  précieuse  et  rare,  précieuse,  naturellement,  parce  qu'elle 
était  rare,  a  commencé  de  se  substituer  la  matière  vulgaire  et  de  peu  de 
prix,  où  l'acier  a  remplacé  l'or  et  l'argent,  où  le  strass  s'est  substitué  au 
diamant,  celui,  par  conséquent,  où  l'objet  a  tiré  toute  sa  valeur  de  la  qualité 
du  travail  ;  celui,  enfin  où  le  luxe  dans  les  accessoires  du  costume  et  du 
mobilier  a  pu,  comme  nous  le  dirions  aujourd'hui,  se  démocratiser.  On  ne 
fabriquait  pas  encore  «  en  série  »,  mais  déjà  l'on  pouvait,  néanmoins,  fabriquer 
pour  tous  les  goûts  et  pour  toutes  les  bourses. 

Et  ainsi,  il  se  trouve  que  M.  Henry  D'Allemagne,  en  bon  Français  et 
en  bon  Parisien  qu'il  est,  a  élevé  un  monument  à  la  gloire  de  l'industrie 
française  de  luxe  et  à  celle  de  l'article  de  Paris. 


Janvier  1926. 


Etienne  CHARLES. 


CHAPITRE    PREMIER 


LA  PARURE  ET  LA  TOILETTE 


Les  marchands  merciers.  -  Ils  représentent  le  négoce  exercé  aujourd'hui, 
par  les  grands  magasins  de  nouveautés.  —  II.  Principaux  marchands  merciers 
au  xvne  siècle.  —  III.  Le  magasin  du  a  Petit  Dunkerque  »  tenu  par  Granchez, 
à  la  fin  du  xvme  siècle. 

La  bijouterie.  -  -  I.  Les  bijoux  dans  la  Préhistoire  et  dans  l'Antiquité.  -  -  II,  Les 
bijoux  au  Moyen  Age.  --  III.  Les  bijoux  au  xve  siècle.  —  IV.  Bijoux  à  devises 
parlantes  au  xvie  siècle.  —  V.  Bijoux  en  émail  cloisonné  sur  cristal.  —  VI. 
Bijoux  de  deuil.  -  -  VIL  Décoration  des  bijoux  au  xvme  siècle  :  le  style  «  à  la 
grecque  ».  —  VIII.  Les  bijoux  à  la  mode  sous  le  règne  de  Louis  XVI.  —  IX.  In- 
fluence de  l'Antiquité  dans  la  décoration  des  bijoux.  —  X.  De  l'emploi  des 
intailles  et  des  camées.  —  XL  Emploi  de  la  mosaïque,  de  l'ambre  et  du  corail.  — 
XII.  Les  bijoux  en  or  sous  le  Ier  Empire.  —  XIII.  La  miniature  employée  dans 
la  bijouterie.  —  XIV.  Les  croix  «  à  la  Jeannette  ».  —  XV.  Motifs  divers  à  la  mode 
sous  l'Empire.  —  XVI.  Bijouterie  en  strass.  —  XVII.  Destruction  des  anciennes 
pièces  d'orfèvrerie.  —  XVIII.  Livres  de  modèles  de  bijouterie  et  d'orfèvrerie. 

Bijoux,  enseignes  de  pèlerinages.  —  I.  La  bijouterie  de  plomb  antérieurement 
au  xve  siècle.  —  IL  Enseignes,  affiches  et  affiquets. 

Anneaux  et  bagues.  —  I.  Les  bagues  dans  l'Antiquité.  IL  Les  bagues  aux 
xme  et  xive  siècles.  --  III.  Variété  des  bagues  au  xvie  siècle.  —  IV.  Anneaux 
de  mariage.  —  V.  Bagues  à  la  mode  au  xvme  siècle.  —  VI.  Bagues  patriotiques. 
—  VIL  Bagues  à  la  poignée  de  mains.  —  VIII.  Bagues  hiéroglyphiques. 

Bracelets.  —  I.  Bracelets  chez  les  Bomains  et  les  Gaulois.  —  IL  Les  bracelets 
au  Moyen  Age.  —  III.  Bracelets  garnis  de  perles  d'acier  et  de  camées. 

Pendants  de  cou.  —  I.  Les  reliquaires  portés  au  cou  du  vme  au  xive  siècle.  — 
IL  Le  pend-à-col  du  xive  au  xvie  siècle.  —  III.  Le  carcan.  —  IV.  Les  chaînes 
dites  «  à  jazeran  ».  -  V.  Les  esclavages.  -  -  VI.  Colliers  en  forme  de  chaînes 
ou  de  serpents.  —  VII.   Beliquaires. 


/  LA    PARURE    ET    LA    TOILETTE 

Boucles  d'oreilles.  —  I.  Boucles  d'oreilles  portées  indifféremment  par  les  hommes 
et  par  les  femmes.  —  II.  Modèles  de  boucles  d'oreilles  dessinés  par  François 
Merlin.  —  III.  Les  boucles  d'oreilles  à  la  cour  de  Henri  III.  —  IV.  Boucles 
d'oreilles  en  strass  au  xvme  siècle.  —  V.  Les  boucles  d'oreilles  en  Orient.  — 
VI.  Boucles  d'oreilles  révolutionnaires.  —  VII.  Boucles  d'oreilles  de  fantaisie. 

Bijoux  en  acier.  —  I.  Leur  fragilité.  —  IL  Dauffe,  le  premier  fabricant  d'objets 
en  acier  en  France.  -  III.  Faveur  dont  jouissait  la  bijouterie  d'acier  à  la 
fin  du   xvme  siècle.  IV.   Principaux  fabricants   de   bijouterie  d'acier  au 

xixe  siècle. 

Bijoux  en  fonte  de  Berlin.  I.  Bijoux  patriotiques  usités  en    France  en    1789. 

—  IL  Vogue  de  la  fonte  dite  «  de  Berlin  »  en  1813.  -  -  III.  La  bijouterie  en 
fer  fondu  en  France  au  xixe  siècle. 

Boucles.  -  I.  Les  fermaux  ou  fermillets.  -  -  II.  Corporations  se  livrant  à  la  fabri- 
cation des  boucles.  III.  Boucles  de  ceintures,  de  baudriers,  de  ceinturons, 
de  culottes  et  de  souliers.  —  IV.  Les  boucles  au  xvme  siècle.  —  V.  Boucles 
de  chapeaux.  —  VI.  Boucles  symboliques  et  boucles  d'actualités.  —  VIL  Les 
boucles  sous  la  Bévolution.  VIII.  Interdiction  de  porter  des  boucles  en 
métal  précieux.  —  IX.  Boucles  en  or  et  en  argent.  —  X.  Boucles  garnies  de 
peintures,  de  miniatures  ou  de  fixés.  --  XL  Emploi  des  plaques  de  porcelaine 
de  Wedgwood  et  de  Sèvres  dans  la  décoration  fies  boucles. 

Ceintures.  1.   La  ceinture  accessoire  du  costume  ecclésiastique,   militaire  et 

civil.  —  IL  Les  ceintures  au  Moyen  Age  :  Corporations  qui  les  fabriquaient. 

—  III.  Le  demi  ceint.  -  -  IV.  Larges  ceintures  munies  de  boucles. 

Boutons.  -  I.  Leur  emploi  dans  le  costume  au  Moyen  Age  :  corporations  se  livrant 
à  leur  fabrication.  -  -  IL  Les  boutons  d'orfèvrerie  au  xvie  siècle.  —  III.  Les 
passementiers-boutonniers  travaillent  concurremment  avec  les  orfèvres  à  la 
fabrication  des  boutons,  au  xvue  siècle.  —  IV.  Boutons  de  grande  taille  ornés 
de  miniatures  au  xvme  siècle.  -  -  V.  La  collection  de  boutons  du  baron  Péri- 
gnon.  —  VI.  Les  boutons  d'acier  au  xvme  siècle  :  leur  fabrication.  —  VII.  Bou- 
tons de  fantaisie.  --  VIII.  Boutons  révolutionnaires.  —  IX.  Vogue  des  boutons 
de  métal  au  xixe  siècle. 

Epingles.  — -  I.  Différentes  espèces  d'épingles  :  épingles  communes  et  épingles  de 
joaillerie.  —  IL  Vogue  des  épingles  de  joaillerie  au  Moyen  Age.  —  III.  Les 
épingles  communes  :  Corporations  qui  les  fabriquent.  —  IV.  Epingles  de  laiton. 

Diadèmes  et  peignes.  -  I.  Les  diadèmes  dans  l'Antiquité.  —  II.  Les  diadèmes 
au  Moyen  Age.  —  III.  Renaissance  des  diadèmes  au  xixe  siècle.  —  IV.  Peignes 
et  ornements  de  la  coiffure. 

Châtelaines.  —  I.  La  vogue  des  châtelaines  au  xvme  siècle.  — -  IL  Les  châtelaines 
en  Pomponne  :  origine  du  nom.  -  -  III.  Châtelaines  de  dames  et  châtelaines 
d'hommes.  —  IV.  Les  breloquets. 

Crochets  divers.  —  1.   Les  crochets  de  tapisserie.  —  IL  Les  crochets  d'épées. 

Cachets.  —  I.  Les  cachets  dans  l'Antiquité.  —  II.  Les  sceaux  au  Moyen  Age.  — 
III.  Le  petit  scel  ou  signet.  —  IV.  Cachets  à  trois  faces  et  étuis  à  cire  formant 
cachet.  • —  V.   Cachets  révolutionnaires.  VI.  Cachets   breloques. 

Pommes  de  cannes.   —   I.  Le  Tau  et  le  bâton  pastoral.        IL  Cannes  et  bâtons 
du  xiiie  au  xvie  siècle.  —    III.  Les  cannes  à  la  Cour  du  roi  de  France  au 
xvne  siècle.      -  IV.  Joncs  à  pomme  d'or.  -      V.  Cannes  de  corporations. 
VI.  Cannes  à  combinaisons  multiples. 


LA    PARURE    ET    LA    TOILETTE  6 

Eventails.  1.  Esmouchoir,  flabelle,  flavelle,  flabellura,  eventouer,  antérieurement, 
au  xve  siècle.  -  -  IL  Richesse  déployée  dans  les  éventails  au  xvie  siècle.  - 

III.  Les  éventails  au  xvne  siècle  :  diverses  corporations  les  établissent. 

IV.  Eventails  dits  «  brisés  ».  -  -  V.  Fabrication  et  prix  de  vente  des  éventails 
au  xvme  siècle.  —  VI.  Eventails  en  vernis  Martin  et  éventails  en  papier.  - 
VIL  Eventails  à  coulisse.  --  V11I.  Eventails  révolutionnaires.  --  IX.  Eventails 
factieux  ou  séditieux.  -  -  X.  Eventails  en  corne  découpée  et  éventails  minus- 
cules. —  XL  Traité  du  maniement  de  l'éventail.  —  XII.  Eventails  aux  formes 
fantaisistes  au  début  du  xixe  siècle.  -  -  XIII.  Eventails  à  la  mode  sous  la 
Restauration.  —  XIV.  Eventails  en  peau  d'âne  servant  de  mémento.  — 
XV.  Eventails  énigmatiques,  éventails  de  plumes  d'autruche  ou  d'oiseaux  des 
Iles.  —  XVI.  Eventails  décorés  de  chromolithographies  sous  Louis-Philippe. 

Ecrans  à  feu.  —  I.  Leur  emploi  au  Moyen  Age.  —  IL  Ecrans  d'osier  et  de  paille. 

—  III.  Ecrans  employés  dans  les  cuisines  et  les  rôtisseries.  —  IV.  Richesse 
déployée  dans  les  écrans  au  xvne  siècle.  —  V.  Ecrans  à  main  illustrés  par  les 
meilleurs  maîtres.  —  VI.  Ecrans  en  papier  des  Indes. 

Miroirs.  —  I.  Miroirs  d'orfèvrerie,  de  bronze,  d'étain  ou  d'acier.  —  IL  Enigme 
sur  les  miroirs.  —  III.  Miroirs  magiques. 

Corsets  de  fer. 

Tablettes  et  souvenirs.  —  1.  Les  tablettes  de  cire  dans  l'Antiquité.  —  IL  Les 
tablettes  des  comptes  de  l'Hôtel  du  Roi  au  xme  siècle.  —  III.  Tablettes  de 
cire  aux  xve  et  xvie  siècles.  -  -  IV.  Tablettes  et  agendas  au  xvne  siècle.  — 

V.  Tablettes  souvenirs  offertes  en  présent  au  xvme  siècle.  —  VI.  Carnets 
et  tablettes  ornés  de  pierres  précieuses.  —  VIL  Carnet  de  bal  et  souvenirs 
au  xixe  siècle. 

Fermoirs  de  livres  et  reliures  en  métal. 

Escarcelles  et  aumônières.  —  I.  Bourses,  alloières  et  aumônières  au  xive  siècle. 

—  IL  Les  escarcelles  du  xme  au  xvie  siècle.  —  III.  Escarcelles  dites  «  char- 
nières  »  servant  pour  la  fauconnerie.  —  IV.  Bourses  de  mariage. 

Sacs  et  réticules.  —  I.  Invention  des  poches.  —  IL  La  braguette  utilisée  en  guise 
de  poche  ou  de  sac.  ■ —  III.  Le  gousset.  —  IV.  Réticules  ou  ridicules.  —  V.  Sacs 
à  fermoirs  d'acier  et  sacs  en  étoffe.  —  VI.  Sacs  en  perles.  — VIL  Sacs  pailletés. 


LES    MARCHANDS    MERCIERS 


PREMIERE     PARTIE 


LES     MARCHANDS     MERCIERS 

I.  —  Ils  représentent  le  négoce  exercé  aujourd'hui  par  les 
grands  magasins  de  nouveautés. 


ous  devrons,  au  cours  de  cette  étude,  passer  en  revue 
les  différentes  classes  d'objets  qui  formaient  le  négoce 
du  commerce  de  luxe  pendant  les  derniers  siècles. 
Toutefois,  avant  de  nous  intéresser  aux  objets  eux- 
mêmes,  il  nous  a  semblé  qu'il  serait  intéressant 
de  savoir  de  quelle  manière  ces  objets  étaient  fabri- 
qués et  d'initier  un  peu  notre  lecteur  aux  secrets  qui  ont  présidé  à  la 
naissance  de  ces  mille  petits  riens  dont  s'enorgueillissait  et  s'enorgueillit 
encore  le  commerce  parisien.  Aussi,  sans  vouloir  faire  ici  l'historique  des 
institutions  de  l'ancien  régime,  nous  a-t-il  semblé  que  nous  ne  pouvions 
manquer  de  dire  un  mot  des  corporations  de  métier  se  rattachant  par  un 
côté  quelconque  à  notre  sujet.  Le  public  ignore  généralement  que  les 
œuvres  de  ces  artisans  étaient  strictement  limitées  par  des  règlements 
qu'on  pourrait  quelquefois  traiter  de  draconiens.  Alors,  les  conflits  entre 
deux  professions  similaires  étaient  nombreux  et  dès  qu'un  commerçant 
se  permettait  de  débiter  ou  même  de  posséder  chez  lui  des  marchandises 
étrangères  à  sa  spécialité,  il  était  poursuivi  par  la  communauté  lésée. 
Ce  principe  de  monopole,  qui  était  une  source  intarissable  de  procès,  de 
saisies  et  de  querelles,  subsista  jusqu'à  la  Révolution. 

Le  principe  de  la  spécialisation  des  métiers  entraînait  des  conséquences 
très  graves,  car,  appliqué  dans  toute  sa  rigueur,  il  condamnait  les  habitants 
de  Paris  à  se  priver  des  nombreux  objets  que  l'industrie  parisienne  ne 
fabriquait  pas. 

De  là  naquit  la  nécessité  de  former  un  corps  spécial  de  marchands, 


PRINCIPAUX    MARCHANDS    MERCIERS    AU    XVIIe    SIÈCLE  5 

les  merciers,  organisés  d'après  des  statuts  absolument  contraires  à  ceux  qui 
régissaient  les  autres  corporations.  Toute  fabrication  fut  interdite  à  ses 
membres,  mais,  en  revanche,  ils  eurent  le  droit  de  vendre  non  seulement 
les  articles  fabriqués  à  Paris  mais  aussi  toutes  espèces  de  produits  et 
d'objets,  quelles  que  fussent  leur  nature  et  leur  provenance. 

Le  trafic  des  merciers  prit,  en  peu  de  temps,  une  extension  considé- 
rable, et,  dès  le  xive  siècle,  il  représentait  assez  exactement,  toute  pro- 
portion gardée,  le  négoce  de  nos  magasins  de  nouveautés  actuels. 

L'article  12  des  statuts  de  1643  énumère  l'interminable  liste  des  mar- 
chandises que  les  merciers  sont  autorisés  à  «  vendre,  débiter,  troquer  et 
eschanger  >>  en  gros  et  en  détail  par  le  monde  entier.  Outre  les  étoffes,  les 
vêtements  œuvres,  les  passementeries,  les  chapeaux,  les  fourrures,  etc., 
leur  commerce  comprenait  encore  : 

Toute  sorte  de  jouaillerie  d'or  et  d'argent,  pierres  précieuses,  perles,  joyaux  d'or 
et  d'argent...,  corails,  grenads,  agathes,  etc.,  et  toutes  sortes  de  pierres  taillées  et 
non  taillées... 

...  Et  toutes  sortes  de  pâtenosterie,  droguerie,  etc.. 

Fer,  acier,  cuivre,  airain,  laton,  ouvrez  et  non  ouvrez,  neufs  ou  vieils... 

Espées,  dagues  et  poignards,  lames,  gardes  et  garnitures  d'iceux  et  toutes 
sortes  d'armes  pour  hommes  et  chevaux,  espérons,  estriers,  etc.. 

Fers,  clouds,  ciseaux,  lancettes,  canivets,  razoirs,  cousteaux. 

Espingles,  esguilles,  esguillettes,  ceintures,  porte-espée. 

Dinanderie,  quinquaillerie,  coustellerie  et  autres  sortes  de  marchandises  de 
cuivre. 

Fer,  fonte,  acier  et  toutes  autres  œuvres  de  forge  et  fonte. 

Miroirs,  images,  tableaux  tant  en  bosse  qu'autrement. 

Plumes,  gaines,  étuis,  boîtes,  escritoires,  etc.. 

Au  xvme  siècle,  les  merciers  étaient  restés  fidèles  au  principe  qui 
a\ait  donné  naissance  à  leur  communauté  et  ils  justifiaient  bien  le  proverbe 
qu'on  leur  avait  appliqué  :  «  Merciers,  marchands  de  tout,  faiseurs  de  rien  » 
{Dictionnaire  de  Trévoux,  édit.  1771). 

Cependant  les  célèbres  foires  des  xme  et  xive  siècles  n'existaient  plus 
à  Paris.  Le  commerce  de  détail  avait  pris  un  tel  développement  que  la 
corporation  s'était  fractionnée  et  spécialisée  en  une  vingtaine  de  classes  : 
il  y  avait  alors  les  marchands  grossiers,  les  marchands  de  draps  et  étoffes 
d'or,  les  marchands  joailliers,  les  marchands  quincailliers,  les  marchands 
d'objets  d'art,  etc.. 

II.  —  Principaux  marchands  merciers  au  XVIIe  siècle 

A  la  fin  du  xvne  siècle,  le  centre  du  commerce  de  la  mercerie  en  gros 
était  la  rue  Saint-Denis,  depuis  la  rue  des  Lombards  jusqu'à  la  rue  du  Petit- 
Lion  (aujourd'hui  rue  Tiquetonne).  Les  principaux  magasins  étaient  ceux  de  : 

Maillet  «  Aux  trois  maillets  ». 


h  LES    MARCHANDS    MERCIERS 

Le  Bray  «  A  la  gibecière  ». 

Bioche  «  Au  cheval  d'or  ». 

Deplanc  «  A  la  boëte  d'or   ». 

Nique  «  Au  cheval  noir  ». 

Begnault  «  Aux  trois  agneaux  ». 

Les  principaux  marchands  de  curiosités  étaient  : 

Dautel,  à  l'entrée  du  quai  de  la  Mégisserie. 

La  Fresnaye,  dans  la  galerie  du  Palais,  auquel  succédèrent  ses  deux 
fils,  l'un  qui  prit  l'enseigne  de  «la  Croix  d'or»  et  l'autre  celle  «  du  Dauphin  ». 

Fagnany  «  A  la  descente  de  la  Samaritaine  »,  quai  de  l'Ecole,  aussi 
célèbre  par  les  altérations  qu'il  fit  subir  aux  planches  de  Callot,  dont  il 
possédait  un  grand  nombre,  que  par  ses  tabatières  «  à  scandales  »  où  toutes 
les  aventures  scabreuses  du  moment  étaient  satiriquement  représentées  (1). 
Dans  Les  Souhaits,  comédie  jouée  en  1693,  il  est  fait,  en  ces  termes,  allusion 
à  ce  Fagnany  :  «  Momus.  Qui  est-ce  qui  porte  cet  épicier  à  éventer  la  honte 
de  son  lit  et  à  solliciter  une  place  sur  les  tabatières  de  Fagnany  ?  La  folie  !  » 
(Livre  Commode  des  Adresses,  par  Abraham  du  Pradel). 

M.  de  Gauroy,  rue  Bribcucher  (Aubry-le-Boucher)  tenait  magasin  de 
bijouteries  et  coffres  d'Angleterre. 

M.  de  la  Gousture,  au  Cloître-Saint-Nicolas  du  Louvre,  avait  un  talent 
particulier  pour  damasquiner  sur  l'acier  en  figures  et  ornements  de  la  Chine. 
Il  tenait  cet  art  du  fourbisseur  parisien  Gursinet,  mort  vers  1670,  qui  l'avait 
singulièrement  perfectionné  depuis  son  apparition.  Félibien,  dans  ses  prin- 
cipes d'architecture,  disait  de  Gursinet  :  «  Il  a  fait  des  ouvrages  incompa- 
rables en  cette  sorte  de  travail,  tant  pour  le  dessin  que  pour  la  belle  manière 
d'appliquer  son  or  et  ciseler  de  relief  par-dessus.  » 

L'Arche,  fondeur  et  ciseleur  en  bronze,  était  fort  renommé  pour  les 
figures  de  cabinet. 

Taboureux,  quai  de  la  Mégisserie,  imitait  fort  bien  les  coffres  et  ferrures 
d'Angleterre. 

Dans  YAlmanach  général  des  Marchands,  pour  l'année  1772,  nous 
trouvons  la  nomenclature  de  ce  qui  constituait  alors  le  commerce  de  la 
tabletterie. 

Les  marchandises  de  tabletterie  consistent  en  toutes  sortes  d'ouvrages  de  tour 
et  de  menue  marqueterie  en  bois,  métaux,  carton,  corne,  écaille,  ivoire,  nacre,  etc.. 
simples,  unis  et  de  couleur  naturelle,  vernis  et  galonnés  en  or  et  en  argent  ou  enjo- 
livés de  toutes  manières.  Ces  ouvrages  se  fabriquent  et  se  vendent  par  les  maîtres 
tabletiers,  tourneurs,  marqueurs,  mouleurs,  etc..  qui  forment  une  communauté 
considérable. 

(1)    Voir  nolice  sur  les  tabatières,  page  127. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  VII 


Parure  en  chrysolithes   montées  sur  argent  et  serties  d'un  perlé  d'or. 
Boucle  de  souliers,   pendentif,   plaques,  collier,   peignes,   boutons  et  boucles  d'oreilles.   xvme  siècle. 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


LE    MAGASIN    DU    «PETIT    DUNKERQUE»  / 

Les  principaux  objets  de  ce  commerce  sont  :  crucifix  et  figures  diverses,  bois 
d'éventails,  boëtes  de  toilette,  tabatières  et  bonbonnières  de  toutes  façons,  simples 
ou  à  secrets,  peignes,  toilettes,  navettes,  étuis,  lanternes  de  poche,  cornets,  écritoires, 
cannes  et  bâtons  d'officiers,  jeux  d'échecs,  de  tric-trac,  de  solitaire,  de  domino,  de 
quilles,  billes,  masses  et  queues  de  billard,  etc.. 

Les  principaux  marchands  tabletiers  de  cette  époque  étaient  :  Biget, 
rue  de  Bourbon  ;  Brion,  rue  Saint-Martin  ;  Ghantrel,  rue  Quincampoix  ; 
Clément,  rue  Saint-Antoine  ;  Gollesson,  rue  Saint-Martin  ;  Gompignié,  tour- 
neur du  roi,  rue  Bourg-l'Abbé  ;  Deslandes,  rue  du  Ponceau  ;  Duperron, 
rue  des  Arcis  ;  Godel,  rue  du  Grand-Hurleur  ;  Guillerant,  rue  aux  Ours  ; 
Hepner,  rue  Salle-au-Gomte  ;  Liétard,  rue  Saint-Denis  ;  Mermillod,  au 
Marché  Saint-Martin  ;  Olivier  Mané,  rue  des  Arcis  ;  Ouraert,  rue  aux  Ours  ; 
Poulin,  rue  Dauphine  ;  Varangeot,  rue  Guérin-Boisseau. 

III.  —  Le  Magasin  du  «Petit  Dunkerque  »  tenu  par  Granchez 

à  la  fin  du  XVIH«  siècle 

Un  peu  avant  la  Révolution,  le  magasin  à  la  mode  était  le  «  Petit 

Dunkerque  »  qui  était  situé  à  l'angle  du  quai  Gonti  et  de  la  rue  Dauphine. 

Le  propriétaire  Granchez  fut  le  premier  commerçant  qui  établit  chez  lui 

le  prix  fixe.  Sa  carte  de  commerce  était  ainsi  conçue  : 

Granchez  tient  le  grand  magasin  curieux  de  marchandises  françaises  et  étran- 
gères en  tout  ce  que  les  arts  produisent  de  plus  nouveau  et  vend  sans  surfaire  en 
gros  et  en  détail. 

Mercier,  dans  ses  «  Tableaux  de  Paris  »  a  laissé  une  curieuse  description 
du  commerce  de  cette  maison  où,  souvent,  Voltaire  allait  flâner  : 

Le  Petit  Dunkerque  étincelle  de  tous  ces  bijoux  frivoles  que  l'opulence  paie, 
que  la  fatuité  convoite,  que  l'on  donne  aux  femmes  honnêtes  qui  n'acceptent  point 
de  l'argent,  mais  bien  des  colifichets  en  or  parce  qu'ils  ont  un  air  de  décence. 

De  nombreux  tiroirs  sont  remplis  de  mille  bagatelles  où  le  génie  de  la  frivolité 
a  épuisé  ses  formes  et  ses  contours.  Le  prix  de  la  façon  vaut  dix  fois  le  prix  de  la 
matière.  L'or  a  pris  toutes  les  couleurs  ;  le  crystal,  l'émail,  l'acier  sont  des  miroirs 
taillés  à  facettes  et  les  enfantillages  de  l'industrie  délicate  sont  là  sur  leur  trône. 

Nos  petits  seigneurs  prennent  ces  bijoux  à  crédit,  les  distribuent  d'un  air  de 
nonchalance.  Dans  les  premiers  jours  de  l'année,  la  boutique  est  remplie  d'acheteurs  ; 
on  y  met  une  garde.  Ne  faut-il  pas  pouvoir  dire  en  étalant  une  boîte  :  c'est  du  Petit 
Dunkerque.  Chaque  année,  on  baptise  ces  petits  bijoux  d'un  nom  particulier  et 
bizarre. 

Il  faut  rendre  justice  au  goût  du  maître.  11  anime,  il  dirige  les  artistes,  il  imagine 
ce  qui  doit  plaire.  En  donnant  la  vogue  à  plusieurs  colifichets,  il  a  fait  travailler 
dans  la  capitale  ce  qu'on  était  obligé  de  faire  venir  à  grands  frais  de  l'étranger. 
La  bijouterie  a  fait  plus  de  progrès,  depuis  qu'il  a  mis  sous  les  yeux  du  public  des 
modèles  élégants  et  variés,  qu'elle  n'en  avait  fait  depuis  longtemps. 

D'ailleurs,  chez  lui  le  prix  des  bijoux  est  fixe  et  invariable  ;  et  si  la  rivalité 
fait  dire  aux  autres  marchands  qu'on  paie  le  double  au  Petit  Dunkerque,  c'est  la 
jalousie  qui  parle.  La  grâce  et  le  fini  des  bijoux  ne  les  rendent  pas  là  plus  chers 
qu'ailleurs. 

Voltaire,  lors  de  son  dernier  séjour  à  Paris,  se  plaisait  beaucoup  dans  le  riche 
magasin  de  cette  maison  curieuse.  Il  souriait  à  toutes  ces  créations  de  luxe. 


8  LES    MARCHANDS    MERCIERS 

Et  Mercier  termine  son  croquis  curieux  par  cette  pensée  philosophique  : 

Qui  découvrira  les  chaînons  imperceptibles,  mais  existants,  par  lesquels  nos 
manières  tiennent  les  unes  aux  autres  ?  Quand  les  femmes  portaient  de  grands  paniers 
on  forgeait  chez  les  orfèvres  des  assiettes  d'une  grandeur  extraordinaire.  Les  bijoux 
du  Petit  Dunkerque  semblent  d'accord  aujourd'hui  avec  nos  petits  appartements, 
nos  jolis  meubles,  notre  habillement  et  notre  coiffure.  11  est  donc  en  tout  des  rapports 
secrets  qui  ont  leur  origine  et  leur  liaison. 

De  l'enseigne,  le  nom  de  «  Petit  Dunkerque  »  passa  aux  objets  qu'on 
trouvait  dans  la  boutique  et  quand  celle-ci  fut  fermée  pour  toujours,  le 
nom  persista.  C'est  ainsi  que  Balzac  dans  son  roman  La  Cousine  Bette, 
qu'il  écrivit  vers  1838,  ne  manqua  pas  de  citer  ces  colifichets  qui  faisaient 
partie  des  nécessités  qu'une  femme  de  goût  étalait  dans  sa  chambre  et  dans 
son  cabinet  de  toilette. 

Sur  le  manteau  de  velours  de  la  cheminée,  dit-il,  s'élevait  la  pendule  alors  à  la 
mode.  On  voyait  un  «Petit  Dunkerque»  assez  bien  garni,  des  jardinières  en  porcelaine 
chinoise,  luxueusement  montées,  le  lit,  la  toilette,  l'armoire  à  glace,  le  tête-à-tête, 
les  colifichets  obligés  signalaient  les  recherches  ou  les  fantaisies  du  jour. 

Le  mot  «  Petit  Dunkerque  »  employé  par  Balzac  signifiait  moins  un 
joli  colifichet  qu'une  réunion  de  ces  objets  menus  qui  étaient  autrefois 
vendus  par  le  célèbre  magasin  et  qu'on  se  plaisait  à  étaler  sur  les  étagères. 

Le  «  Petit  Dunkerque  »  a  joué  un  tel  rôle  dans  les  préoccupations  mon- 
daines de  nos  aïeux,  que  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  donner  ici 
quelques  listes  des  articles  qu'on  rencontrait  dans  ce  magasin  et  que  son 
propriétaire,  Granchez,  faisait  publier  dans  les  almanachs  et  journaux  de 
l'époque. 

Bijoux  chez  le  sieur  Granchez,  quai  Conti,  a  la  descente  du  Pont-Neuf: 
(Almanach  général  des  marchands  pour  1772.) 

Anneaux  d'or  en  filigrane  de  Malthe  ; 
Rosettes  pour  souliers  de  femme  en  pierres  de  couleur  ; 
Bras  de  cheminée  à  lampes  économiques  ; 
Boutons  d'habits  très  brillants  ; 

Papier  pour  écrire  sans  encre  avec  toutes  sortes  de  métaux,  excepté  le  fer  et 
l'acier  ; 

Tablettes  en  souvenir,  pour  écrire  la  nuit  sans  lumière  ; 
Chambres  obscures  pour  dessiner  en  miniature  ; 
Warm-pam  ou   bassinoires  anglaises  ; 
Toutes  sortes  de  bijoux  d'enfans,  etc.. 

Articles  nouveaux  qui  se  trouvent  dans  le  magasin  du  Petit  Dunkerque 

{Mercure  de  France,  janvier  1775) 

Seaux  à  liqueur  en  crystal,  montés  en  argent  à  jour,  supérieurement  finis, 
432  livres  la  paire  ; 

Item.  Une  infinité  de  petits  meubles  de  table,  dans  le  même  genre,  sur  des 
modèles  nouveaux. 

Bonbonnières  en  stuc  très  légères. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Colliers  en  strass.  Ile-de-France  et   Normandie.   Début  du  xixe  siècle. 
Plaques  ornementales,  broche  et  agrafe  ornées  de  topazes  blanches   montées  sur  argent.   Espagne.   XVIIIe 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


siècle. 


LE    MAGASIN    DU    «PETIT    DUNKERQUE»  y 

Item,  en  écaille  blonde  incrustée  en  or,  depuis  les  plus  bas  prix  jusqu'aux 
plus  liant  prix. 

Tabatières  et  flacons  en  or  de  couleur,  renfermant  un  carillon,  jouant  trois  airs 
différents,  depuis  30  jusqu'à  50  louis. 

Une  grande  quantité  de  tabatières  depuis  les  plus  bas  prix  jusqu'à  celles  d'or 
émaillé  ;  parmi  lesquelles  il  y  en  a  d'ornées  de  médaillons,  d'agates  arborisées  fac- 
tices, plus  belles  que  les  naturelles,  et  supérieures  à  tout  ce  qu'on  a  fait  jusqu'à 
présent  dans  ce  genre  ; 

Item,  de  nouvelles,  en  écaille  mouchetés,  doublée  de  cuir  transparent  qui 
conservent  (le  tabac). 

Plusieurs  modèles  de  pendules,  flambeaux,  girandoles,  vases,  etc..  en  bronze 
doré  d'or  moulu. 

Tabatière  d'écaillé  de  couleur,  représentant  le  Bonheur  de  la  France  par  deux 
médaillons  en  or  de  Henri  IV  et  de  Louis  XVI  ;  et  autres  le  roi  et  la  reine  sur  un  fond 
capucine  transparent  :  48  livres  et  45  livres  pièce. 

Ecrans,  sacs  à  ouvrage,  manchons,  portefeuilles,  etc..  brodés  en  pierreries. 
Et  en  nouveau  de  ce  genre,  de  très  grands  écrans  d'appartements,  les  plus  riches 
qu'il  soit  possible  de  faire  :  prix  384  livres. 

Coussins  de  montres  de  différents  prix. 

Une  collections  considérable  de  jouets  d'enfants,  dont  beaucoup  en  mécanique. 

Et  enfin,  un  assortiment  de  tout  ce  qu'il  a  fait  paraitre  depuis  quatre  ans, 
tant  en  imagination  nouvelle  qu'en  articles  venans  ou  imités  de  l'anglais. 

Articles  du  Petit  Dunkerque 
(Mercure,  décembre  1775) 

En  attendant  le  premier  Mercure  où  il  aura  soin  de  faire  annoncer  les  mar- 
chandises qui  lui  seront  rentrées  de  France  et  de  l'étranger,  il  continue  à  vendre  le 
tombeau  d'Adonis  et  l'autel  à  l'Amitié.  Les  premiers  modèles  ont  été  présentés  et 
achetés  par  la  reine  ainsi  que  plusieurs  articles  de  cette  annonce. 

Plusieurs  ouvrages  d'acier  et  pinsbeck,  en  crochets  de  montre,  boiserie  et  tapis- 
serie, pomme  de  canne,  métier  à  filer,  éteignoir,  couteaux  d'acier  fondu  et  de  sa 
nouvelle  fabrique  de  C'ignancourt  :  loute  la  beauté  de  l'écaillé  formant  avec  le  cuir 
un  corps  très  fort  et  non  cassant  ;  ce  qu'il  n'étoit  pas  possible  de  faire  avec  ces  sortes 
d'écaillés  dont  les  feuilles  sont  toujours  très  minces,  ce  qui  fait  que  jusqu'à  ce  jour 
l'on  ne  l'avoit  employé  qu'en  bonbonnières.  Prix  :  15  et  12  livres. 

Almanachs  et  thermomètres  garnis  en  bronze  doré. 

Flambeaux  en  argent  haché,  les  ornements  en  bronze  doré  d'or  moulu. 

Item,  dorés  d'or  moulu  et  vernis  de  couleurs  transparentes. 

Cages  d'oiseaux  peintes  et  dorées  à  chine.  Prix  :  48  livres. 

Plusieurs  ouvrages  en  bronze,  supérieurement  ciselés  et  dorés  au  mat,  pour 
ornements  de  cheminée,  dans  les  goûts  les  plus  nouveaux,  n'ayant  jamais  rien  paru 
en  ce  genre. 

Jeu  de  tonton  mécanique,  dont  la  balle  remonte  et  descend  alternativement 
dans  une  colonne  à  vis.  Prix  :  144  livres. 

Secrétaires  de  voyage  en  bois  d'acajou,  lesquels  se  démontent  facilement  et  se 
renferment  dans  un  porte-manteau  ;  ouvrage  précieusement  fait  et  très  commode. 

Nouveaux  écrans  en  éventails,  à  mettre  devant  le  feu,  se  renfermant  dans  un 
tube  monté  sur  un  trépied.  Prix  :  48  livres. 

Écritoire  en  laque,  garnie  de  pièces  de  mathématiques  d'or  ;  prix  :  600  livres. 

Lunettes  de  spectacle  et  lorgnettes  en  or  émaillé  en  gris  et  bleu  ;  prix  :  900  et 
432  livres. 

Plateaux  à  café  d'une  nouvelle  fabrique,  en  papier  mâché,  plus  légers  que  ceux 
en  tôle. 

Souvenirs  d'appartement,  en  bronze  à  jour,  dorés  au  mate,  sur  un  fond  bleu 


10  LES    MARCHANDS    MERCIERS 

transparent  ;  ouvrages  très  nouveaux  et  très  recherchés,  d'autant  que  l'on  n'en 
a  fait  encore  qu'en  tôle  vernie  :  prix  de  288  livres  la  paire. 

Les  médaillons  du  roi  et  de  la  reine,  de  huit  pouces  de  haut,  exécutés  dans  le 
même  genre  ;  prix  :  360  livres. 

Boucles  en  argent  et  autres  ouvrages  émaillés  dans  le  creux  de  la  gravure  et 
usés  au  poli,  ces  objets  sont  totalement  neufs  et  peuvent  être  variés  ;  flambeaux 
en  marbre  blanc  en  colonne  tronquée  garnis  de  bronze  doré  au  mate  ;  prix  :  120  livres 
la  paire. 

Idem  à  figure  de  bacchantes  portant  des  branches  de  fleurs  formant  girandoles 
à  trois  branches;  autres  représentant  les  quatre  saisons  en  bronze  sur  des  socles  de 
marbre,  à  divers  prix  suivant  la  dorure  ;  flambeaux  de  cabinet  à  perles  et  baguettes 
en  bronze  à  jour,  toutes  pièces  de  rapport,  dorés  au  mate,  72  livres  la  paire.  Trois 
modèles  nouveaux  en  pendules  de  prix  et  autres  dans  l'ordinaire. 

Suite  des  Nouveautés  qui  se  trouvent  au  Petit  Dunkerque 

(Mercure,  janvier  1776.) 

Savoir  :  Tabatières  avec  la  médaille  en  or  de  relief  de  Mgr  le  comte  d'Artois, 
gravé  par  Trébuchet,  à  divers  prix. 

Tabatières  d'or  à  huit  pends,  émaillées,  ayant  sur  le  couvercle  une  montre  à 
jour  et  dessous  le  fond  une  paire  de  lunettes,  ouvrage  supérieurement  fini  et  utiles 
aux  personnes  de  cabinet  ;  prix  :  2.400  livres. 

Nouveaux  réchauds  à  trois  cercles,  en  cuivre  argenté,  avec  lampe  à  l'esprit 
de  vin,  pouvant  recevoir  des  plats  de  toutes  grandeurs  ;  ce  modèle  est  copié  de 
l'anglaise  et  a  beaucoup  plus  d'assiette  que  tout  autre  ;  prix  suivant  l'argenture. 

Flacons  en  or,  à  quatre  cadrans  ;  le  premier  marque  les  heures,  le  deuxième 
bat  les  secondes,  le  troisième  indique  le  quantième  du  mois  et  le  quatrième  repré- 
sente tout  le  mécanisme  de  l'ouvrage  ;  ce  bijou  est  des  plus  nouveaux  et  des  plus 
agréables  ;  prix  :  960  livres. 

Tabatières,  flacons  en  or  avec  carillons  sur  des  airs  nouveaux  ;  même  prix. 

Une  pagode  chinoise,  travaillée  en  philigramme,  d'une  délicatesse  comme 
il  n'en  est  pas  encore  paru  en  Europe,  pouvant  faire  un  ornement  de  cheminée  ; 
prix  :  2.400  livres. 

De  très  beaux  lustres  en  stras,  à  six  branches,  du  prix  depuis  900  livres  jusqu'à 
1.100  livres.  Beaucoup  d'autres  ouvrages  idem. 

Jolis  seaux  d'argent  travaillés  à  jour,  dorés  au  mate,  doublés  de  crystal.  Idem 
en  argent  sans  dorure. 

Nouveau  modèle  de  salière  double  et  simple. 

Moutardiers  et  autres  ouvrages  en  argent,  à  jour,  doublés  de  verre  bleu,  pour 
le  service  de  table. 

Cassettes  renfermant  les  outils  pour  travailler  à  la  menuiserie,  à  140  livres  très 
complettes. 

Idem,  plus  fournies  d'outils,  192  livres. 

Etuis  et  bonbonnières  en  bergamote,  couvertes  de  petits  grains,  représentant 
divers  sujets  de  fleurs. 

Cages  d'oiseaux  en  bois  de  rose  et  ivoire. 

Très  beaux  vases  en  marbre  de  Paros,  dont  le  tout  représente  la  Naissance  de 
Bacchus,  copié  d'après  l'antique  en  bronze  doré  au  mate  ;  600  livres  la  pièce. 

D'autres  idem  dans  le  goût  étrusque,  à  360  livres  la  paire  ;  et  un  nombre  infini 
d'autres  pièces  nouvelles  en  bronze  dorées  au  mate  et  supérieurement  finies. 

Assiettes  à  l'eau  chaude,  en  tôle,  amalgamées  d'argent. 

Idem,  en  terre  de  lait. 

Serpettes,  greffoirs,  etc.,  en  acier  fondu,  pour  la  poche,  que  l'on  peut  adapter 
au  bout  d'une  canne. 

Pendules  dorées  au  mate  représentant  une  prière  à  l'Amour  ;  prix  :  1.320  livres. 


.ES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  IX 


Collection  de  camées  durs  en  pierres  semi-précieuses   : 

Bracelet  et  collier.   Broches  et  pendentifs.   Début  du  xixe  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LE    MAGASIN    DU    «PETIT    DUNKERQUE»  11 

En  jouets  d'enfans  :  le  char  de  Vénus,  le  chasseur,  la  brouette,  pièce  mécanique 
et  celles  qui  paraissent  depuis  six  ans,  tant  en  mécanique  qu'inanimées  ;  lanternes 
magiques  à  24  livres,  à  douze  verres,  qui  font  autant  d'effet  que  celles  que  l'on  fait 
voir  en  ville.  En  surprise,  le  tonneau  de  Diogène,  cafetière  du  Levant,  lanterne  de 
nuit,  etc.. 

D'autre  part,   le  Cabinet  des  modes  publiait,   en   1786,   les  annonces 

suivantes  : 

Bijoux  les  plus  nouveaux  et  du   meilleur  goût 
(Cabinet  des  modes  du  1er  janvier  1786.) 

Bagues  en  forme  de  pyramide  antique  gravées  en  hiéroglyphes  hébreux. 

Boutons  de  manche,  idem. 

Clefs  de  montres  renfermant  un  cachet  à  deux  faces. 

Bonbonnières,  tabatières,  étuis,  montres,  etc.,  chaînes  émaillées  à  queue  de 
paon. 

Idem,  en  émaux  factices. 

Tabatières  en  écaille  factice  avec  tableaux  en  relief  des  nouveaux  monuments 
de  Paris. 

Idem,  avec  baromètre  à  cadran  d'émail. 

Chaînes  de  montres  à  paillettes  d'acier. 

Bracelets  brodés  en  perles  d'acier  sur  velours. 

Pinces  à  feu  en  badines  d'acier  taillées  en  diamants. 

Nota.  ■ —  On  fait  à  présent  beaucoup  d'ouvrages  de  ce  genre  en  acier  imités  de 
l'anglais,  qui  sont  du  plus  beau  poli  et  d'un  fini  précieux. 

Tous  ces  bijoux  et  beaucoup  d'autres  nouvellement  inventés  se  trouvent  chez 
le  sieur  Granchez,  au  Petit  Dunkerque. 

Bijoux  du  goût  le  plus  distingués  qui  se  trouvent  chez  le  sieur  Grancher 
(Cabinet  des  Modes,  15  février  1786.) 

Bagues  avec  bouquet  composé  de  petits  diamants  sur  composition  bleue. 

Bracelets  à  plaquettes  d'or  à  jour  avec  cadenats. 

Bonbonnières  en  cristal  factice  ornées  d'or  et  d'émaux. 

Montre  plate  en  or  émaillée  à  queue  de  paon,  cadran  de  2  pouces  de  diamètre, 
chiffres  arabes  rangés  littéralement. 

Flèches  en  diamant  pour  attacher  les  fichus.  Il  se  fait  des  chiffres  pour  le  même 
usage. 

Ciseaux  à  branches  d'acier,  ornées  d'or,  d'argent  ou  de  pierres  de  Cayenne. 

Grand  cachet  à  deux  faces  garni  de  perles  fines. 

Sacs  à  ouvrage  en  bateau,  dits  à  l'anglaise. 

Bourses  à  filet  en  soie  parsemé  de  fleurs  brodées  au  tambour,  garnies  de  coulants 
et  franges  en  perles  d'acier. 

Fausse  montre  à  2  cadrans  d'émail,  un  côté  servant  de  baromètre,  l'autre  de 
boussole. 

Boutons  d'acier  poli  avec  lettre  en  chiffre  gravée. 

On  demeure  confondu  en  voyant  la  diversité  et  la  richesse  de  tous  les 
articles  qui  étaient  vendus  par  le  sieur  Granchez.  De  cette  longue  et  un  peu 
sèche  nomenclature  nous  pouvons  tirer  une  leçon  :  c'est  que  le  peuple  fran- 
çais et  particulièrement  les  Parisiens  ont  été,  de  tout  temps,  des  gens  de  goût, 
aimant  les  belles  choses,  sachant  les  apprécier  et  ayant  le  courage  de  les 
payer  à  leur  juste  valeur. 


12  LA    BIJOUTERIE 

Combien  peu  de  tous  ces  charmants  colifichets  sont  parvenus  jusqu'à 
nous  !  Beaucoup  ont  été  perdus,  brisés,  transformés...  Mais  la  plupart  ont 
dû  leur  perte  au  métal  précieux  dont  ils  étaient  composés  ou  recouverts 
et  c'est  la  richesse  même  de  leur  parure  qui  les  a  conduits  tout  droit  au 
creuset  (1). 


DEUXIEME    PARTIE 


LA    BIJOUTERIE 
1.  —  Les  bijoux  dans  la  Préhistoire  et  dans  l'Antiquité 

Si  nous  ne  craignions  de  nous  faire  honnir  par  la  plus  charmante 
moitié  du  genre  humain,  j'ai  nommé  ici  la  compagne  fidèle  de  nos 
travaux,  de  nos  joies  et  de  nos  peines,  je  dirais  que  les  bijoux  consti- 
tuent un  reste  de  sauvagerie,  un  besoin  immodéré  et  souvent  irra- 
tionnel d'ajouter  quelque  chose  à  l'œuvre  du  Créateur,  idée  que  la  perver- 
sion de  notre  goût  a  fini  par  accueillir  et  même  par  trouver  indispensable. 

La  bijouterie  peut  être  considérée  comme  la  traduction  directe  de  la 
manière  d'être  de  celui  qui  la  porte,  de  ses  usages,  de  ses  pensées,  de  sa 
situation  sociale  ;  elle  nous  apprend  à  connaître  l'état  d'une  civilisation  et, 
en  nous  faisant  pénétrer  au  cœur  de  la  société,  elle  nous  initie  à  ses  mœurs, 
à  ses  rêves  de  luxe,  à  ses  secrets  de  toilette. 

Aussi  loin  qu'on  puisse  remonter  dans  l'Antiquité,  on  voit  que  l'homme 
a  aimé  les  bijoux,  car  la  vanité  n'est  nullement  une  invention  moderne. 
Avant  même  de  s'habiller,  l'homme  a  porté  des  parures  et  les  troglodites 
n'avaient  pour  costume  qu'un  collier  composé  soit  de  coquillages,  soit  de 
dents  d'animaux,  soit  même  d'éclats  de  silex. 

Plus  tard,  quand  le  bronze  fit  son  apparition,  les  bijoux  furent  fabri- 
qués avec  ce  métal  et  dans  nos  Musées  nationaux  on  peut  voir  de  nombreux 
bracelets,  des  colliers,  des  torques,  des  fibules,  etc..  composés  avec  cette 
matière. 


(1)  M.  Le  Secq  des  Tournelles  a  sauvé  beaucoup  de  ces  objets  en  tant  qu'ils  répondaient  à  la  ligne  de 
conduite  qu'il  s'était  fixée,  de  rechercher  les  objets  de  fer  ou  d'acier  des  derniers  siècles.  Il  a  ainsi  empêché 
beaucoup  de  ces  pièces  de  passer  à  l'étranger  et  c'est  un  titre  de  plus  qu'il  s'est  acquis  à  notre  admiration 
et  à  notre  reconnaissance. 


LES    BIJOUX    AU    XVe    SIÈCLE  13 

Puis  vinrent  les  bijoux  d'or,  d'argent,  de  fer  et  même  d'acier,  car  ce 
métal  remonte  à  une  époque  très  ancienne. 

Les  Orientaux  allièrent  de  bonne  heure  les  pierres  précieuses  aux  bijoux. 

Les  Egyptiens  avaient  de  fort  beaux  bijoux  qui,  souvent  même,  étaient 
décorés  d'émaux  aux  couleurs  vives. 

Les  bijoux  étrusques  ont  un  cachet  tout  particulier  qui  plut  aux  Grecs 
et  aux  Romains  :  aussi  ne  se  firent-ils  pas  faute  de  les  copier. 

II.  —  Les  bijoux,  au  Moyen  A^çe 

Pour  se  faire  une  idée  de  ce  qui  constituait  le  luxe  au  Moyen  Age,  on 
ne  saurait  mieux  faire  que  de  reproduire  la  déclaration  rythmée  d'Eustache 
Deschamps,  écuyer  et  huissier  d'armes  de  Charles  V,  qui  a  indiqué  dans 
de  naïves  poésies  quels  étaient  les  bijoux  dont  toute  femme  noble  devait 
être  parée  : 

Et  sces  tu  qu'il  fault  aux  matronnes 

Nobles  palais  et  riches  trônes 

Et  à  celles  qui  se  marient 

Qui  moult  tost  leurs  pensers  varient 

Elles  veulent  tenir  d'usaige 

D'avaoir    pour    parer    leur    mesnaige 

Et  qui  est  de  nécessité 

Outre  ta  possibilité 

Vestemens    d'or,    de    draps    de    soye 

Couronne,  chapel  et  courroye 

De  fin  or,  espingle  d'argent. 

Et  pour  aler  entre  la  gent 

Fins  couvrechiefs  à  or  batus 

A  pierre  et  perles  dessus  ; 

Tissus  de  soye  et  de  fin  or... 

Encore    voy-je    que   leurs    maris 

Quand  ils  reviennent   de   Paris, 

De    Reims,    de    Rouen,    de    Troyes, 

Leur    apportent    gans    et    courroyes, 

Pelices,  anneaulx,  fremillez, 

Tasses  d'argent  ou  gobeletz, 

Pièces  de  couvrechiefs  entiers, 

Et  aussi  me  fust  bien  mestiers 

D'avoir  bources  de  pierreries 

Couteaulx  à  ymaginerie 

Espingliers  tailliez  à  esmaulx... 

{Poésies  morales  et  historiques  d'Eustache  Deschamps.) 

A  cette  époque  de  profonde  piété,  l'orfèvrerie  produisait  une  grande 
quantité  de  petits  reliquaires  portatifs  et  de  bijoux  à  sujets  saints,  des 
miroirs,  des  écritoires,  des  couteaux-trousses,  etc.. 

III.  —  Les  bijoux  au  XV»  siècle 

Les  productions  de  l'orfèvrerie  du  xve  siècle  sont  à  peu  près  les  mêmes 
que  celles  du  xive,  mais  les  compositions  ont  moins  de  simplicité,  moins 


14  LA    BIJOUTERIE 

de  modelé  dans  leurs  figures  et  moins  d'élégance  dans  les  formes,  le  fini 
du  travail  et  sa  délicatesse  sont  poussés  à  l'extrême. 

A  cette  époque,  les  bijoux  sont  accompagnés  de  «dandins»,  sortes  de 
petites  clochettes  ou  grelots. 

1408.  ■ —  Trois  chayennes  d'argent  longues  ou  pendent  plusieurs  dandins  tor- 
tissez  {Inv.  des  Ducs  et  Duch.  d'Orléans,  f.  20)  (Gay.  Gloss.  Arch.) 

Dans  l'inventaire  des  ducs  de  Bourgogne  (1393)  on  relevait  déjà  la 
mention  de  ces  accessoires  :  «  Pour  deux  colliers  d'or  à  deux  dandins.  » 

La  Renaissance  a  produit  des  œuvres  très  remarquables  et  en  grande 
quantité. 

IV.  —  Bijoux  à  devises  parlantes  au  XVIe  siècle 

Sous  François  Ier,  les  principaux  personnages  de  la  cour  se  parèrent 
immodérément  de  bijoux  et  beaucoup  d'entre  eux  empruntèrent  à  la  toilette 
féminine  certains  de  ses  ornements. 

Les  bijoux  de  cette  époque  avaient  un  caractère  particulier  ;  ils  cher- 
chaient l'esprit,  couraient  après  le  symbole  et  volontiers  faisaient  de  la 
morale.  Des  chiffres,  des  inscriptions,  des  devises  se  mêlaient  à  leur  orne- 
mentation et  leur  donnaient,  en  quelque  sorte,  une  valeur  littéraire. 

Marguerite  de  Navarre,  sœur  de  François  Ier,  avait  mis  cet  usage  à 
la  mode.  Esprit  ingénieux  et  galamment  mystique,  elle  excellait  à  com- 
poser des  devises  :  elle  en  composa  même  pour  les  maîtresses  de  son  frère. 

V.  —  Bijoux  en  émail  cloisonné  sur  cristal 

Dans  la  seconde  moitié  du  xvie  siècle,  les  artistes  orfèvres  français 
adoptèrent  un  genre  d'ornementation  très  curieux  et  d'une  délicatesse 
extrême  :  c'est  celui  des  émaux  cloisonnés  sur  cristal.  Les  artistes  gravaient 
en  creux  sur  cristal  des  rinceaux,  des  ornements  et  des  arabesques  comme 
s'il  s'était  agi  de  champlever  le  métal  et  dans  les  entailles  pratiquées  d'un 
demi-millimètre  à  un  millimètre  de  profondeur,  on  introduisait  une  mince 
feuille  d'or  pour  en  tapisser  le  fond  et  les  parois  perpendiculaires  auxquels 
on  la  faisait  adhérer  par  pression.  Dans  la  petite  caisse  d'or  ainsi  préparée, 
on  introduisait  des  pâtes  d'émaux  colorés  d'une  fusibilité  extrême,  de 
manière  que  la  fusion  put  s'opérer  sans  altérer  ni  l'or,  ni  le  cristal  qui,  au 
surplus,  était  soumis  à  un  nouveau  polissage.  Ce  procédé  d'ornementation 
du  cristal  de  roche  présentait  de  grandes  difficultés,  aussi  imagina-t-on 
de  faire  sur  verre,  ce  qu'on  ne  parvenait  qu'à  grand  peine  à  faire  sur  cristal 
de  roche,  le  verre  employé  pouvant  subir  sans  altération  une  chaleur  beau- 
coup plus  intense  que  celle  nécessaire  pour  faire  entrer  l'émail  en  fusion. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  X 


,  Bijoux  en  strass   montés  sur  argent   : 

Boucles  d  oreilles,   épingles,   ornement  de  coiffure,   boutons,  agrafes  de  chapeau.   Travail  espagnol    xvni«  siècle 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES    BIJOUX    A    LA    MODE    SOUS    LOUIS    XVI  15 

VI.  —  Bijoux  «le  deuil 

La  mode  des  bijoux  de  deuil  remonte  à  une  époque  assez  ancienne. 
Le  goût  singulier  et  maladif  qui  caractérisa  le  règne  de  Henri  III,  se  mani- 
festa dans  l'exécution  des  bijoux  que  portaient  le  roi,  ses  courtisans  et  leurs 
maîtresses.  Henri  III,  à  la  mort  de  sa  favorite,  n'hésita  pas,  en  signe  de 
chagrin,  à  faire  parsemer  son  pourpoint  de  larmes  d'argent  et  de  têtes  de 
morts.  Les  bijoux  de  ce  genre  furent  alors  mis  à  la  mode  du  jour  et  Brantôme, 
dans  ses  Mémoires,  nous  apprend  que  les  veuves  avaient  pris,  à  cette  époque, 
l'habitude  de  porter  sur  leur  poitrine  «  des  têtes  de  morts  peintes  ou  gravées 
ou  eslevées,  os  de  trépassez  mis  en  croix  ou  en  lacs  mortuaires,  larmes  de 
jayet  ou  d'or  maillé». 

VII.  —  Décoration  des  bijoux  au  XVIIIe  siècle  :  le  style  à  la  grecque 

La  décoration  générale  des  bijoux  subit  une  évolution  très  marquée 
au  xvme  siècle.  L'affectation  de  la  simplicité  qui,  sous  le  nom  de  style  à  la 
grecque  avait  été  un  des  caprices  de  Mme  de  Pompadour  et  dont  la  tradi- 
tion fut  reprise  plus  tard  avec  un  goût  plus  épuré  par  Marie-Antoinette, 
donna  aux  joyaux  du  xvme  siècle,  un  caractère  commun  dans  le  choix  des 
emblèmes  et  des  symboles.  Sauf  au  début  de  ce  siècle,  où  les  femmes  portent 
sur  une  gorge  à  découvert  des  croix  et  de  petits  Saint-Esprit  en  diamant, 
on  ne  rencontre  plus  guère  dans  ces  bijoux,  avec  le  trophée  héroïque,  que 
des  symboles  d'amour  :  Deux  cœurs  traversés  par  une  flèche,  l'ancre  de 
l'espérance,  un  cœur  avec  les  armes  de  Gupidon,  deux  rubans  unis  en  rosette, 
l'arc  et  le  carquois  dans  un  cor  de  chasse,  un  cœur  entre  deux  colombes, 
le  carquois  ailé. 

L'emploi  des  chicorées,  des  coquilles  propres  au  style  roccoco  de  pro- 
venance germanique,  précéda  l'époque  de  Marie-Antoinette.  La  pureté  de 
style  était  mise  en  oubli,  on  recherchait  le  maniéré,  le  bizarre,  sous  prétexte 
de  se  débarrasser  des  lourdeurs  préférées  sous  Louis  XIV.  Claude  Ballin 
neveu,  Thomas  Germain  et  Just-Aurèle  Meissonnier,  furent  d'habiles  met- 
teurs en  œuvre  du  genre  rocaille  et  d'après  eux,  les  joailliers  produisirent 
des  bijoux  très  gracieux  et  d'un  fini  remarquable. 

VIII.  —  Les  bijoux  à  la  mode  sous  le  règne  «le  Louis  XVI 

Nous  ne  possédons  malheureusement  pas  beaucoup  de  documents 
précis  sur  la  bijouterie  et  sur  ce  que  les  journaux  de  modes  dénommaient 
«  Objets  du  meilleur  goût  »  ;  les  auteurs  contemporains  sont  assez  avares 
de  descriptions  et  de  détails  typiques  sur  tous  ces  menus  accessoires  de  la 
toilette.  Pour  expliquer  la  pénurie  de  renseignements  que  nous  avons  sur 
tous  ces  objets  ainsi  que  le  peu  d'exemplaires  que  nous  on  rencontrons, 


16  LX    BIJOUTERIE 

il  est  bon  de  rappeler  que  le  goût  du  bibelot,  à  proprement  parler,  ne  date 
que  de  la  seconde  moitié  du  xixe  siècle.  Ce  sont  les  Goncourt  qui,  les  pre- 
miers, ont  eu  l'idée  de  réunir  les  souvenirs  du  xvme  et  ont  commencé  à 
mettre  à  la  mode  les  collections  de  ces  spécimens  d'un  art  charmant.  Pour 
pouvoir  donner  une  idée  à  peu  près  exacte  des  menus  objets  destinés  à  la 
parure  qui  se  fabriquaient  au  temps  de  Louis  XVI,  il  nous  a  semblé  que  la 
méthode  la  plus  simple  consistait  à  recourir  encore  une  fois  aux  annonces 
que  publiait  le  fameux  Granchez,  l'avisé  propriétaire  du  magasin  du  «  Petit 
Dunkerque  ». 

C'est  ainsi  que  le  Journal  des  Modes  du  1er  décembre  1785  nous  donnait 
la  liste  des  bijoux  à  la  mode  : 

Bague  carrée  à  l'anglaise  formant  boucle,  avec  un  chaton  en  «  enfantement  » 
rapporté  sur  une  plaque  d'or  émaillé. 

Bagues  longues  à  huit  pans. 

Pendants  d'oreilles  Mirza  simples  en  or  et  Mirza  en  or  émaillé. 

Les  grands  anneaux  branlants,  les  plaquettes,  les  anneaux  à  perles  et  les  anneaux 
d'oreilles  unis. 

Les  bracelets  en  feuillage  ou  en  simple  entourage  de  diamants. 

Les  colliers  à  feuillages  et  formés  de  chatons. 

Les  chaînes  de  montres  à  2  et  à  3  branches  avec  la  plaque  émaillée. 

Les  chaînes  en  brillants  à  2  et  à  3  branches  avec  des  glands  de  diamant. 

Les  chaînes  émaillées  en  bleu  avec  des  étoiles  de  diamant  sur  les  plaques  et  sur 
es  branches. 

Le  15  décembre,  le  même  Journal  des  Modes  nous  donne  un  nouveau 

choix  de  bijoux  : 

Boucles  d'oreilles  et  colliers  en  perles  d'or,  doublés  et  taillés  à  facettes,  lapidés 
et  polis  sur  le  moulin. 

Boucles  d'oreilles  et  colliers,  bracelets,  coulants  de  bourses,  épingles,  chaînes 
de  montres  en  or,  taillés  et  lapidés  sur  le  moulin. 

(Nota.  —  Ces  ouvrages  ne  sont  jamais  faits  qu'en  acier  ;  ils  sont  d'un  plus  grand 
effet  en  or.) 

Boucles  pour  hommes  à  double  rang  de  perles  d'or  entrelacées  de  brillants 
d'argent. 

Cordons  de  montre  en  soie  à  boucle  et  large  clef  d'or  ou  cachet  à  talisman. 

Boutons  d'habit  à  8  pans  dits  «  au  firmament  »,  fond  bleu  parsemé  de  pierres 
blanches. 

Bagues  entourées  de  brillants,  au  milieu  pavé  de  pierres  de  diverses  couleurs. 

Boucles  pour  femmes,  à  pierre,  carré  long,  composées  de  chatons  brisés  sans 
chappe  ;  cousues  sur  le  soulier,  elles  prennent  la  forme  du  coup  de  pied. 

Bagues  avec  bouquets  faits  en  perles  fines  sous  cristal,  entourées  de  pierres  de 
couleur. 

Boucles  de  femmes  à  lentilles  de  composition  bleue,  avec  enfantement  de  pierres 
de  Cayenne. 

Epées  en  argent  avec  perles  d'or  rapportées. 

Chaînes  de  montres  à  maillons  d'agathe  herborisée,  montées  en  or. 

Le  1er  janvier  1786,  les  «  Bijoux  les  plus  nouveaux  et  du  meilleur  goût  » 
vendus  au  «  Petit  Dunkerque»,  étaient,  suivant  le  Journal  des  Modes  : 
Bagues  en  forme  de  pyramide  antique,  gravées  en  hiéroglyphes  hébreux. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XI 


Pendentif,  collier  et  boucles  d'oreilles  ornés  de  diamants  taillés  en  rose  montés  sur  argent.  Travail  hollandais. 

Aigrettes  pour  l'exportation  en   Orient.  xvmc  siècle. 
(Collection   II. -K.    D'Allemagne.) 


INFLUENCE    DE    L'ANTIQUITÉ  17 

Boutons  do  manche  de  la  même  façon  ; 

Clefs  de  montres  renfermant  un  cachet  à  deux  faces. 

Bonbonnières,  tabatières,  étuis,  montres  et  chaînes  émaillées  à  queue  de  paon 
ou  en  émaux  factices. 

Tabatières  en  écaille  factice  avec  tableaux  en  relief  des  nouveaux  monuments 
de  Paris  ou  avec  baromètre  à  cadran  d'émail. 

Chaînes  de  montres  à  paillettes  d'acier. 

Bracelets  brodés  en  perles  d'acier  sur  velours. 

Pinces  à  feu  en  badines  d'acier  taillées  en  diamants. 

Le  15  février,  Granchez  faisait  annoncer  par  le  Cabinet  des  Modes  que 
les  «bijoux  du  goût  le  plus  distingué»  qu'on  rencontrait  dans  son  magasin 
étaient  les  suivants  : 

Bague  avec  bouquet  composé  de  petits  diamants  sur  composition  bleue. 

Bracelets  à  plaquettes  d'or  à  jour  avec  cadenats. 

Bonbonnières  en  cristal  factice,  ornées  d'or  et  d'émaux. 

Montre  plate  émaillée  à  queue  de  paon,  cadran  de  2  pouces  de  diamètre,  chiffres 
arabes  rangés  litéralement. 

Flèches  en  diamant  pour  attacher  les  fichus  ;  il  se  fait  des  chiffres  pour  le  même 
usage. 

Ciseaux  à  branches  d'acier,  ornées  d'or,  d'argent  et  de  pierre  de  Cayenne. 

Grand  cachet  à  deux  faces,  garni  de  perles  fines. 

Sacs  à  ouvrage  en. bateau,  dits  «  à  l'anglaise.  » 

Bourses  à  filet  en  soie  parsemé  de  fleurs  brodées  au  tambour,  garnies  de  coulants 
et  franges  en  perles  d'acier. 

Fausses  montres  à  deux  cadrans  d'émail,  un  côté  servant  de  baromètre,  l'autre 
de  boussole. 

Boutons  d'acier  poli  avec  lettres  en  chiffre  gravées. 

Sous  la  Révolution,  on  mit  les  bijoux  en  rapport  avec  les  idées  avancées 
du  moment. 

IX.  —  Influence  de  l'Antiquité  dans  la  décoration  des  bijoux 

Sous  le  Directoire,  la  mode,  d'abord  incertaine,  ne  tarda  pas  à  revenir 
au  style  en  honneur  pendant  les  dernières  années  de  la  monarchie,  tant  il 
est  vrai  que  la  mode  est  une  roue  qui  tourne  éternellement  sur  elle-même. 
Ce  style  qui  avait  pris  naissance  sous  l'inspiration  de  Mme  de  Pompadour, 
avait  coïncidé  avec  le  très  important  mouvement  littéraire  et  archéologique 
provoqué  par  la  découverte  de  Pompéi,  en  1755,  et  avait  eu  pour  but  de 
réagir  contre  l'abus  du  genre  rocaille  mis  à  la  mode  par  Oppenord,  élève 
de  S. -H.  Mansard.  Malheureusement,  le  Directoire  ne  fit  qu'augmenter 
presque  jusqu'à  l'exagération  ce  retour  à  l'Antiquité  et  on  vit  alors  les  mer- 
veilleuses et  les  élégants,  vêtus  de  légers  péplums  à  la  romaine,  porter  trois 
bracelets  à  chaque  bras,  l'un  près  de  l'épaule,  l'autre  au-dessous  du  coude 
et  le  troisième  au  poignet  ;  des  bagues  aux  deux  mains  et  à  tous  les  doigts, 
de  grands  anneaux  ronds  aux  oreilles  et  une  large  plaque  de  ceinture  sous 
les  seins. 

A  plusieurs  reprises,  cependant,  momentanément  infidèle  à  l'Antiquité, 


18  LA    BIJOUTERIE 

la  mode  s'inspira  des  événements  d'actualité  et,  en  l'an  VIII,  il  était  du 
«  suprême  bon  ton  »  de  porter  les  emblèmes  mis  en  faveur  par  la  campagne 
d'Egypte  :  les  bijoux  étaient  alors  des  scarabées,  des  sphinx,  des  obélisques, 
mais  en  réalité  la  mode  prépondérante  à  cette  époque,  fut  celle  imposée 
par  David,  qui  imprégna  de  son  goût  excessif  pour  l'Antiquité,  tout  ce  qu'on 
fabriqua  à  ce  moment. 

X.  —    De  l'emploi  des  intailles  et  fies    camées 

Le  goût  pour  les  intailles  et  les  camées  antiques  était  des  plus  prononcé, 
aussi  les  bijoutiers  en  décoraient-ils  tous  leurs  joyaux  :  colliers,  bandeaux, 
bracelets,  boucles  d'oreilles,  etc.. 

Sous  le  Consulat  et  l'Empire  on  exécuta  un  grand  nombre  de  bijoux 
à  l'aide  de  cheveux  ou  de  pierres  symboliques.  Ces  pierres  n'avaient  ni 
grande  valeur,  ni  beauté  particulière;  on  n'exigeait  d'elles  d'autre  mérite 
que  de  porter  des  noms  commençant  par  des  initiales  qui,  placées  dans  un 
ordre  convenable  pouvaient  composer  des  mots,  des  devises  ou  des  noms. 
(Voir  notice  sur  les  bagues  page  25). 

Les  sujets  reproduits  sur  les  camées  étaient  encore  l'objet  d'une  recherche 

particulière,  de  même  que  le  nombre  de  ces  pierres  était  limité.  En  effet, 

le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  20  Germinal  an  XII,  conseillait  ainsi 

ses  lecteurs  : 

Les  antiques  pour  colliers  et  bandeaux  sont  plus  à  la  mode  que  jamais  ;  on  n'en 
met  pas  moins  de  5  ;  les  têtes  les  plus  sévères,  celles  à  moustaches  les  plus  fortes, 
à  menton  le  plus  barbu,  sont  les  plus  recherchées. 

Un  an  plus  tard,  le  20  Germinal  an  XIII,  le  même  organe,  nous  initie 

au  goût  du  jour  : 

Les  femmes  fatiguées  de  leurs  perles  et  de  leurs  diamants  ont  remis  en  vogue 
les  antiques.  Quand  on  ne  peut  avoir  de  véritables  pierres  antiques,  on  a  des  pâtes 
moulées  ou  des  coquilles  sculptées  qui  imitent  les  antiques.  Pour  être  dans  le  dernier 
genre,  il  faut  qu'une  femme  porte  autour  de  son  col  la  suite  complète  des  empe- 
reurs romains,  depuis  César  jusqu'à  Néron,  depuis  Néron  jusqu'à  Constantin. 

XI.  —  Emploi  de  la  mosaïque,  de  l'ambre  et  du  corail 

En  1806,  une  nouvelle  ornementation  vint  concurrencer  les  diamants, 

les  antiques,  les  perles  et  les  coquilles  sculptées,  dans  la  fabrication  des 

bijoux  servant  de  parures  aux  dames  : 

C'est,  dit  le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  5  mars,  une  garniture  de  mosaïques 
rattachées  par  des  serpents  en  or.  Ces  mosaïques  représentent  ordinairement  des 
oiseaux.  Un  écrin  complet  de  ce  genre  est  appelé  «  une  volière  de  Clarisse  ». 

Un  an  plus  tard,  le  Journal  des  Arts  et  des  Sciences  nous  décrit  ainsi 

les  colliers  à  la  mode  alors  (8  janvier  1807)  : 

Cinq  à  six  rangs  de  petits  grains  de  corail  ou  de  grosses  perles  d'ambre,  voilà 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Camées  ayant  été  employés  dans  la  bijouterie  pour  monter  des  broches,   des  bagues  ou  des  pendentifs.   XIXe  siècle. 

(Collection   II. -K.   D'Allemagne.) 


LA    MINIATURE    EMPLOYÉE    DANS    L\    BIJOUTERIE  19 

les  colliers  courants.  Les  plus  recherchés  par  les  élégants  présentent  l'image  de  cette 
coquille  mystérieuse  et  divine  dont  Vénus  fit  usage  pour  enivrer  Adonis  et  Mars. 

Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  10  septembre  nous  indique  ainsi 

la  mode  des  colliers  : 

La  grande  mode  des  colliers,  c'est  de  les  avoir  avec  une  croix,  le  collier  d'une 
façon,  la  croix  de  l'autre.  Avec  un  collier  de  perles  on  porte  une  croix  de  turquoises  ; 
avec  un  collier  de  corail  on  porte  une  croix  de  diamants. 

Cependant  comme  la  croix  n'était  pas  prisée  par  tout  le  monde,  les 

bijoutiers  avaient   en  réserve  d'autres  attributs  et  le  même  journal,  à  la 

date  du  26  septembre,  nous  annonce  que  «  quelquefois  en   place  de  croix, 

on  met  à  un  collier  d'or  une  fleur  de  pensée  en  pierres  fines  :  deux  améthystes 

trois  topazes  et  un  diamant  dans  le  milieu...  Si  l'on  veut  on  met  une  éme- 

raude  (au  milieu).    » 

XII.  —  Les  bijoux  eu  or  sous  le  i     Empire 

De  1806  à  1809,  les  femmes  élégantes  se  couvrirent  de  bijoux  d'or  ; 
aux  doigts  les  bagues  s'étageaient,  au  cou  elles  portaient  des  colliers  qui 
en  faisaient  jusqu'à  huit  fois  le  tour  ;  les  oreilles  étaient  ornées  de  pende- 
loques lourdes  et  massives  ;  aux  bras  serpentaient  des  bracelets  de  toutes 
les  formes  qui  étaient  décorés  de  ciselures  et  d'émail  ;  les  colliers  de  perles 
en  torsades  ou  en  franges  s'enroulaient  aux  cheveux  disposés  ou  tordus 
en  bourrelets  sur  le  devant  de  la  tête.  La  vogue  des  peignes  fut  très  consi- 
dérable: ils  étaient  de  toutes  formes  et  se  plaçaient  tantôt  droits  sur  le 
sommet  de  la  tête,  tantôt  obliquement  sur  le  côté. 

Parmi  les  colliers,  le  plus  apprécié  était  le  collier  «  au  Vainqueur  »  :  il 
formait  un  jeu  de  mot  et  était  composé  de  vingt  cœurs  de  matières  variées  : 
l'un  était  en  cornaline,  l'autre  en  sardoine,  en  grenat,  en  lapis,  en  malachite, 
en  améthyste,  en  agate,  en  bois  de  palmier,  etc.. 

XIII.  —  La  miniature  employée  dans  la  bijouterie 

L'usage  inconsidéré  des  bijoux  finit  par  causer  leur  perte  et  quelques 
années  avant  la  chute  de  l'Empire,  le  «  suprême  bon  ton  »,  pour  une  femme 
honnête,  fut  de  remplacer  tous  ses  bijoux  par  des  schalls,  des  écharpes, 
des  cachemires  que  retenaient  de  grandes  broches  ovales  où  figurait,  peint 
en  miniature  par  Isabey  ou  ses  émules,  quelque  bel  officier  se  couvrant 
de  gloire  sur  les  champs  de  bataille  de  l'Europe. 

Pendant  ce  temps,  les  dames  de  la  Halle  portaient  au  cou  des  portraits 
militaires  peints  dans  de  grands  médaillons  ovales  ;  les  paysannes  et  les 
femmes  de  chambre  avaient  repris  les  croix  «  à  la  Jeannette»,  qui  s'étaient 
cachées  pendant  la  Révolution  . 


20  LA    BIJOUTERIE 

XIV.  —   Les  eroix  «  à  la  Jeannette  » 

On   a  donné  diverses  interprétations  de  l'origine  du   nom  des  croix 

«à  la  Jeannette»;  suivant  les  uns,  il  proviendrait  d'une  actrice  qui,  sous 

le  nom  de  Jeannette  partageait  avec  Jérôme  (l'acteur  Volanges),  la  faveur 

du  public  dans  une  pièce  intitulée  Jérôme  pointu.  L'Observateur  des  Modes, 

de  1826,  cependant,  conteste  cette  origine  et  lui  oppose  celle-ci  : 

De  temps  immémorial  les  servantes,  dans  nos  campagnes,  portaient  des  croix 
d'or  suspendues  à  un  ruban  noir  ;  on  appelle  ces  croix  Jeannette  parce  qu'elles  se 
donnent  ou  s'achètent  à  la  saint  Jean,  époque  ordinaire  des  changements  de  con- 
dition. 

Gomme  au  siècle  précédent,  les  breloques  étaient  fort  à  la  mode  pour 

les  hommes  :  le  cordon  de  soie  qui  avait  remplacé  la  chaîne  sortant  du  gousset 

en  supportait  un  paquet  souvent  très  volumineux. 

XV.  —  Motifs  divers  :V  la  mode  sons  l'Empire 

De  1804  à  1814,  la  joaillerie  fut  très  prospère,  mais  tous  les  objets 
établis  pendant  cette  période  étaient  dépourvus  de  modelé  et  de  pièces  rap- 
portées ou  superposées.  Les  ornements  se  composaient  de  grecques,  de  palmes, 
de  culots,  d'arcades,  de  trèfles,  de  quadrillés  et  d'entourages.  La  véritable 
caractéristique  de  la  bijouterie  de  cette  époque  réside  dans  l'emploi  des 
camées. 

Les  camées  sur  coquilles  furent  une  spécialité  italienne  et  c'est  à  Naples 
qu'était  le  centre  de  cette  fabrication.  Les  demandes  étaient  alors  si  consi- 
dérables que  les  fabriques  italiennes  de  coquillage  sculpté  étaient  impuis- 
santes à  répondre  aux  demandes  qui  leur  étaient  faites.  On  eut  alors  l'idée 
de  fabriquer  d'une  manière  industrielle  des  camées  en  porcelaine  et  ce  genre 
de  production  était  devenu  si  florissant  qu'à  l'Exposition  du  Louvre,  en 
1819.  trois  fabricants  se  disputaient  la  faveur  du  public.  M.  le  Chevalier  de 
Saint-Amand,  boulevard  Montmartre,  au  magasin  des  cristaux  du  Mont- 
Genis  ;  M.  Lelong,  fabricant  d'émaux  de  porcelaine  en  relief,  rue  des  Colonnes, 
n°  13  et  M.  Desprez,  sculpteur  fabricant  de  camées,  rue  des  Récolets,  n°  2. 

Le  rapporteur  du  jury  d'admission  avait  particulièrement  remarqué 

l'exposition  de  M.  le  Chevalier  de  Saint-Amand  et  dans  son  mémoire  il  lui 

avait  consacré  la  notice  suivante  : 

Collection  de  camées,  peintures  métalliques,  émaux  et  impression  sur  porce- 
laine, incrustés  dans  le  cristal.  C'est  à  M.  le  chevalier  de  Saint-Amand  que  nous 
devons  particulièrement  cette  intéressante  branche  d'industrie,  capable  de  donner 
une  extension  considérable  au  commerce  des  cristaux  de  luxe  et  d'usage  domestique. 

A  l'usage  des  personnes  de  la  classe  plus  modeste,  on  montait  diverses 
pierres  dans  des  montures  en  or  décorées  d'une  sorte  d'ornementation 
assez  semblable  aux  grosses  cordes  de  violon  entourées  d'un  fil  ténu  de 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Croix  à  la  Jeannette,  croix  russes  reliquaires,  croix  en  cristal  montées  eu  or  et  en  argent    xvme  et  xixe  siècles. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


DESTRUCTION    DES    ANCIENNES    PIÈCES    D'ORFÈVRERIE  21 

métal.  Cette  sorte  d'ornementation,  appelée  «cannetille»,  s'appliquait  généra- 
lement à  plat  et  s'entremêlait  souvent  de  feuilles  minuscules  ou  de  petites 
rosaces  estampées  :  elle  rappelait  un  peu  le  filigrane  et  la  mode  s'en  pro- 
longea pendant  toute  la  Restauration  et  une  partie  du  règne  de  Louis- 
Philippe  (1). 

XVI.  —  Bijouterie  en  strass 

L'emploi  des  pierres  de  couleurs  dans  la  décoration  des  bijoux  de  prix 
se  répandit  surtout  après  1758  ;  mais  une  autre  mode  jouit  d'une  vogue 
considérable  :  ce  fut  l'emploi  de  ces  imitations  du  diamant  qu'on  a  dénom- 
mées «strass»  et  qu'on  retrouve  à  la  fin  du  xvme  siècle  et  pendant  une 
partie  du  xixe  siècle,  aussi  bien  sur  les  bijoux  que  sur  les  armes  de  parade. 

Le  strass  était  dû  à  l'invention  d'un  habile  orfèvre  allemand  qui  donna 
son  nom  à  ces  pierres  fausses  employées  alors  dans  la  décoration  d'un  grand 
nombre  d'accessoires  du  costume. 

L'industrie  du  strass  passa  en  France  au  début  du  xixe  siècle  et  vers 
1819  elle  était  une  des  spécialités  du  commerce  parisien  qui  en  exportait 
de  grandes  quantités  à  l'étranger  :  c'est  du  moins  ce  que  nous  apprend  le 
Rapport  du  jury  d' admission  à  l'Exposition  du  Louvre  en  1819. 

Bijoux  en  strass.  Douhault-Wieland,  chimiste  et  fabricant  joaillier,  rue  Sainte- 
Avoye,  19. 

La  fabrique  de  M.  Douhault  fournit  depuis  plusieurs  années  la  France,  l'Espagne, 
le  Portugal,  l'Allemagne,  la  Pologne  et  la  Russie.  Elle  rivalise  avec  tout  ce  que  la 
joaillerie  peut  produire  de  plus  parfait  en  pierres  fines. 

Deux  autres  commerçants  avaient  exposé  des  produits  en  strass  : 
M.  Bourguignon,  bijoutier,  rue  Michel-le-Comte,  n°  18  et  M.  Mention, 
rue  des  Blancs-Manteaux,  n°  41. 

XVII.  —  Destruction  tles  anciennes  pièces  d'orfèvrerie 

Il  n'y  a  pas  très  longtemps,  on  regardait  avec  une  pitié  quelque  peu 
méprisante  les  amateurs  qui  recherchaient  les  objets  d'origine  et  d'appa- 
rence quelque  peu  modestes.  Ces  pièces,  pour  humbles  qu'elles  soient, 
méritent  cependant  notre  attention,  car  elles  sont  souvent  la  réplique  en 
métal  commun  des  belles  pièces  qui,  au  xvne  siècle,  avaient  été  exécutées 
en  matière  précieuse  pour  la  maison  du  roi  ou  pour  les  palais  des  riches 
seigneurs  de  la  cour.  Il  ne  subsiste,  en  effet,  pour  ainsi  dire  plus  rien  des 
pièces  d'argenterie  antérieures  au  siècle  de  Louis  XIV,  car  dans  un  moment 
de  pénurie  financière,  le  grand  roi  ordonna  la  destruction,  pour  être  trans- 
formés en  monnaie,  de  tous  les  objets  façonnés  en  métal  précieux  : 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  est  particulièrement  riche  en  bijoux  d'acier  et  le  savant  collectionneur 
a  eu  un  véritable  mérite  de  se  faire  le  Saint- Vincent  de  Paul  de  tous  ces  objets  en  les  protégeant  contre  la 
destruction.  (PI.  CCVII  à  CCXXX.) 


22  l'A    BI.TOUTERIF 

Le  roi,  dit  Dangeau,  veut  que  dans  tout  son  royaume  on  fasse  fondre  et  porter 
à  la  monnaie,  toute  l'argenterie  qui  servait  dans  les  chambres,  comme  miroirs, 
chenets,  girandoles  et  toutes  sortes  de  vases  et  pour  en  donner  l'exemple,  il  fait 
fondre  toute  sa  belle  argenterie,  malgré  la  richesse  du  travail.  Il  fait  fondre  même 
les  filigranes  ;  les  toilettes  de  toutes  les  dames  seront  fondues  aussi,  sans  en  excepter 
celles  de  Mme  la  Dauphine. 

La  volonté  royale  fut  obéie  et  pendant  six  mois,  depuis  le  12  décembre 

1689  jusqu'au  19  mai  suivant,  les  ouvriers  de  la  monnaie  ne  furent  occupés 

qu'à  mettre  au  creuset  les  merveilles  de  l'art  du  xvne  siècle  :  cabinets, 

tables,  guéridons,  coffrets,  garnitures  de  cheminées,  bordures  de  miroirs, 

torchères,  girandoles,  bras  de  lumière,  chandeliers,  bassins,  vases,  aiguières, 

cassolettes,  caisses  d'orangers,  flacons,  salières,  sceaux,  cages,  écritoires, 

gantières,  alambics,  etc.,  etc.. 

XVIII.  —  Livres  de  modèles  de  bijouterie  et  d'orfèvrerie 

Les  artisans  du  xvne  siècle  ne  se  livraient  pas  toujours  à  la  fantaisie 
de  leur  imagination  pour  la  décoration  des  pièces  d'orfèvrerie  ou  de  bijou- 
terie qu'ils  fabriquaient.  Quand  l'inspiration  leur  manquait,  ils  pouvaient 
recourir  aux  recueils  que  composaient  les  maîtres-dessinateurs  de  cette 
époque.  A  défaut  de  monuments  réels  sur  la  bijouterie  et  l'orfèvrerie  des 
xvie  et  xvne  siècles,  c'est  à  ces  recueils  qu'il  faut  se  reporter  pour  avoir 
une  idée  de  leur  style. 

Alors,  Français,  Allemands  et  Flamands  obéissaient  aux  mêmes  inspi- 
rations, c'est  du  moins  ce  que  nous  pouvons  constater  en  voyant  les  inscrip- 
tions bilingues  qui  ornent  le  plus  souvent  le  frontispice  des  recueils  de  mo- 
dèles. 

Parmi  les  plus  anciens,  il  convient  de  citer  celui  de  Pierre  Woeiriot, 
né  à  Bar-le-Duc  en  1525  et  qui  était  établi  orfèvre  à  Lyon.  Ses  modèles 
pour  les  orfèvres,  ses  bijoux,  ses  gardes  d'épées,  ses  anneaux,  ses  cachets, 
sont  remarquables  par  l'heureux   choix  des  motifs  d'ornementation. 

Les  arabesques,  imitées  des  damasquines  orientales,  que  l'on  retrouve 
si  fréquemment  dans  les  œuvres  des  dessinateurs  du  xvne  siècle  furent 
rendues  familières  dès  1554  par  les  estampes  de  Balthazar  Sylvius  qui  les 
avait  dédiés  aux  orfèvres  et  aux  ciseleurs. 

Daniel  Mignot,  d'Augsbourg  (1595-1616)  composa  un  recueil  de  mo- 
dèles de  pendeloques  formées  de  lanières  découpées  et  combinées  avec  de 
longs  rinceaux. 

Estienne  Garteron,  de  Ghatillon,  composa  des  arabesques  ou  des  figures 
chimériques  se  détachant  en  noir  sur  fond  blanc  :  c'étaient  des  modèles 
de  damasquinures  et  de  niellures  destinés  à  la  décoration  des  montres,  des 
fonds  de  miroirs  ou  de  coffrets  à  bijoux. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XIV 


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Bijoux  en  corail  montés  en  argent  doré 
Boucles  d'oreilles,  plaques  de  bracelets,  agrafes,  broches,  collier,  amulettes,  monocle.  xixe  siècle. 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


LA    BIJOUTERIE    DE    PLOMB  23 

Michel  Leblon,  orfèvre  des  cours  de  Suède  et  d'Angleterre,  qui  travailla 
longtemps  à  Amsterdam,  composa  un  recueil  de  modèles  de  manches  de 
couteaux,  de  boîtes  de  montres  ovales  et  octogonales,  de  cartouches  très 
découpés  formés  par  un  réseau  de  lanières. 

Parmi  les  habiles  orfèvres  joailliers  de  la  fin  du  xvne  siècle,  il  faut  citer 
Gilles  Légaré,  qui  demeurait  rue  de  la  Vieille-Draperie,  devant  le  Palais, 
à  l'enseigne  du  «Barillet».  Cet  artiste  composa  un  Livre  des  images  d'orfè- 
vrerie qui  fut  édité  par  Mariette  et  deux  autres  recueils  dans  lesquels  se 
trouvent  un  grand  nombre  de  modèles  de  broches,  de  cachets,  de  bagues 
et  de  petites  chaînes.  Les  pendeloques  étaient  formées  par  des  perles  en 
poires  symétriquement  suspendues  à  des  nœuds  d'or  où  s'enchâssaient 
rubis  et  émeraudes.  Dans  ses  cachets  et  dans  ses  chaînes  de  montre,  il  avait 
introduit  des  cœurs  percés  de  flèches  ou  le  carquois  de  l'Amour,  des  têtes 
de  mort  avec  des  ailes  de  chauve-souris  ou  des  ossements  artistement  arran- 
gés en  croix. 

En  1663,  Gilles  Légaré  était  au  nombre  des  orfèvres  du  roi. 

Dans  le  dernier  quart  du  xvne  siècle,  un  artiste  français,  Simon  Gri- 
belin,  alla  s'établir  à  Londres  et  quoiqu'il  fut  peintre  de  portraits  au  pastel 
et  surtout  graveur,  il  enseigna  aux  orfèvres  anglais  les  délicatesses  du  goût 
français.  En  1697,  il  édita,  à  l'usage  des  orfèvres  anglais,  un  livre  intitulé 
A  book  of  ornaments  usefull  to  jowellers,  watch-makers  and  ail  others  articles, 
qui  obtint  un  très  vif  succès. 


TROISIEME     PARTIE 


BIJOUX-ENSEIGNES    DE    PELERINAGE 
I.  —  La  bijouterie  de  plomb  antérieurement  au  XVe  siècle 

En  dehors  des  bijoux  civils  destinés  à  la  parure  des  plus  riches  et 
des  plus  puissants  de  la  terre,  il  est  toute  une  classe  de  bijoux  qui 
demande  à  être  prise  en  considération  spéciale,  car  elle  joue  un  rôle  impor- 
tant dans  les  mœurs  et  coutumes  de  l'ancienne  France  :  c'est  ce  que  Ton 
pourrait  appeler  la  bijouterie  religieuse,  plus  communément  connue 
sous  le  nom  d'enseignes  de  pèlerinage.  M.  Arthur  Forgeais  s'est  occupé  de 
ces  objets  si  typiques  dans  son  ouvrage  Plombs  historiés  trouvés  au  fond 
de  la  Seine.  La  plus  grande  partie  de  la  collection  rassemblée  par  cet  émi- 


24  BIJOUX-ENSEIGNES    DE    PÈLEHINAGE 

nent  écrivain  est  maintenant  conservée  au  Musée  de  Gluny  et  elle  est 
particulièrement  curieuse  pour  l'étude  de  la  vie  civile  et  de  la  vie  religieuse 
au  Moyen  Age. 

II.  —  Enseignes,  Affiches,  Affl<iuets 

Jusqu'au  milieu  du  xve  siècle,  ces  enseignes  avaient  plutôt  été  consi- 
dérées comme  des  objets  de  dévotion  que  comme  des  accessoires  de  la  parure. 
A  cette  époque,  les  hommes  adoptèrent  la  mode  de  porter  à  leur  chapeau 
un  bijou  qui  prit  le  nom  d'enseigne  ou  d'affiche.  C'est,  en  1458,  sous 
Charles  VII  qu'on  rencontre  la  première  trace  de  cette  mode. 

Nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  reproduire  ici  l'explication  donnée 

par  M.  de  Laborde  dans  son  Glossaire  : 

L'enseigne  ou  affiche  était  une  plaque  ou  un  médaillon  qui  marquait  la  livrée. 
La  dévotion  ou  le  caprice  portait  en  guise  d'enseigne  une  effigie  de  sainte  ou  quelque 
signe  soi-disant  puissant  contre  les  maladies,  contre  le  mal  de  reins,  par  exemple. 
Les  églises,  les  abbayes,  les  lieux  de  i  èlerinages,  surtout,  en  frappèrent  et  en  vendirent 
de  toutes  matières  et  en  quantité  innombrable.  L'enseigne  se  portait  au  chapeau. 
Nous  en  donnâmes  la  mode  en  Italie  lors  de  notre  triomphante  promenade  conduite 
par  Charles  VIII. 

1380.  ■ —  Troys  enseignes  d'or  qui  ont  esté  faites  pour  le  mal  de  reins  (Invent, 
de  Charles  V). 

1425.  ■ —  A  Jehan  Martin,  orfèvre  demourant  à  Boulongne,  pour  une  enseigne 
ou  ymage  d'or  faicte  en  la  révérence  de  Nostre  Dame  de  Boulongne  pour  MdS, 
trois  dorées  et  XIII  d'argent  pour  aucuns  chevaliers  et  escuiers  de  la  compagnie  de 
MdS  (le  duc  de  Bourgogne)  derrenièreinent  qu'il  y  fu  en  pèlerinage.  (Ducs  de  Bour- 
gogne, 766.  De  Laborde.   Glossaire.) 

Pendant  des  siècles,  le  signe  de  reconnaissance  qu'on  imposa  aux  filles 
publiques  et  aux  Juifs  fut  aussi  appelé  une  enseigne  :  Par  une  ordonnance 
de  1363,  nous  apprenons  que  cette  enseigne  était  qualifiée  de  «  rouelle  ». 

On  sait  que  Louis  XI  avait  une  dévotion  toute  particulière  pour  les 

enseignes  et  qu'il  avait  fait  coudre  sur  son  chapeau  une  petite  Vierge  de 

plomb,  ainsi  que  plusieurs  autres  Saints  auxquels  il  se  recommandait  dans 

ses  moments  de  découragement  ou  avant  de  prendre  un  parti  : 

1620.  —  Du  cabinet  de  curiosités  :  J'ay  mémoire  qu'il  y  a  environ  vingt  ans  que 
l'on  m'y  montra  une  petite  image  de  plomb  représentant  la  Vierge,  que  l'on  tenoit 
estre  la  mesme  que  Louis  XI  portoit  ordinairement  à  son  chapeau,  de  laquelle 
parle  Philippe  de  Commines  au  livre  second  de  ses  Mémoires,  chapitre  8...  elle  étoit 
petite  environ  la  longueur  d'un  doigt.  (Le  Père  Daniel.  Trésor  des  Merveilles  de 
Fontainebleau.) 

Au  commencement  du  xvie  siècle,  l'enseigne  semble  avoir  perdu  son 

caractère  de  dévotion  pour  devenir  un  simple  objet  de  parure  qu'on  faisait 

coudre  de  côté,  sur  le  retroussis  du  chapeau.  Au  temps  de  François    Ier, 

le  costume  des  hommes  et  surtout  leur  coiffure  donnèrent   aux    orfèvres 

de  nombreuses  occasions  de  montrer  leur  habileté.  Tour  à  tour  l'enseigne 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XV 


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Plombs  historiés  :   Enseignes  de  pèlerinage  trouvées  dans  la  Saône. 
Motifs  religieux  et  décoratifs,  jouets,  frise  à  sujets  de  chasse.   Du  XVe  au  xix"  siècle 

(Collection   R.   Richebé.) 


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LES    BAGUES    DANS    h' ANTIQUITÉ  25 

fut  un  diamant  ou  une  pierre  précieuse  enchâssée  dans  une  monture  d'or, 
une  médaille,  un  émail,  une  pierre  gravée,  un  camée,  etc..  Tous  les  artistes 
s'évertuèrent  à  en  varier  les  formes  et  la  gravure  en  pierres  fines  produisit 
alors  des  chefs-d'œuvre. 

Sous  Henri  II,  les  enseignes  étaient  devenues  des  prodiges  de  bijou- 
terie par  le  rapprochement  de  l'or  et  de  l'argent  ciselé  ainsi  que  des  pierres 
dures  taillées  ;  les  enseignes  étaient  alors  devenues  de  véritables  tableaux  : 

1534.  —  Une  enseigne  d'or,  pour  mettre  au  bonnet,  en  laquelle  y  a  une  ystoire 
de  relief  avec  ung  grant  dyament  en  table,  servant  d'une  fontaine  à  la  dite  histoire. 
(Cptes  royaux.) 

1580.  — ■  Une  médaille  entournée  de  rubis  et  diamants,  pour  servir  et  mettre  en 
enseigne  en  un  chapeau  ou  en  un  bonnet.  (Brantôme.) 

1599.  —  Une  grande  enseigne,  faite  en  plume,  toute  de  diamans,  où  y  en  a  un 
grand  à  jour  au  milieu  sur  lequel  est  la  peinture  du  Roy,  le  reste  garny  de  diamans 
et  y  a  un  grand  rubiz  en  cabochon  et  un  autre  en  table,  prisé  sept  mille  escus.  (Inverti, 
de  Gabrielle  d'Estrées.) 

Vers  la  seconde  moitié  du  xvie  siècle,  les  hommes  cessèrent  de  porter 
l'enseigne  au  chapeau,  mais  alors  elle  passa  dans  la  coiffure  des  femmes  et 
devint,  par  corruption  de  son  nom  «  affiche  »,  l'affique,  l'affiquet  ou 
l'affiquette. 


QUATRIÈME    PARTIE 


ANNEAUX    ET     BAGUES 
I.  —  Les  bagues  dans  l'Antiquité 

La  mode  de  porter  des  anneaux  aux  doigts  remonte  à  une  époque  très 
ancienne  et  on  retrouve  cet  usage  chez  les  Hébreux,  en  Grèce,  en 
Egypte.  Les  anneaux  romains  unis  ou  garnis  de  pierres  dures  ou  de 
camées  ne  sont  relativement  pas  rares. 

On  sait  que  l'anneau  pontifical  et  l'anneau  pascal  constituent  les 
ornements  indispensables  du  costume  ecclésiastique.  Dès  le  vie  siècle,  les 
chrétiens  adoptèrent  l'anneau  comme  signe  de  la  consécration  des  évêques: 
c'était  pour  eux  le  sceau  de  la  foi  et  de  la  protection  divine. 

A  l'époque   féodale,   l'anneau    devint   un   des  gages   de  l'investiture. 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  ne  contient  que  de  rares  spécimens  de  ces  enseignes.  Nous  citerons 
entre  autres  une  clef  en  plomb,  mince  et  plate  qui  remonte  à  la  fin  du  xive  siècle  et  qui  était  vraisemblablement 
destinée  à  être  cousue  au  chapeau.  (PI.  LXX.) 

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26  ANNEAUX    ET    BAGUES 

II.  —  Les  bagues  aux  XIII"  et  XIVe  siècles 

Jusqu'au  xme  siècle,  l'anneau  se  portait  à  divers  doigts,  puis  il  se  fixa 
définitivement  à  l'annulaire. 

1250.  —  Deus  aniaus  en  ot  en  sa  main  destre. 
Et  trois  en  ot  en  la  senestre. 
(Li  Romans  des  Sept  sages.) 

La  mode  de  porter  des  anneaux  était  fort  en  honneur  au  xme  siècle 
et  dans  les  inventaires  de  cette  époque  on  rencontre  la  mention  de  nombreuses 
pièces  de  cet  accessoire  du  costume  qui  étaient  enfilées  sur  de  petits 
cylindres  dénommés  «doigts  ou  doigtiers»  qu'on  rangeait  ensuite  dans  des 
écrins. 

1260.  ■ —  10  baculos  continentes,  208  anulos  rubetis  et  balesiis  ;  2  baculos  con- 
tinentes 66  anulos  cum  maragdenibus  ;  unum  baculum  continentum  20  anulos  cum 
sapbiris  ;  unum  baculum  continentum  17  anulos  cum  diversis  lapidibus.  [Joyaux 
d'Henry  III  d' Angleterre,  déposés  au  Temple.) 

1328.  —  Un  doit  où  il  a  3  saphirs  et  une  turquoise  :  un  autre  doit  où  il  a  un 
gros  balois  percié,  prisé  100  1.  ;  un  autre  doit  au  quel  a  un  gros  diamant  en  anneau. 
(Ini>.  de  Clémence  de  Hongrie.) 

1399.  —  6  anneaux  en  un  doit.  (Inc.  de  Charles  VI.) 

1412.  —  Un  doittier  de  cinq  dyamans  en  aneaulx  d'or  esmaillez,  c'est  assavoir 
un  anel  en  façon  de  rabot...  (Ducs  de  Bourgogne,  N°  131). 

1454.  —  Le  suppliant  print  furtivement  —  aucuns  anneaux  ou  verges  d'argent 
estans  en  un  doittier.  (Lettres  de  rémission)  (De  Laborde  Gloss). 

Au  xive  siècle,  la  mode  était  de  porter  un  certain  nombre  de  bagues  aux 
doigts  : 

1300.  —  Quant  ele  est  richement  peue 
Et  de  bêle  robe  vestue, 
Qu'ele   a   aumosnière   et   coroie, 
Chapiaus    d'orfroi    et    laz    de    soie, 
Fermaus  d'argent  et  bons  et  biaus, 
Et  les  verges  et  les  aniaus 
III    ou    IIII    en    chascune    mains... 

(Le  Blasme  des  femmes.   Ed.   Jubinal.    Jongleurs  et  Trouvères,  p.   79.) 

Au  Moyen  Age,  l'anneau  que  l'on  porte  au  doigt  était  désigné  sous  le 
nom  de  «  verge  ».  Le  mot  bague,  avant  le  xvie  siècle,  avait  la  signification  de 
bagage,  c'est-à-dire  de  toute  chose  se  transportant  à  la  main  ou  sur  une 
voiture.  Cependant  dès  le  milieu  du  xve  siècle,  on  commence  à  appliquer  ce 
nom  à  des  joyaux  :  boucles  d'oreilles,  pendentifs,  etc.. 

1561.  —  Le  mollet  (lobe  de  l'oreille)  où  on  pend  volontiers  les  bagues.  (A.  Paré. 
Chirurgie.  Liv.  IV,  chap.  10.) 

1588.  —  Une  bague  à  pendre  au  col  où  il  y  a  une  grande  esmeraude  accoustrée 
de  figures  autour  et  d'autres  besongnes  esmaillées,  ladite  esmeraude  taillée  à  facette. 
(Inv.  de  prince  de  Condé,  p.  141.)  (Gay.   Gloss.  arch.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XVI 


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Enseignes  de  chapeau  et   plaquettes,  accessoires  de  harnachement, 

Plaques  de  coffrets,   boutons,  jetons  de  service.   Du  XIIIe   au  xvm°  siècle. 

(Collection   R.   Richebé.) 


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ANNEAUX    DE    MARIAGE  27 

III.  —  Variété  des  bagues  au  XVIe  siècle 

Ce  n'est  qu'à  la  fin  du  xvie  siècle  que  la  bague  devint  ce  qu'elle  est 
restée  depuis  :  l'anneau  du  doigt. 

1599.  —  Bagues  à  mettre  au  doigt.  Un  grand  diamant  en  cœur  taillé  en  pensée, 
esmaillé  de  gris,  une  devise  dedans  600  escus.  Un  cabochon  de  rubis  esmaillé  de 
vert  mis  en  griffe,  40  esc.  Uns  esmeraude  gravée  ou  est  la  peinture  du  Roy,  40  esc. 
Une  onice  où  est  taillée  derrière  la  peinture  du  Roy,  6  esc.  Une  bague  d'or  faite  à 
la  turque  garnie  de  15  diamans  et  un  cristal  dessus  où  est  la  peinture  du  Roy,  120  esc. 
Une  bague  d'or  où  il  y  a  une  médaille  d'acier  gravée  et  le  portrait  du  Roy,  2  esc. 
(Inv.  de  Gabrielle  d'Estrées,  fol.  25.) 

1606.  ■ —  Bague.  C'est  proprement  un  anneau  ou  autre  joyau,  où  il  y  a  pierre 
précieuse,  une  ou  plusieurs.  En  pluriel,  bagues  se  prend  pour  tous  les  affiquets 
d'or  ou  d'argent  d'une  femme,  soient  anneaux,  pendans,  carcans,  fermeillets,  chaines 
ou  autres.  (Nicot.) 

1618.  —  Une  bague  d'or  avecq  une  monstre  d'heure  ou  horloge,  estimée  3  livr. 
(Inventaire  du  prince  d'Orange,  f.  34,  v.) 

IV.  —  Anneaux  de  mariage 

Parmi  les  bijoux  qui  agrémentaient  le  costume  féminin,  les  alliances 
ont  toujours  conservé  une  assez  grande  simplicité.  Primitivement  l'anneau 
de  mariage  était  en  fer  : 

78.  —  Nunc  sponsae  muneri  ferreus  annulus  mittitur,  isque  sine  gemma. 
(Pline.   Hist.  nat.) 

Mais  l'anneau  de  fer  sans  pierrerie  indiqué  par  Pline  comme  étant  d'un 
usage  ancien,  était  devenu,  dès  le  ne  siècle,  un  riche  anneau  d'or  :  les 
chrétiens  l'adoptèrent.  Quelquefois,  l'anneau  était  muni  d'un  chaton  d'ai- 
mant pour  symboliser  l'union  des  époux. 

Pendant  le  Moyen  Age,  l'anneau  de  mariage  était  dénommé  «annel», 
quelquefois  il  était  orné  d'une  pierre. 

1316.  —  Pour  j  annel  et  pour  j  fermail,  que  la  royne  li  donna  quand  il  prist 
famé.  (Cptes  royaux.  De  Laborde.    Gloss.) 

1416.  —  Un  annel  où  il  y  a  une  pierre  dont  Joseph  espousa  Notre-Dame  si 
comme  dist  Madame  de  Saint- Just  qui  donna  ledit  annel  à  Ms.  {Inv.  du  duc  de 
Berry.  ) 

Quelquefois  ces  anneaux  nuptiaux  étaient  agrémentés  de  devises  ou 
d'inscriptions  se  rapportant  à  l'heureux  événement.  La  première  devise 
personnelle,  dont  on  connaisse  l'origine  authentique,  est  celle  qui  fut  prise 
par  Saint  Louis  le  jour  de  son  mariage  avec  Marguerite  de  Provence  : 

Hors  cet  annel  pourrions  trouver  amour. 

Elle  fut  gravée  sur  l'anneau  entrelacé  de  lis  et  de  marguerites  offert 
à  la  nouvelle  reine  et  sur  l'agrafe  du  manteau  que  Saint-Louis  portait  le 
jour  de  ses  noces. 

Le  seconde  inscription  que  nous  pouvons  citer  est  celle  qui  décorait 
un  anneau  nuptial  trouvé  en  1839  à  Auzances,  près  de  Poitiers,  et  qui  nous 


28  ANNEAUX    ET    BAGUES 

est  signalé  par  M.  Victor  Gay  (Glossaire  Arch.,  t.  I,  p.  35).  Cet  anneau  se 
dédoublait  en  deux  chaînons  et  portait  à  l'intérieur  du  cercle,  en  caractères 
du  xve  siècle  : 

Mo  cuer  est  résouis  aussi  doit-il  aimair  Dieux, 
tandis  qu'à  l'extérieur  on  lisait  : 

A  mo  gré  je  ne  puis  mieux  aieu  choisi  (ailleurs  choisir.) 

Généralement,  sur  les  bagues,  surtout  sur  celles  considérées  comme 
talismans  en  vertu  des  pierres  qui  les  décoraient,  on  rencontre  des  inscrip- 
tions. Dans  la  tombe  de  Childéric  on  trouva  une  bague  portant  son  nom  et 
son  portrait. 

Sur  la  bague  de  Louis  le  Pieux  on  pouvait  lire  : 

Domine  protège  Hludoicum  imperatorem. 

A  l'époque  de  la  Renaissance,  les  anneaux  étaient  dénommés  «mariages» 
et  ils  étaient  toujours  agrémentés  de  deux  pierres  précieuses  de  couleurs 
différentes  : 

1528.  —  Un  petit  mariage  d'or  aviecz  ungne  eymeraude  et  son  petit  rubis 
esmaillé  de  blanc  fort  ben.  (Inv.  d'Isabeau  de  Salmignac.) 

1534.  —  A  Loys  Baland,  dit  Lagastière,  joyailler  et  lappidaire  du  roi,  pour 
troys  mariages  de  dyamans  et  de  rubis,  20  esc.  (Arch.  nat.  J.  962,  n°  456.) 

V.  —  Bagues  à  la  mode  au  XVIIIe  siècle 

La  mode  des  bagues  ne  s'est  jamais  ralentie  et,  au  xvme  siècle,  les 

journaux   ne  manquaient   pas   de  signaler  les   productions  nouvelles   des 

marchands  joailliers  ;   c'est  ainsi  que  le  Mercure  d'avril  1775,  annonçait 

à  ses  lecteurs  qu'ils  pouvaient  trouver  chez  Granchez,  au  «  Petit  Dunkerque»  : 

Des  bagues  d'or  montées  à  l'antique  avec  portrait  en  relief  émaillé  sous  crystal, 
du  roi,  de  la  reine,  d'Henri  IV,  de  l'empereur  et  de  l'impératrice,  gravés  par  Wurtz 
que  l'on  peut  annoncer  pour  être  le  chef  d'œuvre  de  ressemblance,  au  prix  de 
36  livres. 

Dans  le  Cabinet  des  Modes,  du  15  juillet  1786,  nous  trouvons  la  descrip- 
tion de  quelques-uns  des  bijoux  alors  en  faveur  : 

Les  bagues  sont  très  larges  maintenant,  bien  différentes  de  celles  qu'on  faisait 
il  y  a  moins  de  deux  ans,  qui  n'étaient  souvent  composées  que  d'une  grosse  pierre 
enchâssée. 

Un  gros  diamant,  une  grosse  pierre  brillante  se  met  au  milieu  d'une  pierre  de 
composition  ovale,  carrée  en  losange,  carrée  unie,  carrée  à  8  pans.  Au  milieu  de  cette 
pierre  de  composition,  le  diamant  est  entouré  d'autres  pierres  fines  ou  de  roses,  ou 
bien  il  est  seul.  La  pierre  de  composition  est  entourée  ou  de  diamants,  de  roses  ou  de 
perles  ou  elle  est  nue.  Si  la  pierre  du  milieu  n'est  pas  assez  grosse,  on  en  met  deux 
plus  petites  aux  deux  bouts  du  chaton.  Le  plus  souvent  on  entoure  le  chaton  de 
petits  diamants  montés  en  étoiles  et  on  appelle  ces  bagues  «Bagues  au  firmament». 

Les  pierres  de  composition  sont  d'un  fond  vert,  bleu  de  ciel,  violet,  puce,  jaune 
ou  gris. 

Au  lieu  de  pierres  blanches  au  milieu  du  chaton,  on  met  des  pierres  de  couleur 


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en  observant  d'unir  comme  il  faut  la  pierre  de  composition  du  chaton  avec  la  pierre 
enchâssée.  Il  faut  que  la  pierre  du  chaton  fasse  ressortir  la  pierre  enchâssée  d'une 
manière  qui  flatte  l'œil.  On  appelle  ces  bagues  «Bagues  à  l'enfantement  ».  Si  larges 
qu'elles  soient,  elles  sont  pour  les  femmes  comme  pour  les  hommes. 

On  trouvait  ces  bagues  au  magasin  du  sieur  Maricand  place  Dauphine 
où  on  rencontrait  également  toutes  sortes  de  joaillerie,  tels  que  mirzas, 
médaillons,  «croix  à  la  Jeannette»,  etc.. 

VI.  —  Bagues  patriotiques 

La  Révolution  qui  avait  voulu  tout  innover,  aussi  bien  dans  le  domaine 
de  la  religion,  de  la  politique  que  du  goût,  ne  pouvait  manquer  d'exercer 
son  influence  par  Fapparition  de  bijoux  franchement  patriotiques.  C'est 
ainsi  que  Palloy,  le  démolisseur  de  la  Bastille,  livra  au  commerce  des  bagues 
de  fer  dans  lesquelles  étaient  enchâssées  des  pierres  provenant  de  la  célèbre 
forteresse.  Ces  bagues  étaient  appelées  «  Bagues  à  la  Constitution  »  ;  elles 
devinrent  très  populaires.  h'Obserçateur  des  Modes,  du  mois  d'août  1789, 
nous  apprend  qu'on  les  désignait  aussi  sous  le  nom  de  «  Rocamboles  ». 

Ensuite  apparurent  les  bagues  «  à  la  Marat  »;  elles  étaient  en  cuivre  rouge 
avec  plaques  d'argent  estampé  représentant  les  trois  martyrs  de  la  liberté  : 
Marat,  Chalier,  Le  Pelletier  de  Saint-Fargeau. 

L'année  1790,  d'après  le  Journal  de  la  Mode,  du  mois  de  juin,  fut  marquée 
par  l'apparition  des  «  alliances  civiques  ».  Fermées,  ces  alliances  figuraient 
un  simple  anneau  ;  ouvertes,  elles  montraient  leur  cercle  intérieur  émaillé 
de  bleu,  de  blanc  et  de  rouge  ;  elles  portaient  la  devise  :  «  La  Nation,  La  Loi, 
Le  Roy  ». 

Aux  «  alliances  civiques  »  succédèrent  les  «  alliances  nationales  »  dont 
quelques-unes  portaient  l'inscription  «  Unis,  ça  ira   ». 

Après  le  départ  des  émigrés,  les  aristocrates  restés  à  Paris  se  mirent  à 
porter,  suivant  les  Lettres  Patriotiques,  une  petite  bague  en  écaille  avec 
l'inscription  «  Domine  salvum  fac  regem  »  en  piqué  d'or  inscruté  sur  le  corps 
de  l'anneau.  (Wallon,  Hist.  du  Trib.  Révol,  t.  n,  p.  254,  255,  337.) 

Si  on  en  croit  la  Feuille  du  Jour  (septembre  1791),  ce  bijou  qui  coûtait 
tout  d'abord  1  livre  4  sols,  se  vendit  ensuite  7  livres. 

VII.  —  Bagues  «  à  la  poignée  de  mains  » 

Certaines  régions  de  la  France  ont  conservé  pendant  des  siècles  les 
mêmes  modèles  ;  c'est  ainsi  que  dans  l'ouest  on  a  constamment  fabriqué  des 
bagues  sur  l'anneau  desquelles  sont  représentées  deux  mains  jointes  et  serrées 
dans  l'attitude  de  la  poignée  de  mains.  Nous  possédons  un  spécimen  de  ce 
genre  de  bague  qui  remonte  au  xvie  siècle  et  dans  lequel  les  mains  sont 
gantées  et  garnies  d'un  minuscule  anneau  décoré  d'un  diamant. 


30  ANNEAUX    ET    BAGUES 

En  1808,  les  bijoutiers  parisiens  reprirent  ce  modèle  auquel  ils  donnèrent 
le  nom  de  bague  «  à  la  bonne  foi  »;  il  était  fait  en  malachite  gravée  ou  en  corail. 

On  a  créé  bien  des  fantaisies  dans  la  fabrication  des  bagues.  Sans  parler 
des  clefs-bagues  qui  sont  connues  depuis  l'époque  romaine,  des  montres- 
bagues  dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  nous  trouvons  dans  le  Journal  des 
Dames  et  des  Modes,  du  30  Brumaire  an  XII  l'annonce  d'une  bague  où  la 
pierre  précieuse  était  remplacée  par  un  minuscule  flacon  à  odeur. 

VIII.  —  Bagues  hiéroglyphiques 

En  1809,  on  fabriqua  des  bagues  hiéroglyphiques.  Les  hiéroglyphes 
étaient  constitués  par  un  certain  nombre  de  pierres  précieuses  de  différentes 
couleurs,  et  pour  les  traduire,  il  suffisait  de  rapprocher  ensemble  la  première 
lettre  du  nom  de  chacune  des  pierres  précieuses.  Ainsi,  pour  constituer  le 
nom  de  Rose,  le  chaton  de  la  bague  était  composé  d'un  rubis,  d'une  opale,  d'un 
saphir  et  d'une  émeraude.  (Journal  des  Dames  et  des  Modes,  5  janvier  1809.) 

De  Jouy,  dans  son  Hermile  de  la  Chaussée  d'Antin  (année  1811),  nous 
apprend  que  «  Mellerio  était  le  premier  homme  du  monde  pour  ses  bagues 
hiéroglyphiques  ». 

Vers  1820,  on  fit  des  bagues  émaillées  portant  au  centre  de  petites 
inscriptions  telles  que  :  souvenir,  pensez  à  moi,  je  vous  adore...  On  pouvait 
se  procurer  ces  bijoux,  les  plus  modestes,  au  prix  de  25  francs,  tandis  que 
les  plus  riches  valaient  jusqu'à  25  louis.  [Journal  des  Dames  et  des  Modes, 
5  janvier  1820.) 

Les  bagues  reflétèrent  bien  souvent  les  pensées  politiques  du  moment. 
C'est  ainsi  que  lors  de  la  rentrée  de  Louis  XVIII  on  fit  des  bagues  composées 
d'un  fil  d'or  avec  trois  fleurs  de  lis  qui  portaient  en  émail  la  devise  «  Dieu 
nous  le  rend  ». 

Un  journal  de  modes  de  1822,  nous  apprend  qu'à  cette  époque  les  jeunes 
élégants  se  servaient  d'une  bague  chevalière  en  guise  de  coulant  pour  passer 
les  deux  bouts  de  leur  cravate.  A  cette  époque  on  s'éprit  du  gothique,  mais 
ce  style,  mal  compris,  n'aboutit,  sauf  de  rares  exceptions,  qu'à  des  produc- 
tions d'un  goût  très  discutable. 

En  1827,  en  réminiscence  des  bagues  hiéroglyphiques,  mises  à  la  mode, 
en  1809,  on  fit  des  bagues  dites  «semaines»:  on  les  appelait  ainsi  parce  qu'elles 
étaient  décorées  de  sept  pierres  de  couleurs  différentes  dont  l'initiale  du  nom 
correspondait  à  une  lettre  analogue  au  jour  de  la  semaine  qu'elle  repré- 
sentait (1). 

(1)  Une  collection  de  bagues  avait  sa  place  toute  indiquée  dans  les  vitrines  du  Musée  de  la  Tour  Saint- 
Laurent  ;  malheureusement,  le  fer  et  l'acier  se  prêtent  mal  à  être  employés  comme  anneau  porté  au  doigt, 
c'est  ce  qui  explique  le  nombre  restreint  de  spécimens  que  nous  avons  à  signaler. 

Les  bagues  du  xviue  siècle  sont  représentées  par  ces  deux  anneaux  formés  de  perles  taillées  à  facettes  d'un 


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Bagues  et  bracelets  formés  de  camées  durs  contenus  dans  une  monture  en  or.  xix«  siècle 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Bagues  «  au  Firmament  .,  et  bagues  «  à  l'Enfantement  »,  d'après  le  «  Cabinet  des  Modes  »  en   i786. 
Châtelaine  garnie  de  topazes  blanches  et  montre  squelette,  xvm»  siècle 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXIV 


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% 


37 


Bagues  en  or  enrichies  de  pierreries.  xvne  et  xvine  siècles. 
Elles  sont  ornées  de  miniatures,  de  camées  ou  de  devises  galantes  et  proviennent  de  la  collection  de  M.  Bertin  et  de  Mlle  Cérette  Meyer 

(Musée  des  Arts   Décoratifs.) 


LES    BRACELETS    AU    MOYEN    AGE  31 


CINQUIÈME     PARTIE 


BRACELETS 
I.  —  Bracelets  chez  les  Romains  et  les  Gaulois 

L'usage  de  parer  ses  bras  avec  des  cercles  de  métal  plus  ou  moins 
précieux  remonte  à  une  haute  Antiquité.  Chez  les  Etrusques  on  connaissait 
l'armilla  composée  de  trois  ou  quatre  tours  massifs  d'or  ou  de  bronze. 

Chez  les  Romains,  les  bracelets  étaient  donnés  en  marque  de  dis- 
tinction, en  souvenir  d'une  action  d'éclat  et  leur  propriétaire  les  gardait 
comme  des  insignes  glorieux,  se  contentant  de  les  étaler  sur  la  poitrine  aux 
jours  de  cérémonies  et  de  triomphes  avec  les  torques,  les  phalères  et  même 
des  plaques  d'or  et  d'argent. 

Les  Latins  avaient  différents  genre  de  bracelets.  Le  «  dextral  »  était  un 
anneau  qui  se  portait  au  poignet  droit.  Le  «  spinther  »  était  une  sorte  de 
spirale  qui  se  portait  au  bras  gauche,  entre  le  coude  et  l'épaule.  Enfin,  le 
«  compes  »  était  porté  par  les  femmes  au-dessus  de  la  cheville. 

Ces  ornements  n'étaient  employés  que  par  les  femmes  plébéiennes  de 
Rome,  les  courtisanes,  les  danseuses  et  les  autres  personnes  qui  allaient  à 
pieds  nus.  A  une  époque  assez  tardive,  les  bracelets  furent  d'un  usage  assez 
répandu  dans  la  civilisation  romaine. 

Les  riches  Gauloises  vivaient  à  la  romaine  et  elles  portaient  de  nombreux 
bijoux  dans  lesquels  étaient  enchâssées  des  camées  et  des  pierres  précieuses. 

A  partir  de  la  fin  du  vie  siècle,  le  bracelet  disparaît  de  la  toilette  fémi- 
nine. Les  poignets  des  femmes  sont  alors  ornés  de  larges  manchettes  de  soie 
de  couleur,  brodées  d'or  et  de  perles.  Cette  mode  dura  pendant  toute  la 
période  carlovingienne. 

II.  —  Les  bracelets  au  Moyen  Age 

Ce  n'est  guère  qu'au  début  du  xve  siècle  que  les  bracelets  revinrent  à  la 
mode  dans  nos  contrées;  ils  étaient  enrichis  de  pierres  précieuses  et  d'émail  : 

travail  analogue  à  celui  des  boutons.  Nous  voyons  également  quelques  bagues  en  acier  ciselé  formée  de  deux 
chimères  adossées  au  chaton  central  ;  d'autres  contiennent  un  petit  camée  serti  dans  le  fer  ou  l'acier.  Certaines 
bagues  sont  ciselées  avec  autant  de  soin  et  de  finesse  que  si  elles  étaient  en  or. 

Notons  ici  la  bague  religieuse  portant  un  crucifix,  la  bague  en  forme  de  serpent...  Mais  ce  qui  domine  dans 
toutes,  ce  sont  les  bagues-cachet  représentant,  gravées  dans  le  chaton,  les  armoiries  ou  même  simplement 
les  initiales  du  propriétaire.  (PI.  CCXXII.) 


32  BRACELETS 

1415.  —  Un  bracelet  d'or,  une  petite  ohainette  pendant  et  a  autour  6  petiz 
saphir  et  6  perles  esmailez  de  florettes  et  dedans  semé  de  petites  pommettes  blanches, 
vertes  et  vermeilles,  pes.  2  o.  9  est.  (Inventaire  du  trousseau  de  Marie  de  Bour- 
gogne.) 

1455.  —  Je  vueil  que,  pour  l'amour  de  moy,  vous  portez  un  bracelet  d'or  esmaillé 
à  nos  devises,  brodé  de  six  bons  diamans,  de  six  bons  rubis  et  de  six  bonnes  et  grosses 
perles  de  quatre  a  cinq  caras.  (Le  petit  Jehan  de  Saintré,  p.  125.) 

1495.  —  Tant  de  bullettes  pendantes  à  chaines  d'or,  tant  de  carquans,  tant 
d'affiquetz,  tant  de  brasseletz,  tant  de  bagues  aux  doigts  que  c'est  une  chose  infinie. 
(J.  Le  Maire.  De  Laborde.    Glossaire.) 

III.  —  Bracelets  garnis  «le  perles  d'acier  et  de  camées 

Au  commencement  du  xixe  siècle,  la  mode  était  de  porter  une  paire  de 
bracelets  absolument  identiques. 

La  manufacture  royale  d'acier  proposait  alors  différents  genres  de 
bracelets  dont  les  types  se  retrouvent  presque  toujours  les  mêmes  avec 
une  très  légère  variante.  C'était  d'abord  le  bracelet  dont  le  corps  était  formé 
d'une  tresse  de  cheveux  et  dont  le  fermoir,  carré  à  la  partie  ouvrante  ou 
cliquet,  était  presque  entièrement  dissimulé  sous  la  plaque  centrale. 

Puis  ce  sont  les  bracelets  composés  de  plaques  ovales  articulées  ou 
réunies  les  unes  aux  autres  par  des  anneaux  :  ces  plaques  sont  généralement 
décorées  de  dessins  formés  de  perles  taillées  à  facettes. 

Sous  la  Restauration  on  a  livré  au  commerce  de  nombreux  bracelets 
en  cuivre  doré  et  estampé,  décorés  de  pierres  fausses  de  différentes  couleurs 
ou  garnis  de  plaques  d'émail  qui  étaient  pour  la  plupart  de  fabrication 
Suisse. 

Dès  cette  époque,  nous  voyons  apparaître  le  bracelet-montre  composé 
de  plaques  articulées  reliées  à  une  sorte  de  gros  chaton  central  qui  s'ouvrait 
au  moyen  d'un  déclic  et  démasquait  une  montre  de  dimension  moyenne. 

Enfin,  à  la  même  époque,  la  mode  fit  apparaître  les  bracelets  garnis  de 
fermoirs  ronds  ou  carrés,  dont  le  corps  était  formé  d'une  fine  toile  métal- 
lique, véritable  cotte  de  mailles,  que  d'ingénieux  artistes  arrivaient  à 
fabriquer  indifféremment  en  acier  ou  en  fil  d'or  creux. 

Les  spécimens  de  ce  dernier  genre  de  bracelets  sont  réellement  assez 
rares,  car  ils  ont  été  le  plus  souvent  détruits  par  la  rouille  qui  les  envahissait 
plus  facilement  que  les  bracelets  formés  de  plaques. 

A  l'époque  de  Louis-Philippe  on  a  fait  des  bracelets  formés  de  plaques 
d'acier  découpées  garnies  de  perles  rondes  ou  ovales  d'un  travail  analogue 
à  celui  des  boutons  d'acier  (1). 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  ne  possède  que  peu  de  bracelets  et  il  faut  aller  chercher  des  spécimens 
de  ce  genre  de  parure  dans  les  pièces  en  fonte  de  Berlin.  (Voir  Notice  sur  la  bijouterie  en  fonte  de  Berlin,  p.  42.) 

On  remarquera  que  les  bracelets  cherchent  à  représenter  soit  des  camées,  d'après  la  mode  antique,  soit 
dos  ornements  plus  ou  moins  empruntés  à  l'architecture  gothique.  Les  bracelets  garnis  de  camées  contiennent 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXV 


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Reliquaires,  pend  à  col  et  pendentifs  du  Moyen   Age    Or  égaillé  déeoré  de  per.es  et  de  pierres  précieuses 

(Collection  Albert  Figdor.) 


LE    PEND    A    COL    Dl"    XIVe   AU    XVIe   SIÈCLE  33 


SIXIEME     PARTIE 


PENDANTS    DE    COU 
I.  —  Les  reliquaires  portés  au  cou  du  VIIIe  au  XIVe  siècle 

On  peut  voir  l'origine  des  pendants  de  cou  dans  la  coutume  qui  exis- 
tait à  une  époque  très  reculée,  de  porter  un  petit  reliquaire  attaché  à  la 
chaîne  entourant  le  cou.  Cette  coutume  était  en  quelque  sorte  la  con- 
tinuation de  la  «  bulla  »,  étrusque  et  romaine,  accompagnée  de  toutes  les 
vertus  qu'on  attribuait  à  l'amulette  qui  y  était  enfermée. 

La  coutume  de  porter  un  reliquaire  pratiquée  par  Charlemagne  s'est 
continuée  jusqu'au  xve  siècle.  On  sait  à  ce  sujet  qu'au  milieu  du  xixe  siècle 
les  Allemands  ayant  ouvert  le  tombeau  du  Grand  Empereur,  qui  se  trouve 
à  Cologne,  le  dépouillèrent  de  cet  admirable  reliquaire.  Quelques  années 
plus  tard,  ce  joyau  fut  offert  à  l'Impératrice  Eugénie,  lors  d'un  de  ses 
voyages  en  Allemagne.  Peu  avant  sa  mort,  celle-ci  décida  d'offrir  le  précieux 
bijou  à  la  cathédrale  de  Reims,  en  expiation  du  martyre  qu'avait  souffert 
l'édifice  rémois  du  fait  de  ces  mêmes  Allemands. 

II.  —  Le  pend  à  col  du  XIVe  au  XVIe  siècle 

Au  début  du  xive  siècle,  le  reliquaire  fut  parfois  remplacé  par  le  «  pend- 
à-col  »  qui  n'était  autre  qu'un  médaillon  ou,  pour  parler  comme  nos  ancêtres, 
une  «  boiste  à  porter  au  col  ».  Ce  nouvel  accessoire  de  la  parure  dura  jus- 
qu'au début  du  xvne  siècle. 

1328.  —  Un  fermail  ront,  à  pent  à  col,  où  il  a  une  esmeraude  parmi  et  VI  que 
balais,  que  rubis  et  III  grosses  perles,  1  livre.  — Un  pentacol  d'un  saphir, dedens  une 
bourse,  prisié  G  livres.  (Invent,  de  la  royne  Clémence  de  Hongrie.) 

1353.  —  Un  pentacol  où  il  avoit  XII  perles  et  XII  esmeraudes,  prisié  VI  escus. 
Un  autre  pentacol  à  yrnages  d'un  camahieu,  garny  de  perles  et  de  pierrerie,  prisié 
X  escus.  (Invent,  de  V Argenterie.)  (De  Laborde.    Gloss.). 

souvent  de  petites  plaques  rondes  ou  ovales  en  acier  perlé,  sur  lesquelles  on  est  venu  fixer  un  profil  en  fonte  de 
fer  mate. 

Les  bracelets  à  tendance  architecturale  sont  extrêmement  fins  ;  ils  représentent  des  trilobés  et  des  rosaces 
copiées  ou  interprétées  d'après  les  sculptures  de  nos  vieilles  cathédrales  gothiques. 

A  l'époque  où  la  bijouterie  d'acier  faisait  fureur,  on  a  fabriqué  des  bracelets  formés  d'une  mince  plaque 
d'acier  perlée  garnie  de  cordons  de  perles  taillées  à  facettes.  Ces  bracelets  sont,  en  outre,  ornés  à  l'aide  de  pein- 
tures sous  verre  que  le  temps  n'a  malheureusement  pas  toujours  respectées.  (PI.  CCXLIV.) 

C'est  à  la  même  époque  qu'il  faut  attribuer  le  bracelet  en  filigrane  de  fer  tressé,  d'un  travail  très  ténu. 
<P1.  CCXLVI.) 


34  PENDANTS    DE    COU 

1380.  —  Un  petit  reliquaire  de  jaspre,  en  façon  d'un  pentacol,  environné  de- 
menue  pierrerie,  pesant  1  marc,  III  onces  et  demie.  {Inv.  de  Charles  V.) 

Un  petit  à  col  à  façon  d'unes  verges  à  nettoyer  robes,  garni  de  III  balais,  II 
saphirs  et  VIII  perles,  pesant  III  onces,  II  esterlins.  (De  Laborde,    Glossaire.) 

Au  début  du  xvie  siècle,  alors  que  les  émaux  et  la  ciselure  se  perfec- 
tionnaient d'une  manière  remarquable,  les  «  pend-à-col  »  substituèrent  la 
forme  ovale  à  la  forme  carrée,  qu'ils  avaient  prise  jusqu'alors  :  la  monture 
est  en  or  ciselé  ou  en  or  émaillé,  alors  que  le  plat  est  formé  de  cristaux  de 
roche,  de  camées,  d'émaux  ou  de  pierreries. 

Au  Moyen  Age,  les  chaînes  qui  se  portaient  au  cou  étaient  connues  sous 

différents  noms. 

III.  —  1-e  carcan 

Le  mot  «  caican   »  semble  être  le  plus  ancien  mot  employé  et,  dès  le 

xne  siècle,  on  le  voit  mentionné  dans  les  textes  :  c'était  un  large  collier 

d'orfèvrerie  et  durant  plus  de  trois  siècles  il  contribua  particulièrement  à 

l'enrichissement  du  costume  des  deux  sexes  : 

V.  1190.  —  Un  grant  cherchant  li  ont  au  col  lanciet 
Li  enfès  pleure,  ne  se  set  consillier. 

[Raoul  de  Cambrai,  vi307.) 
1260.  —  Aux  deus  pertuis  li  botent  les  dous  piez  maintenant. 
Une  buis  li  ferment  et  el  col  un  chargant. 

{La  conquête  de   Jérusalem.) 
1527.  —  Ung  kercan  d'or  garny  de  12  croix  de  dyamans  et  une  grande  table 
de  dyamant  au  milieu.  —  Ung  autre  kercan  d'or  fait  à  cordelière,  garny  de  8  diamans 
et  de  9  perles.  {Inv.  de  Ravestain,  f.  67.) 

Au  début  du   xvne  siècle,  les  femmes  étaient  surchargées  de  bijoux 

au  point  d'en  être  souvent  incommodées.  Le  Satirique  de  la  Court  (1624), 

(Edouard   Fournier,  Variétés  historiques),  nous  a  laissé  un   écho   de  cette 

mode  singulière. 

Mais  je  veux  maintenant  te  dire  en  quelle  sorte 
Une   galante   femme   en   habits   se   comporte. 
Il  lui   faut   des   carquans,   chaines   et  bracelets 
Diamants,    affiquets    et    mantaus    de    collets 
Pour    charger    un    mulet,    et    voires    davantage... 

Au  xvne  siècle,  le  mot  carcan  ou  carquan  s'étendait  à  toute  chaîne- 

faisant  partie  du  costume  à  quelque  endroit  elle  prit  place  : 

1625.  —  Carquan  se  prend  pour  toute  chaine  non  seulement  d'or,  mais  de 
perles  ou  autres  pierreries,  que  l'on  met  non  seulement  au  col,  mais  aussi  sur  le  front 
et  ailleurs.  (Nicot,  4e  édition.) 

IV.  —  Les  chaînes  dites  «  à  jazeran  » 

Le  nom  de  «jaseran  ou  jazeran»  était,  à  la  même  époque,  donné  aux 
chaînes  faites  de  mailles  larges  et  espacées,  s'enchevêtrant  les  unes  dans  les 
autres,  qui  allaient  d'une  épaule  à  l'autre.  On  disait  un  bracelet  en  façon 
de  jazeran,  c'est-à-dire  en  forme  de  chaîne  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXVI 


12 


nr„  ,   .       ,   .      Cllalnf,s  à  jazeran  en  or  employées  dans  la  décoration   des   bracelet;  et   des  collier-; 
Bracelets  et  boucles  d  oreilles  en  or  ornées  de  plaques  en  agate  herborisée,   d'émaux  ou  de  mosaïques    W  siècle 

(Collection    H.-R.    D'Allemagne.)  '       ",cl-le- 


COLLIER    EN    FORME    DE    CHAINES    OU    DE    SERPENTS  35 

1530.  —  Gabrielle  de  Mailly,  femme  et  épouse  du  Sr  Loys  de  Cambrin,  avoit 
esté  advertye  que  avyons  entre  noz  mains  un  bracelet  d'or  à  fachon  de  jaserain, 
à  elle  appartenant,  nous  requérant  luy  vouloir  rendre,  et  pour  ad  ce  parvenir,  nous 
auroit  monstre  et  exhibé  le  semblable  bracelet  que  a  esté  jugé  par  Charles  Millet, 
orfèvre  en  ceste  ville  (Béthune)  estre  semblable.  (Arch.  de  Péronne,  cité  par  M.  de  la 
Fons.) 

1597.  ■ —  Deulx  petite  chenne  à  jazeran  et  ung  autre  bout  à  pandres  une  monstre, 
II  petit  cachetz  poisant  en  or  II  onces  demi  gros,  qui  valent  XVIII  liv.  XXXI  s. 
(Contrat  de  mariage  de  Françoyse  de  Schomberg.)  (De  Laborde,    Glossaire.) 

Le  mot  collier  fut  adopté  pour  les  chaînes  de  cou  lorsqu'on  y  suspendit 
les  insignes  des  ordres.  Cependant  ce  nom  était  en  usage  bien  avant  la 
fondation  des  ordres. 

1389.  —  Un  collier  d'or  à  dix-neuf  turterelles  blanches,  esmaillées  et  sur  la  plus 
grant  a  un  rubis  pesant  sept  onces  six  esterlins.  —  Un  autre  collier  d'or  à  cinq  Hz 
esmaillés  de  blanc.  (Ducs  de  Bourgogne.  De  Laborde,    Glossaire.) 

V.  —  Ces  esclavages 

Au  milieu  du  xvme  siècle,  les  femmes  mirent  à  la  mode  de  grands 
colliers  qui  reçurent  le  nom  d'esclavages.  Le  Dictionnaire  de  Trévoux  (1752) 
en  signalait  leur  apparition  en  ces  termes  : 

Les  femmes  ont  depuis  quelque  temps  établi  la  mode  de  porter  une  espèce  de 
collier  pendant  au  col  en  forme  de  chaîne.  Elles  appellent  cela  un  esclavage.  Les 
esclavages  sont  ordinairement  faits  de  petits  grains  enfilés. 

L'esclavage  semble  avoir  été  un  bijou  essentiellement  normand,  car 
les  paysans  des  environs  de  Rouen,  quand  ils  étaient  accordés  et  avant  le 
mariage,  ne  manquaient  jamais  «  d'aller  à  joyaux  »  chez  quelque  orfèvre 
de  la  place  Notre-Dame  et  la  principale  pièce  qu'ils  achetaient  pour  la 
mariée  était,  avec  la  grande  croix  en  métal  repoussé,  un  esclavage,  c'est-à- 
dire  une  chaîne  d'or,  signe  de  la  future  condition  de  l'épouse  (Intermédiaire 
des  Chercheurs  et  Curieux,  t.  III,  p.  657). 

Vers  1780,  les  bijoutiers  commencèrent  à  mêler  les  ors  de  diverses 
couleurs  et  ils  tiraient  de  cette  association,  si  longtemps  défendue,  des  effets 
harmonieux  et  charmants.  Ce  genre  de  décoration  fut  appliqué  avec  succès 
dès  1781,  lorsque  les  femmes  suspendirent  à  leur  cou  de  petits  dauphins, 
allusion  à  la  naissance  du  fils  de  Louis  XVI. 

En  1782,  les  dauphins  furent  remplacés  parles  «croix  à  la  Jeannette». 

VI.  — ■  Colliers  en  forme  «le  chaîne  ou  de  serpents 

Sous  Charles  X  on  fit  des  chaînes  à  grosses  mailles  plates  et  larges 
sur  lesquelles  des  fleurs  opaques,  dans  un  contour  champ  levé,  étaient 
entourées  d'un  fond  transparent.  Le  tout  était  poli  comme  la  mosaïque. 

En  1827,  les  colliers  prirent  la  forme  de  serpent  :  le  corps  du  reptile 


36  boucles  d'oreilles 

avait  la  grosseur  du  doigt  et  la  tête  servait  de  fermoir.  Comme  pendentifs 
on  y  suspendait  de  petits  flacons  en  émail  bleu,  rose  ou  blanc.  Ces  flacons 
étaient  très  plats  et  façonnés  à  petites  côtes. 

VII.  —  Reliquaire** 

La  mode  des  reliquaires  portés  au  cou  ou  à  l'extrémité  des  chapelets 
se  retrouve  aux  xvne  et  xvme  siècles  en  Espagne  ;  dans  ce  pays  où  l'art 
du  fer  a  été  poussé  si  loin,  on  a  eu  l'idée  de  fabriquer  de  petits  reliquaires 
ronds,  carrés  ou  hexagonaux  en  fer  et  en  acier  ;  c'est  le  plus  souvent  une 
bordure  en  métal  guilloché  sertissant  une  glace  qui  recouvre,  soit  une  pieuse 
peinture,  soit  une  minuscule  représentation  de  l'Enfant- Jésus,  soit,  enfin, 
un  de  ces  tableaux  compliqués  dans  lesquels  sont  encastrés  des  fragments 
du  corps  ou  du  vêtement  d'un  Saint  vénéré  (1). 


SEPTIEME    PARTIE 


BOUCLES     D'OREILLES 

I.  —  Boucles  d'oreilles  portées  indifféremment  par  les  hommes 

et  par  le*  femmes 

Ce  gracieux  accessoire  de  la  parure  féminine  appartient  à  tous  les  pays 
et  à  toutes  les  civilisations.  Après  la  chute  de  l'Empire  romain,  le  port  des 
boucles  d'oreilles  a  été  une  mode  franque  aussi  bien  qu'une  mode  byzantine. 
Longtemps  elles  firent  partie  du  costume  masculin  et  dans  maintes  repré- 
sentations, nous  voyons  l'empereur  Justinien  portant  des  anneaux  aux 
oreilles. 

A  l'époque  féodale,  les  boucles  d'oreilles  semblent  avoir  été  abandonnées 
par  les  femmes  :  en  effet,  celles-ci  portaient  des  cheveux  longs  descendant 
des  deux  côtés  de  la  tête  en  nattes  et  en  mèches  entourées  de  galons  qui 
cachaient  complètement  les  oreilles.  Pendant  une  partie  du  xme  siècle,  les 
femmes  se  couvraient  la  tête  de  voiles  et  de  chaperons  qui  rendaient  difficile 
le  port  de  cet  accessoire.  Cependant  à  cette  époque  les  boucles  étaient 
connues  et  elles  étaient  portées  par  les  hommes  ou  par  quelques  châtelaines. 

(1  )  M.  Le  Secq  des  Tournelles  ne  pouvait  manquer  de  doter  son  Musée  d'une  collection  de  ces  pieux  insignes 
et  dans  une  des  vitrines  on  peut  voir  une  quinzaine  de  spécimens  de  la  bijouterie  religieuse  espagnole  des  troi 
derniers  siècles.  (PI.  CCXC.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXVII 


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Bijoux  espagnols  garnis  d'émeraudes  serties  d'un   perlé  d'or  et   montées  sur  argent 
Croix,   boucles  d'oreilles,   boutons,   pendentifs.   XVIIIe  siècle. 
(Collection  II. -R.   D'Allemagne.) 


LES    BOUCLES    D'OREILLES    A    LA    COUR    DE    HENRI    III  37 

1180.  —  Li  vieus  Galindres  fist  li  rois  demander... 
Espérons    d'or   li    fist    es    piez   fermer 
Et  les  aniaus  es  oreilles  clouer. 

(Romand' A  gouttant.  De  Laborde,  Glossaire.) 

Au  xme  siècle,   Jehan  de  Meung,  racontant  comment  Pygmalion  se 

plaisait  à  parer  la  statue  dont  il  s'était  épris  dit  : 

Et   met   à   ses   deux   oreillettes 
Deus  verges   d'or   pendans,   greletes. 

(  Roman  de  la    Rose.) 

1452.  —  Dons  de  Monseigneur  de  Dauphin. —  Pour  II  aneaux  d'or,  lesquelz 

furent  penduz  et  attachiez  aus  oreilles  de  Mitton,  le  fol  Monseigneur  le  Dauphin, 

IX  liv.  (Cptes  royaux.  De  Laborde.    Glossaire.) 

Pendant  le  xive  et  le  xve  siècle,  la  mode  des  boucles,  des  nattes  et  des 
coiffures  qui  cachaient  une  partie  du  cou  étaient  peu  favorable  au  port  des 
pendants  d'oreilles. 

II.  —  Modèles  de  boucles  d'oreilles  dessinés  par  Francis  Merlin 

Ce  n'est  guère  qu'au  xvie  siècle  qu'on  rencontre  enfin  cet  accessoire 
et  dans  le  manuscrit  de  François  Merlin,  contrôleur  général  de  la  maison  de 
feu  Mme  Elisabeth,  on  trouve  une  planche  de  boucles  d'oreilles  que  Merlin 
avait  fait  copier  chez  un  orfèvre  rémois  son  ami,  en  l'année  1583.  Ces 
boucles  en  forme  de  carré,  de  trèfle,  de  triangle,  de  cercle,  d'octogone  ou 
en  sceau  de  Salomon,  portent  toutes  au  centre  des  lettres  entrelacées  qui 
figuraient  probablement  les  initiales  de  leur  propriétaire. 

III.  —  Les  boucles  d'oreilles  à  la  Cour  de  Henri  III 

Dans  la  seconde  partie  du  xvie  siècle,  les  boucles  d'oreilles  furent 
très  à  la  mode  et  sous  le  règne  d'Henri  III,  les  courtisans,  imitant  en  cela 
leur  souverain,  se  mirent  à  orner,  de  la  même  manière  que  les  femmes,  les 
lobes  de  leurs  oreilles. 

C'est  à  cette  époque  que  remontent,  avons-nous  vu,  les  bijoux  de  deuil 
et  les  élégants  n'hésitaient  pas  à  porter  à  leurs  oreilles  des  boucles  repré- 
sentant des  têtes  de  mort  très  richement  ornées. 

1632.  —  Une  paire  de  pendants  d'oreilles  faictes  à  testes  de  mort  enrichies  de 
diamant  500  liv.  (Inv.  du  marquis  de   Rémoville,  p.  307.) 

Le  goût  des  boucles  d'oreilles  était  si  prononcé  chez  les  femmes  au 
début  du  xvne  siècle  qu'Etienne  Binet,  raillant  ce  penchant,  écrivait  : 

A  peine  le  monde  estoit  esclos  que  déjà  les  orfèvres  avoient  façonné  des  pendans 
à  Rébecca,  à  Rachel  et  aux  premières  femmes  du  monde.  (Merveilles  de  la  nature, 
1600.) 

Dans  les  gravures  de  Bonnard,  au  xvne  siècle,  on  voit  que  les  femmes 
à  la  mode  portaient  cet  accessoire  de  la  toilette. 


38  boucles  d'oreilles 

IV.  —  Boucles  d'oreilles  en  strass  au  XVIIIe  siècle 

On  trouve  encore  des  pendants  d'oreilles  de  la  fin  du  xvme  siècle.  Ces 
ornements,  en  strass,  sont  composés  d'une  large  platine  à  laquelle  sont 
attachés  trois  pendants  en  forme  de  poire. 

La  mode  des  boucles  d'oreilles  longues  vient  du  Brésil,  où  l'on  fabriquait 
des  pendants  formés  d'un  nœud  de  pierreries  auquel  étaient  suspendus 
des  ornements  piriformes,  le  tout  constellé  de  pierres  blanches,  soit 
améthyste,  topaze,  aigue-marine,  etc.  Toutes  ces  pierres  sont  montées 
sur  fond  et  décorées  d'un  cordon  perlé  généralement  en  or. 

Les  Espagnols  et  les  Portugais  ont  fabriqué  de  très  grandes  boucles 
d'oreilles  garnies  d'émeraudes  et  formées  de  différentes  parties  rigides 
reliées  par  des  nœuds  mobiles  ;  ces  boucles  atteignent  parfois  10  à  12  centi- 
mètres de  longueur. 

V.  —  Les  boucles  d'oreilles  en  Orient 

En  Orient,  la  mode  des  boucles  d'oreilles  monumentales  sévit  encore 
avec  une  fureur  sans  égale  et  nous  avons  rencontré  de  ces  ornements  de 
tête,  chez  certaines  tribus  nomades,  qui  ne  mesurent  pas  moins  de  40  centi- 
mètres de  hauteur.  Les  boucles  d'oreilles  de  10  à  15  centimètres  de  diamètre 
sont  extrêmement  fréquentes  dans  tout  le  nord  de  l'Afrique  :  il  est  à  peine 
besoin  d'ajouter  que  ces  volumineux  ornements  sont  ordinairement  sup- 
portés par  un  fil  dissimulé  dans  la  chevelure  de  sa  propriétaire. 

VI.  —  Itouoles  d'oreilles  révolutionnaires 

En  1790,  les  élégantes  avaient  adopté  les  boucles  d'oreilles  «  Au  bonnet 
rouge  «  ;  ces  ornements  patriotiques  obtinrent  une  grande  vogue  pendant 
toute  la  Révolution. 

Au  plus  fort  de  la  Terreur,  certaines  femmes  portèrent  à  leurs  oreilles 
des  petites  guillotines  en  vermeil,  semblables  à  celles  que  leur  mari  avait 
lait  graver  en  cachet.  Vignères,  l'expert  bien  connu  des  amateurs  d'estampes, 
donne  au  sujet  des  boucles  d'oreilles  révolutionnaires  les  renseignements 
suivants,  dans  Y  Intermédiaire  des  Chercheurs  et  Curieux  (t.   IV.) 

J'ai  vu,  il  y  a  longtemps,  chez  un  amateur  dont  j'ai  ouhlié  le  nom,  diverses 
boucles  d'oreilles  en  cuivre  (dont  plusieurs  si  longues  qu'elles  devaient  toucher 
les  épaules),  représentant  des  équerres,  des  niveaux  rayonnants,  de  petites  guillo- 
tines, des  potences,  des  Liberté-Egalité  ou' la  Mort,  des  Liberté-Egalité-Fraternité, 
des  République  une  et  indivisible... 

VII.   —  lloucles  d'oreilles  de  fantaisie 

Avec  le  xixe  siècle,  on  voit  arriver  les  boucles  d'oreilles  au  style  excen- 
trique. C'est  ainsi  que  le  Journal  des  Dames  et  des  Modes,  du  15  Germinal 
an  XII,  nous  apprend  que  les  boucles  d'oreilles  du  dernier  genre  sont  en  or 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXVIII 


Esclavage,  pendentifs  et  boucles  d'oreilles  en  or  repoussé  ou  filigrane.  Travail  normand  et  flamand.  xix«  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXIX 


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Bijoux  en  acier  garnis  de  perles  taillées  à  facettes   : 
Boucles  de  ceintures,  agrafes,  fermoirs  de  bracelets,  boucles  de  souliers.   xixe  siècle. 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


FRAGILITÉ    DES    BIJOUX    EN    ACIER  39 

et  représentent  «  un  serpent  replié  sur  lui-même,  mordant  dans  une  pomme 
d'amour   ». 

Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes,  du  30  Floréal  de  la  même  année, 
nous  apprend  qu'en  négligé  les  élégantes  portent  «  des  boucles  d'oreilles 
en  forme  de  rond  allongé  faites  en  or  et  émail  ». 

Dans  son  numéro  du  25  Brumaire  an  XIII,  le  même  journal,  nous 
montre  que  le  «  suprême  bon  ton  »  voulait  que  les  boucles  d'oreilles  fussent 
façonnées  de  toutes  sortes  de  fruits  :  poires,  noix,  prunes,  cerises,  glands 
et  jusqu'au  gui  du  chêne. 

Toutes  les  pierres,  depuis  Paméthiste  jusqu'au  caillou  de  Russie  sont  à  la  mode 
pour  les  bijoux,  ajoute  le  journal,  et  la  plupart  des  antiques  que  nous  croyons  venir 
de  Rome  ou  d'Athènes  ne  sont  que  des  pâtes  modernes  travaillées  à  Paris  et  à  Ver- 
sailles. 

De  Jouy  dans  son  Hermite  de  la  Chaussée  d'Antin,  nous  apprend  qu'en 

1811,  Nitot  était  «  le  premier  homme  du  monde  »  pour  le  dessin  et  la  monture 

de  ses  boucles  d'oreilles  (1). 


HUITIÈME     PARTIE 


BIJOUX     EN     ACIER 
1.  —  Leur  fragilité 

Si  les  objets  en  acier  ne  sont  pas  parvenus  jusqu'à  nous  en  aussi 
grand  nombre  qu'on  eût  été  en  droit  de  l'attendre,  c'est  que  l'ennemi  le  plus 
redoutable  pour  leur  conservation,  est  l'humidité  ou  le  manque  d'entretien. 
En  effet,  lorsqu'un  objet  en  acier  poli,  surtout  quand  il  est  garni  de 
perles  taillées  à  facettes,  commence  à  être  oxydé,  il  n'y  a  plus  aucun 
remède  et  il  est  impossible,  même  au  moyen  d'un  polissage  énergique,  de 
rattraper  l'ancien  poli, à  moins  de  sacrifier  complètement  la  taille  des  perles 
à  facettes. 

La  mode  des  bijoux  en  acier  remonte  au  milieu  du  xvme  siècle.  A  cette 

(1)  On  a  fait  peu  de  boucles  en  acier,  aussi  ce  genre  de  bijou  n'est-il  pas  abondamment  représenté  dans 
les  vitrines  de  la  tour  Saint-Laurent.  Notons  seulement  les  nos  5496  et  5497.  (PI.  CCXLVI.)  qui  sont  des  boucles 
longues  formées  soit  d'une  poire,  soit  d'une  perle  allongée  garnie  de  feuilles  perlées  d'acier. 

Beaucoup  plus  nombreuses  sont  les  boucles  d'oreilles  en  fonte  de  Berlin.  Dans  la  PI.  CCXXXI,  on  voit 
quatre  spécimens  de  boucles  longues  composées  de  rosaces  et  de  feuilles  stylisées  qui  sont,  pour  les  appareils 
auditifs,  des  agréments  d'un  goût  plus  ou  moins  recherché. 


40  BIJOUX    EN    ACIER 

époque,  les  Anglais  imaginèrent  d'utiliser  l'acier  poli  dans  la  bijouterie 
et  l'engouement  qui  régnait  en  France  pour  tout  ce  qui  venait  d'outre- 
Manche  fit  adopter  cette  mode  par  nos  ancêtres. 

II.  —  DaulFe,  le  premier  fabricant  d'objets  en  acier  en  France 

Nos  artisans  ne  voulurent  pas  rester  en  arrière  et,  en  1776,  un  nommé 
Dauffe,  qui  était  établi  aux  Quinze-Vingt,  avait  obtenu  le  monopole  de 
la  fabrication  et  de  la  vente  des  articles  en  acier.  Entre  autres  choses,  Dauffe 
fabriquait  des  boutons  d'habit,  des  boucles  de  toutes  espèces,  des  chaînes 
de  montres,  des  plaques  de  ceintures,  des  bagues,  des  ganses  de  chapeaux 
des  tabatières  et  une  foule  d'autres  menus  objets.  Ses  boutons  d'habits 
repercés  à  jour  étaient  de  véritables  bijoux  qui  atteignaient  des  prix  à  peine 
croyables. 

En  1787,  par  l'organe  du  Journal  de  Paris  du  18  juillet,  Dauffe  annon- 
çait qu'il  venait  d'exécuter  : 

Une  garniture  de  boutons  pour  habit,  à  jour,  garnis  de  perles  entières  et  de 
diamants  à  vis,  tout  en  acier.  Ces  boutons,  ajoutait-il,  sont  même  du  poli  le  plus  vif 
et  le  plus  éclatant  et  peuvent  soutenir  la  comparaison  avec  ce  qui  est  sorti  de  plus 
parfait  des  manufactures  anglaises. 

Sous  la  Première  République,  on  porta  des  bijoux  en  acier  émaillé 
aux  trois  couleurs,  avec  des  devises  patriotiques  et  les  Incroyables  com- 
mencèrent à  attacher  leur  chemise  avec  des  épingles  à  tête  de  bijouterie. 

La  mode  des  bijoux  d'acier  ne  fit  que  s'accentuer  grâce  aux  perfec- 
tionnements mécaniques  apportés  par  le  bijoutier  français  Frichot,  dont 
les  ateliers  étaient  établis  42,  rue  des  Gravilliers. 

III.  —  Paveur  dont  jouissait  la  bijouterie  d'acier 
à  la  fin  du  XVIII'  siècle 

Au  début  de  l'année  1789,  la  bijouterie  d'acier  faisait  fureur  et  les 
élégants  avaient  abandonné  en  sa  faveur  leurs  joyaux  d'or  et  d'argent.  Le 
Magasin  des  Modes  nouvelles  du  11  janvier  de  cette  année,  décrivait  ainsi 
le  costume  de  bal  que  les  élégants  devaient  endosser  pour  être  dans  le  «bon 
ton  »  : 

Les  boutons  des  jarretières  de  la  culotte  doivent  être  en  acier  travaillé  ; 

Les  boucles  des  souliers  sont  ovales  longues  et  les  boucles  des  jarretières  carrées, 
en  acier  ; 

Le  chapeau  de  castor  très  grand  est  avec  ganse  d'acier  travaillé  ; 

Au  côté  une  épée  à  garde  d'acier  travaillé  avec  fourreau  de  galuchat  blanc  ; 

Dans  les  goussets  deux  montres  d'or  garnies  de  chaines  d'acier  travaillé  et  garnies 
aussi  de  breloques  d'acier  travaillé. 

Il  serait  impossible,  ajoute  le  journal,  que  le  règne  de  l'acier  travaillé  fut  plus 
marqué  qu'il  l'est  aujourd'hui.  Passera-t-il  comme  celui  de  l'acier  poli  uni  ?  Durera- 
t-il  plus  longtemps  ?  Sur  les  habits  de  couleur  sombre  et  sur  les  gilets  de  drap  on 
ne  porte  guère  que  des  boutons  d'acier  travaillé.  Nous  ne  doutons  pas  que  ce  soit 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXX 


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Glands  et  passementeries  d'acier  formés  de  perles  taillées  à  facettes. 
Ces  passementeries  étaient  utilisées  pour  la  garniture  des  bourses  longues  eu  filet.   Milieu  du  XIXe  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


PRINCIPAUX    FABRICANTS    DE    BIJOUTERIE    D'ACIER    AU    XIXe    SIÈCLE  \\ 

la  superbe  manufacture  d'acier  travaillé  du  faubourg  Saint-Antoine,  où  l'on  trempe 
et  fabrique  aussi  bien  qu'en  Angleterre,  qui  ait  fait  naitre  cette  mode,  par  les  ouvrages 
qu'elle  a  répandus  dans  Paris  et  qui  ont  été  adoptés  avec  beaucoup  de  rapidité  et  de 
joie. 

La  mode  des  perles  d'acier  taillées,  après  avoir  fait  fureur  au  xvme  siècle 

et  être  un  peu  tombée  dans  l'oubli,  revint  à  la  mode  au  début  du  xixe  siècle 

et  le  Journal  des  Dames  el  des  Modes  du  20  Messidor  An  XII  nous  indique 

ainsi  l'étiquette  des  gens  de  goût  de  cette  époque  : 

En  costume  d'étiquette,  l'acier  reprend  la  plus  grande  faveur  et  c'est  avoir  une 
mise  recherchée  que  de  porter  une  épée,  une  chaine  de  montre  et  une  agrafe  de 
chapeau  en  acier  taillé  en  pointe  de  diamant.  Un  assortiment  pareil  dans  le  fin 
est  plus  élégant  et  peut-être  plus  cher  que  s'il  était  en  or. 

IV.  —  Principauv  fabricants  «le  bijouterie  «l'acier  au  XIXe  siècle 

En  1811,  d'après  Le  Miroir  des  Grâces,  un  certain  nombre  de  fabriques 
de  bijoux  en  acier  se  disputaient  la  clientèle  française  ;  c'étaient  Frichot, 
déjà  nommé,  puis  Mme  Scbey,  rue  des  Petites-Ecuries,  5  ;  Provent,  4  et  6,  rue 
Saint-Magloire  ;  Blanchet,  25,  rue  du  Faubourg-Saint-Denis;  Gordier, 
28,  rue  des  Gravilliers  ;   enfin,  Bocquet,  au  Palais-Royal. 

Le  sieur  Blanchet  avait  acquis  une  véritable  réputation  pour  la  perfec- 
tion avec  laquelle  étaient  fabriqués  ses  fermoirs  de  sacs  et  de  portefeuilles 
à  clefs  et  à  secret,  ainsi  que  tous  les  genres  de  nécessaires. 

Jusqu'en  1830,  on  porta  des  parures  complètes  en  acier  poli  et 
taillé  à  facettes,  des  broches,  des  fleurs,  des  boucles  que  l'on  fixait  au  cha- 
peau où  qu'on  passait  dans  un  ruban  porté  autour  du  cou  ou  au  bras,  en 
guise  de  bracelet,  des  petits  sacs  de  dames  appelés  gibecières,  des  bourses 
longues  et  souples  à  coulants,  des  châtelaines  auxquelles  étaient  suspendues 
toutes  sortes  de  breloques  également  en  acier  :  clefs  de  montre,  cachets, 
tablettes,  etc.. 

A  côté  des  bijoux  en  acier  ordinaires  d'un  prix  abordable  même  aux 
petites  bourses,  on  faisait  de  véritables  bijoux  d'un  très  grand  prix  :  des 
boutons  d'habits,  des  boucles  de  souliers,  des  gardes  d'épées  garnies  d'acier 
taillé  en  brillants.  Les  perles  se  faisaient  à  la  main  et  les  facettes  polies  succes- 
sivement revenaient  à  un  prix  trop  élevé  pour  que  ces  bijoux  puissent  être 
compris  parmi  les  objets  de  la  bijouterie  courante. 

Au  début  du  xixe  siècle,  les  expositions  des  produits  de  l'industrie 
française  étaient  assez  fréquentes  et  les  fabricants  d'objets  en  acier  ne  man- 
quaient pas  de  faire  figurer  les  spécimens  de  leur  production.  Dans  le  Rapport 
du  Jury  d'admission  à  l'Exposition  du  Louvre  en  1819,  on  remarquait 
particulièrement  l'exposition  de  M.  Frichot,  qui  avait  déjà  obtenu  les  féli- 
citations du  jury  dans  les  précédentes  expositions  ;  ce  fabricant  avait  pré- 
senté : 


42  BIJOl  X     EN     FONTE    PE    BERLIN 

1°  Un  grand  tableau  d'échantillons  de  marqueterie  faite  au  découpoir  ; 

2°  Un  grand  tableau  de  broderies  en  acier  poli  ; 

3°  Un  tableau  de  fermoirs  fins  et  autres  pour  gibecières,  bourses,  etc.  ; 

4°  Un  cadre  vitré  contenant  toutes  espèces  de  chaînes  en  acier  ; 

5°  Un  tableau  de  glands,  perles  et  grenats  d'acier  ; 

6°  Un  assortiment  de  gibecières,  coquilles,  etc.... 

Dans  la  même  manifestation,  deux  autres  industriels  avaient  égale- 
ment présenté  leurs  produits  :  Mme  Vve  Schey,  montrait  un  assortiment  de 
bijouterie  d'acier  pour  parure,  garnitures  d'habits,  des  boutons  et  des  boucles, 
des  poignées  d'épées,  etc.  ;  M.  Provent  présentait  toutes  sortes  de  bijouterie 
d'acier,  des  poignées  d'épées,  des  boutons,  des  parures  de  dames,  etc.. 

Le  rapporteur  du  jury  louait  fort  les  productions  de  la  maison  Provent. 

La  beauté  des  produits  de  la  fabrique  de  M.  Provent,  disait-il,  qui  date  de  1740 
et  la  supériorité  du  poli  de  ses  bijoux  d'acier  ne  laissent  rien  à  désirer.  M.  Provent 
a  successivement  travaillé  pour  toutes  les  Cours  de  l'Europe. 

Il  paraît  impossible  d'atteindre  une  plus  grande  perfection,  elle  est  même  portée 
aujourd'hui  au  point  que  l'étranger  tenterait  vainement  d'introduire  la  bijouterie 
d'acier  en  France,  tant  la  différence  des  prix  et  du  fini  est  en  notre  faveur  ;  aussi 
plusieurs  riches  commandes  ont-elles  été  faites  dans  nos  aciéries  pour  l'Italie,  l'Es- 
pagne, la  Prusse,  la  Russie  et  même  l'Angleterre. 

Il  est  à  remarquer  que  si  les  aciers  anglais  sont  employés  concurremment  avec 
ceux  de  France,  le  kilogramme  d'acier  superfin  étant  au  prix  de  3  francs  et  la  plus 
riche  parure  complette  en  employant,  à  raison  du  déchet,  pour  une  valeur  de  6  francs 
ou  2  kilogrammes  environ,  le  kilogramme  d'acier  de  parure  terminée,  polie  et  para- 
chevée s'exporte  au  prix  de  5  à  6.000  francs. 

Au  reste  les  prix  modérés  des  aciers  polis  de  M.  Provent,  au-dessous  du  cours 
des  aciers  de  toutes  les  fabriques  étrangères  et  la  supériorité  de  leur  travail  leur  ont 
donné  une  très  grande  célébrité  qui  est  justement  méritée. 

A  l'Exposition  publique  des  Produits  de  l'Industrie  française  qui  eut 

lieu  au  Palais  du  Louvre  en  1823,  quatre  fabricants  se  disputaient  la  faveur 

du  public  :   Henry  Stammler,   de  Strasbourg  ;   Frichot,  déjà  cité  ;   Poly, 

113,  rue  du  Faubourg-Saint-Martin  et  Jeandet,  67,  rue  du  Faubourg-du- 

Temple.  Tous  quatre  présentaient  divers  objets  de  bijouterie  en  acier  poli. 


NEUVIEME     PARTIE 


BIJOUX    EN    FONTE    DE    BERLIN 
!•  —  Bijoux  patriotiques  usités  en  France  en  1789 

On  a  beaucoup  discuté  sur  l'origine  des  bijoux  en  fonte  de  Berlin 
qui  eurent  une  grande  vogue  en  Allemagne  à  la  fin  de  l'année  1813; 
mais  l'idée  de  remplacer,  dans  un   but   patriotique,   les  bijoux    en   métal 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXI 


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15 


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19 


Bijoux  en  fonte  de  Berlin  : 

Bracelets,  boucles  d'oreilles,  clefs  de  montre,  briquets  et  fermoirs.    1S13-1815. 

(Collection   H.-R.    D'Allemagne.) 


VOGUE    DE    LA      FONTE    DITE    «DE    BERLIN»,    EN    1813  43 

précieux  par  des  parures  faites  en  une  matière  pour  ainsi  dire  dépourvue 
de  valeur  intrinsèque,  remonte  à  une  époque  plus  ancienne  et  c'est  en 
France  qu'elle  naquit. 

En  effet,  quand,  en  1789,  le  Gouvernement  fit  appel  à  la  générosité 
des  citoyens  pour  la  liquidation  de  la  dette  nationale,  les  dons  patriotiques 
furent  à  l'ordre  du  jour  :  c'était  à  qui  se  dépouillerait  le  plus  vite  de  ses 
curiosités,  de  ses  joyaux,  de  ses  boucles  d'or  ou  d'argent  pour  les  envoyer 
à  l'Assemblée  Nationale.  Pour  remplacer  toutes  ces  parures  on  adopta  des 
bijoux  de  cuivre  et  d'acier.  (Voir  Notice  sur  les  boucles  p.  45). 

Ce  n'est  pas  uniquement  par  modestie  qu'à  cette  époque  troublée  on 
rejetait  toute  marque  extérieure  de  richesse  ;  il  ne  faut  pas  oublier  qu'au 
moment  de  la  Terreur,  de  simples  boucles  d'argent  aux  souliers  devenaient 
un  signe  accusateur  d'aristocratie  et,  par  conséquent,  constituaient  presque 
toujours  un  arrêt  de  mort  contre  celui  qui  avait  ainsi  osé  braver  l'opinion 
publique  ;  aussi,  dans  les  bijoux  comme  dans  tout  le  reste  du  costume, 
recherchait-on  une  certification  de  civisme,  tant  par  la  nature  et  la  matière 
des  objets  que  par  les  emblèmes  qu'ils  représentaient.  Les  croix  que  les 
femmes  portaient  au  cou  furent  remplacées  par  des  médaillons  fabriqués 
avec  des  pierres  provenant  de  la  Bastille.  On  voyait  des  boucles  d'oreilles 
figurant  des  faisceaux  de  licteurs,  des  triangles,  des  bonnets  phrygiens  : 
les  pierres  précieuses  cédaient  la  place  à  des  pendeloques  en  imitation  de 
cristal.  On  fit  des  bagues  et  des  bracelets  émaillés  aux  trois  couleurs  avec 
inscriptions  patriotiques  et  parmi  tous  les  emblèmes  égalitaires  inventés 
à  cette  époque,  on  rencontrait,  avons-nous  vu,  jusqu'à  de  petites  guillotines. 

Lorsque  cette  quincaillerie  prétendue  patriotique  n'était  pas  en  cuivre 
ou  en  acier,  on  la  fabriquait  en  or  de  bas  aloi,  au  titre  de  10  à  12  carats. 

II.  —  Votfiie  «!<■  la  Tonte  dite  «  «le  Kerliii  »  en  1813 

En  1813,  la  Prusse,  pour  réapprovisionner  son  trésor  anéanti  par  les 
guerres  qu'elle  avait  soutenues  contre  Napoléon  Ier,  reprit  l'idée  de  l'Assem- 
blée Nationale  française  et,  après  la  bataille  de  Leipzig,  alors  qu'elle  voyait 
poindre  la  libération  de  son  territoire,  elle  engagea  ses  citoyens  à  verser 
au  Trésor  tous  leurs  objets  précieux.  Enflammées  par  l'enthousiasme  natio- 
nal, les  dames  allemandes  remirent  au  Gouvernement  leurs  bijoux  d'or  et 
d'argent  et  à  la  fin  de  la  guerre  on  leur  donna  en  échange  des  broches,  des 
bagues  et  autres  objets  en  fer  fondu  portant  cette  inscription  :  «  Gold  gab 
ich  fur  Eisen,  1813.   »  (1) 

(1)  Depuis  de  longues  années,  M.  Le  Secq  des  Tournelles  s'est  attaché  à  réunir  tous  ces  objets  en  fonte 
de  Berlin  et  il  y  a  eu  un  véritable  mérite,  car  pendant  très  longtemps,  ils  ont  été  profondément  méprisés  par 
les  amateurs.  Dans  les  PI.  CCXXX  àCCXXXHI,  nous  avons  reproduit  les  pièces  les  plus  importantes  du  Musée. 


44  BIJOUX    EN    FONTE    DE    BERLIN 

Les  revers  successifs  de  Napoléon  lurent  célébrés  par  les  Allemands 
par  des  médailles  commémoratives  des  victoires  des  alliés.  Ces  médailles 
furent  montées  en  chaînettes  de  montre  et  chacun  les  arborait  avec  fierté. 
La  chaînette  était  formée  de  neuf  médailles  qui,  à  l'avers,  représentaient 
une  Victoire  avec  l'inscription  :  «  Gott  segnete  die  vereinigten  Heere», 
tandis  qu'au  revers  se  trouvaient  divers  noms  de  batailles.  Une  médaille  d'un 
module  plus  grand  que  les  autres  et  quelquefois  ovale  formait  breloque 
et  portait  la  date  commémorative  de  la  bataille  de  Leipzig  :  16-19  octobre 
1813. 

On  fit  de  la  même  manière  des  colliers  composés  de  dix-sept  médailles 
plus  petites,  mais  identiques.  Ces  médailles  furent  frappées  par  la  librairie 
Jager,  de  Franckfort-sur-le-Mein. 

Si  les  victoires  des  Alliés  sur  Napoléon  vulgarisèrent  l'emploi  de  la  fonte 
de  Berlin,  elles  ne  furent  pas  cependant  le  prétexte  de  son  invention,  car 
depuis  quelque  temps  déjà  on  fabriquait  en  Allemagne  de  menus  objets 
et  des  bijoux  en  fer  fondu  et  en  filigrane  de  fer. 

En  1810,  le  jour  des  funérailles  de  la  reine  Louise  de  Prusse,  la  comtesse 
Doenhoff  portait  un  collier  formé  de  feuillages  et  de  fleurs  joints  par  des 
attaches  en  filigrane  de  fer.  Ce  collier  avait  40  centimètres  de  longueur. 

D'autre  part,  la  chronique  raconte  que  la  reine  Louise  de  Prusse  avait 
fait  présent,  quelque  temps  avant  sa  mort,  à  la  comtesse  Reichenbach 
Gescholtz,  d'une  croix  en  bronze  noirci  au  milieu  de  laquelle  se  trouvait 
un  médaillon  en  fer  fondu  représentant  à  l'avers  le  buste  de  la  reine,  tandis 
qu'au  revers,  une  capsule  dorée  renfermait  une  boucle  de  ses  cheveux. 

Au  printemps  1813,  Rudolphe  Verkmeister  fit  fabriquer  à  la  fonderie 
royale  de  Glauwitz  des  anneaux  nuptiaux  en  fer  avec  la  légende  :  «  Einge- 
tauscht  zum  Wohl  des  Vaterlandes  ».  Ces  anneaux  étaient  fabriqués  avec 
l'autorisation  de  l'autorité  militaire  et  étaient  remis  en  échange  des  anneaux 
d'or. 

A  l'intention  des  intendants  des  hôpitaux  militaires,  on  avait  fait 
fabriquer  des  anneaux  en  fer  portant,  en  guise  de  chaton,  un  petit  bouclier 
en  or  avec  une  couronne  de  rayons  et  la  légende  «  18  octobre  1813». 

On  fit,  en  fonte  de  Berlin,  d'innombrables  objets:  des  breloques,  des 

colliers  et  bracelets,  boucles  de  culotte  et  boucles  d'oreilles,  poignée  de  sonnette,  briquets,  clefs  de  montres, 
loupes,  face-à-main,  insignes  divers,  etc... 

Comme  nous  le  faisions  observer  plus  liaut,  on  ne  s'est  pas  contenté  de  fabriquer  en  fonte  de  Berlin  des 
objets  destinés  à  la  parure,  on  a  cherché,  avec  cette  matière,  à  faire  concurrence  au  bronze  :  c'est  dans  ce  but 
qu'ont  été  établis  ces  porte-montres,  ces  brûle-parfums,  chandeliers,  boite  à  bijoux  que  nous  avons  reproduits. 

PI.  ccxxxiv. 

On  a  fait  également  par  le  même  procédé  des  statuettes  d'illustres  personnages,  des  Christ  et  autres  objets 
religieux.  (PI.  CCXXXIV.) 

Cette  fonte  a  été  également  mise  en  usage  pour  décorer  les  galeries  de  foyer  si  à  la  mode  à  l'époque  de  la 
Restauration.  (PI.  CCXXXV.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXII 


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Bas-reliefs  et  camées  en  fonte  de  Berlin, 

destines  à  la  décoration  des  boîtes,  bagues,  colliers  et  bracelets.   1813-1815. 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


LES    FERMAUX    OU    FERMILLETS  45 

broches,  des  bagues,  des  bracelets,  des  bourses,  des  colliers,  des  boucles 
d'oreilles,  des  croix  de  toutes  sortes,  des  médaillons,  des  cachets,  des  bou- 
tons de  manchettes,  des  statuettes,  des  bustes,  des  boucles,  des  médailles, 
des  plaques  commémoratives,  des  chaînes  de  montres,  des  clefs  de  montres, 
des  boîtes,  etc.. 

III.  —  La  bijouterie  eu  fer  fondu  en  France  au  XIXe  siècle 

L'industrie  de  la  bijouterie  en  fer  fondu  ne  resta  pas  longtemps  l'apa- 
nage exclusif  de  l'Allemagne  et  dès  l'année  1819,  nous  voyons  qu'à  Paris 
on  savait  fort  bien  fondre  les  médailles,  les  camées  et  autres  accessoires  du 
costume. 

Dans  le  Rapport  du  Jury  d'admission  à  l'Exposition  du  Louvre  en 

1819,  nous  trouvons  sur  ce  sujet,  les  renseignements  suivants  : 

L'art  de  couler  les  médailles  en  fonte  a  fait  en  Prusse  les  plus  rapides  progrès 
et  a  été  promptement  porté  à  la  perfection.  Mais  nos  fondeurs  et  ciseleurs  ne  sont, 
pas  restés  longtemps  en  arrière  et  M.  Richard  (fondeur  rue  aux  Fèves,  n°  11,  en  la 
Cité),  nous  prouve  que  nulle  difficulté  ne  peut  l'arrêter  en  ce  genre. 


DIXIEME     PARTIE 


BOUCLES 
I.  —   Les  fermaux  ou  fermillets 

Au  Moyen  Age  on  désignait  sous  le  nom  de  «  fermail  ou  de  fermillet  » 

les  accessoires  de  la  toilette  que  nous  connaissons    sous   le  nom   de  boucle. 

Ces  objets  occupèrent  une  place  importante  dans  la  parure  des  deux  sexes. 

Le  fermai],  dit  M.  Victor  Gay,  dans  son  Glossaire,  est  le  joyau  d'un  ordre  de 
chevalerie,  une  agrafe  de  chape,  un  chaton,  un  médaillon  reliquaire,  une  applique 
sur  des  gants  d'évèque,  un  pentacol,  une  boucle  comme  les  fermaux  du  blason, 
une  attache  de  robe  ou  de  manteau,  le  joyau  central  d'une  couronne  ou  d'un  dia- 
dème, le  chapeau  et  la  couronne  elle-même  lorsqu'elle  n'est  qu'un  objet  de  parure 
féminine,  enfin  la  pièce  d'orfèvrerie  qui  pendant  quatre  siècle,  servit,  dans  le  cos- 
tume du  couronnement  des  rois  de  France,  à  fixer  sur  l'épaule  droite  le  manteau 
appelé  «.soc». 

Les  usages  du  fermail  étaient  multiples  car  tantôt  il  servait  simplement 

d'ornement  et  était  porté  en  évidence,  soit  sur  le  costume,  soit  sur  le  chapeau; 

tantôt,  au  contraire,  il  était  employé  à  supporter  la  bourse  ou  une  cassolette. 

1280.  —  Anciennement  on  avoit  accoustumé  de  vestir  et  parer  les  espousées  — 
on  donnait  à  l'espousée  un  anneau,  une  couronne  et  un  fermail  — .  Le  fermail  estoit 


46  BOUCLES 

une  ceinture  en  laquelle  y  avoit  un  fermail  d'or  ou  d'argent,  selon  la  qualité  des 
personnes,  parce  qu'alors  on  avoit  accoustumé  de  porter  des  ceintures  de  tout  or 
ou  d'argent,  quelque  riches  que  fussent  les  époux  ou  espousées,  dont  on  remarque 
le  vieil  proverbe,  que  bonne  renommée  vaut  mieux  que  ceinture  dorée,  c'est-à-dire 
enrichie  de  clous  et  fermail  d'or.  (Boutillier.  Somme  rurale.) 

1380.  —  Et  si  eust  pour  le  prix  un  fermail  à  pierres  précieuses,  que  Mme  de  Bour- 
gogne prit  en  sa  poitrine.  (Froissart.) 

1380.  —  Un  fermail  d'or  à  pendre  les  bourses  à  la  poitrine,  escrit  de  lettres,  des 
noms  aux  trois  Roys  de  Coulongne,  garny  de  quatre  balays  à  iiij  diamans.  (Laborde. 
Glossaire.) 

1401.  —  Un  fermeillet  d'or  pour  pendre  clefz  et  bourses  pour  la  royne  d'Angle- 
terre. (Cptes  royaux.  De  Laborde.    Glossaire.) 

1461.  —  Avoit  sur  son  chief  (Charles  Vil)  un  chapeau  de  bieure  gris,  fourré  de 
satin  vermeil  et  sur  le  devant  étoit  un  petit  fermail  sur  lequel  il  y  avoit  un  fort  beau 
et  riche  diamant.  (Math,  de  Coucy.)  (De  Laborde.    Gloss.) 

Quand  le  fermail  avait  un  usage  uniquement  décoratif,  on  le  désignait 

plus  particulièrement  sous  le  nom  d'affiche  ou  d'enseigne  : 

1330.  — ■  Sur  quoi  Ion  met  un  affichait 
Qui    autrement    est    dit    fermail 

(Guill.  de  G  ligneville.) 
1427.  —  Pour  affiches  et  enseignes  dudit  lieu  de  Nostre-Dame  de  Hal,  pour 
distribuer  aux  gens  de  l'ostel  de  MdS  (le  duc  de  Bourgogne).  XX.  s.  (De  Laborde. 
Glossaire.) 

Les  boucles  ont  joué  un  rôle  très  important  tant  dans  le  costume  mili- 
taire que  dans  le  costume  civil.  Dans  les  cimetières  mérovingiens  on  trouve 
d'énormes  boucles  en  fer  plaquées  d'argent  et  quelquefois  enrichies  de 
pierres  cloisonnées.  Les  archéologues  discutent  pour  savoir  si  on  se  trouve 
en  présence  d'accessoires  du  costume  masculin  ou  féminin  ;  il  ne  faudrait 
pas  être  trop  absolu  et  déclarer  que  toutes  ces  belles  boucles  retrouvées  dans 
les  fouilles  ont  uniquement  appartenu  à  des  guerriers  ;  d'après  de  récentes 
découvertes,  il  semble,  au  contraire,  prouvé  qu'elles  ont  souvent  fait  partie 
du  costume  féminin. 

II.  —  Corporations  se  livrant  à  lu  fabrication  des  boucles 

Dans  le  Livre  des  Métiers  d'Estienne  Boileau  (1260),  nous  apprenons 

que  les  boucles  étaient  fabriquées  par  deux  corps  de  métier  distincts  :  l'un 

de  ces  corps  se  réservait  la  fabrication  des  boucles  en  fer,  l'autre  celle  des 

boucles  en  cuivre  et  en  laiton  : 

1260.  —  Quiconques  veut  estre  fonderes  et  moleres  à  Paris,  c'est  à  savoir  de 
boucles  et  de  moidans,  de  fremaus,  d'aniaus,  de  seaux  et  d'autre  menue  œvre  que 
on  fait  de  coivre  d'archal,  estre  le  puet  franchement.  (E.  Boileau,  94.) 

En  1292,  on  comptait,  à  Paris,  trente-deux  ouvriers  fabriquant  des 
boucles  ;  en  1313,  on  n'en  comptait  plus  que  seize. 

Les  boucles  en  métal  précieux  étaient  l'apanage  exclusif  des  orfèvres, 
malgré  les  protestations  des  merciers,  qui  prétendaient  s'ériger  le  droit 
de  s'occuper  de  cette  fabrication. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXIII 


17 


19 


20 


Boucles,  agrafes  et  fibules  de  l'époque  romaine.  Bronze   vert 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXIV 


Agrafes,  boucles,  ferrets  de  ceintures,  fibules  et  rouelle.  Bronze  vert.   Du  ix"  au  xiv*  siècle 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXV 


10 


15 


21 


Chef-d'œuvre  de  maître  ceinturier. 

Boucles  du  xiie  au  xvie  siècle.  Bronze  patiné.  Travail  allemand  ou  rhénan. 

(Collection  Albert  Figdor.) 


/^-   Vfyttot^pUl.Ovun.   "j~m 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXVI 


10 


13 


II 


12 


15 


14 


Boucles  de  ceinture  ou  de  souliers  en  argent  ciselé,  décorées  de  clous  taillés  à  facettes.   xvin<-  siècle 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXVII 


10 


II 


12 


U 


15 


Boucles  de  ceinture  en  cuivre  estampé  et   doré  carmes  d'émaux  ou  de  pierres  fausses.    Époque   I„ouis- Philippe. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXVIII 


Agrafes  de  manteaux  en  cuivre  estampé  et  doré.   Chaîne  formée  de  eannetille  en  cuivre  doré.   Epoque   Restauration. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XXXIX 


****. 


■ —  ^ 


^H^I^Y 


13 


14 


15 


Boucles  en  acier  carmes  de  perles  taillées  à  facettes.   —  Boucles  de  harnachement  en  fonte  ciselée   (n°   ->) 

Boucles  de  chaussures  en  cuivre  gravé  et  clouté  (n"s  4  et  0). 

Boucles  de  ceinture  décorées  de  plaques  de   Wedgwood.   xvm«  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES    BOUCLES   AU    XVIIIe    SIÈCLE  47 

III.  —  Boucle!*  de  ceintures,  tle  baudriers,  de  ceinturons, 
de  culottes,  et  de  souliers 

La  boucle  a  été  un  accessoire  indispensable  autant  de  la  toilette  des 
hommes  que  de  l'accoutrement  féminin.  C'est  la  boucle,  en  effet,  qui  permet 
de  mettre  exactement  à  la  taille  la  ceinture  aussi  bien  que  le  baudrier  et  ce 
modeste  objet  rend  des  services  aussi  multiples  que  discrets  :  c'est  pour 
cette  raison  qu'il  convenait  de  lui  faire  suivre  la  mode  d'aussi  près  que 
possible. 

Les  hommes,  qui  ont  moins  l'occasion  de  se  parer  de  bijoux  que  les 
femmes,  ont  eu,  au  moyen  des  boucles,  la  possibilité  de  montrer  qu'eux 
aussi  savaient  orner  avec  goût  leur  personne  et,  au  xvme  siècle,  la  boucle 
agrémentait  aussi  bien  le  ceinturon  de  leur  épée  que  leur  culotte  et  leurs 
souliers. 

Les  boucles  de  souliers  semblent  avoir  été  les  bijoux  qui  subirent  le 
plus  les  caprices  de  la  mode.  Elles  apparurent  au  xvne  siècle  et  leur  succès 
alla  sans  cesse  grandissant  jusqu'au  moment  de  la  Révolution. 

Le  plus  souvent  les  boucles  étaient  en  argent,  serties  de  pierres  fausses, 
mais  il  y  en  avait  en  or,  en  émail  et  en  acier  ornées  de  diamants. 

IV7.  —  Les  boucles  au  XVIIIe  siècle 

Le  luxe  des  boucles  se  répandit  sous  la  Régence,  car  la  forme  gracieuse 
des  chaussures  particulières  aux  gens  de  qualité,  se  prêtait  à  ce  raffinement. 

Pendant  tout  le  xvme  siècle,  les  boucles  de  ceintures  furent  aussi  très 
en  faveur  :  elles  étaient  serties  de  strass  et  souvent  de  rubis  et  de  diamants. 

Au  temps  de  Louis  XVI,  la  mode  des  boucles  prit  une  grande  extension  ; 
on  en  fabriqua  alors  en  acier  poli  garni  de  perles  taillées  à  facettes,  en  émail 
de  Saxe  et  en  porcelaine  de  Wegdwood.  (1). 

A  partir  de  1785,  le  Journal  des  Daines  et  des  Modes  nous  met  au  courant 
des  boucles  les  plus  recommandables. 

(1)  La  collection  des  boucles  a  vivement  séduit  M.  Le  Secq  des  Tournelles  qui  en  a  abondamment  pourvu 
les  vitrines  de  son  musée.  Nous  ne  pouvions  faire  mieux  que  de  le  suivre  dans  cette  voie  et  nous  avons  reproduit 
près  d'une  centaine  de  boucles  dans  les  sept  planches  qui  ont  été  consacrées  à  cet  accessoire  de  la  toilette. 
(PI.  CCVII  à  CCXIII.) 

Les  boucles  les  plus  anciennes  et  celles  dont  le  travail  nous  a  paru  le  plus  captivant  sont  les  boucles  de 
ceinturon  de  chasse  dont  plusieurs  sont  en  acier  finement  ciselé  ;  l'une  d'elles  représente  le  profil  de  Henri  IV 
soutenu  par  les  amours  (n°  610y)  ;  une  autre  boucle  d'un  travail  particulièrement  précieux  est  le  n°  6113  ; 
elle  est  décorée  de  trophées  d'armes  et  de  drapeaux.  Avec  la  boucle  n°  6114,  nous  voyons  l'emploi  du  métal 
précieux  servant  à  tracer  d'ingénieux  dessins  sur  l'acier  bleui.  (PI.  CCVII.) 

La  PI.  CCVIII,  nous  montre  les  spécimens  de  boucles  de  culottes  et  des  boucles  de  souliers  ;  l'une  d'entre 
elles  est  garnie  de  strass. 

Les  boucles  en  acier  garnies  de  plaquettes  de  Wedgwood  ou  de  Sèvres  sont  amplement  représentées  dans 
la  planche  CCIX  et  l'on  ne  sait  trop  ce  que  l'on  doit  le  plus  admirer,  de  la  finesse  et  de  la  correction  du  dessin 
ou  de  la  perfection  de  l'exécution  céramique. 

Les  boucles  en  acier  garnies  de  miniatures  occupent  les  PI.  CCX,  CCXI  et  CCXII  ;  elles  sont  pour  la  plupart 
ovales  et  garnies  de  peries  taillées  à  facettes. 

La  planche  CCXIII  nous  montre  des  exemples  de  boucles  jumelées  dans  lesquelles  les  deux  médaillons 
sont  reliés  par  une  partie  rigide  épousant  la  courbure  de  la  taille. 


48  BOUCLES 

Le  Cabinet  des  Modes,  du  1er  mai  1786,  se  faisant  l'écho  de  la  faveur 

dont  jouissait  les  boucles  pour  l'ornementation  du  costume  masculin  nous  dit, 

en  effet  : 

Les  fenïmes  pourraient  reprocher  aux  hommes  de  changer  de  boucles  de  souliers 
autant  qu'elles  changent  de  bonnets  et  de  chapeaux. 

A  cette  époque,  la  mode  faisait  fi  des  boucles  rondes,  carrées  ou  à  huit 

pans  et  le  Cabinet  des  Modes  nous  donne  ainsi  la  description  des  boucles 

les  plus  recherchées  : 

On  les  fait  d'un  ovale  parfait,  aussi  large  que  long  ;  on  en  fait  en  lacs  d'amour, 
partie  étant  taillée  à  facettes  et  pointes  de  diamant,  et  l'autre  en  perles  ;  à  deux 
rangs  taillés  à  facettes  en  diamants  ;  à  rosettes  taillées  en  pointes  de  diamants  ; 
enfin  à  quatre  rangs  de  perles  taillées  à  facettes  et  à  pointes  de  diamants. 

V.  —  Boucles  tic»  chapeaux 

Mais  les  boucles  n'étaient  pas  seulement  employées  pour  les  ceintures, 

les  souliers  et  les  culottes,  bientôt  on  en  orna  les  chapeaux  : 

Une  mode  prend  fortement  aujourd'hui,  dit  le  Cabinet  des  Modes  du  15  juin  1780, 
c'est  celle  de  porter  au  chapeau,  sur  le  côté  gauche,  une  boucle  d'acier  de  toute  la 
longueur  de  la  forme  du  chapeau  et  qui  tient  attachée  une  grande  rosette  de  ruban 
noir  de  la  même  longueur. 

A  peu  près  à  la  même  époque,  on  avait  coutume,  en  Espagne,  de  fixer 
près  de  l'un  des  bords  du  chapeau  une  boucle  en  strass  affectant  assez 
exactement  la  forme  d'une  agrafe. 

VI.  —  Boucles  symboliques  et  boucles  d'actualités 

En  1788,  les  boucles  se  portaient  rondes,  ovales,  rectangulaires,  carrées, 
à  pans  coupés,  garnies  au  milieu  de  losanges,  de  demi-ronds,  de  chiffres  ou 
d'arabesques.  Les  boucles  du  dernier  goût  sont  tour  à  tour  : 

La  boucle  «  à  la  chinoise  »,  large  ovale  au  milieu  duquel  était  un  losange 
où  étaient  attachés  un  L  et  un  M  majuscules  (elle  aime). 

La  boucle  à  guirlandes,  ovale  allongé,  garni  au  dedans  et  au  dehors 
de  guirlandes  et  de  rosettes  ; 

La  boucle  «  aux  nœuds  d'amour  »  qui  était  formée  «  d'un  large  ovale 
orné  de  mille  rosettes  réunies,  liées  en  haut  et  en  bas  par  un  gros  nœud 
d'amour  fait  d'olives  d'argent,  dont  les  unes  sont  entourées  de  petites 
cordes  et  les  autres  taillées  à  facettes   ». 

En  1789,  vient  la  boucle  «  aux  coquilles  »  qui  était  composée  «  d'un 
hexagone  ou  cercle  à  six  pans,  de  roses  d'architecture  et  d'un  rond  au  milieu 
qui  sert  à  porter  les  coquilles   ». 

Au  mois  de  mai  1789  apparut  la  boucle  «  aux  petits  pages  ».  A  cette 
époque,  on  prenait  la  peine  de  baptiser  d'un  nom  en  vogue  les  accessoires 
du  costume  et  bien  souvent  les  journaux  de  modes  déplorèrent  cet  abus  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


FI.  XL 


10 


12 


14 


Modèles  de  boucles  d'actualité  :   i.  Boucle  aux  Arabesques.   —  2.  Corbeille  à  fruits.   —  4.  Boucle  aux  I,acs  d'amour. 

6.  Boucle  aux  Petits  pages.   —  8.  Boucle  au  Tiers-État.   —  10.  Boucle  aux  Nœuds  d'amour. 

12.  Boucle  à  la  Bastille.   —   14.  Boucle  «  Vive  la  Nation  ».   D'après  le  -  Cabinet  des  Modes  »  de  1788. 


INTERDICTION    DE    PORTER    DES    BOUCLES    EN    MÉTAL    PRÉCIEUX  49 

C'est  chose  étrange,  déclare  le  Magasin  des  modes  nouvelles  du  1er  mai  1789, 
que  les  variations  qu'éprouvent  les  boucles  (à  souliers)  aujourd'hui  et  les  formes  qu'on 
leur  donne.  On  en  fait  aux  Petits  Pages,  nom  d'une  comédie  qui  a  assez  de  succès, 
à  la  Noblesse,  aux  Coquilles,  à  la  Tartare,  aux  arabesques,  etc.. 

La  boucle  «  aux  petits  pages  »  était  constituée  par  un  rond  parfait  au 
milieu  duquel  se  trouvaient  inscrits  deux  carrés  enlacés.  Les  intervalles 
situés  entre  les  angles  des  carrés,  sur  le  pourtour,  étaient  décorés  de 
chapeaux  et  de  plumets  qui  formaient  alors  la  coiffure  des  petits  pages. 

VII.  —  L<--  boucles  sous  la  Révolution 

Après  la  prise  de  la  Bastille,  les  boucles  devinrent  pendant  un  temps  le 
reflet  des  événements  politiques.  C'est  ainsi  que  fut  lancée  la  mode  de  la 
boucle  «  à  la  Bastille  »  qui  est  signalée  par  le  Magasin  des  Modes 
du  11  novembre  1789.  Cette  boucle  représentait  un  fort  à  trois  tours  garnies 
de  créneaux.  Sur  chacune  d'elles  étaient  figuré  un  canon.  Les  tours  étaient 
séparées  par  des  plate-formes  massives.  Une  plate-forme  portait  sur  le 
cou-de-pied  et  une  tour  descendait  sur  le  pied. 

A  cette  date  apparut  aussi  la  boucle  «  au  Tiers  Etat  »  :  elle  représentait 
une  équerre  enlacée  dans  un  cœur  fait  d'ornements  architecturaux.  Cette 
boucle  avait  la  prétention  de  désigner  l'art  de  l'architecture,  allusion  sans 
doute  à  la  mission  que  s'était  donnée  le  Tiers  Etat. 

Cependant  les  bijoutiers  ne  trouvèrent  pas  ces  manifestations  assez 
claires  et,  pour  marquer  leur  civisme,  ils  ne  craignirent  pas  de  surcharger 
leurs  boucles  d'inscriptions.  Les  cris  de  joie  :  «  Vive  la  Nation  »  qui  avaient 
remplacé  ceux  de  «  Vive  le  Boi  »,  leur  donnèrent  l'idée  de  créer  les  boucles 
«  A  la  Nation  ».  Sur  un  cercle  massif,  décoré  simplement  de  dessins  en  zigzag 
gravés,  ils  avaient  placé,  en  triangle,  quatre  petits  tableaux  portant  en  carac- 
tères découpés  :  «  Vive  la  Nation  ». 

VIII.   —  Interdiction  de  porter  des  boucles  en  métal  précieux 

Mais  bientôt  on  se  lassa  de  ces  excentricités  et  pendant  un  temps  les 
boucles  furent  abandonnées  par  les  élégants.  La  contribution  des  boucles 
d'argent  que  faisaient  les  bons  citoyens  sur  l'autel  de  la  Patrie,  avait  amené 
la  mode  des  boucles  de  cuivre  unies,  sans  dessins  ni  guillochage  et  présentant 
pour  toute  variante  une  forme  à  huit  pans.  Nombre  de  personnes  qui  avaient 
fait  don  de  leurs  boucles  d'argent  refusaient  absolument  de  porter  d'autres 
boucles  et  préféraient  attacher  leurs  souliers  avec  des  cordons  ou  des  rubans 
noirs.  L'histoire  de  cet  abandon  civique  d'une  parure  jugée  jusqu'alors 
comme  indispensable,  est  assez  curieuse  pour  que  nous  nous  en  fassions 
l'écho. 

C'est  sur  la  proposition  du  député  d'Ailly,  que  l'Assemblée  Nationale 


50  BOUCLES 

émit  un  vote  exigeant  que  tous  les  députés  abandonnassent  leurs  boucles 
d'argent  au  profit  des  caisses  du  Trésor.  Le  22  novembre  1789,  la  séance  de 
l'Assemblée  s'ouvrit  par  le  don  patriotique  qu'avait  fait  le  maréchal  de 
Maillé  de  ses  boucles  d'or. 

L'enthousiasme  fut  grand  et  le  lendemain  dimanche  23,  de  zélés  patriotes 
n'hésitèrent  pas  à  arrêter,  dans  les  rues  de  Paris,  plusieurs  passants  pour 
leur  arracher  leurs  boucles  d'or  et  d'argent.  L'émoi  fut  tel,  que  le  maire  de 
Paris  et  la  police  durent  prendre  une  ordonnance  pour  défendre  d'arrêter 
dans  les  rues  les  citoyens  des  deux  sexes.  {Livre  Journal  de  Mme  Etoffe, 
marchande  de  modes,   publié    par   le  comte   de  Reiset,  t.   I,  p.  460). 

L'exemple  donné  par  le  maréchal  de  Maillé  fut  suivi  par  tout  le  monde 
et  quelques  jours  après  le  Journal  de  la  Cour  et  de  la  Ville  publiait  la  note 
suivante  : 

Le  district  des  Cordeliers  et  de  Saint-André-des-Arts  se  sont  empressés  de 
suivre  l'exemple  de  l'auguste  Assemblée  Nationale.  En  conséquence,  ils  ont  arrêté 
que  tout  citoyen  de  leur  arrondissement  serait  tenu  de  porter  à  leur  district,  en 
offrande  à  la  Nation,  leurs  boucles  d'argent  dont  le  dépôt  serait  confié  à  des  Com- 
missaires nommés  à  cet  effet. 

Nota.  —  Nous  présumons  que  tous  les  citoyens  de  Paris  vont  s'honorer  désor- 
mais de  n'avoir  que  des  cordons  à  leurs  souliers  ;  on  pourra  les  reconnaître  à  cette 
marque,  comme  à  la  cocarde  de  la  Liberté. 

La  Chronique  de  Paris  évaluait  à  40  millions  le  nombre  des  boucles 
d'argent  du  royaume. 

M.M.  de  Goncourt  (Histoire  de  la  Société  française  pendant  la  Révo- 
lution) racontent  qu'un  cordonnier  de  Poitiers,  en  présentant  deux  paires 
de  boucles,  s'écria  : 

Celles-ci  ont  servi  à  tenir  les  tirans  de  mes  souliers  ;  elles  serviront  à  combattre 
les  tyrans  ligués  contre  la  Liberté. 

IX.  —  lîoucles  on  or  et  en  argent 

Cependant  cette  discrétion  ne  devait  pas  être  de  longue  durée  car, 

dès  l'année  1804,  l'argent  lui-même  était  réputé  vil  métal  et  on  ne  voyait 

que  des  boucles  en  or  sur  les  souliers  des  gens  distingués  : 

Les  boucles  ne  sont  plus  d'argent,  dit  le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du 
15  Nivôse  An  xn,  la  nouvelle  mode  est  d'avoir  des  boucles  en  or  où,  sur  un  fond 
mat,  se  relève  en  bosse  un  dessin  étrusque  ou  une  suite  d'étoiles  brillantes  et  déta- 
chées. Pour  être  à  la  mode  la  boucle  doit  présenter  la  forme  d'un  carré  long  avec 
coins  arrondis. 

X.  —  Boucles  garnies  «le  peintures,  «le  miniatures  ou  <Ic  fixés 

Souvent  on  rencontre  des  boucles  ornées  de  miniatures  sous  verre  ; 
quelques-unes  sont  simplement  peintes  à  la  gouache,  mais  d'autres,  plus 
brillantes,  pourraient  appartenir  à  ce  genre  de  fixé  qui  est  décrit  par  Jaubert 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XLI 


8 


m.  ,    B°ucl«j  ^  ceinture  en  acier  garnies  de  perles  taillées  à  facettes. 

Elle,  sont  décorées  ,1c  peintures,  d'émau.x  ou  ,1e  plaques  ,1c  Wedgwood    xvm>  siècle 

(Collection  II. -R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XLII 


.  .     A?rares  de   manteaux  en  argent   repercé  ou  filigrane 

Plusieurs  sont  estampées  en  imitation  du  décor  des  perles  taillées'à  "acettes.  xvn,  siècle 

(Collection   H.-R.    D'Allemagne.)  siècle. 


EMPLOI     DES    PLAQUES    DE    PORCELAINE    DE    WEGDWOOD     ET    DE    SÈVRES         51 

au  mot  «  migniature  »  et  avait  été  mis  en  pratique  par  Vincent  Montpetit 
(Dict.  des  Arts  et  Métiers)  : 

Le  sieur  Vincent  Montpetit  a  trouvé  le  secret  de  peindre  à  l'huile  les  sujets  les 
plus  petits,  et  de  les  rendre  aussi  parfaits  qu'il  est  possible,  en  n'employant  que 
l'huile  absolument  nécessaire  pour  attacher  la  couleur,  en  excluant  toutes  sortes 
de  vernis,  et  couvrant  ses  tableaux  d'un  crystal  qui  y  est  adhérent  par  le  moyen 
d'un  très  léger  mordant  passé  à  un  certain  degré  de  chaleur. 

Pour  voir  sous  ses  yeux  l'effet  que  doit  produire  le  brillant  du  cristal,  il  peint  au 
travers  de  l'eau  qui  ôte  à  ses  couleurs  l'excès  d'huile  qui  leur  serait  nuisible,  et  fait 
que  sa  peinture,  vigoureuse  dans  ses  teintes,  saillantes  dans  ses  traits,  moelleuse  dans 
son  coloris,  ne  peut  jamais  s'altérer.  Les  premiers  ouvrages  qu'il  a  faits  en  ce  genre 
sont  trois  portraits  de  Louis  XV  qu'on  a  trouvés  si  beaux  qu'on  les  a  jugés  dignes 
d'être  conservés  parmi  les  bijoux  de  la  couronne. 

La  peinture  au  «  fixé  »  a  été  très  en  honneur  à  la  fin  du  xvme  siècle 
et  au  commencement  du  xixe  siècle  ;  elle  réclamait  un  tour  de  main  extrê- 
mement délicat,  puisqu'elle  devait  être  exécutée  sur  un  taffetas  très  fin 
et  recouverte  ensuite  d'une  glace  avec  laquelle  elle  faisait  si  intimement 
corps,  que  quand  la  glace  venait  à  se  briser,  la  peinture  était  irrémédiable- 
ment perdue. 

XI.  — Emploi  dos  plaques  do  porcelaines  de  Wegd>vood  et  de  Sèvres 

dans  la  décoration  des  boucles 

Nous  avons  vu  que,  dans  le  décor  des  boucles,  on  employait,  à  la  fin  du 
xvme  siècle,  des  plaques  de  porcelaine  dont  les  sujets  se  détachaient  en 
blanc  sur  fond  bleu.  Ce  produit  céramique  est  universellement  connu  sous 
le  nom  de  «  Wedgwood  ».  Wedgwood  était  un  industriel  anglais  qui,  né  de 
parents  potiers,  s'était  ingénié  à  perfectionner  la  céramique  au  double 
point  de  vue  de  la  pâte  et  des  formes.  Parmi  ses  inventions,  il  convient  de 
citer  surtout  la  terre  de  fer  et  les  grès  cérames,  qui  ont  gardé  son  nom  et 
qui  nous  occupent  actuellement  ;  ils  obtinrent  un  très  grand  succès  au 
moment  de  leur  apparition.  C'est  probablement  à  l'imitation  des  produc- 
tions de  Wedgwood  que  la  Manufacture  nationale  de  Sèvres  a  fabriqué  des 
plaques  de  porcelaine  à  décor  blanc  sur  fond  bleu,  qui  sont  plus  estimées 
encore  maintenant  par  les  amateurs  que  les  productions  de  la  fabrique 
anglaise. 

A  l'Exposition  publique  des  produits  de  l'industrie  française  au  Palais 
du  Louvre,  en  1823,  deux  fabricants  de  boucles  et  menus  objets  en  acier 
étaient  représentés  : 

M.  Pointiez,  8,  rue  du  Vertbois,  à  Paris,  avait  exposé  des  bagues  et 
des  boucles  en  acier  ; 

M.  Duméril,  de  Saint- Julien-du-Sault  (Yonne)  avait  exposé  des  boucles 
d'acier  poli  et  un  éventail  tout  en  acier. 


52  CEINTURES 


ONZIEME     PARTIE 


CEINTURES 

1.  —  La  ceinture»  accessoire  «lu  costume  ecclésiastique, 

militaire  et  civil 

La  ceinture  a  joué  un  rôle  important  aussi  bien  dans  le  vêtement 
liturgique  que  dans  le  costume  militaire  ou  civil.  Les  chevaliers  por- 
taient souvent  des  ceintures  ornées  de  pièces  armoriées.  Une  statue 
du  xne  siècle,  placée  au  portail  de  la  cathédrale  de  Chartres,  nous 
donne  des  renseignements  curieux  sur  la  manière  dont  était  fixé  cet 
accessoire. 

Jusqu'au  xve  siècle,  la  ceinture  était  une  pièce  obligée  du  costume 
civil,  du  costume  militaire  et  l'un  des  insignes  de  la  chevalerie. 

La  garniture,  formée  de  la  boucle,  du  moidant  et  des  trépas  ou  passants,  la 
ferrure  du  tissu  composée  de  clous,  de  plaques  historiées,  de  banquelets  ou  barrettes 
transversales,  enfin  tous  les  détails  d'orfèvrerie  et  de  ciselure  rendaient  fort  précieuse 
cette  partie  complémentaire  et  très  évidente  de  l'ajustement  des  deux  sexes. 

Dans  le  tissu  des  ceintures,  lorsqu'il  n'est  point  formé  do  pièces  métalliques 
montées  à  charnière,  on  fait  usage  de  toute  matière  textile,  de  cuir  et  même  de 
cheveux.  Les  ceintures  pour  la  danse  et  pour  la  joute  sont  ordinairement  munies  de 
sonnettes  ou  de  grelots.  Pour  les  fiançailles  on  les  orne,  comme  celle  du  trésor  de 
Conques,  de  barrettes  à  mains  jointes.  Les  ceintures  de  deuil  sont  émaillées  de 
larmes  et  de  devises.  Enfin  dans  un  but  de  dévotion  ou  de  préservation,  la  ceinture, 
jusqu'à  une  époque  très  voisine  de  la  nôtre,  fait  partie  des  objets  pieux,  des  remèdes 
ou  des  talismans.  (Gay.    Gloss.) 

II.  —  Les  ceintures  au  Moyeu  Age  :  Corporations 
«lui  les  fabriquaient 

Au  xne  siècle,  la  ceinture  était  simplement  nouée  à  la  taille,  par  devant. 

Un  peu  plus  tard  elle  est  retenue  par  une  boucle  et  devient  un  objet  de 

première  nécessité.  Les  femmes  y  attachaient  alors  leur  aumônière,  leurs 

clefs,  leur  petit  miroir  d'or,  d'argent  ou  d'acier  poli  ;  les  hommes  y  fixaient 

une  foule  d'objets  de  telle  nature  que  leur  ceinture  semblait  un  symbole 

de  leurs  moyens  d'existence.  Estienne  Pasquier  écrivait  à  ce  sujet  : 

Nos  ancêtres  avoient  accoustumé  de  porter  en  leur  ceinture  tous  les  principaux 
outils  de  leurs  biens.  L'homme  de  robe  longue  son  escritoire,  son  Cousteau,  sa  gibbe- 
cière,  ses  clefs...  Le  semblable  faisoit  le  marchand  et  le  gendarme,  son  espée  et  son 
escarcelle.  Tellement  que  de  notre  ceinture  despendoient  tous  les  instrumens  qui 
servent  à  vivre,  à  conserver  et  à  entretenir  nos  familles. 


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LE    DEMI-CEINT  53 

La  ceinture  jouait  un  rôle  important  dans  certaines  manifestations 
de  la  vie  civile  ;  c'est  ainsi  que  la  veuve  qui  voulait  renoncer  à  la  succession 
de  son  mari  allait  solennellement  déposer  sur  la  tombe  de  celui-ci  ses  clefs, 
sa  bourse  et  sa  ceinture. 

Au  Moyen  Age,  les  seigneurs  et  les  riches  bourgeois  possédaient  des 
ceintures  tissées  de  soie  et  d'or  ;  elles  étaient  toutes  couvertes  de  riches 
plaques  d'orfèvrerie.  Les  bourgeois  de  condition  modeste  se  contentaient 
de  ceintures  en  cuir. 

Les  précieuses  ceintures  étaient  fabriquées  par  les  orfèvres,  mais  pour 
les  petites  gens,  c'étaient  les  corroyeurs  qui  confectionnaient  les  ceintures 
blanches,  rouges  ou  noires,  en  tissu  agrémenté  d'argent  et  garni  d'orne- 
ments en  fer  ou  en  cuivre. 

A  la  fin  du  xme  siècle,  les  corroyeurs  prennent  le  nom  de  ceinturiers. 
Leur  métier  est  élevé  en  corporation  et  pour  parvenir  à  la  maîtrise  le  can- 
didat doit  confectionner  «  une  ceinture  de  velours  à  deux  pendans,  à  huit 
boucles  par  le  bas  des  pendans,  la  ferrure  de  fer  limée  et  percée  à  jour  à 
feuillages  encloués  dessus  et  dessous,  les  clous  avec  leur  contrerivet,  le  tout 
bien  poli».  {Livre  des  mestiers,  d'Etienne  Boileau). 

III.  —  Le  tlomi-eeiiit 

Au  début  du  xive  siècle,  la  mode  détrôna  les  ceintures  au  profit  du 
demi-ceint  qui,  à  cette  époque,  n'était  qu'une  ceinture  plus  étroite  que 
celle  en  usage  alors.  Ces  objets  étaient  d'une  très  grande  richesse,  ainsi 
qu'on  le  constate  dans  Y  Inventaire  des  meubles  de  Charles  V. 

1380.  —  Ung  demy  seinct  d'or  qui  fut  de  Mme  Marie  de  France,  jadis  fille  du 
roy,  où  il  a  147  perles,  8  saphirs,  2  balaiz  ;  ou  pendant  à  un  balay,  pes.  1  m.  3  o. 

Un  demy  seinct  d'or  qui  fut  à  la  royne  Jeanne  de  Bourbon,  assiz  sur  un  tissu 
noir  ou  quel  a  une  chesneste  à  façon  de  fleurs  de  liz  et  un  cueur  garny  de  perles,  de 
balaiz  et  de  saphirs,  pes.  2  m.  2  o. 

Ung  autre  demy  seinct  d'or  qui  fut  à  lad.  dame,  lequel  est  à  charnières,  garny 
de  perles,  esmeraudes  et  rubis  d'Alixandre  et  sont  les  deux  boucles  esmaillées  à 
bleuaiz  et  au  bout  de  la  chayene  un  saphir,  pes.  1  m.  5  o.  {Inv.  de  Charles  V.  N°  56-01 
et  62.) 

Dans  la  seconde  moitié  du  xve  siècle,  le  demi-ceint  désignait  une  cein- 
ture ordinaire  comme  largeur,  mais  presque  toujours  formée  de  chaînons 
de  métal  ;  sur  le  côté  pendaient  d'autres  chaînes  plus  fines  à  l'extrémité 
desquelles  étaient  attachés  une  foule  de  petits  objets.  Olivier  de  la  Marche 
dans  Le  Parement  des  Dames  nous  en  donne  cette  description  pittoresque  : 

Un  demy  ceingt  qui  soit  noir  en  couleur 
Aura  ma  dame  pour  son  noble  corps  seindre 
Ferré    tout    d'or    de    ducas    ou    meilleur 

Le  demy  ceingt  ne  doit  le  corps  estraindre 
Mais    soustenir    les    faictz    et    supporter 


54  CEINTURES 

Des  mistères  que  dame  doit  porter. 

Le    ceingt    soutient    les    menuz    ustensilles 
Et  les   utilz  dont   dames   sont   garnies 
A    les    servir    comme    femmes    subtilles. 

Ces  «mistères»,  ces  «menuz  ustensilles»,  ces  «  utilz»,  ce  sont  l'espinglier 
nu  pelote,  la  «  bource  qu'on  dit  une  aulmosnière»,  le  couteau  dans  «une 
gaine  gente»  enfin  les  amulettes... 

Quand  le  demi-ceint  fut  adopté  par  la  petite  bourgeoisie,  on  y  sus- 
pendit d'étranges  reliques.  Une  pièce  satirique  publiée  en  1622  (1)  décrit 
en  ces  termes  l'attirail  compliqué  dont  la  femme  d'un  marchand  chargeait 
son  demi-ceint  : 

32  clefs,  une  bource  où  dedans  il  y  avait  toujours  du  pein  bénit  de  la  messe  de 
minuit  (2),  trois  tournois  fricassés  (pièce  de  monnaie  cassée)  une  éguille  avec  son  fil, 
deux  dents  qu'elle  ou  ses  aieuls  s'estoient  fait  arracher,  la  moitié  d'une  muscade, 
un  clou  de  girofle  et  un  billet  de  charlatan  pour  pendre  au  col  pour  guérir  la  fièvre. 

Dès  le  début  du  xvne  siècle,  le  monde  élégant  abandonna  le  demi-ceint 
qui  devenait  plus  à  la  mode  que  jamais  parmi  les  femmes  du  peuple  et  les 
servantes.  Les  pauvres  filles  n'avaient  guère  d'autre  bijoux  que  le  demi-ceint, 
mais  si  quelques-unes  le  portaient  en  argent,  la  plupart  d'entre  elles  devaient 
se  contenter  du  demi-ceint  d'étain  ou  de  laiton. 

Le  demi-ceint  d'argent  était  un  joyau  très  recherche  par  les  cham- 
brières et  il  semble  que  cet  objet  était  le  but  de  leurs  suprêmes  désirs.  Les 
Caquets  de  l'Accouchée  (1622)  nous  donnent  les  renseignements  suivants  à  ce 
sujet,  en  nous  faisant  assister  aux  doléances  d'une  servante  : 

Quand  nous  avions  servy  sept  ou  huit  ans  et  que  nous  avions  amassé  un  demy 
ceint  d'argent  et  100  escus  comptant,  tant  à  servir  qu'à  ferrer  la  mule  (3),  nous 
trouvions  un  bon  officier  sergent  en  mariage  ou  un  bon  marchand  mercier.  (Edouard 
Fournier.   Variétés  hist.  et  lût.) 

Le  demi-ceint  représentait  une  valeur  assez  considérable,  car  dans  la 
«  Conférence  des  Servantes  de  Paris  soubz  les  charniers  Saint- Innocent», 
une  d'elles  déclare  avoir  eu  «  un  demy  ceing  de  22  escus  qu'elle  perdit  à  la 
foire  Saint-Germain  en  jouant  à  la  blanquo.  (Ed.  Fournier,  Variétés  hist. 
et  litt.). 

La  mode  du  demi-ceint  ne  survécut  pas  au  règne  de  Louis  XV. 

IV.  —  Larges  ceintures  munies  de  boucles 

A  la  fin  du  xvme  siècle,  la  mode  exigeait  qu'on  portât  de  très  larges 
ceintures  avec  boucles  de  grandes  dimensions  et  le  Cabinet  des  Modes  du 
1er  septembre  1786,  nous  en  donne  ainsi  la  description  : 

(1)  La  chasse  au  vieil  Grognard  de  l'antiquité.  (Ed.  Fournier.  Variétés  hist.  et  litt.) 

(2)  Le  pain  bénit  de  la  messe  de  minuit  avait  entre  autre  vertu,  celle  de  préserver  de  la  rage. 

(3)  Traduction  vulgaire  :  faire  danser  l'anse  du  panier. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XLIV 


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II 


$&&ÎIÉ^ 


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• 


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Boutons  en  cuivre  et  en  argent 
agrémentés  de  miniatures,  de  bouquet  de  fleurs  scchées  et  de  strass. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


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—  Boutons  en  nacre.  xvme  siècle. 


EMPLOI    DES   BOUTONS    DANS    LE    COSTUME    AU    MOYEN-AGE  55 

Les  dames  portent  une  large  ceinture  attachée  par  devant  avec  de  larges 
boucles  ou  plaques  comme  celles  des  ceinturons  des  gardes  suisses. 

Au  début  du  xixe  siècle,  on  en  était  revenu  aux  ceintures  en  étoffe  et 

Le  Miroir  des  Grâces  (1811),  nous  les  décrit  ainsi  : 

Les  ceintures  aujourd'hui  sont  ordinairement  de  velours,  de  ruban  ou  d'autres 
étoffes,  nouées  par  derrière.  On  en  voit  quelques-unes  fixées  par  devant  avec  des 
agrafes  d'or,  d'argent  ou  d'acier,  rarement  enrichies  de  pierreries,  mais  quelquefois 
de  camées,  de  portraits  et  figures  de  caprices  (1). 


DOUZIEME     PARTIE 


BOUTONS 

|.  —  Leur  emploi  «lans  le  eostiime  au   Moyen  Age.   — -  Corporations 

se  livrant  à  leur  fabrication 

11  est  peu  d'accessoires  du  costume  qui  aient  laissé  moins  de  traces 
que  les  boutons  communément  employés,  car,  étant  donné  leur  usage 
constant  et,  souvent,  le  peu  de  valeur  de  la  matière  utilisée  à  leur  fabri- 
cation, ils  étaient  voués,  dès  leur  apparition,  en  quelque  sorte,  à  une  prompte 
et   irrémédiable   disparition. 

A  l'origine,  les  boutons  étaient  d'une  valeur  si  minime  que  les  poètes, 
pour  indiquer  qu'une  chose  était  de  vil  prix,  disaient  qu'elle  «  n'était  pas 
prisée  un  bouton».  Ce  dicton,  cependant,  ne  devrait  pas  être  pris  au  pied 
de  la  lettre,  car  les  riches  chaperons,  chapes,  jaques,  pourpoints  et 
manches  de  robes  du  xive  siècle  étaient  agrémentés  de  boutons  d'une  impor- 
tance et  d'une  valeur  que  justifiaient  aussi  bien  la  matière  employée,  que  le 
fini  de  leur  exécution. 

Si  l'on  considère  les  statues  du  xne  siècle  qui  décorent  les  piliers  de  nos 
cathédrales  et  notamment  celles  de  Chartres,  on  est  étonné  de  voir  à  quel 
point  les  manches  des  robes  des  dames  étaient  ajustées  sur  les  bras,  qu'elles 
moulaient  exactement.  Le  secret  consiste  en  ce  que  les  élégantes  d'alors 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  possède  quelques  ceintures  en  acier,  mais  elles  ne  remontent  pas 
au  delà  de  l'époque  Directoire. 

PI.  CCXLIV,  nous  voyons  une  ceinture  formée  d'une  bande  d'acier  flexible,  garnie  de  deux  doubles  rangs 
de  perles  taillées  à  facettes  entre  lesquels  sont  inscrits  de  place  en  place  des  médaillons  garnis  de  fixés,  soit  de 
forme  ronde  soit  en  écusson. 

Les  ceintures  en  toile  d'acier  qui  sont  reproduites  PI.  CCXLVI  sont  de  l'époque  Louis-Philippe  :  elles  sont 
munies  de  fermoirs  en  acier  poli  garnis  de  perles  taillées  à  facettes  suivant  la  mode  du  jour. 


56  BOUTONS 

faisaient  coudre  leurs  manches  sur  elles,  après  avoir  endossé  leur  robe.  Ces 
manches,  extrêmement  collantes  jusqu'au  coude,  étaient  garnies  d'une 
rangée  de  très  petits  boutons. 

Dès  le  milieu  du  xme  siècle,  les  fabricants  de  boutons  s'étaient  unis 
en  corporation  et  le  Livre  des  Mestiers,  d'Etienne  Boileau,  nous  donne 
quelques  détails  sur  leur  industrie. 

En  1282,  il  était  interdit  aux  clercs,  par  le  Concile  de  Tarragone,  de 
porter  des  boutons  d'or,  d'argent  ou  de  tout  autre  métal. 

Au  xive  siècle,  la  chape  des  femmes  était  garnie  d'une  cinquantaine  de 
boutons  et  le  pourpoint  des  hommes  n'en  comptait  pas  moins  de  78,  dont 
20  pour  chaque  manche.  Ces  garnitures  étaient  dénommées  des  «bou- 
tonneures»  et  dans  les  inventaires  on  en  rencontre  d'assez  nombreuses 
mentions. 

1353.  — A  Pierre  Boudet,  orfèvre,  pour  XX  boutons  d'or,  pour  une  boutonneure 
à  surcot,  pour  ma  dicte  dame  (la  reine).  (Cptes  royaux.) 

1379.  —  XI  paires  de  boutonneures,  c'est  à  sçavoirIX  paires  pour  manteaux  et 
II  paires  pour  chappes,  dont  l'une  boutonneure  pour  chappe  à  L  boutons  chacun 
bouton  d'un  glan  d'or  et  de  III  perles.  Item  l'autre  boutonneure  pour  chappe  est  de 
L  boutons  en  manière  de  frezette  et  une  perle  dessus.  {Inventaire  de  Charles  V.) 
(De  Laborde.    Glossaire.) 

Les  parures  de  boutons  que  possédaient  Marguerite  de  Hainaut,  Jeanne 
de  Boulogne  et  Jeanne  d'Evreux,  devaient  être  de  véritables  joyaux  d'un 
grand  prix,  car  ils  étaient  constellés  de  pierres  précieuses  ou  de  perles. 

A  cette  époque,  la  fabrication  des  boutons  de  métal  précieux  était 
réservée  aux  orfèvres. 

Les  boutonniers  fabriquaient  les  boutons  d'archal,  de  laiton  et  de 
cuivre,  tandis  que  les  pâtenostriers  établissaient  les  boutons  de  corne,  d'os 
et  d'ivoire. 

Au  xvie  siècle,  c'étaient  les  passementiers-boutonniers-enjoliveurs  qui 
faisaient  les  boutons  considérés  par  les  petites  gens  comme  un  objet  d'utilité. 
La  fabrication  des  boutons  de  métal  précieux  était  toujours  réservée  aux 
orfèvres. 

Outre  les  boutons  de  métal  précieux,  on  employait  également  des  bou- 
tons de  verre. 

1420.  —  11  gros  boutons  d'or  d'ouvraige  de  Venize,  plains  de  must,  au  bout  de 
chacun  a  une  grossette  ronde  perle  et  20  autres  moindres  boutons  d'icelle  façon 
plains  de  must,  au  bout  de  chacun  des  quelx  a  une  petite  perle,  pes.  tous  ensemble 
6  o.  10  est. 

2  boutons  d'or  faits  à  demi  rond  de  Pouvraige  de  Venize  et  sur  chacun  d'iceulx 
à  une  perle,  poisant  6  o.  0  est.  (Inv.  de  Philippe  le  Bon.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XLV 


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II 


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Boutons  en  fer-blanc  contenant  des  miniatures  sur  ivoire 
représentant  des  cartes  à  jouer  disposées  en  trompe-l'oeil.   Fin  du  xvm"  siècle 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES    PASSEMENTIERS-BOUTONNIERS  57 

II.  —  Les  boutons  «l'orfèvrerie  au  XVIe  siècle 

Sous  François  Ier,  les  boulons  d'orfèvrerie  étaient  fort  en  honneur  ; 
le  roi  commanda  un  jour  à  Jacques  Polin,  orfèvre,  demeurant  sur  le  Pont- 
au-Change,  13.600  boutons  d'or  qui  devaient  être  employés  «  à  semer  une 
robe  de  veloux  noir».  (Franklin,    Vie  privée). 

On  faisait  également  à  cette  époque  de  fort  beaux  boutons  émaillés, 
si  nous  nous  nous  en  rapportons  au  prix  qu'ils  coûtaient  : 

1530.  —  A  Pierre  Gedoyn,  orfèvre,  demeurant  à  Paris,  12  livres  tournois  pour 
l'or  et  la  façon  de  8  boutons  d'or  en  façon  de  roulleaux  esmaillez  de  noir  avec  lectres 
antiques  semées  par  dessus  l'esmail,  pour  servir  à  robbes.  {Compte  des  menus  plaisirs 
du  Roi,  f.  9.) 

Sous  Henri  III,  les  boutons  se  couvrirent,  comme  les  bijoux,  d'emblèmes 
funèbres,  mis  à  la  mode  par  le  roi,  lui-même,  à  la  mort  de  sa  favorite. 

Dans  les  comptes  de  l'argenterie  de  ce  roi,  on  relève  la  mention  sui- 
vante : 

1583.  —  18  douzaines  de  gros  boutons  d'argent,  façon  de  teste  de  mort,  pour 
servir  à  mectre  aux  robbes  (de  la  mascarade  du  roi)  à  2  escus  la  douzaine.  (Gay. 
Gloss.  arch.) 

A  cette  époque,  les  boutons  d'émail  étaient  des  plus  répandus  et  Palissy, 

dans  son  ouvrage  De  l'Art  de  la  terre  (p.  307),  nous  conte  ainsi  la  cause  de 

leur  vulgarisation  : 

Considère  aussi  un  peu  les  boutons  d'esmail  (qui  est  une  invention  tant  gentille), 
lesquelz  au  commencement  se  vendoient  3  francs  la  douzaine.  Or  d'autant  que 
ceux  qui  les  inventèrent  ne  tiendrent  leur  invention  secrette,  un  peu  de  temps  après, 
la  convoitise  du  gain  ou  l'indigence  des  personnes  fust  cause  qu'il  en  fut  fait  si  grande 
quantité  qu'ils  furent  contraints  les  donner  pour  un  sol  la  douzaine,  tellement  qu'ils 
sont  venus  à  tel  mespris  qu'aujourd'hui  les  hommes  ont  honte  d'en  porter  et  disent 
que  ce  n'est  que  pour  les  belistres,  parce  qu'ils  sont  à  trop  bon  marché. 

III.  —  Les  passemeiitiers-boutonnicrs   travaillent,  concurremment 
avec  les  orfèvres,  sV  la  fabrication  des  boutons  au  XVIIe  siècle 

En  1653,  lors  de  la  revision  de  leurs  Statuts,  les  passement iers-bou- 

tonniers  étaient  autorisés  à  fabriquer  entre  autres  choses  : 

Toutes  sortes  de  boutons  à  vases  et  à  olives,  à  l'aiguille,  à  l'étoile,  à  la  turque, 
à  point  de  Milan,  à  roses,  à  carreaux,  à  grappe,  à  tête  de  more,  à  la  moresque,  à  la 
royale,  à  l'indienne,  en  lacs  d'amour,  à  la  polinaise,  à  longues  queues...  et  toutes 
sortes  de  boutons  lacés  et  garnis,  à  fanfreluches  et  à  cordelières,  et  de  toute  autres 
façons  qui  se  font  au  crochet,  au  doigt,  à  l'aiguille  et  au  dé...  Toutes  sortes  de  moules 
à  boutons,  tels  que  glands,  poires,  pommes,  vases,  olives,  coulants,  etc.. 

A  cette  époque,  on  se  plaisait  à  orner  les  boutons  de  petites  scènes  de 

genre. 

1659.  —  1.200  gros  paquets  de  boutons  à  queue,  tant  de  cannetille  que  de  soie... 
et  dans  leur  enseigne  on  voyait  la  figure  d'un  homme  l'espée  à  la  main  qui  remettait 
dans  un  sac  quantité  d'argent  dont  une  grande  partie  estoit  comptée  sur  une  table, 
avec  cette  inscription:  Sinon  auro  saltem,  gladio  quxrenda  libertas.  (La  Révolte  des 
Passemens.  Ed.  Fournier.  Variétés  hist.  et  litt.) 


58  BOUTONS 

Les  boutons  en  orfèvrerie,  extrêmement  ornés  et  délicatement  travaillés 
à  jour,  qui  étaient  très  en  honneur  pendant  tout  le  milieu  du  xvne  siècle, 
se  virent  remplacés,  dans  le  dernier  quart  de  cette  période,  par  des  boutons 
unis  dont  la  face  antérieure  était  ornée  d'une  petite  rosace.  {Mercure  Galant, 
année  1673). 

A  la  fin  du  règne  de  Louis  XIV,  les  boutons  devinrent  de  luxueux- 
objets  de  parure  et  dans  les  Registres  des  pierreries  et  présents  du  roy, 
conservés  au  ministère  des  Affaires  Etrangères,  des  mentions  nombreuses 
montrent  jusqu'où  le  grand  roi  avait  poussé  le  goût  du  luxe,  à  la  fin  de 
son  règne  : 

3  février  1685.  —  Montarsy  r&met  au  roi  24  boutons  d'un  diamant  chacun, 
valant  138.030  livres. 

7  mai  1685.  —  Fait  et  livré  par  le  sieur  Bosc  six  boutons  d'un  diamant  30.000 
livres. 

26  juillet  1685.  —  Livré  par  Montarsy  au  marquis  de  Seigneley  pour  le  Roi 
75  boutons  d'un  diamant  586.703  livres. 

26  juillet  1685.  —  Montarsy  fournit  pour  la  veste  du  Roi  48  boutons  d'or 
enrichis  d'un  diamant  chacun  et  96  boutonnières  dont  48  composées  de  5  diamants 
chacune  et  48  d'un  seul,  pour  185.123  livres.  (Maze  Censier.  Le  Livre  des  collec- 
tionneurs.) 

Le  luxe  des  habits  de  Louis  XIV  était  inouï  et  le  jour  où  il  reçût  l'ambas- 
sadeur de  Perse,  il  portait  sur  son  habit  pour  12  millions  et  demi  de  dia- 
mants. Cet  habit,  composé  «  d'une  estoffe  or  et  noir  brodée  de  diamans, 
était  si  pesant,  dit  Dangeau,  que  le  roi  en  changea  aussitôt  après  son  dîner  ». 
{Journal  de  Dangeau,  15  février  1715). 

A  la  fin  du  xvne  siècle,  la  mode  était  de  porter  des  boutons  fabriqués 
avec  la  même  étoffe  que  celle  de  l'habit.  C'est  alors  que  les  passementiers, 
que  la  décadence  des  boutons  de  soie  appauvrissait,  protestèrent  et  le  25  sep- 
tembre 1694,  le  roi,  exauçant  leurs  \ceux,  fit  une  déclaration  interdisant 
aux  ouvriers  de  faire  et  aux  particuliers  de  porter  aucun  bouton  qui  ne 
soit  de  soie,  à  peine  pour  les  premiers  de  500  livres  d'amende  dont  les  deux 
tiers  appartiendraient  au  dénonciateur  et  pour  les  seconds,  d'une  amende 
de  300  livres. 

La  découverte,  en  1695,  qu'on  fabriquait  des  boutons  au  métier,  pro- 
voqua une  nouvelle  plainte  des  passementiers  et  le  roi,  faisant  de  nouveau 
droit  à  leurs  doléances,  prit  un  arrêt  interdisant  toute  fabrication  de  bou- 
tons à  l'aide  d'un  métier. 

IV.  — -  Boutons  tic  grande  taille  ornés  «le  miniatures 

au  XVIIIe  siècle 

Si  les  boutons  n'eurent  pas  d'histoire  sous  le  règne  de  Louis  XV,  sous 
celui  de  Louis  XVI,  ils  firent  beaucoup  parler  d'eux.  On  les  portait  énormes, 
larges  comme  un  écu  de  6  livres,  afin  de  prêter  plus  facilement  à  la  déco- 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XLVI 


10 


II 


12 


Boutons  ornés  de   miniatures  représentant   des  sujets  militaires 

encadrés  dans  une  bordure  filigranée  et  perlée.   Début  du  xixe  siècle 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LA    COLLECTION    DE    BOUTONS    DU    BARON    PERIGNON  59 

ration  qu'on  leur  donnait.  On  les  fabriquait  en  acier  travaillé,  en  mar- 
cassite,  en  vernis  Martin,  en  métal  précieux.  Le  comte  d'Artois,  qui  fut 
plus  tard  Charles  X,  toujours  à  l'affût  des  extravagances,  s'était  fait  faire 
une  garniture  de  petites  montres  en  guise  de  boutons. 

Dans  Les  Mémoires  secrets,  dits  de  Bachaumont,  on  relève  de  curieux 
récits  sur  l'emploi  des  boutons. 

La  manie  des  boutons  est  aujourd'hui  poussée  à  un  ridicule  extrême.  Non  seu- 
lement on  les  porte  d'une  grandeur  énorme,  comme  des  écus  de  6  livres,  mais  on 
en  fait  des  miniatures,  des  tableaux,  en  sorte  qu'il  y  a  telle  garniture  d'un  prix  in- 
croyable. 

Il  est  de  ces  garnitures  qui  représentent  les  médailles  des  12  Césars,  d'autres  des 
statues  antiques,  d'autres  les  Métamorphoses  d'Ovide.  On  a  vu  au  Palais-Royal 
un  cynique  offrir  impudemment  sur  ses  boutons  les  30  figures  de  l'Arétin,  ce  qui 
obligeait  les  femmes  honnêtes  de  détourner  les  regards  dès  qu'elles  approchaient 
de  lui.  Les  jeunes  gens  romanesques,  à  l'imitation  des  anciens  chevaliers,  portent 
sur  leurs  boutons  le  chiffre  de  leur  maîtresse.  Il  est  des  farceurs  qui,  avec  des  lettres 
de  l'alphabet,  forment  de  plats  rébus  tels  qu'on  en  voyait  autrefois  sur  les  écrans. 
En  un  mot  la  fabrique  des  boutons  est  aujourd'hui  un  travail  d'imagination  qui 
exerce  merveilleusement  l'esprit  du  compositeur  et  de  l'acheteur  et  qui  devient 
ensuite  dans  la  société  un  texte  de  conversation  inépuisable. 

A  la  même  époque,  le  peintre  Klingslet  fit  des  boutons  à  double  détente 
dont  on  pouvait  à  volonté  changer  la  décoration. 

Honoré  Fragonard  peignit  pour  un  marquis  une  garniture  délicieuse 
de  petits  bergers  Watteau.  Enfin,  Feuillet  de  Conches  {Causeries  d'un 
Curieux,  t.  II,  p.  195),  nous  apprend  qu'une  jeune  pupille,  tout  fraîchement 
échappée  du  couvent,  offrit  en  présent,  à  son  fiancé,  une  suite  de  tableau 
de  Greuze  exécutée  sur  l'émail  avec  une  finesse  et  un  goût  exquis. 

Avant  d'être  le  peintre  favori  des  Incroyables  et  de  la  société  impé- 
riale, Isabey  connut  des  moments  difficiles.  A  l'époque  où,  artiste  obscur, 
il  était  obligé  de  demander  au  travail  sa  nourriture  quotidienne,  il  peignit 
ces  boutons  miniatures  dont  nous  venons  de  parler.  Dans  les  notes  qu'il  a 
laissées,  il  a  fait  le  récit  suivant  de  ses  premières  années  de  séjour  à  Paris  : 

Je  résolus  d'imiter  l'exemple  de  quelques  condisciples  qui  se  créaient,  par  des 
occupations  accessoires,  de  modestes  ressources.  J'entrai  tout  de  suite  en  relations 
avec  un  tabletier  qui  me  commanda  des  couvercles  de  tabatières.  C'étaient  pour 
la  plupart  des  copies  de  Boucher,  ou  de  Van  Loo.  Chaque  médaillon  m'était  payé 
6  à  8  francs  sans  l'ivoire.  Comme  il  était  encore  de  mode  à  cette  époque  de  porter 
des  boutons  de  la  grandeur  d'une  pièce  de  5  francs  sur  lesquels  on  peignait  en  camaïeu 
des  amours,  des  fleurs,  des  paysages,  je  me  livrai  à  ce  travail  mercantile.  Chaque 
sujet  m'était  payé  12  sols.  (Edm.  Teigny.  Mélanges.  Etudes  littéraires  et  artistiques, 
Paris,  1869.) 

V.  —  La  collection  de  boutons  «lu  baron  Périgiiou 

On  pourrait  écrire  tout  un  volume  sur  l'histoire  des  boutons  des  trois 
derniers  siècles.  Je  me  souviens  avoir  vu,  il  y  a  quelques  années,  la  collec- 
tion du  baron  Pérignon,  qui  avait  consacré  une  partie  de  son  existence  à 


60  BOUTONS 

recueillir  ces  curieux  accessoires  du  costume.  Par  une  sorte  de  coquetterie 
pour  l'œuvre  du  collectionneur,  ses  héritiers  avaient  demandé  que  la  collec- 
tion fut  Vendue  en  bloc.  Elle  avait  été  portée  à  l'Hôtel  des  Ventes  et  mise 
à  prix  8.000  francs.  Personne  n'eut  le  courage  de  risquer  une  aussi  grosse 
somme  pour  des  objets  qu'on  considérait  comme  ayant  une  minime  impor- 
tance. Dans  la  suite,  la  collection  fut  morcellée  et  les  héritiers  en  tirèrent 
un  grand  nombre  de  fois  le  prix  de  l'estimation  globale. 

VI.  — •  Les  boutons  d'acier  au  XVIIIe  siècle  :  leur  fabrication 

En  parlant  de  la  bijouterie  d'acier,  nous  avons  vu  que  dès  le  milieu 
du  xvme  siècle,  les  Anglais  étaient  passés  maîtres  dans  cet  art  et  les  fabriques 
de  boutons  d'acier  étaient  nombreuses  de  l'autre  côté  de  la  Manche.  La 
mode  des  boutons  d'étoffe  vint  cependant  leur  créer  une  sérieuse  concur- 
rence, à  tel  point  que  sur  les  doléances  des  manufacturiers  d'acier,  le  Gou- 
vernement britannique  dut  prendre  une  attitude  énergique  pour  enrayer 
le  mouvement  et  une  loi  édicta  des  amendes  fort  graves  contre  quiconque 
se  servait  de  boutons  d'étoffe. 

Les  boutons  d'acier  furent  accueillis  en  France  comme  un  perfection- 
nement des  plus  utiles. 

A  Paris,  un  fabricant,  M.  Le  Gay,  demeurant  rue  de  la  Santé,  près  de 

la  barrière,  s'était  fait  une  spécialité  de  la  fabrication  des  boutons  d'acier 

«  à  l'anglaise»  : 

Il  fabrique  des  boutons  de  tous  modèles,  nous  dit  Y Almanacli  général  des  mar- 
chands pour  1772  ;  chacun  peut  aussi  en  commander  à  son  gré,  on  est  sûr  qu'ils 
sont  exécutés  avec  beaucoup  de  goût. 

A  cette  époque,  cependant,  les  boutons  d'acier  avaient  à  subir  une 
rude  concurrence  de  la  part  des  boutons  d'orfèvrerie  et  des  boutons  recou- 
verts en  étoffe. 

Boutonnerie.  —  Ceux  dont  elle  fait  l'état,  dit  Y  Almanach  général  des  marchands, 
fabriquent  boutons  d'or  et  d'argent,  trait,  demi  trait,  boutons  de  soie,  boutons  de 
chenille  pour  les  velours,  boutons  de  soie  et  poil,  boutons  de  poil  de  toutes  les  cou- 
leurs des  plus  à  la  mode,  petits  boutons  de  fil  blanc  sur  laiton,  sur  yvoire,  très  fins. 

MM.  les  maîtres  boutonniers  sont  aussi  passementiers  ;  ils  l'ont  et  vendent 
ceintures  de  manchons  d'or,  d'argent  et  de  soie  de  toutes  couleurs  ;  ceintures  de 
femmes  ;  cordons  de  cannes  et  d'épées  ;  cordons  d'horloges  ;  cordons  de  montres  ; 
cordons  de  rideaux  ;  bourdalous,  bretelles  ;  agrémens  d'or  et  d'argent  ;  tresses  d'or 
et  d'argent  ;  éguillettes,  etc.. 

Les  principaux  boutonniers-passementiers  étaient  :  Bergerot,  rue  de 
Béthisy  ;  Duchesne,  rue  des  Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois  ;  Dupuis, 
rue  du  Ponceau  ;  Gastelier,  rue  Bourg-l'Abbé  ;  Laforest,  rue  des  Mau- 
vaises-Paroles ;    Thiboust,   rue   Bourg-l'Abbé. 

En  1776,  la  mode  des  boutons  d'acier  faisait  fureur.  D'après  la  Corres- 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Boutons  d'acier  cloutés  de  perles  taillées  à  facettes.  xvme  et  xixe  siècles. 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


boutons   dp;    FANTAISIE  t)l 

pondance  secrète  de  Métra  (t.  IV,  p.  62),  M.  de  Buffon  avait  beaucoup  aidé 
à  mettre  à  la  mode  cette  bijouterie  d'acier  et,  en  tous  cas,  avait  tiré  grand 
profit  de  cette  mode,  car  une  partie  des  fers  de  ses  mines  de  Montbard 
était  employée  à  cette  fabrication  (1). 

Les  boutons  d'acier,  dorés  ou  plaqués,  étaient,  en  effet,  l'objet  d'un 
commerce  important.  Suivant  YAlmanach  Dauphin  pour  l'année  1789, 
les  principaux  magasins  vendant  ces  articles  étaient  au  nombre  de  neuf. 
C'étaient  : 

Darnauderie,  au  Palais-Royal,  près  le  Café  de  Foy,  qui  tenait  «les 
boutons  anglais  et  des  principales  fabriques  de  France  et  d'Angleterre, 
en  acier  et  autres  métaux  et  composition,  les  boutons  émaillés  et  autres 
des  plus  à  la  mode.   » 

Mlle  Doucet,  au  Palais- Royal,  à  l'enseigne  du  «Gland  d'Or». 

Dufour,  au  Palais-Royal,  n°  139. 

Foucault,  le  jeune,  rue  Saint-Honoré.  à  «la  Ville  de  Bordeaux». 

Huline,  aîné,  rue  de  la  Ferronnerie,  «  à  la  Ville  de  Londres  ». 

Prévost,  aîné,  rue  de  la  Monnaie. 

Prévost,  au  Palais  Royal,  près  le  Café  du  Caveau. 

Raffart,  rue  de  la  Ferronnerie,  à  l'enseigne  du  «Bras  d'Or». 

VII.  —  Boutons  «lu  fantaisie 

Si  nous  suivons  les  annonces  du  Cabinet  des  Modes  nouvelles,  nous 
trouvons  la  nomenclature  des  divers  boutons  à  la  mode  depuis  l'année  1785 
jusqu'à  la  Révolution. 

En  1785,  nous  dit  ce  journal,  on  portait  les  boutons  de  nacre  de  perle 
cordonnés  autour,  gravés  au  milieu  où  se  trouvait  quelquefois  un  petit  rond 
en  or  ;  les  boutons  de  cristaux  de  couleurs  avec  une  perle  ou  un  brillant 
au  centre  ou  à  surface  unie  entourée  de  diamants  ;  les  boutons  à  huit  pans 
dits  «  au  firmament  »,  à  fond  bleu  parsemé  de  pierres  blanches  ;  les  boutons 
d'acier  poli  avec  lettres  en  chiffres,  gravées  ou  incrustées  d'or  de  relief  de 
différentes  couleurs. 

En  1787,  on  a  porté  des  boutons  ornés  de  coiffures  et  de  modes  ;  ils 
remplacèrent  les  paysages,  les  fleurs,  les  camées,  les  insectes,  les  volatiles, 
les  sujets  emblématiques,  les  hiéroglyphes  et  les  monuments.  Les  élégants 
se  fournissaient  chez  Darnauderie,  boutonnier  du  roi,  demeurant  au  Palais- 
Royal,  à  l'enseigne  «A  la  toilette  du  Roi». 

(1)  M.  Le  Secq  des  Tournelles  ne  pouvait  manquer  de  s'intéresser  à  la  collection  des  différents  modèles 
de  boutons  d'acier  et  par  une  véritable  coquetterie  d'amateur,  il  n'a  jamais  voulu  mettre  dans  ses  vitrines  deux 
boutons  de  même  modèle.  Les  panneaux  reproduits  dans  les  PL  CCXLII  et  CCXLIII,  nous  montrent  donc 
autant  de  types  différents  qu'il  y  a  d'échantillons  cousus  sur  le  carton. 


62  BOUTONS 

En  1788,  le  Journal  des  Modes  nous  donne  les  renseignements  suivants  : 

Les  boutons  ont  éprouvé  depuis  2  ans  des  vissicitudes  rapides  et  bien  marquées. 
Il  est  inutile  de  les  rappeler  toutes  aujourd'hui,  mais  ne  parlant  que  de  ceux  à  tableau, 
il  faut  dire  que  tous  les  genres  de  peintures  y  ont  passé  ;  d'abord  les  sujets  d'histoire, 
ensuite  les  bas  reliefs,  bientôt  après  le  paysage  et  aujourd'hui  l'architecture. 

C'est  cette  année-là  que  parurent  les  boutons  représentant  les  plus 

beaux  monuments  de  Paris.  Le  prix  de  la  garniture  était  de  36  livres. 

\  III.  —  Bouton»  révolutionnaires 

Au  début  de  la  Révolution,  on  a  fait  des  boutons  patriotiques  très 
curieux  ;  ils  représentaient  la  prise  de  la  Bastille,  des  sujets  antiques,  l'em- 
blème des  trois  ordres  (l'épée,  la  crosse  et  la  bêche),  la  fleur  de  lis  avec  cette 
devise  :  «  Vivre  libre  ou  mourir»  ;  les  faisceaux  de  licteurs,  le  bonnet  phry- 
gien. 

En  1793,  la  taille  des  boutons  était  toujours  celle  d'un  écu  de  six  livres 
et  les  amis  de  La  Carmagnole  portaient  des  habits  où  figuraient  sur  les 
boutons,  et  en  miniature,  les  principales  scènes  de  la  Révolution  ou  les 
portraits  des  hommes  du  jour.  C'est  ainsi  qu'on  y  voyait  Robespierre,  Cou- 
thon,  Henriot,  Saint- Just,  Fou quier-Tin ville,  Joseph  Lebrun,  Jourdan 
coupe-têtes,  Marat,  Le  Pelletier  de  Saint-Fargeau,  Chalier  ou  des  guillotines 
en  action.  Toutes  ces  scènes  ou  portraits  étaient  protégés  par  des  verres 
de  montre.  (Feuillet  de  Conches,  Causeries  d'un  curieux,  t.  II,  p.  199). 

IX.  —  Vogue  «les  boutons  de  métal  au  XI. Ve  siècle 

En   1801,  la   mode  voulait   qu'on   portât  des  vêtements  entièrement 

constellés  de  boutons  et  Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  23  Brumaire 

an  IX,  nous  indique  ainsi  quel  était  le  signe  du  «  suprême  bon  ton  »  pour 

un  élégant  : 

Les  boutons  de  métal  qu'on  avait  proscrits  depuis  longtemps  comme  incommodes 
et  trop  voyants  sont  devenus  en  vogue  plus  que  jamais  :  un  jeune  homme  de  bon  ton 
en  a  à  son  habit,  à  sa  culotte,  à  son  gilet,  à  ses  guêtres.  Porter  sur  soi  5  à  6  douzaines 
de  boutons  de  métal  blanc,  c'est  avoir  le  genre  suprême. 

Pendant  tout  le  début  du  xixe  siècle,  le  luxe  a  continué  à  se  manifester 
par  la  richesse  et  le  soin  apportés  à  la  décoration  des  boutons. 

En  1806,  les  boutons  se  firent  courtisans,  car  c'est  certainement  par 

une  discrète  allusion  politique  qu'on  vit  alors  les  boutons  ornés  d'un  soleil 

levant  :  Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  5  février,  consacrait  ainsi 

cette  mode  : 

C'est  un  soleil  levant  que  l'on  voit  dessiné  sur  les  boutons  de  l'habit  d'un  jeune 
homme  de  bon  ton. 

La  mode  des  boutons  d'acier  se  continua  pendant  tout  l'Empire  et  la 

Restauration  :  le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  15  septembre  1818, 

nous  dit  à  ce  sujet  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Boutons  de  fantaisie  en  cuivre  et  en  argent  contenant  des  dessins  à  la  sépia 

et  des  gravures  de  modes  rehaussées  d'aquarelle.  xvnie  et  xixe  siècles 

(Collection  de  Mme  H.-R.   D'Allemagne.) 


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DIFFÉRENTES    ESPÈCES    D'ÉPINGLES  63 

L'acier  est  plus  à  la  mode  que  jamais.  Tous  les  habits  de  cour  ont  des  boutons 
d'acier  ;  tous  les  chapeaux  ont  des  ganses  d'acier.  On  fait  des  fermoirs  de  gibecières 
en  acier,  des  glands  d'acier.  C'est  avec  des  clous  d'acier  que  l'on  brode  sur  l'ébène 
et  sur  l'ivoire.  On  fait  des  flambeaux  d'acier  et  des  bougeoirs  d'acier.  La  mode 
des  chaînes  d'acier  et  des  breloques  d'acier  est  revenue  et  quelques  élégants  ont  une 
parure  complète  en  acier. 

Au  cours  du  xixe  siècle,  on  a  continué  à  faire  des  boutons  d'acier  et 
leur  vogue  s'est  d'autant  plus  étendue  qu'on  était  parvenu  à  les  établir 
à  très  bon  marché  en  doublant  les  plaques  d'acier  formant  le  fond  du  bouton 
d'une  mince  feuille  de  cuivre  sur  laquelle  on  venait  river  les  perles  à  facettes. 
Cette  manière  de  procéder  simplifia  singulièrement  le  mode  de  fabrication  ; 
il  en  résulta  un  abaissement  du  prix  de  vente  et  un  négoce  plus  intense. 
On  a  fait  à  cette  époque  des  boutons  en  acier  fondu  dans  lesquels  les  perles 
au  lieu  d'être  taillées  à  facettes  et  rivées,  étaient  coulées  en  même  temps 
que  les  boutons. 

Les  boutons  peuvent  se  diviser  en  deux  catégories  suivant  qu'ils  sont 
à  fond  plein  ou  qu'ils  sont  découpés  à  jour. 

Les  boutons  à  fond  plein  sont  garnis  de  cercles  concentriques  dessinés 
en  perles  d'acier  taillées  à  facettes  ;  parfois  c'est  une  rosace  ou  un  quatre- 
feuilles  qui  occupe  le  centre  de  la  pièce. 

Dans  les  boutons  travaillés  à  jour,  l'étoile  est  le  motif  le  plus  commu- 
nément  adopté. 

On  a  parfois  intercalé  dans  les  boutons  d'acier  des  rondelles  de  nacre 
ou  de  métal  plus  ou  moins  précieux  destinées  à  en  augmenter  l'effet  décoratif. 

Il  est  assez  malaisé  de  différencier  les  boutons  de  la  fin  du  xvme  siècle 
de  ceux  qui  datent  des  premières  années  du  siècles  suivant  :  en  général, 
les  derniers  sont  d'une  ornementation  plus  chargée. 


TREIZIÈME    PARTIE 


ÉPINGLES 

I.  —  Différentes  espèces  d'épingles  :  épingles  communes 
et  épingles  de  joaillerie 

Il  convient  de  distinguer,  dans  les  épingles,  deux  catégories   tout  à 
fait  distinctes  : 

1°  Les  épingles  qui  rentrent  dans  le  domaine  de  la  joaillerie  ou  de 


EPINGLES 


la  bijouterie  et  qui  sont  faites  en  métal  plus  ou  moins  précieux  puis 
enrichies  de  perles  ou   de  pierres  fines  ; 

2°  Les  épingles  ordinaires  qui,  par  leur  forme  et  leur  emploi,  n'ont 
pour  ainsi  dire  jamais  évolué  au  cours  des  siècles. 

Dans  la  première  catégorie  nous  rangeons  les  épingles  qui  servaient 
à  l'ajustement  du  costume  féminin  et  dont  les  dames  faisaient  un  ornement 
en  les  agrémentant  de  chatons  sertissant  des  pierres  fines  ou  de  simples 
verroteries. 

Dans  un  manuscrit,  de  la  fin  du  xme  ou  du  début  du  xive  siècle, 
intitulé  Le  Livre  des  Mestiers  de  Paris  (Bibl.  Nat.,  Msfr.,  n°  350- Ane.  Fonds 
de  Sorbonne),  on  trouve  la  représentation  graphique  d'une  épingle  dont 
la  tête  est  formée  d'une  petite  boule,  probablement  une  perle,  et  d'une 
tête  d'épingle  de  forme  hexagonale,  qui  nous  donnent  une  idée  de  ce 
qu'étaient  alors  les  objets  fabriqués  par  les  maîtres  boutonniers.  M.  Victor 
Gay,  dans  sen  Glossaire  Archéologique  (t.  I,  p.  654),  nous  donne,  en  outre, 
la  représentation  de  deux  épingles  dont  la  tête  était  en  forme  de  poignée 
de  dague  du  xve  siècle.  Ces  pièces  ont  été  recueillies  dans  les  sables  de 
l'Arno  ;  Tune  d'elles  est  en  laiton  et  l'autre,  qui  est  en  argent,  est  surmontée 
d'un  chaton  sertissant  un  grenat. 

II.  —  Vogue  des  épingles  de  joaillerie  au  Moyen  Age 

Les  épingles  de  joaillerie  étaient  en  grand  honneur  dès  le  xme  siècle 

puisqu'elles  sont  signalées  par  le  Miroir  du  Monde  et  qu'une  corporation 

de  Paris  s'occupait  de  leur  fabrication  : 

1260.  ■ —  Les  aiguilles  dont  il  (les  dames)  attachent  leurs  guimpes,  les  espaingues 
et  les  mireours.  (Le  Mireour  du  monde,  p.  80.) 

1300.  —  Il  f  u  accordé  et  ordoné  du  concentement  et  volonté  de  tout  le  commun 
du  mestier  des  boutonniers  de  la  ville  de  Paris...  Des  espingles  perrées  et  boutonnées 
et  des  chatons  auci  de  laton  perrés  à  deux  pertuis,  que  les  pertuis  scient  bien  drois 
perciés  afin  que  l'aguille  y  puisse  passer  légièrement,  et  que  les  chatons  et  les  espingles 
soient  perrées  de  voerre  de  Montpellier,  ou  cas  que  l'en  en  pourroit  trouver  à  Paris, 
car  autre  voerre  n'i  est  pas  souffisan... 

It.  Que  les  espingles  et  les  chatons  soient  rongnés  afin  qu'ils  tiennent  bien. 

It.  Que  toutes  les  œuvres  soient  souffisant. 

It.  Que  toutes  les  hantes  (tiges)  soient  rédelettes,  bones  et  souffisans  à  chascune 
euvre  selonc  sa  longueur. 

It.  Que  toutes  les  euvres  soient  souffisamment  gratées  dessous.  (Add.  au  Livre 
des  Mestiers.  Bibl.  Nat.  Ms  fr.  n°  350,  f°  141,  v°.) 

A  la  fin  du  xive  siècle,   Eustache  Deschamps    n'oublie  pas   de  citer 

les   épingles  parmi  les  atours  d'une  jolie  femme  : 

1380.  — ■  J'ai  mantiaux  fourrés  de  gris 

J'ai  chapiaux,  j'ay  biaux  proffis 
Et    d'argent    mainte    epinglette. 

Dans  les    Inventaires   il   est   quelquefois   fait   mention   de   ces  belles 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Styles,  épingles  droites,  épingle  de  sûreté,  fibules,  furgette,  épingles  de  coiffure.   Crosse  épiscopale. 

Jironze,  fer  et  argent.   De  l'époque  romaine  au  xvi»  siècle. 

(Collection   Albert   Figdor  ) 


ÉPINGLES    DE    LAITON  65 

épingles  on  métal  précieux  que  les  dames  du  Moyen  Age  et  de  la  Renais- 
sance portaient  à  leur  coiffe  ou  à  leur  corsage  : 

1403.  —  A  Jehan  Clerbourt,  orfèvre,  pour  avoir  fait  pour  la  royne  3  espingles 
d'or  à  9  grosses  perles  et  pend  à  un  chascune  un  Y  et  3  besans  d'or,  pour  tout  4  1.  12  s. 
p.  (Argenterie  de  la  reine.  10T  cple  de  J.  Leblanc,  1°  27,  v.) 

1484.  —  Une  grant  espinlle  branlant  d'or.  (Inv.  de  la  comtesse  de  Montpensier.) 

1530.  —  4  spinetra  de  auro,  3  eorum  cum  lapidibus  preciosis.  It.  2  spinetra 
argentea  et  2  monilia  argentea.  (Inv.de  la  Cath.  d'York.  Monast.  Anglic.  T.  III, 
p.  170.) 

1538.  —  Une  petite  chesne  d'or  à  pilliers,  garnye  de  3  petites  espingles  d'or 
pour  esmorcher  hacquebute.  (Arch.  nat.  J.  962,  liasse  961,  pièce  237.) 

III.  —  Le*  épingle*  communes.  Corporation*  qui  le*  fabriquent 

Les  épingles  communes  étaient  l'œuvre  des  maîtres  de  la  corporation 
des  espingliers,  qui  remonte  à  une  origine  très  ancienne.  L'habiti  de  que  l'on 
avait,  au  Moyen  Age,  de  voyager  avec  ses  meubles,  ses  tapisseries  et  ses 
tentures,  faisait  jouer  aux  épingles  un  rôle  considérable  dans  les  installations 
souvent  hâtives  et  toujours  provisoires  de  cette  époque.  D'autre  part,  les 
dames  pour  l'agencement  de  leurs  immenses  coiffures  étaient  obligées  d'avoir 
des  épingles  communes.  Ces  deux  raisons  expliquent  le  nombre  considérable 
d'épingles  que  l'on  trouve  mentionné  dans  les  comptes  anciens  : 

1316.  —  Celui  jour,  pour  XII  milliers  de  granz  espingles  pris  pour  Madame 
(la  reine),  XXX  sols.  Item,  pour  X  milliers  d'autres  espingles,  XX  sols.  (Cptes  de 
Geoffroi  de  Fleuri,  argentier  le  Philippe-le-Long.) 

1387.  ■ —  A  Jehan  le  Braconnar,  espinglier  pour  4  milliers  de  petites  espingles 
pour  l'atour  de  lad.  dame  (la  reine)  au  pris  de  12  s.  le  millier...  A  lui  pour  4  milliers 
de  largues  espingles  pour  l'atour  de  lad.  dame,  au  pris  de  6  s.  p.  le  millier...  (8e  Cpte 
royal  de  Guill.  Brunel,  f°  178.) 

1402.  —  (Au  même).  Pour  la  royne,  un  cent  de  longues  espingles  à  templettes, 
20  s.  Pour  300  autres  plus  courtes  à  12  s.  le  cent,  valent  36  s. 

3  milliers  de  longues  espingles  à  la  façon  d'Angleterre  pour  atourner  au  pris  de 
20  s.  le  milier,  60  s.  p.  (Argenterie  de  la  reine.  10e  Cpte  d'Hémon  Raguier,  1°  103,  v°.) 

1480.  —  A  Guill.  du  Jardin,  tappissier...  pour  2  milliers  de  grosses  espingles 
pour  atacher  les  rideaux  et  autres  choses  pour  lad.  chambre,  12  s.  t.  (Douet  d'Arcq. 
Cptes  de  l'hôtel,  p.  386.) 

1488.  —  Pour  ung  millier  d'espingles  moyennes  renforcées  et  un  g  carteron  de 
grosses  espingles  à  houzeaulx,  pour  servir  aud.  Sr  (le  roi),  tant  en  sa  chambre  que 
à  ses  habillemens,  7  s.  6  d.  (5e  Compte  de  P.  Briconnet,  f°  295,  v°.) 

1496. —  Pour  6  miliers  d'espingles  et  petiz  gamyons  blancs  pour  mad.  dame  au 
pris  de  6  s.  le  milier,  l'un  portant  l'autre,  30  s. 

Pour  3  miliers  d'espingles  de  Paris  pour  mad.  dame  et  pour  mademoiselle,  30  s. 
(Dépenses  de  la  comtesse  d'Angoulême.  Bibl.  Nat.  Ms  8815,  f°  33-34.) 

IV.  —  Epingle*  tle  laiton 

Jusqu'au  xvme  siècle,  on  ne  connut  pas  les  épingles  lisses  trempées 
dont  nous  nous  servons  actuellement.  Au  Moyen  Age,  pour  être  bonnes  et 


66  ÉPINGLES 

marchandes  les  épingles  devaient  être  faites  en  laiton,  car  l'emploi  du  fer 
blanchi  était  considéré  comme  frauduleux  : 

1378.  —  Les  jurés  espingliers  de  Paris,  prindrent  en  l'ostel  de  Jehan  Piton, 
espinglier,  des  espingles  de  fer  blanc  ou  blanchies  de  fer  à  grosses  tête...  et  dit  le 
prévost  de  Paris,  que  elles  n'estoient  pas  bonnes  ne  loyales  à  faire  ne  vendre  à  Paris. 
(Bibl.  Nat.  Fonds  latin.  Ms.  12811,  f°  97,  v°.) 

1634.  —  Auroit  vendu  des  épingles,  lesquelles  croyant  qu'elles  fussent  bonnes 
et  marchandes,  il  les  auroit  trouvées  qu'elles  n'étoient  que  des  épingles  de  fer  blanchi, 
la  vente  et  usage  desquelles  sont  prohibés  en  cette  ville  et  autres  de  ce  royaume. 
(Arrêt  de  la  Cour  de  Bordeaux.  liée,  des  statuts  de  cette  ville,  p.  435.)  (Gay.  Gloss. 
arch.) 

Le  Dictionnaire  des  Arts  et  Métiers,  de  Jaubert,  en  nous  apprenant  que 
les  épingles  étaient  toujours  en  laiton  au  xvme  siècle,  nous  donne  de 
curieux  renseignements  sur  la  fabrication  de  ces  petits  accessoires  de  la 
couture.  A  cette  époque  on  ne  connaissait  pas  encore  les  machines  qui 
fabriquent  des  milliers  d'épingles  à  l'heure  ;  chaque  épingle  se  faisait  sépa- 
rément et  avant  d'être  parachevée  devait  passer  entre  les  mains  de  six 
ouvriers  différents  :  le  coupeur,  l'ernpointeur,  le  repasseur  de  pointe,  l'ajus- 
teur de  hause  (tige),  le  coupeur  de  tête,  l'entêteur  (1). 

La  fabrication  des  épingles  était  très  florissante,  à  Paris,  en  1772. 
UAlmanach  général  des  Marchands,  pour  cette  année,  nous  donne  a  ce  sujet 
les  renseignements  suivants  : 

Leur  perfection  dépend  de  la  fermeté  du  laiton,  de  la  blancheur  de  l'étamage, 
de  la  tournure  de  la  tête  et  de  la  finesse  de  la  pointe. 

Ceux  qui  vendent  les  épingles  tiennent  aussi  des  aiguilles,  du  fil  de  laiton  et 
peuvent  faire  des  grillages  et  les  ouvrages  maillés  de  fil  de  fer.  Les  épingliers  de 
Paris  fabriquent  principalement  des  doux  d'épingle  à  l'usage  des  ébénistes,  des 
aiguilles  de  tablettes,  des  crochets,  etc.. 

Les  principaux  épingliers  étaient  :  Bauchet,  rue  Saint-Denis  ;  Bertrand, 
rue  Saint-Denis  ;  Brion,  rue  Saint-Honoré  ;  Brion,  rue  des  Arcis  ;  Gibo, 
rue  Saint-Magloire  ;  Letellier,  rue  Saint-Barthélémy  ;  Letellier,  rue  aux 
Fers;  Paquin,  rue  de  la  Barillerie  ;  Portié,  rue  Saint-Denis;  Vallée,  rue 
Saint-  Jacques-de-la-Boucherie. 

Les  premières  machines  à  fabriquer  les  épingles  n'accomplissaient  que 
quelques  unes  des  multiples  npérations  nécessaires  par  lesquelles  elles  pas- 
sent avant  d'être  prêtes  à  livrer  au  commerce.  On  est  parvenu  ensuite,  aux 
Etats-Unis,  à  faire  toutes  les  opérations  successives  au  moyen  de  dix  ma- 
chines spéciales  pouvant  fabriquer,  par  minute,  300  épingles  bonnes  à  être 
blanchies. 


(1  )  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  n'y  a  pas,  à  proprement  dire,  de  collection  d'épingles  anciennes  ; 
on  rencontre  seulement  quelques  boîtes  ayant  servi  à  en  contenir  ;  ces  boîtes  remontent  à  la  fin  du  xviii0  siècle 
ou  au  commencement  du  xix"  siècle  ;  elles  sont  en  bois  ou  en  ivoire  clouté  d'acier  et  quelques-unes  portent 
fur  le  couvercle  une  inscription  indiquant  l'usage  auquel  elles  étaient  destinées.  (PI.  CCCV.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LI 


(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES    DIADÈMES    AU    MOYEN   AGE  67 


QUATORZIÈME     PARTIE 


DIADÈMES    ET    PEIGNES 

I.  —  Le*  diadèmes  dans  l'Antiquité 

Les  diadèmes  ont  été  en  usage  dans  la  plus  haute  Antiquité  et 
l'idée  d'orner  le  front  ou  la  chevelure  des  personnages  importants  a  été 
partout  d'un  usage  constant.  Chez  les  Romains  et  chez  les  Grecs,  le 
diadème  était  un  signe  de  dignité  ;  c'était  en  quelque  sorte  la  marque 
apparente  du  pouvoir  ou  du  rang  élevé  de  celui  qui  le  portait. 

II.  —  Les  diadème*  au  Moyen  Age 

Cette  coutume  a  persisté  dans  le  haut  Moyen  Age. 

Au  xne  siècle,  les  femmes  ornaient  leur  tête  d'un  diadème  nommé 
«tressoir»  qui  servait  à  maintenir  les  cheveux  sur  la  nuque.  Cet  appareil  était 
généralement  décoré  de  pièces  d'orfèvrerie  ou  entremêlé  de  rangs  de  perles. 

Le  diadème  peut  être  ainsi  défini  :  «  Nimbe  circulaire  dont  on  environne 
la  tête  des  Saints,  et  de  forme  carrée  dans  la  représentation  des  person- 
nages, faite  de  leur  vivant.   »  (Gay,  Glossaire.) 

Dans  Y  Inventaire  de  Louis  d'Anjou  (nos6,  39  et  57)  on  trouve  la  mention 
de  statuettes  de  saints  ornées  d'un  diadème  : 

1360.  —  Un  grant  ymage  d'argent  doré  et  esmaillé  de  S.  Marc...  et  est  le  déadisme 
esmaillé  d'azur. 

Une  autre  ymage  de  S.  Jehan-Baptiste,  d'argent  doré...  et  derrière  sa  tête,  a 
un  dyadème  doré  par  dehors  et  devers  la  teste  esmaillé  d'azur. 

Un  ymage  de  S.  Pierre  portant  sur  sa  teste  son  tiare  à  3  couronnes...  et  derrière 
sa  teste  a  son  dyadème. 

Au  xive  siècle,  on  retrouve  le  diadème  de  perles  et  le  cercle  d'orfèvrerie 

sous  le  nom  de  frontel  ou  fronteau.  C'était,  à  proprement  parler,  une  sorte 

de  ferronnière,  ruban  ou  joyau,  dont  s'enrichissait  la  coiffure  des  dames. 

Qui    fille    a,    n'est    pas    à   repos 

Terre  lui  fault  premièrement... 

Robes,    joyaulx.    or   et    argent... 

Menu    ver,    gris,    chapel    d'or    gay, 

Fronteau] x,   couronne    :    lie    Dieu  !    quel    gay, 

Vaisselle,   plas,   escuelles,   pos, 

Jamais  fille  ne  mariray. 

(Poésies  morales  et  historiques  d'Eustache  Deschamps). 

Dans  l'Inventaire  de  l'église  d'Aix,  le   frontel  qui  couronne  les  chefs 

d'orfèvrerie,  contenait  des  reliques  de  vierges  martyres. 


68  DIADÈMES    ET    PEIGNES 

Le  frontier  ou  Ironlel  était  souvent  un  objet  d'orfèvrerie  de  grande 
valeur  : 

1380.  —  Un  frontier  garny  d'or,  ouquel  a  XII  balûys  XLII1I  grosses  perles 
et  XXXIII  diamans,  lequel  fut  à  la  royne  Jeanne  de  Bourbon,  pesant  VII  onces 
{Inventaire  de  Charles   V.) 

Quelquefois,  le  frontel  n'était  qu'une  simple  pièce  d'étoffe  : 

1387.  —  A  Jehanne  le  Gilleberde,  mercière...  pour  12  fronteaux  de  soye  noire... 
pour  l'atour  du  chief  de  lad.  dame  (la  reine),  au  pris  de  22  s.  pour  la  pièce.  (8e  compte 
royal  de  Guill.  Brunel,  f°  173,  v°.) 

III.  —  Rena  issaïK'i'  cl*»*  <lia«lèiiies  an  XIXe  siècle 

La    mode    des    diadèmes    qui    s'était    perdue    pendant    les    xvne    et 

xvme  siècles,  devint  plus  intense  que  jamais  au  début  du  xixe  siècle,  à 

l'époque  où  le  pastiche  de  l'Antiquité  était  si  eu  honneur.  Les  diadèmes 

de  cette  époque  étaient  généralement  lourds  de  forme  et  de  dessin  et  ils 

étaient  surchargés  de  camées  ou  de  pierres  dures. 

La  coiffure  la  plus  en  vogue  pour  les  femmes,  nous  apprend  le  Journal  des  Dames 
et  des  Modes  du  15  nivôse  An  XII,  est  toujours  la  coiffure  étrusque  ou  grecque  : 
point  d'ornement,  point  de  chapeau,  mais  un  diadème  qui  pare  le  front.  Il  faut 
maintenant  le  porter  plus  baissé  d'un  côté  que  de  l'autre.  Les  diadèmes  du  dernier 
goût,  en  or,  en  argent,  ou  en  cannetille,  en  figurant  tour  à  tour  un  camée  ou  une 
étoile,  une  rose  ou  un  œillet,  doivent  se  prolonger  autour  de  la  tête  et  former  en 
même  temps  diadème  et  couronne. 

Si  les   diadèmes   étaient   très   à   la    mode,    les   peignes   n'étaient   pas 

délaissés  et  le  même  journal,  à  la  date  du  20  Nivôse  an  XII,  nous  dit  : 

Parmi  les  cadeaux  de  la  nouvelle  année  il  faut  distinguer  une  espèce  de  peigne 
dont  le  cintre  représente  l'arc  de  l'Amour  et  chaque  dent  une  flèche  dont  la  pointe 
rattache  les  cheveux. 

Un  an  plus  tard  nous  apprenons,  toujours  par  le  même  organe  que 
«les  formes  des  cintres  des  peignes  varient  à  volonté,  mais  ceux  qui  imitent 
une  accolade,  une  navette,  une  S,  sont  décidément  les  plus  à  la  mode  ». 

Jusque-là  les  peignes  avaient  gardé,  dans  leurs  proportions,  une  juste 

mesure,  mais  bientôt  ils  devinrent  de  véritables  monuments  et  le  Journal 

des  Dames  et  des  Modes,  se  faisant  l'écho  de  ces  fantaisies,  annonçait  à  ses 

lectrices,  le  15  Brumaire  an  XIV  : 

La  mode  des  coquilles  gravées  dure  toujours  ;  mais  après  les  bustes  et  les  camées 
sont  venus  les  sujets  d'une  grande  dimension.  La  toilette  de  Vénus,  le  Jugement  de 
Paris,  le  Char  de  Vénus,  etc..  s'exécutent  maintenant  sur  des  plaques  que  les  joail- 
lers  sertissent  malgré  leurs  sinuosités  aussi  proprement  que  si  la  surface  en  était 
plane.  Ces  plaques  forment  des  dessus  de  peignes  ou,  pour  mieux  dire,  l'ornement 
d'un  côté  de  corbeille,  car  il  n'y  a  de  peignes  à  la  mode  que  les  peignes  en  corbeille. 

Tous  ces  peignes  se  fabriquaient  avec  les  matières  les  plus  diverses 
et  de  façons  les  plus  variées  : 

Il  s'en  fait  de  buis,  d'ivoire,  d'écaillé,  de  corne,  de  plomb,  etc..  dit  le  Miroir  des 
Grâces.  Il  y  en  a  à  dos,  à  deux  côtés  de  dents,  de  recourbés,  à  deux  fins,  etc.. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LU 


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Peignes  de  chignons  en  or  garnis  de  perles  fines.   —  Peigne  en  filigrane  d'or.  Epoque  Directoire. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


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PEIGNES    ET    ORNEMENTS    DE    LA    COIFFURE  69 

IV.  —  Peijtnes  ot  ornements  do  la  eoifTuro 

Dans  les  premières  années  de  l'Empire,  les  ornements  de  coiffures 
étaient  d'une  richesse  et  d'une  originalité  très  grandes.  On  se  couvrait  de 
bijoux  à  tel  point  que  les  femmes  semblaient  de  véritables  vitrines  ambu- 
lantes :  de  longues  épingles  d'or  fixaient  les  cheveux  relevés  à  la  chinoise, 
les  diadèmes  formés  d'une  feuille  de  laurier  or  et  diamants  d'un  côté,  d'une 
branche  d'olivier  or  et  perles  de  l'autre,  ceignaient  le  front  des  élégantes.  Les 
peignes  se  composaient  d'une  branche  de  saule  pleureur  or,  diamants  et  perles. 

Les  villes  de  France  où  la  fabrication  des  peignes  était  la  plus  floris- 
sante étaient  Paris  et  Rouen.  Toutefois  ces  deux  villes  n'avaient  pas  le 
monopole  exclusif  de  ce  genre  de  travail  et  elles  étaient  concurrencées 
activement  par  les  artisans  d'Angers,  de  Bordeaux,  de  Dieppe,  de  Lyon, 
de  Marseille  et  de  Saumur  :  il  faut  reconnaître  qu'à  Paris  on  trouvait  les 
peignes  les  plus  élégants  et  les  plus  riches.  La  principale  fabrique  parisienne, 
en  1811,  était  celle  de  M.  Allombert,  7,  rue  des  Gravilliers.  L'établissement 
du  sieur  Deschamps  lui  disputait  sa  notoriété  et  fabriquait  des  produits 
remarquables,  tels  que  des  peignes  d'écaillé,  des  peignes  à  diadème,  des 
poignes  d'ivoire  et  toutes  sortes  de  nécessaires  de  toilette  avec  leurs 
garnitures. 

A  la  fin  de  l'Empire,  les  peignes  en  filigrane  avec  une  rangée  de  boules 
de  corail  ou  d'ambre  facetées  ou  même  avec  de  simples  boules  d'or,  étaient 
devenus  les  bijoux  de  la  suprême  élégance. 

A  cette  époque  la  corbeille  d'une  jeune  fille  qui  s'apprêtait  à  fonder 
une  famille  devait  contenir  obligatoirement  deux  peignes  :  l'un,  formé 
d'une  galerie  de  fausses  perles  blanches,  était  le  complément  des  toilettes 
claires  ;  l'autre,  composé  de  boules  de  corail,  accompagnait  les  toilettes  de 
couleurs.  Ces  deux  galeries  de  peigne  se  montaient  alternativement  sur  la 
même  monture  en  argent  doré  et  ces  trois  pièces  étaient  renfermées  dans  un 
écrin  de  maroouin  rouge  à  grain  d'orge  garni  d'une  vignette  dorée  et  doublé 
de  satin  blanc. 

A  la  même  époque  on  a  fait  parfois  des  peignes  en  filigrane  d'or  conte- 
nant, dans  des  sertissures  estampées,  des  améthystes  ou  des  opales. 

Les  peignes  garnis  de  camées  dures  ou  de  camées  coquille  sont  plutôt 
d'origine  anglaise. 

Les  peignes  garnis  de  pierres  fausses  rouges  ou  vertes  furent  fabriqués 
plus  spécialement  en  Allemagne,  en  Italie  ou  en  Suisse. 

C'est  aussi  à  cette  époque  qu'on  confectionna  des  peignes  garnis  de 
strass  imitant  le  diamant  ou  de  marcassite  dont  les  feux,  le  soir,  brillaient 
de  l'éclat  le  plus  pur. 


70  CHATELAINES 

Pendant  la  Restauration,  les  peignes  d'acier  cloutés  de  perles  taillées 
à  facettes  ont  été  particulièrement  en  faveur  :  ils  étaient  décorés  de  margue- 
rites, d'ovales,  de  ronds  ou  de  losanges  et  étaient  fixés  sur  de  larges  mon- 
tures demi-cintrées  en  acier  (1). 

Vers  1813,  au  moment  où  les  objets  en  fonte  de  Berlin  étaient  le  plus 
en  faveur  on  a  fabriqué  des  galeries  de  peignes  en  cette  matière.  Ces  objets 
donnent  l'impression  d'un  filigrane  plutôt  que  celle  d'un  objet  coulé  en 
fonte.  Presque  toujours  ces  galeries  sont  formées  de  neuf  médaillons  conte- 
nant des  plaquettes  en  acier  poli  sur  lesquelles  sont  rivés  des  profils  à 
l'antique,  à  l'imitation  des  camées  (2). 

A  Paris,  l'industrie  de  la  fabrication  des  peignes  était  assez  développée 
dar.s  le  premier  quart  du  xixe  siècle  et  dans  le  Catalogue  de  l'Exposition 
de  1823,  nous  relevons  les  noms  suivants  : 

Allon  bert,  à  Paris,  rue  Font  ainc-au- Roi,  22:  Peignes  en  écaille  et  en  corne. 

Frichot,  rue  des  Gravillers,  42,  à  Paris,  exposait  des  peignes  et  ouvrages 
en  acier  poli,  des  objets  de  parure. 

Fouquier  fils,  à  Roubaix  (Nord),  présentait  des  peignes  en    acier  poli. 


QUINZIÈME     PARTIE 


CHATELAINES 


I.  —  l.;»  vogue  «!<"»  châtelaine*  au  XVIIIe  siècle 

Au  xvme  siècle,  les  chaînes  plus  ou  moins  ouvragées  qui,  jusqu'alors, 
avaient  servi  à  attacher  les  montres,  furent  remplacées  par  les  châtelaines, 
sortes  d'agrafes  d'où  partaient  des  chaînettes  garnies  de  mousquetons.  La 
montre  était  suspendue  à  la  chaînette  centrale  tandis  que  les  chaînettes  de 
droite  ou  de  gauche  supportaient  soit  des  breloques,  soit  de  menus  objets 
pouvant  satisfaire  la  coquetterie  des  jolies  femmes  qui  les  portaient. 

Ces  châtelaines  ont  été  presque  toujours  établies  en  bronze  doré  et 
il  n'est  pas  rare  de  trouver  des  montres  de  métal  précieux  suspendues  à 
des  chaînes  de  «Pomponne». 

(1)  M.  Le  Secq  des  Tournelles  a  réuni  un  grand  nombre  de  ces  accessoires  dans  ses  vitrines  et  nous  en 
avons  reproduit  quelques-uns.  PI.  CCXLI. 

(2)  Musée  Le  Secq  des  Tournelles.  PI.  CCXXX. 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Châtelaines  d'homme  dénommées  «  breloquets  »  en  or  ciselé 
garnies  de  maillons  en  or  estampé.   Epoques  I,ouis  XVI  et  Directoire. 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LVII 


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Châtelaines  de  dames  en  acier  découpé  et  gravé.  xvme  siècle. 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


CHATELAINES    DE    DAMES    ET    CHATELAINES    D'HOMMES  71 

II.  —  Le»i  châtelaines  eu  «  Pomponne  ».  Origine  du  nom 

Qu'il  nous  soit  permis  ici  de  faire  une  légère  digression  sur  ces  objets 
de  «Pomponne»  dont  tout  le  monde  parle  sans  en  connaître  exactement 
l'origine.  Le  «  Pomponne»  n'a  pas  toujours  été  du  cuivre  doré;  à  la  fin  du 
xvme  siècle,  il  était  composé  de  cuivre  plaqué  d'argent.  A  ce  sujet  nous 
citerons  une  note  tirée  de  la  Gazette  des  Beaux-Arts. 

C'est  du  règne  de  Louis  XVI  que  date,  non  l'invention,  mais  la  résur- 
rection du  plaqué  ou  doublé,  c'est-à-dire  de  l'application  d'une  lame  d'argent 
sur  du  cuivre.  Sous  Louis  XVI  une  manufacture  de  plaqué  était  établie,  rue 
de  la  Verrerie,  à  l'Hôtel  de  Pomponne.  Elle  existait  déjà  depuis  huit  ans  et 
avait  pour  directeurs  Marie- Joseph  Tugot  et  son  gendre  Jacques  Daumy 
quand  le  roi  la  prit  sous  sa  protection,  en  1785.  Les  considérants  de  l'arrêt 
du  Conseil,  du  12  juillet  1785,  font  connaître  que  ces  entrepreneurs  étaient 
parvenus  «  à  appliquer  le  doublé  et  le  plaqué  d'argent  sur  le  cuivre,  le  fer 
et  tous  les  autres  métaux  ;  qu'ils  ont  les  premiers  perfectionné  le  doublé 
d'or...  ».  Louis  XVI  permit  à  Tugot  et  Daumy  d'établir  «  sous  le  titre  de 
Manufacture  royale,  une  boutique  de  quincaillerie,  bijouterie,  orfèvrerie, 
ainsi  que  de  plaqué  et  de  doublé  d'argent  et  d'or  sur  tous  métaux  »  et  il 
leur  fit  une  commande  de  10.000  livres. 

On  peut  difficilement  se  faire  une  idée  de  la  verve  avec  laquelle  ont 
été  décorées  toutes  les  châtelaines  :  l'émail,  les  pierres  plus  ou  moins 
précieuses,  les  incrustations  de  marbre  rare  ou  les  combinaisons  de  différents 
métaux  ont  été  couramment  employés  dans  la  fabrication  des  châtelaines. 
On  a  su  imiter  avec  le  verre  ou  l'émail  la  plupart  des  pierres  précieuses  et 
cette  imitation  a  été  souvent  fort  heureuse. 

III.  —  Châtelaines  de  dame»  et  châtelaines  d'hommes 

A  la  fin  du  xvme  siècle  et  au  début  du  xixe  siècle,  on  a  fait  des  quan- 
tités de  châtelaines  en  acier  découpé,  repercé  à  jour  et  finement  gravé. 

Au  xvme  siècle  les  châtelaines  de  dames  étaient  munies  d'une  large 
agrafe  à  laquelle  étaient  suspendues  des  chaînettes,  toujours  en  nombre 
impair  car  la  montre  occupant  la  place  centrale  était  accostée,  à  droite  et 
à  gauche,  de  chaînes  secondaires  auxquelles  étaient  suspendues  les  breloques. 

A  la  fin  du  xvme  et  au  début  du  xixe  siècle  on  a  fabriqué  des  châte- 
laines d'hommes  formées  de  longues  chaînes  de  largeur  uniforme  munies 
d'un  côté  d'un  mousqueton  servant  à  attacher  la  montre  qui  était  mise  dans 
le  gousset,  tandis  que  de  l'autre  elle  se  divisait  en  chaînettes  auxquelles  on 
suspendait  les  breloques.  Toutes  ces  châtelaines,  aussi  bien  celles  destinées 
aux  hommes  que  celles  destinées  aux  dames,  étaient  garnies  de  médaillon?, 


72  CHATELAINES 

soit  en  Wegdwood,  soit  formés  do  fines  découpures  d'ivoire  se  détachant 
sur  un  fond  moiré  métallique. 

Les  pierres  précieuses  ou  demi-précieuses  ont  été  mises  à  contribution 
pour  la  décoration  des  châtelaines  :  l'agathe,  la  sardoino,  le  jaspe  et  la 
cornaline,  etc..  Les  joailliers  se  donnaient  libre  cours  pour  l'agrémentation 
de  toutes  ces  chaînes.  On  a  fait  des  bouquets  de  rubis  et  d'émeraudes  se 
détachant  sur  des  fonds  d'onyx  blanc  au  milieu  d'une  riche  ornementation 
dans  ce  style  Louis  XV,  un  peu  chargé  peut-être,  mais  qui  convient  si  admi- 
rablement à  la  décoration  de  ces  menus  objets. 

Pendant  le  règne  de  Louis  XVI,  les  élégants  portaient  une  montre  à 
chaque  gousset.  Cette  mode  de  porter  deux  montres  commença  en  1780, 
et  les  cordons  qui  y  étaient  attachés  servaient  «  à  cacher  les  fentes  du 
pont  à  la  bavaroise  »  des  pantalons. 

IV.  —  Les  ln<'l(H|iici» 

Les  grandes  breloques  suspendues  aux  châtelaines  faisaient  beaucoup 
de  bruit  en  s'entrechoquant  et  c'était  là  une  marque  de  grande  distinction  : 

Voyez  entrer  un  élégant,  dit  Mercier  dans  ses  Tableaux  de  Paris,  il  faut  d'abord 
que  ses  breloques,  par  un  joli  frémissement,  annoncent  son  arrivée. 

On  produisait  ce  bruit  en  se  dandinant  d'une  certaine  façon. 

En  1788,  les  élégants  ne  portaient  que  des  chaînes  de  montre  en  acier 
uni.  L'année  suivante,  il  était  de  bon  ton  de  porter  des  chaînes  en  acier 
travaillé,  c'est-à-dire  orné  de  perles  taillées  à  facettes. 

Le  1er  juin  1789,  les  goûts  étaient  encore  changés  et  la  plus  grande 
simplicité  était  de  rigueur  dans  toutes  les  parties  du  costume  : 

Désormais,  dit  le  Magasin  des  modes  (1er  juin  1789),  les  hommes  porteront 
2  montres  garnies  de  simples  rubans  noirs  appelés  par  les  jeunes  gens  «  chaînes  à  la 
Mont  de  Piété  ». 

C'est  que  déjà  à  cette  époque  on  n'osait  plus  faire  parade  des  riches 
châtelaines  qui  jusque-là  avaient  orné  les  gilets  et,  comme  l'esprit  français 
ne  perd  jamais  ses  droits,  les  jeunes  aristocrates  avaient  trouvé  une  forme 
élégante  pour  signaler  l'économie  forcée  que  le  régime  révolutionnaire  allait 
imposer  aux  citoyens. 

Au  commencement  du  xixe  siècle,  les  hommes  attachaient  leur  montre 
à  un  seul  cordon  de  soie  ou  de  ruban  qui  sortait  du  gousset  du  pantalon  et 
supportait  un  paquet  de  breloques  souvent  très  volumineux.  Les  montres 
étaient  très  plates  et  larges  et  leur  pourtour  était  décoré  en  collier  de  chien  ; 
le  fond  était  guilloché  en  façon  d'osier  ou  de  coquille. 

Sous  la  Restauration,  il  était  de  mode,  pour  les  hommes,  de  porter  à 
leurs  chaînes  de  montres  des  cachets  et  des  clefs. 


LES    CROCHETS    DE    TAPISSEHIE  73 

Après  avoir,  en  1830,  ainsi  que  les  dames,  porté  la  grande  chaîne  à 
mailles  estampées,  puis  le  grand  cordon  d'or,  dit  sautoir,  les  hommes  mirent 
à  leur  montre  un  petit  bout  de  chaîne  qui  sortait  du  gousset  et  laissait 
pendre  sur  le  pantalon  une  clef  cachet.  Cette  mode,  qui  dura  quelque  temps, 
fut  remplacée  par  les  chaînes  de  gilet  qu'un  crochet  ou  une  barrette  fixait 
à  la  boutonnière,  l'autre  extrémité  adaptée  à  la  montre  était  dans  la  poche 
du  gilet. 

On  est  étonné  de  rencontrer  dans  les  collections  publiques  ou  privées 
un  aussi  grand  nombre  de  châtelaines,  dont  l'apparence  est  cependant  bien 
fragile  et  de  constater  qu'elles  sont  parvenues  jusqu'à  nous  dans  un  si  bel 
état  de  conservation.  Les  raisons  qui  ont  sauvé  de  la  destruction  tous  ces 
menus  travaux  d'acier  sont  d'ordres  multiples.  En  première  ligne  c'est  le 
peu  de  valeur  du  métal  qui  les  a  préservés  du  creuset  ;  la  seconde  raison, 
réside  dans  ce  fait  que  leur  élégance  et  leur  commodité  les  ont  souvent  fait 
préférer  à  des  articles  de  pacotille  achetés  souvent  à  un  prix  beaucoup 
supérieur  chez  les  marchands  spécialistes  de  ce  genre  d'objets  ;  la  troisième 
raison  est  qu'un  grand  nombre  de  châtelaines  et  de  bijoux  d'acier  ont  été, 
dès  le  xvme  siècle  et  au  moment  même  de  leui  production,  exportés  à 
l'étranger,  dans  des  pays  moins  sujets  aux  conflagrations  politiques  et  écono- 
miques que  notre  pauvre  France.  La  mode,  qui,  depuis  quelques  années, 
nous  fait  rechercher  si  activement  tous  les  vestiges  du  temps  passé,  a  fait 
revenir  peu  à  peu  chez  nous  tous  ces  jolis  bijoux  (1). 


SEIZIEME     PARTIE 


CROCHETS     DIVERS 

1.  —  Les  crochets  de  tapisserie 

Pour  fixer  le  long  des  murs  des  grandes  salles  des  châteaux  du  Moyen 
Age,  les  lourdes  tapisseries  qui  en  faisaient  la  décoration  toujours  provisoire, 
on  a  employé,  dès  le  xive  siècle,  des  crochets  de  forme  assez  simple  dont  nous 

(1)  Les  châtelaines  d'acier  du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  peuvent  se  diviser  en  deux  catégories  :  les 
châtelaines  de  dames  formées  d'un  crochet  terminé  par  une  spatule  destinée  à  entrer  dans  la  ceinture  et  les 
breloquets,  longue  chaîne  terminée  par  un  porte-mousqueton  auquel  était  fixée  la  montre  qui  était  placée  dans 
le  gousset,  tandis  que  l'extrémité  de  la  chaîne  retombant  sur  le  gilet  était  ornée  de  nombreuses  breloques  remar- 
quables par  leur  variété  et  la  délicatesse  de  leur  travail.  PI.  CCXXIV  à  CCXXVI. 

Les  châtelaines  de  dames  peuvent  se  subdiviser  elles-mêmes  en  plusieurs  catégories,  suivant  que  la  plaque, 

10 


74  CROCHETS    DIVERS 

trouvons  de  fréquentes  indications  dans  les  inventaires.  Ces  crochets  étaient 

montés  à  vis  ou  garnis  d'une  pointe. 

1380.  —  Guérin  Bricquet,  crochetier  demeurant  à  Paris,  200  crochez  bastars... 
pour  tendre  les  chambres  du  roy  et  de  Mons.  de  Valois  à  Meleun.  3  s.  6  d.  le  cent 
(Douet  d'Arcq.  Comptes  de  V hôtel,  p.  85.) 

On  faisait  de  ces  crochets  de  tapisserie  un  usage  considérable  et  c'est 

par  milliers  qu'ils  étaient  parfois  commandés  : 

1415.  —  Jaquet  Perreaux,  pour  8.300  petits  crochets  bastars,  2  s.  8  d.  le  cent. 
Jehan  Haultemont,  pour  autres  330  crochets  bastars...  pour  tendre  les  chambres  et 
sales  du  roy...,  115  s.  (49e  compte  roy.  Ms.  A,  f°  127.) 

Tous  les  crochets  ne  servaient  pas  à  suspendre  des  objets  aux  murs, 

on  en  rencontre  aussi  quelquefois  qui  servaient  aux  dames  pour  exécuter 

les  ouvrages  de  broderie  au  moyen  desquels  elles  se  récréaient. 

1455.  —  Pour  4  crochets  de  fer  à  ouvrer  en  soye,  pour  Mad.  la  duchesse,  5  s. 
(Compte  d'hôtel  des  duc  et  duchesse  d'Orléans,  f°  68,  v°.) 

Certains  de  ces  crochets  étaient  traités  avec  un  soin  particulier  et 

constituaient  de  véritables  bijoux  : 

1557.  ■ —  A  Jehan  Doublet,  orfèvre  dud.  Sgr,  pour  3  crochets  d'or  en  façon  de 
boutonneures,  faiz  de  relief  de  demy  bosse  et  persez  à  jour,  taillez  d'espargne,  esmail- 
lez  de  blanc  et  noir.  Et  pour  autres  crochets  esmaillez  tout  de  blanc  pois,  ensemble 
les  six  crochets,  1  once,  7  gros  et  demy,  onze  grains.  41  1.  2  s. 

Pour  façon  à  7  1.  10  s.  le  pièce,  45  1.  (Compte  roy.  de  J.  de  Boudeville,  fo  35,  v°.) 

En  dehors  de  ces  crochets  de  tapisserie  qui  étaient,  avons-nous  dit, 
éminemment  simples,  on  a  fabriqué  aux  xvie  et  xvne  siècles,  des  crochets 
un  peu  plus  ornés  destinés  à  être  posés  dans  les  boiseries.  Ces  crochets 
étaient  ordinairement  composés  d'une  tête  de  cerf  munie  de  ses  cornes. 
Ils  se  fixaient  dans  le  bois  à  l'aide  d'une  tige  taillée  en  forme  de  vrille,  ce 
qui  permettait  de  les  poser  sans  l'intervention  d'aucun  autre  instrument. 

Nous  ne  pouvons  quitter  le  chapitre  des  crochets  sans  dire  un  mot  des 
appareils  servant  à  supporter  les  ciseaux  ou  les  ménagères.  Ces  crochets 
étaient  formés  d'une  sorte  d'écusson  terminé  par  une  spatule  rentrant  dans 
la  ceinture.  I/écusson,  par  son  décor  et  par  sa  ciselure,  ressemblait  étrange- 
ment à  la  partie  supérieure  des  châtelaines  de  la  même  époque  (1). 

qui  se  termine  par  la  spatule,  est  entièrement  en  acier  découpé  et  garni  de  perles  d'acier  taillées  à  facettes  ou 
qu'elle  est  ornée  de  sujets  ou  de  médaillons.  Dans  cette  dernière  catégorie,  on  rencontre  les  dispositions  les 
plus  délicates  et  les  plus  variées  :  châtelaines  à  sujet  d'émail  peint  sur  or  ou  plus  souvent  sur  cuivre  dont  le 
médaillon  est  ordinairement  contenu  dans  une  mince  bordure  en  or  ciselé  de  différentes  couleurs  ;  châtelaines 
dont  le  médaillon  est  formé  par  un  verre  bombé  sous  lequel  on  aperçoit  de  jolis  sujets  en  ivoire  découpé  et 
finement  sculpté  ou  des  bouquets  de  fleurs  naturelles  séchées  ;  châtelaines  dont  le  médaillon  est  formé  par  un 
verre  recouvrant  des  plaques  de  porcelaine  ornées  de  bas-reliefs  à  décor  blanc  sur  fond  bleu  provenant  des 
manufactures  de  Sèvres  ou  de  Wedgwood  ;  châtelaines  dont  la  partie  supérieure  est  formée  d'une  plaque  d'acier 
bruni  sur  laquelle  viennent  se  river  des  trophées  formés  de  minces  plaques  de  métal  précieux  et  représentant 
des  allégories  champêtres,  des  panoplies  d'instruments  de  musique  ;  enfin  nous  mentionnerons  encore  les 
châtelaines  en  cuivre  à  roccaille,  etc.,  dites  travail  de  Pomponne.  PI.  CCXXVII  à  CCXXIX. 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  on  remarque  quelques  exemples  de  crochets  de  tapisserie  et  de 
crochets  en  pointe  de  vrille  ;  malheureusement  ils  ne  remontent  pas  à  une  époque  antérieure  au  xvni»  siècle. 
(PI.  CCXXXVII.) 

Planche  CCXV1II,  nous  avons  reproduit  quelques  crochets  de  ciseaux  ou  de  ménagères. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LVIII 


Crochets  de  tapisserie.   Crochet  de  tablier  de  menuisier. 

Crochet  et  charnière  de  coffret.   XVIIe  et  xvm"  siècles. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES    SCEAUX    AU    MOYEN    AGE  75 

Ajoutons  enfin  que  certains  ordres  religieux,  tel  l'Ordre  des  Dames 
Hospitalières  de  l'Hôtel-Dieu  de  Beaune,  portent,  attaché  à  leur  ceinture, 
un  cordon  terminé  par  un  crochet  à  coulant  permettant  de  relever  la  traîne 
de  leur  robe. 

II.  —  Crochets  cl'épées 

Les  crochets  d'épées.  d'un  modèle  à  peu  près  uniforme,  figurent  assez 
bien  une  accolade  ;  ils  sont  munis  de  deux  chaînes,  de  longueur  inégale, 
servant  à  retenir  l'épée,  qui  prit  place  dans  les  accessoires  du  costume  sous 
le  règne  de  François  Ier.  La  mode  exigeait  alors  que  le  fourreau  fut  de 
velours,  de  la  couleur  des  chausses,  et  terminé  par  un  bout  en  or  finement 
travaillé.  La  poignée  de  l'épée  était  généralement  ciselée  et  dorée. 

Au  xvme  siècle,  alors  que  la  mode  était  aux  épées  d'acier,  il  était  tout 
naturel  que  les  crochets  fussent  fabriqués  de  la  même  matière  (1). 


DIX-SEPTIÈME     PARTIE 


CACHETS 
I.  —  Les  cachets  dans  l'Antiquité 

L'idée  de  certifier  l'authenticité  d'une  pièce  et,  plus  tard,  celle  d'assurer 
le  secret  de  la  correspondance  au  moyen  d'un  cachet  de  cire,  remonte  à  une 
haute  Antiquité.  A  une  époque  où  l'écriture  et  même  la  lecture  étaient  le 
privilège  d'un  petit  nombre,  le  sceau  ou  le  cachet  avait  une  importance 
supérieure  à  celle  de  la  signature.  Chez  les  Grecs  et  chez  les  Romains,  les 
bagues  ornées  d'un  chaton  gravé  servaient,  avons-nous  vu,  de  cachets,  soit 
pour  clore  les  portes  d'habitation,  soit  pour  fermer  les  coffres  qui  renfer- 
maient les  objets  précieux  ;  chez  les  premiers,  cette  bague  était  nommée 
signum,  chez  les  seconds,  sigillarius  annulus  (anneau  sigillaire). 

II.  —  Les  sceaux  an  Moyen  Age 

La  seule  vue  du  sceau  d'un  personnage  connu  suffisait  pour  donner 
confiance  et  les  Mémoires  du  Moyen  Age  nous  fournissent  de  nombreux 
exemples  de  cette  marque  de  fidélité.  Quand  le  propriétaire  du  sceau  venait 

(1  )  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  possède  quelques  types  de  crochets  d'épées  :  la  partie  supérieure  est 
en  accolade  et  ils  sont  travaillés  à  jour,  finement  repercés  et  gravés.  (PI.  CCXIX.) 


76  CACHETS 

à  mourir,  celui-ci  était  transmis  à  l'aîné  de  ses  fils  et  s'il  mourait  sans  laisser 
de  descendance,  le  sceau  était  enfermé  avec  lui  dans  son  cercueil.  Cette 
coutume  se  conserva  jusqu'au  xvie  siècle  et  l'ordre  observé  à  l'enterrement 
de  François,  duc  d'Anjou,  frère  de  Henri  III,  nous  apprend,  qu'après  sa 
mort  (1584),  le  corps  de  ce  prince  «  fust  embausmé,  mis  en  cercueil  de  plomb, 
son  seel  à  ses  pieds». 

Les  sceaux  appartenant  aux  grands  corps  constitués  étaient  générale- 
ment conservés  dans  des  boîtes  ou  des  coffrets  soigneusement  fermés  à 
clef  (1). 

Aux  xive  et  xve  siècles,  le  cachet  dont  les  rois  et  les  princes  se  ser- 
vaient pour  fermer  leurs  lettres  ou  les  papiers  traitant  de  leurs  affaires 
secrètes  se  nommait  le  «secret».  Le  sceau  du  secret  jouissait  d'une  consi- 
dération égale  à  celle  du  grand  sceau  et  il  garda  tout  son  prestige  jusqu'à 
la  fin  du  xvie  siècle  :  c'est  du  moins  ce  qui  ressort  d'une  lettre  adressée 
par  Charles  IX  au  duc  de  Guise,  le  22  décembre  1563  : 

Pour  valider  ma  parolle,  je  vous  envoyé  un  acte  fort  ample  signé  de  ma  main 
et  scellé  du  cachet  de  mon  secret,  contenant  l'asseurance  que  dessus.  {Mémoires  du 
maréchal  de  Vieilleville.  Voir  :  Mém.  relat.  à  VHist.  de  France.  T.  XXXII,  p.  80.) 

III.  —  l.*'  petit  seel  on  witfiu't 

Concurremment  avec  le  mot  «secret»,  on  employait  aussi  le  mot  «signet», 

ainsi  que  le  constate  une  Ordonnance  royale  de  1483  : 

L'on  doit  avoir  un  petit  scel  ou  signet,  qui  sera  tout  propre  et  perpétuel  à  signer 
tous  les  actes  ou  mémoriaux. 

Mais  alors  que  le  secret  était  un  petit  sceau  indépendant  enfermé  dans 
une  bourse  richement  ornée,  le  signet  consistait,  le  plus  souvent,  en  une 
bague  gravée  que  le  seigneur  portait  au  doigt.  Quelquefois  le  chaton  de 
cette  bague  était  orné  d'une  intaille  antique.  Tel  était  le  signet  du  roi 
Charles  V  : 

1380.  —  Le  signet  du  Roy,  qui  est  de  la  teste  d'un  roy  sans  barbe,  et  est  d'un  fin 
rubis  d'Orient,  et  est  celui  de  quoy  le  roy  séelle  les  lettres  qu'il  escrit  de  sa  main. 
Item,  ung  autre  signet  de  jaspre,  assiz  en  une  verge  d'or  tenue  en  chaastons,  où  est 
ung  homme  nu  qui  tient  ung  enffant  nu  devant  luy.  (Jnv.  de  Charles  V.) 

Les  cachets  à  proprement  parler,  tels  que  nous  les  connaissons  aujour- 
d'hui, ne  remontent  guère  qu'au  xvie  siècle. 

1555.  —  Pour  ung  cachet  d'argent  à  manche  d'yvoire  pour  servir  à  M.  de  Nevers 
pour  cachetter  les  lettres  de  la  royne.  (Cptes  royaux.) 

1588.  —  Trois  petits  cachets  d'or  où  il  y  a  deux  agathes  et  une  turquoise 
{Jnv.  des  meubles  du  prince  de  Condé.  1er  avril  1588.) 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  contient  un  de  ces  précieux  coffrets  qui  renfermait  autrefois  les 
sceaux  du  Parlement  de  Dijon  ;  il  est  de  forme  ronde  et  ferme  au  moyen  de  quatre  clefs  dont  les  entrées  sont 
sur  le  couvercle.  Nous  avons  reproduit  cette  boîte,  PI.  CCCCVIII. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LIX 


4 


^À 


o 


10 


Cachets  formant  breloques  en  or  estampé  ou  ciselé, 
tes  initiales,   devises  ou  armoiries  sont  gravées  sur  pierre  dure.   Epoques  Empire  et   Restauration. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


CACHETS    BRELOQUES  77 

IV.  —  Cachets  à  trois  faces  et  étuis  à  cire  formant  cachet 

Au  xvne  siècle,  les  cachets  furent  d'un  usage  très  fréquent  et  d'un  travail 
très  soigné. 

Pendant  les  xvne  et  xvme  siècles,  on  a  fait  plusieurs  sortes  de  cachets. 
Les  intailles  qui  jusqu'alors  avaient  orné  les  bagues  s'en  détachent  et  on 
en  fait  un  bijou  spécial  monté  sur  une  bélière  plus  ou  moins  ouvragée  ; 
d'autres  sont  formés  par  des  pierres  dures  taillées  à  trois  faces  et  montés 
dans  un  éperon  surmonté  par  un  petit  balustre.  Pour  ces  derniers,  un  ressort, 
qui  venait  appuyer  sur  la  matrice,  permettait  son  immobilisation  momen- 
tanée :  on  pouvait  ainsi  utiliser,  l'une  après  l'autre,  les  trois  faces  du  cachet. 

D'autres  cachets  sont  d'un  modèle  beaucoup  plus  important.  Ils  sont 
terminés  à  la  partie  supérieure  par  une  boule  creuse  percée  de  trous  destinés, 
selon  toute  vraisemblance,  à  contenir  la  poudre  servant  à  sécher  l'encre. 

Enfin,  signalons  encore  les  cachets  en  forme  d'étui  muni  d'un  bouchon 
à  vis  :  c'est  dans  ce  tube  qu'on  enfermait  le  bâton  de  cire  dont  on  se  servait 
pour  sceller  les  lettres  missives. 

Tous  ces  cachets  étaient  exécutés  en  matière  précieuse,  or  ou  argent, 
mais  un  grand  nombre  étaient  en  fer  gravé  ou  ciselé  et  en  fer  damasquiné 
d'or  ou  d'argent  ;  ils  étaient  généralement  marqués  d'initiales,  d'armoiries, 
d'allégories  ou  de  devises.  Les  pays  rhénans  étaient  renommés  pour  la  fabri- 
cation de  ce  genre  d'objets. 

V.  —  Cachets  révolutionnaires 

Pendant  la  période  révolutionnaire,  les  cachets  suivirent  la  mode  des 
autres  bijoux  et  s'établirent  au  goût  du  jour.  Peu  après  1789,  ils  se  cou- 
vrirent de  devises  républicaines  telles  que  :  «  Vive  la  Nation  »  ;  «  Vivre  libre 
ou  mourir»;  «La  liberté  ou  la  mort»,  etc..  D'autres  représentaient  la  Bas- 
tille. Le  cachet  de  Diétrich,  le  premier  maire  constitutionnel  de  Strasbourg 
était  composé  de  son  chiffre  P.F.D.  dans  un  écusson  rond  entouré  d'une 
couronne  de  chêne  avec  la  devise  :  «  La  Nation,  la  Loy,  le  Roy». 

Le  statuaire  Beauvallet  avait  un  cachet  représentant  les  instruments 
du  sculpteur  surmonté  d'un  bonnet  phrygien. 

D'après  le  rapport  de  Courtois  «  fait  au  nom  de  la  Commission  chargée 
de  l'examen  des  papiers  trouvés  chez  Robespierre»,  un  certain  Gatteau, 
employé  des  Subsistances  militaires,  avait  une  petite  guillotine  pour  cachet. 

VI.  —  Cachets  breloques 

Les  journaux  de  modes  du  début  du  xixe  siècle,  donnent  souvent  l'indi- 
cation des  cachets  que  devaient  porter  les  personnes  élégantes  ;  c'est  ainsi 
que  le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  15  septembre  1819,  annonce  l'appa- 


78  POMMES    DE    CANNES 

rition  d'un  «  cachet  nouveau  qui  est  formé  avec  quatre  tyrses  joints  vers  le 
haut  par  une  couronne,  le  tout  en  or  massif  et  en  or  vert.  Une  grappe  de 
raisin  se  voit  au  centre.  Le  chiffre  est  gravé  sur  une  émeraude». 

En  1821,  la  mode  des  cachets  à  devise  fit  fureur  et  Mme  de  Genlis 
nous  apprend  que  celui  qui  faisait  prime  consistait  en  une  harpe  ou  une 
lyre  accompagnée  de  la  devise  :  «  Je  réponds  à  qui  me  touche». 

Sous  la  Restauration,  la  mode  était  pour  les  hommes  de  porter  des 
cachets  et  des  clefs  suspendus  à  un  cordon  sortant  du  gousset  de  leur  pan- 
talon. Ces  cachets  étaient  souvent  très  façonnés  et  les  détails  de  fabrication 
étaient  finement  traités.  La  plupart  de  ces  cachets  étaient  en  acier.  En  1827, 
on  fabriquait  à  l'usage  des  hommes  de  gros  cachets  breloques  qu'on  appelait 
des  «charivaris»  en  raison  du  bruit  qu'ils  faisaient  en  s'entrechoquant  (1). 


DIX-HUITIEME     PARTIE 


POMMES     DE     CANNES 
I.  —  te  tau  et  le  bâton  pastoral 

La  canne  peut  être  considérée  comme  le  compagnon  de  la  marche  de 
l'homme.  De  tous  temps,  les  hommes  se  sont  servis  du  bâton  ;  celui  de  Dio- 
gène  était  aussi  célèbre  que  sa  lanterne  et  son  tonneau  et  on  s'étonnerait 
de  voir  représenter  le  fameux  philosophe  grec  sans  cet  accessoire  indis- 
pensable. 

Quicherat  (Histoire  du  costume  en  France)  nous  apprend  qu'au  temps 
de  Charlemagne,  les  Francs  portaient  à  la  main  une  canne  en  bois  de  pom- 
mier surmontée  d'un  bec  en  métal  doré  ou  argenté. 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  la  série  des  cachets  occupe  une  place  très  importante  dans 
la  bijouterie  d'acier. 

Dans  la  PI.  CCXV  nous  avons  reproduit  quelques-uns  des  types  les  plus  remarquables  des  cachets  en  fer 
damasquiné  d'argent  dont  plusieurs  portent  à  la  partie  supérieure,  une  petite  boule  creuse,  percée  de  trous, 
destinée  à  contenir  la  poudre  servant  à  sécher  l'encre. 

La  PI.  CCXVI  présente  une  trentaine  de  cachets  à  trois  faces  contenus  dans  des  montures  en  acier  ciselé 
d'une  jolie  exécution. 

La  PI.  CCXVII  a  été  consacrée  aux  cachets  porte-cire  formés  d'un  tube  creux  destiné  à  contenir  le  bâton  ; 
à  la  partie  inférieure  se  trouve  le  cachet  gravé  soit  directement  sur  le  fond  même  de  la  boîte,  soit  maintenu 
dans  une  petite  armature  permettant  d'installer  en  cet  endroit  une  matrice  triangulaire. 

Ces  différents  cachets  remontent  aux  xvne  et  xvm  siècles.  Pour  une  époque  plus  rapprochée  de  nous, 
on  trouve,  dans  le  même  Musée,  de  grands  cachets  breloques  en  fonte  de  Berlin  :  ces  cachets  étaient  portés  au 
bout  de  chaînes  d'acier  dénommées  breloquets  et  pendaient  sur  le  bas  du  gilet  et  sur  le  haut  du  pantalon. 

Les  cachets  -bagues  en  fonte  de  fer  ou  on  arier  gravé  sont  contemporains.  (Voir  Notice  sur  les  bagues, 
page  2.r>). 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LX 


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Canne?,  et  bâtons  :   Cannes  à  pommeau  sculpté.  Bâton  de  chantre.  Canne  de  corporation  de  meuniers. 

Tau.   Canne?  en  racine  sculptée.   Du  XIVe  au  XVITI*  siècle. 

(Collection   Albert   Figdor.) 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXII 


ombrelle  eu  soie  garnie  d'applications  en  parchemin  découpé.  Canne  de  corporation.  Canne  d'Incroyable. 

hommes  de  cannes  en  verre  opalin,   xvm8  siècle 
(Collections  Albert  Figdor  et  H.-R.   D'AllemagDe.) 


CANNES    ET    BATONS    DU    XIIIe    AU    XVIe    SIÈCLE  79 

Dès  une  époque  reculée  la  canne  a  été  considérée  comme  un  signe  de 
supériorité  ou  une  haute  marque  de  commandement,  aussi,  de  très  bonne 
heure,  les  cannes  ont-elles  pris  une  place  marquée  parmi  les  ornements  de 
la  liturgie.  On  sait  que  les  plus  anciennes  crosses  étaient  en  forme  de  Tau 
qui  était  un  bâton  surmonté  d'une  béquille  :  fort  bien  en  main,  il  permettait 
au  prélat  d'un  âge  avancé  de  trouver  un  appui  pour  guider  sa  marche.  Au 
temps  de  Saint  Rémi,  il  semble,  en  effet,  que  la  crosse  était  indifféremment 
nommée  Tau,  férule,  bâton  pastoral  ou  simplement  houlette,  car  le  mot 
«  crocia  »  n'est  entré  dans  le  latin  vulgaire  qu'au  xie  siècle. 

Au  vne  siècle,  Isidore  de  Séville,  nous  apprend  qu'on  remettait  à  l'évêque, 
au  moment  de  sa  consécration,  le  bâton  pastoral,  mais  ce  n'est  qu'en  636, 
que  le  bâton  pastoral  fut,  par  le  Concile  de  Tolède,  rangé  parmi  les  insignes 
épiscopaux. 

II.  —  Cannes  et  bâtons  «lu  XIII*  nu  XVIe  siècle 

Dès  le  xme  siècle,  on  relève  la  mention  de  bâtons  servant  de  cannes  : 

1288  —  Si    virent   loing   venir   trotant 
Fncontr'eus  1  vallet  à  pié 
En    sa    main    porte    i  n    bastoncel 
De    couleurs    et    d'or    trop    bien    paint. 

(Amadas  et  Ydoine,  publié  vers  1676.) 
1380.  —  Un  long  baston  à  costes  semé  de  fleurs  de  lis  d'argent  à  ung  lyon  dessus. 
Deux  bastons  de  bois  ouvrez  à  lyons  dessus.  (Inventaire  de  Charles  V.  N°  2077 
et  2457.) 

Certaines  cannes  semblent  avoir  reçu  une  garniture  d'orfèvrerie  et 
dans  le  même  inventaire,  nous  relevons  sous  le  n°  2.455  :  «  2  bastons  de  cèdre 
garniz  d'or  à  deux  pommeaux  rons  où  en  l'un  à  armes  de  France  et  en  l'autre 
de  Mgr  le  Dauphin». 

1420.  — ■  Un  bâton  couvert  de  cuir,  en  façon  de  la  corne  d'une  lycorne,  garni 
au  gros  bout  d'argent  et  un  annelet.  (Inv.  des  joyaux  de  Charles  VI.  N°  189.) 

1471.  —  Ung  baston  à  porter  à  la  main  au  bout  du  quel  aune  pomète  d'ambre. 

Ung  baston  noir  à  porter  en  la  main  qui  est  fait  et  couvert  de  paste  de  bonnes 
senteurs,  ouvré  tout  au  long,  et  a  une  pomecte  au  bout  du  hault  et  à  bas  ung  petit 
clou  de  fer. 

Ung  baston  de  blanc  boys  à  porter  à  la  main  ou  quel  a  au  bout  une  grosse  pate- 
nostre  d'ambre.  (Inv.  du  roi  René  à  Angers.)  (Gay.   Gloss.  arch.) 

Au  Moyen  Age  on  donnait  au  mot  bâton  un  sens  très  étendu  et  il  dési- 
gnait aussi  bien  les  armes  de  jet  et  d'hast  que  les  pièces  de  mousqueterie 
enfustées. 

1480.  —  Si  leur  furent  présentés  leurs  bastons,  c'est  assavoir  les  lances  et  les 
espées.  (Olivier  de  la  Marche.    Un  tournoi  à   Gand,  p.  88.) 

1570.  — ■  Il  fut  tué  de  la  main  d'un  paysan  qui  lui  tira  une  arquebusade  de 
derrière  un  buisson.  Voyez  quel  malheur  qu'un  grand  capitaine  meure  de  la  main 
d'un  vilain  avec  son  baston  à  feu.  (Mém.  de  Montluc.  T.  I,  p.  370.) 


80  POMMES    DE    CANNES 

1614.  —  Un  baston  couvert  de  cuir  noir  d'où  sortent  3  pointes  en  façon  de  halle- 
barde. (Inv.  de  Vhôtel  de  Salin.) 

La  canne  à  épée  remonte  à  une  époque  1res  ancienne,  mais  elle  n'avait 

pas,  en  France,  de  nom  particulier  ;  cependant,  quelquefois,  on  la  rencontre 

sous  le  nom  de  bourdon  : 

1616.  —  Je  n'ai  ni  querelle  ni  procès,  et  je  suis  bien  aimé  de  mes  voisins  et 
tenanciers  ;  d'ailleurs  j'ai  une  petite  lame  dans  ce  bourdon.  (Aventures  du  baron  de 
Fenestre,  p.  10.) 

Un  autre  genre  de  canne  plus  dangereux  mille  fois,  surtout  pour  les 
auteurs  dramatiques,  que  la  canne  à  épée,  fut  la  canne-sifflet  qui  fit  son 
apparition  à  la  fin  du  xvne  siècle.  La  baronne  d'Oberkirch,  dans  ses  Mé- 
moires (t.  I,  p.  251-308),  raconte  que  cette  canne  fut  dénommée  «à  la  Bar- 
mécide»,  parce  que  la  première  victime  de  ce  terrible  engin  fut  la  tragédie 
de  La  Harpe. 

III.  —  Les  cannes  à  la  Cour  «lu  Roi  de  France  au  XVIIe  siècle 

A  la  Cour  de  Louis  XIII,  on  vit  s'établir  et  se  répandre  l'usage  de  porter 
des  cannes.  La  canne  du  roi  était  en  ébène  surmontée  d'une  pomme  d'ivoire 
uni. 

La  canne  du  maréchal  de  Richelieu,  nous  dit  Paul  Lacroix,  se  distingue  par  sa 
splendide  ornementation  ;  elle  excita  à  tel  point  l'envie  de  tous,  qu'elle  fut  le  signal 
d'une  révolution  dans  la  fabrication  de  cet  accessoire  du  costume.  Les  fermiers  géné- 
raux rivalisèrent  de  luxe  et  l'on  vit  les  cannes  de  La  Popelinière  et  de  Samuel  Ber- 
nard valoir  jusqu'à  10.000  écus.  Incrustées  de  pierres  précieuses,  sculptées,  ciselées, 
travaillées  avec  un  soin  exquis,  elles  devinrent  de  véritables  objets  d'art  et,  comme 
telles,  elles  restèrent  aux  mains  des  grands  et  des  riches. 

La  longue  canne  à  pomme  d'or,  dite  à  la  Tronchin,  qu'on  appela  depuis  canne 
à  la  Voltaire  était  portée  surtout  par  les  vieillards,  les  magistrats,  les  personnages 
notables.  La  badine  souple  et  pliante,  de  toutes  longueurs,  ne  convenaient  qu'aux 
jeunes  gens  qui  couraient  en  chenille,  c'est-à-dire  en  petit  habit,  lestes  et  pimpants, 
dans  les  rues,  le  matin.  (Paul  Lacroix.  Le  xvme  siècle.) 

I\     —  Joncs  à  pomme  d'or 

Sous  Louis  XIV,  les  bijoux  à  portrait  étaient  devenus  d'un  usage  très 
fréquent.  On  faisait  ainsi  des  écritoires,  des  drageoirs,  des  pommes  de  can- 
nes, etc.,  Mme  de  Sévigné,  décrivant  une  canne  perdue  au  jeu  par  Mme  de 
Maintenon  contre  le  Dauphin,  écrivait  le  31  mai  1680  : 

La  pomme  est  une  grenade  d'or  et  de  rubis  ;  la  couronne  s'ouvre,  on  voit  le 
portrait  de  Mme  la  Dauphine. 

Aux  xvne  et  xvme  siècles,  on  a  fait  de  très  belles  cannes  en  jonc 
surmontées  de  pommes  en  ivoire  et  les  collectionneurs  de  nos  jours  de  dis- 
putent ces  somptueux  bâtons  dont  beaucoup  sont  parvenus  intacts  jusqu'à 
nous. 

Dans  la  seconde  partie  du  xvme  siècle,  les  femmes  firent  usage  de  la 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXIII 


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Gravure  de   mode  extraite  de  la  «  Gallerie  des   Modes  et  Costumes  français 
à  Paris  chez  les  sieurs   Ksnaut   et  Rapilly,    1778- 1787   ». 
(Collection  Maurice   Rousseau.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXIV 


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Pommes  de  cannes  en  cuivre  repoussé  et  doré  et  en  cuivre  fondu  et  ciselé.   Pomme  de  cravache  en  argent 

Pommeaux  d'épées.   xvme  et  xixe  siècles. 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXV 


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Pommes  de  cannes  à  béquille.   Bronze  doré.   Travail  suédois  et  allemand. 

Pommeaux  de  cannes  en  cuivre  fondu  et  ciselé,  xvme  et  xix<=  siècles. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


FI.  LXVI 


II 


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13 


Pommeaux  de  couteaux  de  chasse  en  cuivre  fondu  et  ciselé. 

Pommes  de  canne  à  béquille  en  acier  forgé  et  ciselé  et  en  bronze"  doré. 

Travail  français,  allemand,  suédois.   xvm«  et  xixe  siècle^. 

(Collection   II. -R.   D'Allemagne.) 


CANNES    A    COMBINAISONS    MULTIPLES  81 

grande  canne  à  pomme  d'or,   qu'elles  portaient  majestueusement  par  le 

milieu. 

Ce  n'est  pas  pour  elles  un  vain  ornement,  écrit  Mercier  en  1782,  elles  en  ont 
besoin  plus  que  les  hommes,  vu  la  bizarrerie  de  leurs  hauts  talons,  qui  ne  lesrehaussent 
que  pour  leur  ôter  la  faculté  de  marcher.  (Mercier.  Tableau  de  Paris.) 

A  cette  époque,  la  manie  des  cannes  était  poussée  à  l'extrême,  de  même 
que  celle  des  bagues,  des  boucles  et  des  boîtes  ou  des  tabatières. 

La  ciselure,  la  damasquinure,  l'émail,  ont  été,  tour  à  tour,  mis  à  con- 
tribution pour  l'ornementation  des  pommes  de  cannes.  Au  moment  où 
l'on  découvrit  la  fabrication  de  la  fonte  de  fer,  on  a  fait,  dans  cette  matière, 
de  jolis  pommeaux  de  cravaches  représentant  des  têtes  de  chevaux,  de 
chiens  ou  autres  animaux.  On  fit  également  des  têtes  de  personnages  gro- 
tesques ou  humoristiques  d'un  travail  assez  rudimentaire. 

Y.  —  Cannes  tle  corporation 

En  dehors  des  cannes  servant  à  guider  la  marche  des  promeneurs, 
on  a  fait,  au  xvme  siècle,  des  cannes  monumentales  servant  d'insigne  dans 
quelques  corporations.  C'est  ainsi  que  nous  avons  été  assez  heureux  pour 
rencontrer,  il  y  a  quelques  années,  une  canne  qui,  au  xvme  siècle,  avait 
appartenu  à  une  corporation  de  joyeux  lurons,  francs  buveurs  et  amateurs 
du  beau  sexe  Pour  désigner  les  divers  buts  de  l'association,  la  canne  est 
à  double  face  ;  d'un  côté,  elle  représente  une  jeune  femme,  la  poitrine  lar- 
gement découverte  et  le  haut  du  corps  enserré  dans  un  étroit  corset.  La 
coiffure  de  cette  personne  se  confond  avec  la  représentation  de  l'autre  face, 
qui  montre  une  tête  de  satyre  surmontée  de  longues  cornes  et  couronnée 
de  pampres  et  de  grappes  de  raisins. 

Cette  canne  est  en  bois  léger,  probablement  en  sapin  ;  elle  mesure 
1  m.  40  de  hauteur  et  doit  avoir  vu  le  jour  sur  les  bords  du  Rhin. 

VI.  —  Cannes  à  combinaisons  multiples 

Pendant  le  xvme  siècle,  on  eut  l'idée  de  fabriquer  des  cannes  de  cou- 
reur à  pomme  d'argent  qui  contenait  un  petit  flacon  de  cordial  destiné 
à  donner  des  forces  nouvelles  à  l'athlète  épuisé. 

Pour  les  ombrelles,  on  faisait  de  jolis  manches  en  acier  tourné  ou  en 
acier  garni  de  clous  taillés  à  facettes. 

L'Almanach  sous  verre  pour  1785,  nous  signale  l'invention  du  sieur 

Cassemiche,  qui  devait  être  fort  appréciée  des  noctambules  à  une  époque 

où  on  ne  connaissait  pas  encore  la  lampe  électrique  à  pile  sèche. 

On  trouve  dans  cette  canne,  disait  l'annonce,  une  bougie  portant  son  flambeau 
auquel  s'adapte  un  réverbère. 

il 


82  ÉVENTAILS 

Napoléon  avait  une  canne  en  écaille  de  l'Inde  et  à  musique  qui  fut 
vendue  à  Londres  56  livres.  (Maze  Censier,  Le  Livre  du  Collectionneur). 

Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  15  octobre  1808,  nous  signale 

une  autre  fantaisie  : 

La  crosse  des  parapluies  a  maintenant  la  forme  d'une  tête  d'aigle  et  les  yeux 
sont  deux  verres  de  lorgnettes. 

C'est  à  cette  époque  que  Jecker  mit  en  vente  des  cannes  sur  lesquelles 
se  trouvait  fixé  une  sorte  de  lorgnon  ou  face  à  main. 

Pendant  les  premières  années  de  la  Restauration,  alors  que  les  passions 
politiques  étaient  les  plus  ardentes,  les  bonapartistes  imaginèrent  les  cannes 
à  secret  renfermant  un  portrait  ou  un  souvenir  de  leur  Grand  Homme. 
C'est  aussi  à  cette  époque  qu'on  vit  apparaître  les  cannes-marteau,  aux- 
quelles on  donna  le  nom  de  «cannes  de  minéralogistes».  (1) 

L'idée  de  dissimuler  quelques  «utilitez»  dans  les  pommes  de  cannes 

remonte  à  une  époque  assez  ancienne  : 

1614.  - —  Un  baston  noir  à  pointe  ayant  au  dessus  un  pommeau  doré  dans 
le  quel  est  un  cadrant  et  une  escriptoire,  le  tout  doré  avec  le  bout  de  dessoub  de 
mesme.  (Inc.  du  comte  de  Salin.)  (Gay.    Gloss.  arch.) 


DIX-NEUVIEME    PARTIE 


EVENTAILS 

I.  —  Esmoiichoir,  Flabellc,  Flavelle,  Flabellum,  Eventouer, 

antérieurement  au  XVe  siècle 

Ces  différentes  appellations  s'appliquent  toutes  à  des  objets  répon- 
dant à  la  même  destination. 

On  prétend  que  l'invention  des  éventoirs  serait  due  aux  peuples  de 
l'Extrême-Orient  et  que  ce  fut  en  l'an  670  de  notre  ère,  sous  le  règne  de 
l'empereur  Ten-Ji,  qu'un  ouvrier  de  Tam-Ba,  voyant  les  chauves-souris 
ployer  et  déployer  leurs  ailes,  eût  l'idée  de  réaliser,  au  moyen  d'écrans  en 
étoffe,  la  manœuvre  que  l'oiseau  exécutait  dans  son  vol. 

Les  plus  anciens  éventails  étaient  en  forme  de  roue  et  fabriqués  en 

(1)  Les  collections  du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  comprennent  une  fort  jolie  série  de  pommes  de  cannes 
en  fer  ciselé  d'un  travail  analogue  à  celui  des  drageoirs  du  xviiie  siècle.  Signalons  entre  autres  une  pomme  sous 
le  couvercle  à  secret  de  laquelle  on  a  caché  une  petite  montre.  PL  CCXX. 

Les  pommes  de  cannes  en  fonte  de  fer  sont  nombreuses  et  nous  en  avons  reproduit  quelques-unes.  PI.  CCXX. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXVII 


Flabellum  formé  d'une  feuille  en  parchemin  plissé  et  muni  d'un  manche  en  buis  sculpté. 

Travail  français.  xve  siècle.  —  Flabellum  florentin,  xiv8  siècle. 

(Collection  Albert  Figdor.) 


ESMOUCHOIR,  FLABELLE,  FLAVELLE,  FLABELLUM,  EVENTOUER 


83 


parchemin  ou  en  étoffe.  Cette  forme  circulaire,  qui  est  la  plus  habituelle, 
est  déterminée  par  l'épanouissement  en  rond  d'une  feuille  dont  les  plis  se 
touchent  au  centre  et  sont  fixés,  par  leur  extrémité,  à  des  tiges  de  bois  ou 
de  métal  qui  viennent  s'insérer  dans  un  manche  plus  ou  moins  long. 

Cette  description  se  rapporte  tout  particulièrement  au  magnifique 
flabellum  de  la  reine  Théodelinde  (vie  siècle),  conservé  dans  le  trésor  de 
Monza  (Italie)  et  dont  Mgr  Barbier  de  Montault  a  donné  la  description. 
C'est  le  plus  célèbre  et  le  plus  ancien  objet  de  ce  genre  que  l'on  connaisse. 

L'Eglise  chrétienne  avait  fait  de  l'éventail  un  instrument  du  culte 
en  lui  donnant,  suivant  Saint- Jérôme,  un  sens  mystérieux  de  continence. 

Saint- Jacques,  d'après  Les  Cérémonies  et  Coutumes  religieuses  (1723, 
t.  Ier),  recommande  l'usage  de  l'éventail  dans  sa  liturgie  et  le  flabellum 
est  resté  un  des  principaux  insignes  de  la  papauté  ;  il  servit  au  Saint  Sacrifice 
de  la  messe  jusqu'à  la  fin  du  xme  siècle. 

Parmi  les  éventails  liturgiques  les  plus  anciens,  il  faut  citer  celui  qui 
est  conservé  dans  la  célèbre  abbaye  de  Saint-Philibert-de-Tournus  et  dans  le 
monastère  de  Prouisse  (de  l'ordre  de  Saint- Dominique),  fondé  au  ixe  siècle. 
Moreri  qui  les  signale  dans  son  Dictionnaire  relate  que  ces  appareils  étaient 
employés  par  les  diacres  pour  empêcher  les  mouches  de  tomber  dans  le  calice. 

L'éventail  de  Tournus  a  été  décrit  longuement  par  M.  du  Sommerard, 
dans  son  œuvre  :  Les  Arts  au  Moyen  Age;  il  remonte  au  ixe  siècle. 

C'est  aussi  la  forme  du  flabellum  que  présente  le  magnifique  éventail 
du  xve  siècle  faisant  autrefois  partie  de  la  collection  Spitzer  et  qui  se  trouve 
maintenant  dans  la  Galerie  de  M.  Albert  Figdor,  à  Vienne.  Cet  appareil, 
en  buis  sculpté,  est  formé  d'une  longue  poignée  ouvragée.  Cette  poignée 
donne  naissance  à  une  colonne  supportant,  sur  son  chapiteau,  deux  sta- 
tuettes de  saints  personnages,  dans  leur  niche  placée  l'une  au-dessus  de 
l'autre.  La  feuille  en  parchemin  est  décorée  d'une  vignette  or  et  bleu  repré- 
sentant des  feuilles  et  des  pampres  de  vigne. 

Les  textes  anciens  relatifs  aux  flabella,  esmouchoirs  et  éventails,  sont 

assez  nombreux  : 

831.  —  Flabellum  argenteum  unum.  (Inc.  de  l'Abbaye  de  Centule,  p.  310.) 

850.  —  De  capella  sua.  Flabellum  argenteum  unum.  (Testant,  du  comte  Everard.) 

1295.  —  Unum  flabellum  de  carta,  aureum  cum  repositorio  et  baculo  deebore. 

3  flabella  de  carta  rotunda  depicta  cum  repositoriis  et  manicis  de  ligno.  -  2  flabella 

de  permis  pavonum,  rotunda  et  magna.  [Thcs.  Sedis  ApostoL,  i°  150,  v°.) 

Aux  xie  et  xne  siècles,  les  Italiens  se  servaient  d'éventails  de  plumes 

en  touffe;  on  employait  à  cet  effet,  les  plumes  d'autruche,  de  paon,  de 

corbeaux  des  Indes  ou  d'autres  oiseaux  à  plumages  éclatants  :  ils  étaient 

montés  à  l'aide  de  manches  d'orfèvrerie  enrichis  de  pierreries  ou  de  manches 

d'ivoire. 


84  ÉVENTAILS 

Il  est  assez  difficile  de  différencier  les  flabella  des  «  esmouchoirs  »  qui, 

comme  le  nom  l'indique,  étaient  destinés  à  protéger  le  visage  contre  les 

mouches.  Les  deux  noms  étaient  employés  indifféremment  dès  l'époque 

la  plus  reculée  : 

943.  —  On  en  exporte  (du  royaume  de  Bahma),  le  crin  nommé  El-domar,  dont 
on  fait  des  émouchoirs  à  manches  d'ivoire  et  d'argent,  que  les  domestiques  tiennent 
sur  la  tête  des  rois  pendant  leurs  audiences.  (Maçoudi.  Les  prairies  d'or.  T.  Ier, 
p.  385.)  (Victor  Gay.    Glossaire.) 

Aux  xme  et  xive  siècles,  les  émouchoirs  présentaient  différents  aspects, 

les  uns,  comme  le  flabellum,  étaient  en  forme  de  roue,  d'autres  étaient  en 

forme  de  bannière. 

1380.  —  2  bannières  de  France  pour  esmoucher  le  roy  quand  il  est  à  table, 
semez  de  fleurs  de  liz  bordées  de  perles. 

3  bannières  ou  esmouchouères  de  cuir  ouvré  dont  deux  ont  les  manches  d'argent 
dorez. 

Un  esmouchouer  rond,  qui  se  ployé,  en  ivoire,  aux  armes  de  France  et  de 
Navarre,  à  un  manche  d'ybenus.  {Inv.  de  Charles  V.  N°  1813-2406-2279.) 

Rabelais  donne  à  l'émouchoir  le  nom  d'«  esvantoir  »  et  à  celui  qui  le  porte, 

le  nom  d'«  esvantador». 

1546.  —  Le  peuple  commun,  pour  soy  alimenter,  use  des  esvantoirs  de  plumes, 
de  papier,  de  toile,  selon  leur  faculté  et  puissance.  (Rabelais.  L.  I,  ch.  43.) 

Dès  le  xve  siècle,  l'éventail  était  connu  sous  le  nom  qu'il  porte  encore 
maintenant   : 

1416.  —  Ung  esventail  brodé  aux  ymages  de  S.  Estienne  et  de  ceulx  qui  le  lapi- 
dent, garni  de  petites  pierres  blanches,  et  y  faut  des  perles.  {Inv.  de  N.-D.  de  Paris. 
f°  6,  v°.) 

1425.  —  Ung  esventail  pour  autel.  {Inv.  du  chat,  des  Baux,  n°  48.) 

II.  —  Richesse  déployée  <lan*  les  éventails  au  XVIe  siècle 

Ces  éventails  étaient  souvent  d'une  richesse  extrême  et  Brantôme, 
parlant  de  celui  qui  fut  offert  à  la  reine  Louise  de  Lorraine  par  la  reine 
Marguerite,  nous  dit  qu'il  était  si  beau  et  si  riche  «  qu'on  disoit  estre  un 
chef-d'œuvre  et  l'estimoit  plus  de  1.200  écus». 

Au  xvie  siècle,  l'éventail  reçu  aussi  le  nom  de  plumail,  en  raison  de  la 

matière  qui  concourait  à  sa  confection  : 

1533.  —  Et  tenoient  chacune  en  leurs  mains  un  plumail  fait  en  manière  d'éven- 
toir,  comme  pour  soy  éventer  le  visage  quand  il  fait  chaud.  {Entrées  d'  Eléonor 
d'Autriche  à  Bordeaux  et  à  Lyon.  Cércm.  franc.  T.  I,  p.  775  et  807.) 

Ce  fut,  dit-on,  Catherine  de  Médicis  qui  mit  à  la  mode,  en  France,  les 
éventails  de  plumes  qui,  depuis  longtemps,  étaient  en  usage  en  Italie. 

Henri  III,  qui  se  plaisait  à  s'entourer  d'un  luxe  quelque  peu  efféminé, 
ne  sortait  jamais  sans  un  éventail  à  la  main.  A  ce  sujet,  dans  L'Isle  des 
Hermaphrodites,  Pierre  de  l'Estoile  s'exprime  ainsi  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXVIII 


Dame  de  qualité  en  costume  de  Cour  : 
elle  tient  à  la  main  un  éventail  en  canepin.   D'après  une  gravure  de  Bonnard.   xvn?  siècle. 

(Collection   Maurice   Rousseau.) 


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LES    ÉVENTAILS    AU    XVIIe    SIECLE  85 

On  mettoit  à  la  main  droite  du  roy  un  instrument  qui  s'estendoit  et  se  replioit 
en  y  donnant  seulement  un  coup  de  doigt,  que  nous  appelons  ici  un  esventail  ; 
il  estoit  d'un  velin  aussi  délicatement  découpé  que  possible  avec  de  la  dentelle  à 
l'entour  de  pareille  estoffe.  Il  estoit  assez  grand,  car  cela  devoit  servir  comme  d'un 
parasol  pour  se  conserver  du  hasle  et  pour  donner  quelque  rafraîchissement  à  ce 
teint  délicat...  Tous  ceux  que  je  pus  voir  aux  autres  chambres  en  avoient  un  aussi 
de  même  estoffe  ou  de  taffetas  avec  de  la  dentelle  d'or  et  d'argent  tout  à  l'entour. 

Au  sujet  de  ce  travail  de  velin  délicatement  découpé,  on  peut  voir 
encore  actuellement,  à  Paris,  au  Musée  des  Arts  décoratifs,  des  spécimens 
de  ce  genre  qui  sont  exposés  dans  la  collection  des  dentelles  auxquelles, 
à  tort  ou  à  raison,  on  prétend  qu'ils  ont  servi  de  modèles. 

On  a  donné  plus  particulièrement  le  nom  d'éventail  de  Ferrare  à  l'éven- 
tail plissé  affectant  la  forme  d'une  patte  d'oie  et  muni  d'un  manche  rond 
à  l'extrémité  duquel  la  feuille  toute  entière  vient  se  replier. 

Sous  Henri  III,  on  fit  aussi  des  éventails-girouettes  ;  ils  avaient  la 
forme  de  petits  drapeaux  et  étaient  fabriqués  en  drap  d'or  ou  en  étoffe 
de  soie.  C'est  en  Italie  que  ce  genre  d'éventail  prit  son  plus  grand  déve- 
loppement. 

III.  —  Les  éventails  au  XVIIe  siècle. 
Diverses   corporations    les   établissent 

Sous  Henri  IV,  l'usage  des  éventails  était  devenu  assez  général  en 
France,  pour  donner  lieu  à  une  fabrication  des  plus  importante.  Quatre 
ou  cinq  corps  de  métier  revendiquaient  le  droit  de  l'exercer,  entre  autres 
celui  des  doreurs  sur  cuirs  qui  se  fondaient  sur  l'article.  XII  de  leurs  statuts, 
établis  en  décembre  1594,  et  était  ainsi  conçu  : 

Pourront  garnir...  esventails  faits  avec  canepin,  taffetas  ou  chevrottin,  enrichis 
ou  enjolivez  ainsi  qu'il  plaira  au  marchand  et  seigneur  de  commander. 

Au  xviie  siècle,  les  feuilles  des  éventails  étaient  faites  de  cuir,  de  canepin, 
de  frangipane  parfumée,  de  papier  ou  de  taffetas  et  les  montures  étaient 
en  ivoire,  en  or,  en  argent,  en  nacre  ou  en  bois.  C'est  alors  que  les  fabricants 
commencèrent  à  peindre  sur  les  feuilles  d'éventails  en  étoffe  ou  en  soie, 
des  fleurs,  des  oiseaux,  des  paysages,  des  scènes  mythologiques  ou  galantes. 

Quelques  doreurs  s'étant  adjoint  des  ouvriers  exerçant  le  métier  d'éven- 
taillistes,  obtinrent  du  roi,  par  Lettres  patentes  des  15  janvier  et  15  février 
1678,  l'autorisation  de  former  une  corporation  particulière,  sous  le  titre  de 
maîtres  éventaillistes. 

La  fantaisie,  à  la  fin  du  xvne  siècle,  se  manifesta  dans  la  décoration  des 
éventails.  Les  montures  étaient  en  ivoire,  en  écaille  ou  en  nacre  sculptées 
au  point  de  former  de  véritables  dentelles.  Les  feuilles  qui  étaient  en  satin, 
en  velin  ou  en  peau  de  senteur  étaient  peintes  à  la  gouache.  Cette  époque 


86  ÉVENTAILS 

vit  apparaître  les  éventails-lorgnettes.  C'est  du  moins  ce  que  nous  apprend 

le  Mercure  du  mois  de  mai  1688  (première  partie,  p.  301}  : 

On  porte,  dit-il,  des  éventails  en  manière  de  la  Chine,  avec  des  maisons  à  la 
mode  du  pays  et  dont  les  fenêtres  sont  transparentes.  Elles  sont  remplies  de  quantité 
de  figures  de  la  Chine,  d'homme  et  de  femmes,  on  les  nommes  des  «  Lorgnettes    ». 

Au  moyen  de  ces  éventails,  les  personnes  qui  les  portaient  pouvaient, 
sans  sembler  indiscrètes,  se  rendre  compte  de  ce  qui  se  passait  autour  d'elles. 

Vers  la  fin  du  xvne  siècle,  l'austérité  de  Mme  de  Maintenon  et  ses  décla- 
mations contre  le  luxe  féminin,  apportèrent  quelques  modifications  dans 
la  fabrication  des  éventails,  ils  devinrent  plus  modestes  et  se  firent  moins 
longs. 

IV.  —  Eventails  dits  «  Brisés  » 

La  mode  des  éventails  reprit  de  plus  belle  sous  la  Régence  et  bientôt 
se  généralisa  avec  les  raffinements  du  luxe  ;  cet  accessoire  du  costume  prit 
une  plus  large  envergure  et  de  joyeux  coloris  égayèrent  la  feuille.  Les  éven- 
tails des  Indes  et  de  la  Chine  pénétrèrent  en  France  et  l'art  des  éventaillistes 
acquit  une  grande  perfection.  Ils  empruntèrent  à  la  Chine  le  genre  d'éven- 
tail dit  «brisé»  et  peignirent  sur  les  fragiles  feuilles  de  velin,  sur  de  fins 
papiers  ou  sur  des  mousselines,  des  merveilles  de  peintures.  Ce  sont  partout 
des  fêtes  galantes,  des  scènes  mythologiques  d'une  nudité  assez  osée,  des 
apothéoses,  des  personnages  de  la  Comédie  italienne,  des  chasses,  des  batailles, 
des  envolées  d'amours  sur  des  nuages,  des  enguirlan déments  de  fleurs  et  de 
fruits  qui  forment  de  délicats  médaillons,  etc.. 

Le  Mercure  de  France  d'octobre  1730,  nous  donne  ce  curieux  détail 

sur  la  mode  des  éventails  à  cette  époque  : 

Il  y  a  des  éventails  d'un  prix  considérable  qu'on  porte  encore  excessivement 
grands,  en  sorte  qu'il  y  a  des  petites  personnes  dont  la  taille  n'a  pas  deux  fois  la 
hauteur  d'un  éventail. 

En  dehors  des  merveilleux  éventails  que  ne  dédaignèrent  pas  de  peindre 
les  Watteau,  Moreau,  Lancret,  Lemoine,  Fragonard,  Gravelot,  etc.,  il  exis- 
tait des  éventails  à  bon  marché,  au  prix  de  15  à  20  deniers.  La  monture 
était  en  bois  incrusté  d'ivoire  et  la  feuille,  en  papier  grossier,  était  décorée 
de  fleurs,  de  trophées  champêtres,  de  médaillons  ou  de  cartouches  contenant 
des  chansons. 

V.  —  Fabrication  et  prix  tle  vente  «les  éventails  au  XVIIIe  siècle 

Au  milieu  du  xvme  siècle,  la  vogue  des  éventails  était  si  considérable 
qu'on  ne  comptait  pas  moins  de  150  maîtres  dans  la  corporation  parisienne. 
Si  nous  nous  en  rapportons  au  Journal  du  Citoyen  de  1754,  voici  quels  étaient 
alors  les  prix  des  éventails  : 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXXVIII 


Éventails  en  ivoire  décorés  de  peintures  dites  «  vernis  Martin  ». 
i.   i^es  plaisirs  de  la  campagne.   —  2.   Pastorale,  xviii8  siècle 
(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXXX 


Partie  rentr.V  P/J^  centtrale  <*f  la  monture  d'un  éventail  en  ivoire  sculpté  et  doré.  Epoque  Louis  XV 
Parue  centrale  de  .a  monture  d'un  éventail  en  ivoire  entièrement  découpé  à  jour,  argentTèt  doré    Époque  Louis  XVI 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.)  FM 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


FI.  LXXXI 


Éventails  dits   «   brises   »   : 

l.    éventail  en  corne   Monde  à  décor  de  feuillages  peints  en  relief   et  dorés.   Époque   Restauration 

J.   Eventail  en  ivoire  découpé  incrusté  de  paillettes  d'acier. 

tes  panaches  sont  en  argent  découpé.   Début  du  xixc  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXXXII 


Éventails  dits  «  brisés 


i.   Éventail  en  peau  d'âne  décorée  en  or.   -   2.   Éventail  eu  nacre  découpée.   Début  du  xik*  siècle 
(Collection  H.-R.  D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXXXIII 


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ÉVENTAILS    EN    VERNIS    MARTIN  87 

Eventails  en  bois  d'or,  9  à  36  livres  la  douzaine. 

Eventails  demi-ivoire,  c'est-à-dire  dont  les  brins  étaient  en  ivoire  et  la  gorge 
en  os,  72  livres  la  douzaine. 

Eventails  entièrement  en  ivoire,  60  livres  et  même  de  30  à  40  pistoles  la  douzaine. 

Les  feuilles  de  ces  éventails  étaient  en  peau  parfumée  ou  en  papier 
et  les  montures  étaient  souvent  enrichies  d'or,  de  pierres  fines  ou  d'émaux. 

Sur  la  fabrication  des  éventails  dans  la  dernière  partie  du  xvme  siècle, 
Jaubert  nous  a  laissé  les  précisions  suivantes  : 

Les  éventails  se  font  à  double  ou  à  simple  papier.  Quand  le  papier  est  simple 
on  colle  les  flèches  de  la  monture  du  côté  le  moins  orné  de  peinture. 

Le  papier  dont  on  se  sert  le  plus  ordinairement  est  celui  que,  dans  le  commerce 
de  la  papeterie,  on  nomme  papier  à  la  serpente. 

Les  flèches,  qu'on  nomme  assez  ordinairement  les  bâtons  de  l'éventail,  sont 
réunies  par  le  bout  d'en  bas  au  moyen  d'une  petite  broche  de  métal  qu'on  rive 
des  deux  côtés.  Les  deux  flèches  des  extrémités  sont  beaucoup  plus  fortes  que  les 
autres  et  sont  collées  sur  le  papier  qu'elles  couvrent  entièrement  quand  l'éventail 
est  fermé.  Elles  sont  généralement  ornées  suivant  la  beauté  et  le  prix  de  l'éventail. 

Les  flèches  sont  ordinairement  au  nombre  de  22  ;  elles  servent  à  ouvrir  et  à 
fermer  l'éventail  et  le  bout  par  lequel  elles  se  joignent  sert  de  manche. 

Les  montures  des  éventails  se  font  par  les  tabletiers,  mais  ce  sont  les  éventail- 
listes  qui  les  plient  et  les  montent. 

Il  vient  des  montures  de  la  Chine,  qui  sont  les  plus  estimées,  mais  à  cause  de 
leur  prix,  elles  ne  servent  qu'aux  plus  beaux  ouvrages. 

On  fait  à  Paris  des  éventails  depuis  15  deniers  la  pièce,  jusqu'à  30  et  40  pistoles. 

Les  éventails  de  la  Chine  et  ceux  d'Angleterre,  qui  les  imitent  si  parfaitement, 
ont  été  fort  en  vogue.  Il  venait  autrefois  quantité  d'éventails  de  Rome  et  d'Espagne, 
couverts  de  peaux  de  senteur  ;  mais  le  commerce  en  est  tombé,  tant  parce  que  les 
parfums  ne  sont  plus  guère  de  mode  en  France  que  parce  qu?il  s'en  faut  bien  que 
les  peintures  et  les  bois  aient  la  délicatesse,  la  beauté  et  la  légèreté  des  éventails 
français. 

D'autre  part,  L'Almanach  des  Marchands  pour  l'année  1772,  nous 
donne  ies  renseignements  suivants  sur  la  fabrication  des  éventails  à  Paris, 
à  cette  époque. 

Les  ouvriers  de  Paris,  si  supérieurs  pour  les  ouvrages  de  mode  et  qui  exigent 
du  goût  et  de  la  légèreté,  font  des  envois  considérables  de  leurs  éventails  dans  les 
pays  étrangers.  Les  maîtres  tabletiers  font  les  montures,  mais  ce  sont  les  éventaillistes 
qui  les  plient  et  les  montent. 

A  cette  époque,  les  principaux  éventaillistes  de  Paris  étaient  :  Aubry, 
rue  Saint-Denis  ;  Demay,  le  cadet,  rue  Saint-Martin  et  Villemiot. 

VI.  —  Eventails  et  vernis  Martin  et  éventails  en  papier 

A  peu  près  à  la  même  époque,  au  moment  où  le  vernis  qui  avait  été 
inventé  par  le  sieur  Martin  était  si  à  la  mode,  on  confectionna  des  éven- 
tails tout  en  ivoire,  qui  étaient  décorés  avec  ce  genre  de  vernis,  dont  le 
brillant  et  la  tonalité  rivalisaient  avec  les  plus  jolies  laques  orientales. 

Tandis  que  l'éventail  commun  était  fait  en  papier,  les  articles  soignés, 


88  ÉVENTAILS 

montés  en  nacre  ou  en  ivoire,  étaient  garnis  de  feuilles  de  cuir  extrêmement 
légères  qu'on  a,  je  ne  sais  pour  quelle  raison,  appelé  «peau  de  poule  ou  peau 
de  poulet».  Il  paraît  que  cette  sorte  de  pellicule  était  levée  par  les  peaussiers 
sur  les  peaux  de  moutons,  afin  d'en  faire  des  gants  ou  des  éventails.  On 
appelait  aussi  cette  peau  de  poule,  le  «canepin». 

Au  milieu  du  xvme  siècle,  on  vit  apparaître  les  éventails  à  lorgnettes 
optiques  et  dans  la  Feuille  Nécessaire  de  1759,  on  peut  lire  l'anecdote  sui- 
vante • 

La  curiosité  étant  égale  dans  les  deux  sexes  et  les  femmes  aimant  presque 
autant  que  nous  à  rapprocher  d'elles  les  objets  qui  leur  paraissent  intéressants, 
on  a  imaginé  le  moyen  de  satisfaire  ce  désir  sans  blesser  la  modestie  :  on  enchâsse 
dans  les  maîtres  brins  de  l'éventail  une  lorgnette  dont  les  dames  peuvent  faire  usage 
sans  se  compromettre  et  qui  forme  une  espèce  de  contre-batterie  qu'elles  peuvent 
opposer  aux  lorgnettes  indiscrètes  des  petits  maîtres. 

VrII.  —  Eventails  à  coulisse 

En  1777,  le  Journal  de  Paris  nous  signale  en  ces  termes,  l'apparition 
d'un  éventail  d'un  nouveau  genre  : 

On  trouve  chez  Me  Gely,  marchande  de  modes,  «  Aux  Trois  sultanes  »,  rue  Saint- 
Honoré,  des  éventails  d'un  genre  absolument  nouveau.  Us  sont  appelés  éventails 
à  coulisse.  Le  bois  ou  l'ivoire  de  ces  éventails,  par  un  mécanisme  ingénieux,  rentre 
entièrement  dans  le  papier,  de  façon  que  ce  meuble  nécessaire  qui  devenait  incom- 
mode par  sa  longueur  lorsqu'on  n'en  faisait  pas  usage,  se  trouve  réduit  de  moitié 
et  peut  se  placer  ou  dans  le  manchon  ou  dans  la  poche. 

VIII.  —  Eventails  révolutionnaires 

L'éventail  se  plia  au  régime  révolutionnaire  et  les  jolies  scènes  qui 
l'ornaient  sous  les  règnes  de  Louis  XV  et  de  Louis  XVI,  scènes  mythologiques, 
bergerades,  amours  roses  et  guirlandes  de  fleurs,  furent  remplacées  par  les 
figures  de  la  Loi,  de  la  Justice  et  de  la  Raison,  les  portraits  des  hommes 
politiques  nouveaux  ou  les  tableaux  des  grands  événements  du  jour  :  l'Ou- 
verture des  Etats  généraux,  la  Constitution  et  l'Assemblée  Nationale  du 
17  juin,  la  pompe  funèbre  du  Clergé  de  France,  la  prise  de  la  Bastille,  etc.. 

C'est  alors  que  les  femmes  élégantes  adoptèrent  le  Négligé  à  la  Patriote, 
costume  dans  lequel  «  elles  badinaient  avec  un  éventail  en  camée  de  la 
fabrication  d'Arthur»  {Journal  de  la  Mode  et  du  Goût,  mai  1790). 

Vint  ensuite  l'éventail  «  à  la  Mirabeau  »  qui  reproduisait  quatre  scènes 
populaires  de  la  vie  du  tribun. 

Un  peu  plus  tard,  apparurent  les  éventails  imitant,  en  trompe-l'ceil, 
un  heureux  mélange  d'assignats  dont  la  mode  fut  détrônée  par  les  éven- 
tails «à  la  Nation»;  ceux-ci  étaient  faits  d'étoffe  légère  sur  laquelle  étaient 
collées  de  vulgaires  estampes  coloriées,  pour  la  plupart  gravées  par  Lebeau, 
qui  représentaient  la  bêche  et  le  râteau  assemblés  en  sautoir,  avec  la  devise  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXXXIV 


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Éventails  en  papier  décorés  de  gravures  coloriées.  Début  du  xix«  siècle 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXXXV 


Éventail   factieux  :   r     la  lanterne  magique.   Début  du  xix«  siècle. 

-   L^Iltal1  en  trompe-1  œil  à  décor  d'assignats.  Époque  révolutionnaire. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


ÉVENTAILS    FACTIEUX    OU    SÉDITIEUX  89 

«Mort  ou  Liberté»,  ou  des  scènes  patriotiques  accostées  de  couplets  révolu- 
tionnaires. 

C'est  l'Italie  qui  vit  naître,  à  la  fin  du  xvme  siècle  la  mode  d'inscrire 
des  mélodies  sur  les  éventails  :  lorsqu'un  morceau  d'Opéra  ou  une  «  can- 
zonetta»  obtenait  la  faveur  du  public,  les  éventailjistes  italiens  s'empres- 
saient d'en  consacrer  la  vogue  en  les  notant  sur  les  éventails  de  spectacle. 
En  France,  la  Révolution  s'empara  de  cette  idée  et,  en  1789,  les  éventails 
reproduisirent,  en  même  temps  que  les  principaux  événements  politiques, 
les  chansons  composées  en  leur  honneur. 

Le  plus  populaire  des  éventails  fut  celui  «à  la  Marat».  Il  était  grossiè- 
rement imprimé  sur  papier  et  représentait,  dans  deux  médaillons  séparés 
par  la  statue  de  la  Liberté,  les  deux  bustes  de  Lepelletier  et  de  Marat. 

Le  5  novembre  1790,  le  Journal  de  la  Mode  et  du  Goût  annonçait  à  ses 
lecteurs  que  pour  être  à  la  mode  du  jour,  il  était  obligatoire  de  porter  un 
éventail  vert. 

Quelques  mois  plus  tard,  le  5  avril  1791,  la  mode  était  aux  éventails 
à  fond  bleu  ciel  parsemés  d'étoiles  d'argent  et  garnis  de  franges  de  soie  nakara 
(écarlate). 

IX.  —  Eventail*  factieux  ou  séditieux 

En  l'an  III,  on  vit  apparaître  l'éventail  factieux  ou  séditieux  qui  était 
un  signe  de  ralliement  pour  les  monarchistes.  Sur  les  feuilles  étaient  peints, 
parmi  les  branches  d'un  saule,  les  traits  de  Louis  XVI,  de  Marie-Antoinette 
et  du  Dauphin.  Dans  les  Cercles,  on  entr'ouvrait  délicatement  l'éventail 
d'une  certaine  façon  afin  de  laisser  apparaître  le  nez  bourbonien  du  roi  ou 
la  haute  coiffe  de  la  reine. 

Les  éventails  conservèrent  toute  leur  vogue  pendant  la  durée  du  Direc- 
toire. Alors  les  élégantes  du  Petit  Coblentz,  rendez-vous  du  monde  royaliste, 
se  mirent  à  porter  des  éventails  de  crêpe  noir  lamé  et  pailleté  d'argent  avec 
montures  de  cèdre  odorant  ou  de  gris  moucheté  des  Indes.  Ces  éventails 
étaient  une  manifestation  :  les  doigts  habilement  disposés  n'avaient  qu'à 
resserrer,  par  le  pli  de  trois  brins,  cet  éventail  tout  noir  pour  qu'aussitôt 
son  bouquet  de  fleurs  blanches  se  transforme  en  une  belle  fleur  de  lis. 

Certains  éventails  portaient  les  trois  médaillons  du  roi,  de  la  reine 
et  du  Dauphin.  (Semaines  critiques,  par  Joseph  Lavallée,  juillet  1796). 

D'autres  reproduisaient  l'effigie  de  Louis  XVI  au  milieu  de  tous  les 
papiers-monnaie  de  la  Révolution  (Journal  des  Hommes  libres,  août  1796). 

Peltier,  dans  son  ouvrage  sur  Paris  (janvier  1797),  signale  des  éventails 
représentant  une  pensée  couverte  d'un  léger  nuage  sur  laquelle  frappait  le 
foyer  d'une  lanterne  magique  montrée  par  un  enfant  et  qui  laissait  voir, 

12 


90  ÉVENTAILS 

lorsqu'on  les  opposait  au  soleil,  les  portraits  de  Louis  XVI,  de  la  reine  et 
du  dauphin. 

Avec  l'an  VI,  nous  voyons  réapparaître  les  éventails  au  saule  pleureur, 
dont  les  feuilles  figuraient,  lorsqu'on  les  disposait  d'une  certaine  façon, 
le  roi,  la  reine,  Madame  et  le  Dauphin.  Mme  Despeaux,  éventailliste  rue  de 
Grammont,  vendait  ces  éventails  180  à  200  livres.  {Journal  des  Hommes 
libres,  Brumaire,  an  VI). 

Sous  le  Consulat,  l'éventail  prit  des  proportions  exiguës,  au  point  de 
devenir  imperceptible. 

C'est  aussi  à  cette  époque  que  la  paille  fut  mise  à  la  mode  et  alors  les 

éventails  furent  fabriqués  dans  le  goût  du  jour  : 

Ce  n'est  plus  que  paille  dans  la  toilette  appauvrie  des  dames,  écrivent  MM.  de 
Goncourt,  dans  La  Société  française  pendant  le  Directoire,  cornettes  de  paille,  bonnets 
de  paille,  éventails  de  paille,  etc.. 

X.  —  éventails  en  corne  découpée  et  éventails  minuscule»; 

Au  début  du  xixe  siècle,  on  fit  beaucoup  d'éventails  entièrement 
découpés  en  corne  blonde,  en  ivoire  ou  en  matière  comprimée  qui  donnait 
des  dessins  en  relief  ;  ils  étaient  décorés  de  paillettes  ou  d'un  semis  de  petites 
roses  et  les  brins  étaient  reliés  entre  eux  par  un  ruban  de  soie. 

L'Empire  vit  apparaître  les  éventails  minuscules  appelés  lilliputiens. 
Les  feuilles  portaient  alors  comme  ornements  décoratifs  des  trophées  guer- 
riers, des  canons  croisés,  le  portrait  de  Napoléon  avec  le  petit  chapeau  et 
la  redingote  grise.  D'autres  étaient  décorés  à  la  romaine,  à  la  grecque 
ou  d'emblèmes  de  l'Antiquité  interprétés  à  la  moderne.  Quelques  éventails 
brisés  étaient  garnis  de  taffetas  découpé  et  appliqué  sur  gaze,  tandis  que 
d'autres  étaient  simplement  recouverts  de  paillettes  d'acier  ou  de  décou- 
pages de  cuivre  repoussés  et  dorés. 

XI.  —  Traité  du  maniement  de  l'éventail. 

On  a  bien  souvent  répété  que  le  maniement  d'un  éventail  constituait 
un  art  véritable  et  que  l'instruction  d'une  jeune  fille  n'était  pas  complète 
si  elle  ne  savait  se  servir  habilement  de  ce  léger  écran.  Si  nous  en  croyons 
le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  10  Frimaire  an  XIII,  la  vogue  des 
éventails  était  si  grande  à  cette  époque,  en  Angleterre,  qu'un  plaisant  pro- 
posa d'établir  une  Académie  afin  de  dresser  de  jeunes  demoiselles  à  l'exercice 
de  l'éventail.  Les  divers  commandements  étaient  au  nombre  de  six  et  le 
professeur  demandait  six  mois  pour  conduire  à  la  perfection  les  membres 
de  son  Académie. 

Préparer  l'éventail,  c'était  le  prendre  et  le  tenir  fermé,  en  donner  un 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  LXXXVI 


Éventails  affectant  la  forme  de  carquois    de  serpents  et  de  flèches.   Os  et  corne  sculptés  et  dorés,  xix*  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


ÉVENTAILS    A    LA    MODE    SOUS    LA    RESTAXTRATION  91 

coup  sur  Fépaule  de  l'un,  faire  une  niche  à  un  autre,  en  porter  le  bout  sur 
le  bord  des  lèvres,  le  laisser  baissé  en  le  tenant  d'un  air  négligé. 

Déferler  l'éventail,  c'était  l'ouvrir  par  degrés,  le  tenir  à  moitié  ouvert, 
le  refermer  et  l'ouvrir  en  lui  faisant  faire  toutes  sortes  d'ondulations. 

Décharger  l'éventail,  c'était  l'ouvrir  brusquement  et  faire  une  espèce 
de  décharge  par  le  claquement  général  qui  s'opère  au  même  instant  au 
moyen  des  plis  et  des  touches  qu'on  agite  rapidement. 

Mettre  bas  l'éventail,  c'était  poser  l'éventail  sur  la  cheminée  ou  sur 
une  table  lorsqu'il  s'agissait  de  jouer,  de  manger,  de  rajuster  sa  coiffure. 

Reprendre  l'éventail,  c'était  le  reprendre  pour  sortir  après  la  partie 
ou  la  visite  faite. 

Agiter  l'éventail,  c'était  s'en  rafraîchir  quand  on  ne  sait  plus  que  dire, 

lorsqu'on  s'ennuyait  ou  qu'on  était  embarrassé. 

L'agitation  de  l'éventail,  ajoutait  le  journal,  est  la  partie  la  plus  intéressante 
de  l'exercice  ;  il  y  a  diverses  sortes  d'agitation  :  l'agitation  fâchée,  modeste,  craintive, 
confuse,  enjouée,  amoureuse... 

XII.  —  Eventails  aux  formes  fantaisistes  au  début  fin  XIX»  siècle 

Au  point  de  vue  de  la  forme  des  éventails,  les  fabricants  du  début 
du  xixe  siècle  se  sont  livrés  à  toute  espèce  de  fantaisies.  On  a  vu  à  ce 
moment-là  des  éventails  en  forme  de  carquois,  d'autres  en  forme  d'arcs  ; 
quelques-uns  affectaient  la  forme  serpentine  et  ondulante  des  reptiles. 
La  plupart  de  ces  éventails  étaient  en  corne  blonde  ou  en  corne  brune  toute 
garnie  de  paillettes  d'acier.  D'autre  fois,  la  monture  était  réduite  à  sa  plus 
simple  expression  et  la  feuille  de  l'éventail  était  formée  d'un  mince  réseau 
de  tulle  sur  lequel  étaient  brodées  de  brillantes  paillettes  métalliques  soit 
en  acier  poli,  soit  en  cuivre  estampé. 

Parfois  on  a  mélangé  à  la  décoration  du  tulle  de  petites  images  carrées, 
peintes  à  la  gouache. 

Les  éventails  en  satin  portent  des  médaillons  imprimés  en  couleur 
représentant  des  sujets  empruntés  à  l'Antiquité  ou  au  Moyen  Age. 

Vers  1815  apparurent  les  éventails  brisés  en  peau  d'âne  sur  lesquels 
les  dames  inscrivaient  les  noms  de  leurs  cavaliers. 

Les  principaux  marchands  d'éventails  de  Paris,  étaient,  sous  l'Empire  : 
Aubin,  347,  rue  Saint-Denis  ;  Richarme,  89,  rue  du  Temple  ;  Renaud, 
394,  rue  Saint-Denis  et  Dufour,  48,  rue  Beaubourg. 

XIII.  —  Eventails  à  la  mode  sous  la  Restauration 

Sous  la  Restauration,  on  abandonna  complètement  les  éventails  de 
grande  dimension  qui  étaient  à  la  mode  à  la  fin  du  xvme  siècle. 

Les  éventails  les  plus  à  la  mode,  rapporte  V Observateur  des  modes  de  1818  (T.  II, 


92  ÉVENTAILS 

p.  65),  sont  ceux  que  l'on  nomme  à  surprise  et  qui  sont  brisés.  Plus  ils  sont  petits 
et  riches,  plus  ils  sont  recherchés.  On  les  fait  en  nacre,  en  ivoire,  en  bois  découpé 
en  forme  de  broderie.  On  ne  met  de  bornes  à  leur  variété  que  celles  imposées  à 
l'imagination  de  la  mode.  Il  y  a  peu  de  temps  encore,  les  Européennes  portaient  des 
éventails  très  larges  et  faits  de  peau.  Ils  étaient  plus  propres  à  remplir  le  but  qu'on 
doit  en  attendre,  mais  immenses  et  très  peu  élégants,  on  les  a  changés  et  l'on  a  pris 
des  éventails  petits  qui  servent  seulement  de  contenance. 

Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  5  janvier  1819,  nous  donne  quel- 
ques renseignements  sur  les  éventails  à  la  mode  au  début  de  cette  année  : 

Les  éventails  qui  ont  trouvé  le  meilleur  accueil  à  l'époque  des  étrennes,  nous 
dit-il,  sont  les  éventails  à  surprise  :  «  Au  Chaperon  rouge,  «  A  la  pie  voleuse  »,  «  Au 
mât  de  cocagne  »...  Chaque  éventail  à  surprise  peut  présenter  quatre  sujets,  deux 
de  chaque  côté.  C'est  au  milieu  de  l'éventail  que  se  trouve  le  petit  tableau  ;  le  reste 
est  découpé  en  façon  de  dentelle  ou  brodé  à  paillettes.  Dans  la  partie  inférieure  de 
l'éventail  est  agencé  un  kaléidoscope. 

Avec  la  saison  d'été,  loin  d'augmenter  la  dimension  des  éventails,  la 

mode  leur  donna  encore  des  dimensions  plus  restreintes  ;   le  Journal  des 

Dames  et  des  Modes  du  30  juin  1819  nous  dit,  en  effet  : 

Pour  l'été  on  voit  des  éventails  façonnés  petits  et  minces.  On  en  voit  en  bois  de 
sandal  (sental),  ou  de  caroubier,  en  écaille  jaune  et  en  ivoire.  Tous  sont  découpés 
finement  et  portent  des  guirlandes  peintes  avec  beaucoup  d'art  et  de  goût. 

C'est  à  cette  époque  qu'on  fit  des  éventails  en  forme  d'écran  dans 
lesquels  une  lorgnette  était  logée  tout  à  fait  au  centre,  à  l'endroit  ou  les 
brins  d'ivoire  ou  d'écaillé  ajourés  et  pailletés  venaient  se  réunir. 

Vers  1820,  la  lorgnette  fut  quelquefois  remplacée  par  un  kaléidoscope. 

Sous  la  Restauration,  les  fabriques  d'éventails  de  Paris  jouissaient 
d'une  très  grande  célébrité  ;  pour  la  confection  de  ces  accessoires  de  la  toi- 
lette on  utilisait  des  matières  indigènes  et  des  matières  exotiques. 

Le  Rapport  du  Jury  d'admission  à  V Exposition  du  Louvre,  en  1819, 
nous  apprend  que  deux  fabricants  avaient  présenté  au  public  des  spécimens 
de  leur  production  ;  Dufour,  48,  rue  Beaubourg  et  Renaud,  éventailliste- 
découpeur,  demeurant  374,  rue  Saint-Denis.  Ce  dernier  établissait  ces 
délicats  éventails  en  corne  et  en  ivoire  découpé  dont  nous  avons  déjà  parlé. 

XIV.  — ■  Eventails  en  iioau  «l'âne  servant  an  mémento 

En  1821,  il  était  de  bon  ton,  pour  les  dames,  d'employer  des  éventails 
en  parchemin  sans  aucune  décoration.  Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes 
du  5  juillet  de  cette  année,  nous  dévoile  ainsi  le  secret  de  cette  fausse  mo- 
destie : 

Les  dames  qui  ne  veulent  pas  se  faire  suivre  de  leur  album  partout  où  elles  vont 
et  qui  cependant  mettent  quelquefois  à  contribution  les  poètes  de  la  société,  portent 
des  éventails  dont  la  blancheur  pourrait  faire  croire  qu'ils  sont  en  os  ou  en  ivoire, 
si  leur  teinte  mate  ne  détrompait.  Les  montants  et  les  baguettes  de  ces  éventails 
sont  en  peau  d'âne  et  c'est  sur  cette  nouvelle  espèce  d'album  que  vous  êtes  invité 


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ÉVENTAILS    DÉCORÉS    DE    CHROMOLITHOGRAPHIES  93 

à  déposer  une  pensée.  La  dame,  de  retour  chez  elle,  copie  ou  ne  copie  pas  ce  que  vous 
avez  écrit  ;  mais  dans  tous  les  cas,  elle  efface  l'écriture  à  l'aide  d'un  linge  légèrement 
humide  et  l'éventail  redevient  blanc  et  uni. 

XV.  —  Eventails  éniKinati«itics  : 
éventails  «le  pliniies  d'autruche  on  d'oiseaux  «l«'s  îles 

Les  goûts  de  la  mode  étaient  des  plus  changeants  et  le  Journal  des 
Dames  et  des  Modes  du  10  juillet  1821,  annonçait  : 

Les  éventails  fond  blanc  à  personnages  chinois  peints  sur  peau,  dont  les  mon- 
tants et  les  baguettes  imitent  la  laque  noire,  brune  ou  rouge  avec  ornements  or, 
sont  les  plus  recherchés  par  les  élégantes. 

C'est  à  peu  près  vers  cette  époque  qu'apparurent  les  éventails  énigma- 
tiques,  c'est-à-dire  qu'au  moyen  d'un  mécanisme  ingénieux  les  légendes 
ou  les  mots  inscrits  sur  les  feuilles  ou  les  brins  se  changeaient  brusquement 
par  la  transposition  des  lettres. 

A  la  fin  du  règne  de  Charles  X,  les  éventails  se  portaient  très  grands 
et  ils  étaient,  en  grande  partie,  faits  de  plumes.  Le  Lys,  chronique  de  la  fin 
du  règne  de  Charles  X,  contient  cette  petite  note  sur  la  mode  des  éventails  : 

Quant  aux  éventails,  ceux  en  plumes  noires  peintes  et  dorées  et  ceux  en  laque 
à  dessins  chinois  en  or  jouissent  d'une  grande  faveur  ;  il  est  à  observer  que  pour 
qu'ils  aient  toute  la  souplesse  et  la  solidité  convenables,  ces  derniers  doivent  être 
montés  sur  bambous. 

Signalons  ici,  pour  cette  même  époque,  l'éventail  à  miroir  et  l'éventail 
en  plumes  d'autruches  ou  d'oiseaux  des  îles. 

XVI.  —  Eventails  décorés  de  chromolithographies 
sons  Louis-Philippe 

Sous  Louis-Philippe,  l'art  de  l'éventailliste  s'industrialisa  en  quelque 
sorte  ;  au  lieu  des  jolis  éventails  en  léger  parchemin  agrémenté  de  gouaches 
délicieuses,  on  fit  des  éventails  en  papier  grossièrement  enluminé  par  le 
procédé  de  la  chromolithographie.  Leurs  montures  en  os  ou  en  nacre  sont 
décorées  de  sculptures  plaquées  de  minces  feuilles  d'or  ou  d'argent. 

De  nos  jours,  l'art  de  l'éventailliste  semble  renaître,  mais  c'est  malheu- 
reusement pour  copier  les  productions  des  deux  derniers  siècles  et  l'on  n'a, 
jusqu'à  présent,  pas  fait  grand  chose  de  nouveau  pour  la  renaissance  de 
cet  art  si  délicat  (1). 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  ne  possède  guère  qu'une  demi-douzaine  d'éventails,  car  le  collec- 
tionneur n'a  recherché  que  ceux  à  monture  d'acier.  Suivant  en  cela  la  mode  qui  régissait  toute  la  bijouterie 
d'acier,  les  éventails  de  la  fin  du  xvme  siècle  et  du  début  du  xixe  possèdent  des  panaches,  ou  maîtres  brins, 
soit  guillochés  soit  ornés  de  petits  médaillons  en  Wedgwood.  Les  brins  ordinaires  sont  en  ivoire  délicatement 
travaillé  et  la  feuille  en  satin  imprimé  représente  des  scènes  champêtres  ou  des  compositions  dans  le  genre 
troubadour.  (PI.  CCXXXVIII  et  CCXXXIX.) 


94  ÉCRANS    A    FEU 


VINGTIEME     PARTIE 


ECRANS  A   FEU 
1.  —  Leur  emploi  au  Moyeu  Age 

Tandis  que  les  éventails  sont  des  appareils  destinés  à  procurer  une 
fraîcheur  relative  à  celui  qui  le  manœuvre,  les  écrans  de  feu  ont  un  rôle 
infiniment  plus  modeste. 

Les  types  d'écrans  sont  fort  divers  au  Moyen  Age  et  il  convient  de 
ranger  cet  appareil  bien  plutôt  parmi  les  meubles  que  parmi  les  objets 
manuels  ;  c'est  qu'en  effet,  il  joue  le  rôle  de  notre  paravent  moderne  :  on 
l'employait  pour  se  garantir  du  feu,  du  froid  ou  du  vent. 

Les  écrans  remontent  à  une  époque  très  ancienne  et  on  les  trouve 
employés  à  l'autel,  par  le  clergé,  dès  le  début  du  xive  siècle  : 

1313.  —  Pour  les  aiz  de  quoi  on  fit  l'autel  et  l'escran  delez  l'autel,  12  s.  Pour 
5  verges  de  fer  et  pour  deux  chandelier  et  pour  les  couples  de  l'escran  et  de  l'autel 
qui  sont  on  le  grant  chapèle,  30  s.  (Comptes  de  Hesdin.  Arch.  du  Pas-de-Calais. 
KK.  393,  f°35.  Extr.  J.-M.  Richard.) 

Si  nous  nous  reportons  à  une  citation  de  Du  Gange  au  mot  «  Tabularium» 
nous  comprenons  que  ces  écrans  devaient  servir  à  garantir  le  prêtre  de  la 
trop  grande  chaleur  qui  se  dégageait  des  brasiers  qu'on  entretenait  près 
de  l'autel  pendant  les  grands  froids  : 

1333.  —  Pro  tabulis  ad  faciendum  duaczatorium  pro  domina  delphina  et  2 
tabularia  ad  apponendum  igni,  cum  pedibus  et  clovis  necessariis.  (Gay.   Gloss.  arch.) 

Dans  les  usages  de  la  vie  civile,  l'écran  était  aussi  employé  à  cette 
lointaine  époque  : 

1319.  —  Pour  un  escran  levant,  de  fust  pour  madame,  lequel  fut  porté  à  Con- 
flans,  16  s.  Pour  5  escrans  de  fust,  pour  feu,  pour  la  chambre  de  madame,  36  sous. 
(Compte  de  V hôtel  de  Mahaut,  comtesse  d'Artois.  Arch.  du  Pas-de-Calais,  A.  368.) 

Ainsi  ces  premiers  écrans  étaient  faits  de  bois  et  c'est  probablement 
en  cette  matière  qu'étaient  établis  les  écrans  semblables  à  celui  dont 
M.  Victor  Gay  a  relevé  la  représentation  dans  le  «  signum  »  du  notaire 
français  Jehan-Guillaume  de  Lescran  (1350)  et  dont  il  reproduit  l'image 
dans  son  Glossaire  Archéologique  (t.  I,  p.  598). 


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RICHESSE    DÉPLOYÉE    DANS    LES     ÉCRANS    AU     XVIIe     SIÈCLE  95 

II.  — ■  Ecrans  «l'osier  et  «le  paille 

A  cette  époque  reculée  on  trouve  aussi  mention  d'écrans  d'osier. 

1380.  ■ — ■  Noël,  le  tourneur,  pour  4  escrans  d'osier...  pour  la  chambre  duroy, 

32  s.  It.  pour  2  escrans  d'osier,  24  s.  p.  (Douet  d'Arcq.  Comptes  de  V hôtel,  p.  85  et  88.) 

1382.  —  A  Noël  l'escrainier  pour  deux  grans  escrans  d'osier  ;  à  lui  pour  deux 

petits  escrans  d'osier  achetés   pour  la  chambre  du  roy  et  de  Mgr  de  Valois.    (Gay. 

Glossaire.) 

1389.  —  Un  escran  d'osière  à  feu,  16  d.  Un  petit  escran  d'osier,  16  d.  (Inv.  de 
Richard  Picque,  p.  20  et  21.)  (Gay.   Gloss.  arch.) 

Mais  si  l'on  faisait  au  xive  siècle  des  écrans  de  bois  et  d'osier,  les  écrans 

à  pied,   à  monture  de  bois  recouverte  de  parchemin  enluminé  et  doré, 

n'étaient  pas  inconnus  : 

1397.  i —  A  Colart  de  Laon,  paintre,  pour  avoir  fait  de  parchemin  dyappré  de 
fin  or  sur  le  vert,  un  escraim  assis  sur  un  pié  taillié  de  bois  et  doré  de  fin  or  bruni, 
60  s.  p.  (Argenterie  de  la  reine.  5e  Cpte  d'Hémon  Raguier,  p.  145.) 

Cependant 'les  écrans  d'osier  semblent  avoir  été  les  plus  employés  et 

on  en  rencontre  dans  tous  les  inventaires,  du  xve  au  xvne  siècle. 

1471.  —  2  grandes  escrannes  d'éclice  (osier).  Une  petite  escrainne  d'éclisse,  qui 
a  le  pié  d'un  petit  torchier.  Une  grande  escrainne  de  boys,  plaine  à  pié  :  une  autre 
petite  escrainne  de  boys  faite  à  treillis,  qui  se  met  sur  la  reigle  d'un  banc.  Une  autre 
escrenne  pareille.  Deux  autres  petites  escrennes  neuves  faites  à  treillis,  dont  l'une 
est  garnie  d'une  petite  fenestre  de  boys  blanc  de  sa  grandeur,  toutes  lesquelles 
escrennes  sont  garnies  de  crampons.  (Inv.  du  roi  René  à  Angers.  F03  1  à  23.) 

1680.  • —  Escran,  forme  d'éventail  tissu  d'osier  ou  de  paille  pour  tenir  devant 
le  feu  ou  le  soleil.  (Dict.  des  Rimes,  Ms.)  (Gay.    Gloss.  arch.) 

III.  —  Ecrans  employés  dans  les  cuisines  et  les  rôtisseries 

Au  xvie  siècle  on  employait  dans  les  cuisines  des  écrans  métalliques 
pour  protéger  contre  les  ardeurs  du  feu  les  valets  qui  étaient  chargés  de 
s'occuper  du  tourne-broche.  Dans  l'ouvrage  de  Scappi,  on  voit  très  nette- 
ment le  cuisinier  qui  se  cache  derrière  un  écran  de  ce  genre,  tout  en 
manœuvrant  de  sa  main  droite  la  broche  sur  laquelle  est  enfourché  un  petit 
quadrupède  (1). 

IV.  —  Richesse  tléployée  «lans  les  écrans  au  XVII'  siècle 

Le  xvne  siècle  peut  être  considéré  comme  l'époque  des  écrans 
fastueux.  On  en  fait  en  taffetas,  en  velours  brodé,  en  dentelle,  même  en 
métal  précieux. 

1603.  —  Un  escran  de  taffetaz  de  pareille  couleur  (cramoisi  brun),  frangé  de 
petites  franges  d'or  et  d'argent.  (Inv.  de  Louise  de  Lorraine,  p.  29.) 

1653.  —  Un  escran  à  deux  faces,  de  velours  en  broderie,  ayant  un  fourreau  de 
serge  rouge,  avec  son  pied  en  triangle,  à  trois  dauphins  dorez,  ayant  entre  lesditz 
dauphins  un  escusson  des  armes  de  France  et  de  Navarre.  (Inv.  de  Mazarin.) 

(1)  Musée  Le  Secq  des  Tournelles.  PI.  CCCXXXVII. 


96  ÉCRANS    A    FEU 

1673.  —  Un  pied  d'escran  d'argent  en  triangle,  de  trois  consoles  en  cartouche, 
avec  sa  brandie  toutte  unie  au  haut  de  laquelle  est  une  grosse  fleur  de  lys.  {Inventaire 
du  mobilier  de  la  Couronne.) 

Cependant  peu  d'écrans  devaient  approcher  en  somptuosité  celui  qui 

fut  offert,  en  1680,  à  Mme  de  Savoie  par  le  cardinal  d'Estrées  et  dont 

Mme   de   Sévigné  nous   a  laissé  la  description   suivante  dans  une  lettre 

adressée  à  sa  fille.  (Lettres,  t.  v,  p.  149). 

Je  voudrois  pouvoir  vous  décrire  un  écran  que  M.  le  Cardinal  d'Estrées  a  donné 
à  Mme  de  Savoie  en  forme  de  sapate  et  dont  Mme  de  La  Fayette  a  pris  tout  le  soin 
et  donné  le  dessin...  Cet  écran  est  d'une  grandeur  médiocre  ;  d'un  côté  du  tableau, 
c'est  Mme  Royale  peinte  en  miniature,  fort  ressemblante,  environ  grande  comme 
la  main,  accompagnée  des  vertus  avec  ce  qui  les  caractérise  ;  cela  fait  un  groupe 
fort  beau  et  très  bien  entendu.  Vis-à-vis  de  la  princesse  est  le  jeune  prince,  beau 
comme  un  ange,  d'après  nature  aussi,  entouré  des  jeux  et  des  amours  ;  cette  petite 
troupe  est  fort  agréable.  La  princesse  montre  à  son  fils,  avec  la  main  droite,  la  mer 
et  la  ville  de  Lisbonne.  La  Gloire  et  la  Renommée  sont  en  l'air  et  l'attendent  avec 
des  couronnes.  Sous  les  pieds  du  prince  ont  lit  ces  mots  de  Virgile  :  Matre  deâ,  mons- 
tr ante  viam. 

Rien  n'est  mieux  imaginé.  L'autre  côté  de  l'écran  est  une  très  belle  et  très  riche 
broderie  d'or  et  d'argent.  Le  pied  est  de  vermeil  doré,  très  riche  et  très  bien  tra- 
vaillé. Les  clous  qui  attachent  le  galon  sont  de  diamant  ;  la  cheville  qui  retient 
l'écran  est  de  diamant  aussi.  Le  haut  du  bâton  est  la  couronne  de  Savoie... 

V.  —  Ecrans  à  main  illustrés  par  les  meilleurs  maîtres 

En  dehors  de  ces  écrans-meubles  on  se  servit  aussi  de  petits  écrans 
à  main  pour  se  préserver  le  visage  soit  contre  la  chaleur  soit  contre  la  lueur 
du  foyer.  Si  le  premier  écran  employé  par  l'homme  à  cet  effet  est  sa  propre 
main,  il  est  assez  difficile  de  rencontrer  de  documents  sur  ce  sujet  avant 
le  xvie  siècle,  et  encore  à  cette  époque,  l'adoption  de  l'éventail  ne  fût-il 
guère  favorable  à  son  emploi. 

C'est  surtout  aux  xvne  et  xvme  siècles  que  la  mode  des  écrans  sévit 
dans  tout  son  éclat  ;  c'était  même  un  objet  qu'on  offrait  en  présent. 

Au  xviie  siècle,  les  écrans,  comme  tous  les  cbjets  de  luxe,  étaient  remar- 
quablement exécutés.  Si  la  monture  était  de  métal  précieux,  l'écran  lui- 
même  était  soit  en  parchemin,  soit  en  satin  ou  en  soie,  décoré  de  peintures 
du  meilleur  goût.  Le  Mercure  de  France,  du  mois  de  janvier  1680,  décrivant 
un  panier  qu'une  jeune  veuve  venait  de  recevoir  pour  ses  étrennes, 
s'exprimait  ainsi  : 

Il  y  avait  12  écrans  au-dessus  de  cette  Mane  ;  les  bâtons  en  estoient  de  vermeil 
doré,  travaillez  avec  une  délicatesse  admirable  et  remplis  de  lacs  d'Amour  et  de 
chifres  de  la  veuve  ;  l'étofe  estoit  de  satin  blanc  avec  une  broderie  d'or  et  vert,  une 
dentelle  d'or  débordait  et  une  miniature  très  fine  faisoit  voir  les  douze  mois  de 
l'année  sur  ces  douze  écrans. 

A  côté  de  ces  écrans  magnifiques,  on  en  fabriqua  aussi  à  bon  marché, 
en  papier  imprimé  et  comme  ils  étaient  très  fragiles  et  de  courte  durée, 


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ÉCRANS    EN    PAPIER    DES    INDES  97 

on  les  fabriquait  suivant  le  goût  du  jour.  Abraham  Bosse,  Ghauveau  et 
surtout  Lepautre  ne  dédaignèrent  pas  d'établir  des  dessins  pour  écrans 
Dans  l'œuvre  de  Lepautre,  on  remarque  un  certain  nombre  d'écrans  de  forme 
ronde  qui  représentent  des  faits  historiques,  des  scènes  de  pièces  de  théâtre, 
des  proverbes  mis  en  actions  et  quelquefois  même  de  simples  facéties, 
comme  la  «Mort  du  Bon  Crédit». 

L'œuvre  de  Ghauveau  n'est  pas  moins  riche  en  écrans  et  parmi  les 
plus  remarquables  compositions  de  ce  maître  nous  citerons  Le  Calendrier, 
l'Histoire  du  musnier  et  de  l'aneau,  le  Marc-Antoine,  les  Agréables  diver- 
tissements de  la  Cour,  etc.. 

Avec  le  xvme  siècle,  l'écran  ne  perdit  rien  de  sa  vogue,  au  contraire, 
il  devint  plus  élégant.  Boucher,  Gravelot,  Moreau  le  jeune,  Ch.  G.  Huquier, 
Watteau,  Lemoine,  Fragonard,  Lancret,  etc..  ne  dédaignèrent  pas  d'en- 
luminer les  écrans  Quelques-uns  d'entre-eux  composèrent  des  encadrements 
d'écrans  disposés  de  telle  façon  que  le  champ  laissé  libre  au  milieu  servit 
d'album  aux  dames  qui  voulaient  recueillir  les  bons  mots  de  leurs  contem- 
porains. Grâce  à  cette  innovation  la  mode  des  écrans  à  main  se  répandit 
de  telle  sorte  que  le  Dictionnaire  critique- pittoresque....,  nous  apprend 
que  «  si  chacun  avoit  ses  pincettes  comme  son  écran,  bientôt  l'on  finiroit 
par  se  battre  et  il  n'y  aurait  plus  de  feu  ». 

A  partir  de  1750  les  gazettes  et  les  journaux  étant  devenus  plus 
nombreux,  l'usage  d'inscrire  les  anecdotes  du  jour  sur  les  écrans  disparut. 

VI.  —  Ecrans  en  papier  «les  Indes. 

A  cette  époque  également,  les  papiers  de  Chine  et  du  Japon,  qu'on 
connaissait  sous  le  nom  de  «  papier  des  Indes  »,  vinrent  faire  une  grande 
concurrence  à  toutes  les  gravures  françaises  destinées  à  la  composition  des 
écrans.  Dans  le  Livre  Journal  de  Lazare  Duvaux  on  trouve  de  nombreuses 
mentions  de  fournitures  de  ce  papier  qui  primaient  toutes  les  autres 
préoccupations  du  moment.  Le  prix  de  ces  papiers  était  assez  élevé  et  nous 
voyons  que  le  célèbre  mercier  vendait  à  Mme  Calabre  pour  108  livres  «  six 
feuilles  de  papier  des  Indes  et  six  figures  des  Indes,  formant  six  écrans  à 
main,  avec  la  façon  desdits  écrans  ». 

Malgré  la  grande  vogue  des  papiers  des  Indes,  on  continua,  jusqu'au 
début  du  xixe  siècle,  à  fabriquer  des  écrans  revêtus  de  feuilles  de  papier 
gravées  et  imprimées  :  la  plupart  représentaient  des  sujets  allégoriques 
accompagnés  de  petites  poésies. 

Outre  les  écrans  de  papier,  on  a  fait  à  l'époque  de  la  Restauration 
des  écrans  de  forme  rayonnante  munis  d'un  manche  en  acier  bleui  damas- 
quiné d'or  et  d'argent.  Ces  écrans  sont  presque  toujours  munis  d'une  feuille 

13 


98  MIROIRS 


en  plissé  soleil  formée  d'une  soie  verte  ;  quelquefois  cette  feuille  est  en 
parchemin  décoré  de  fleurs  ou  d'ornements  rappelant  la  décoration  des 
éventails  de  l'époque  (1). 


VINGT-ET-UNIÈME     PARTIE 


MIROIRS 


I.  —  Miroirs  d'orfèvrerie,  de  bronze,  «l'étain  ou  d'acier. 

L'idée  de  contempler  son  propre  visage,  réfléchi  sur  une  surface  polie 
fut  réalisée  de  très  bonne  heure  et  les  miroirs  remontent  à  la  plus  haute 
Antiquité.  Les  métaux  faciles  à  planer  et  à  polir,  furent  tout  naturellement 
choisis  en  premier  lieu  pour  la  fabrication  de  cet  accessoire  de  la  toilette  : 
l'or,  l'argent,  le  bronze,  le  laiton,  le  cuivre  furent  mis  à  contribution.  Un 
peu  plus  tard  on  se  servit  de  l'acier,  mais  avec  moins  de  succès,  ce  métal 
étant  essentiellement  oxydable. 

Les  premiers  miroirs  dont  on  trouve  la  mention  étaient  en  étain.  Dans 
le  Livre  des  Mestiers  d'Etienne  Boilcau,  au  titre  XIV,  traitant  de  «  toutes 
les  menues  euevres  que  on  fait  d'estaim  ou  de  plom  à  Paris  »,  il  est  dit 
(art  1er)  . 

Quiconques  veut  estre  ovriers  d'estaim,  c'est  à  savoir  fesières  de  miroirs  d'estain, 
de  frémaus  d'estain,  de  sonneites,  etc..  il  le  puet  estre  franchement. 

Les  miroirs  de  métal  précieux  étaient  fabriqués  par  les  orfèvres,  et 
à  cette  époque  reculée  ils  étaient  déjà  d'un  usage  commun  de  même  que 
les  miroirs  d'acier  poh  . 

1317.  —  Un  coffre  fustin  (de  bois)  ferré  de  fer,  où  il  a  1  mirouer  d'acier  quevre- 
chies  (couvre-chefs),  espingues,  et  autres  choses  de  pou  de  value...  1  coffre  ouquel 
il  avoit  queuvrechies,  tourez,  espingues  et  un  mirouer  d'acier.  (Cpte  de  Geoffroi  de 
Fleuri,   argentier  de  Philippe-le-Long.) 

1360.  —  Un  petit  mirouer  d'or  tout  ront  qui  se  euvre  en  deux  pièces,  et  est 
pandu  à  une  chesnete  d'or  qui  se  fourche  en  II II  et  au  bout  de  la  chesnete  a  un 
sifflet  et  est  ledit  mirouer,  par  dehors,  fait  aux  armes  d'Estampes  et  par  dedens  a 
une  lunete  d'un  costé  et  de  l'autre  a  un  ymage  de  Nostre  Dame  qui  tienent  son  enffant 
en  son  bras.  {Inv.  de  Louis  Ier,  duc  d'Anjou.) 

Les  miroirs  précieux  de  ce  genre  sont  extrêmement  nombreux  depuis 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  possède  cinq  jolis  spécimens  de  ce  genre  d'écran.   (PI.  CCXXXIX) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XC 


(/^Ù«    fTiOto^i*  i    £«•»*.     *•'■- 


Boites  à  miroir  en  ivoire  sculpté  :   i.  I,es  quatre  âges  de  la  vie.  xive  siècle.   —  2.  ha.  chasse  au  faucon.  xive  siècle. 
3.  I,e  siège  du  château  d'amour.  Style  du  xrve  siècle.  —  4.  ha.  partie  d'échecs,  xiv8  siècle. 

(Collection  Albert  Figdor.) 


MIROIRS    D'ORFÈVRERIE,    DE    BRONZE,    d'ÉTAIN    OU    d'ACIER  99 

le  xive  siècle  jusqu'à  la  fin  du  xvie  siècle  et  dans  la  plupart  des  inventaires 

de  cette  époque  il  en  est  fait  mention.  Beaucoup  d'entre  eux  sont  rehaussés 

de  pierreries  ou  de  perles  : 

1380.  —  Ung  myroer  d'or  garny  do  perles.  —  Ung  myroer  d'or  où  il  a  quatre 
saphirs  et  trente  quatre  perles  pesant  troys  onces.  —  Un  myroer  d'or,  poinçonné 
dehors  à  lys  et  à  ung  C  et  un  J  ;  et  dedens  est  une  annunciation,  esmaillée  sur  le 
blanc.  —  Ung  myroer  d'or,  et  autour  la  bordeure  sont  les  douze  signes  esmaillés  sur 
rouge  cler,  et  au  doz  est  Fymage  de  Nostre-Dame,  saincte  Katherine  et  autres...,  etc.. 
(Inv.  de  Charles  V.) 

Au  xve  siècle,  on  continua  à  fabriquer  des  miroirs  en  métal  précieux 
splendidement  décorés  de  gravures  : 

1416.  —  Un  mirouor  d'or,  à  une  lunette  esmaillée  par  derrière  de  Nostre-Dame, 
un  serpent  à  sept  têtes,  un  angle  (ange)  et  Saint  Jean  l'Evangéliste,  garny  autour  de 
feuillages  et  d'oiseaulx.  (Inv.  du  duc  de  Berry.) 

1483.  —  Un  myrouer  garny  d'or  avecques  un  camahieu  ouquel  camahieu  a 
troys  petitz  personnaiges,  garny  de  cinq  petitz  rubiz  et  de  cinq  petites  perles  estimé 
XX  escus.  (Inv.  de  Charlotte  de  Savoie.) 

1599.  —  Un  myrouer,  tout  d'or,  au  milieu  duquel  y  a  une  agate,  deux  figures 
taillées  de  relief  dessus  et  le  portrait  du  roy  dedans  ledit  mirouer,  garny  de  diamens 
et  rubiz  avec  une  chiesne  d'agate,  où  il  y  a  des  testes  de  relief  esmaillé  de  rouge,  prisé 
la  somme  de  deux  cens  cinquante  escuz.  (Inv.  de  Gabrielle  d'Estrécs.) 

A  cette  époque,  les  miroirs  étaient  fort  en  honneur  et  Gilles  Corrozet, 
dans  ses  Blasons  domestiques  (1539),  n'a  pas  manqué  de  leur  réserver  une 
place  fort  honorable  : 

Miroir  cler  et  resplendissant, 
Miroir    plaisant    et    réjouissant, 
Miroir    ardant    de    grand    splendeur, 
Miroir    de    très    bonne    grandeur, 
Miroir   de   cristal    précieux, 
Qui   tant   es   doulx   et   gracieux 
Qu'à  chascun  tu  monstres  sa  forme, 
S'elle    est    belle,    laide    ou    difforme, 
Et   ne  refuse   en  ta   clarté 
D'aulcun    la   laidure    ou    beaulté  ; 
Miroir  d'acier  bien  esclarcy, 
Miroir    luysant,    qui    es    ainsi 
Que  l'eau  elère,  qui  représente 
C.hascune  figure  apparente  ; 
Miroir    de    verre    bien    bruny, 
D'une  riche  châsse  garny 
Où  la   belle,    plaisante   et   elère, 
Se   void,    se   mire   et   considère. 

De  même  que  les  miroirs  de  métal  précieux,  les  miroirs  d'acier  étaient 
fort  appréciés  et  leur  parure  était  souvent  remarquable  : 

1380.  —  Deux  myroers  d'assier,  l'un  grant,  qui  est  environné  de  cuivre  et  de 
brodeure  par  derrière,  et  l'autre  assiz  sur  boys.  (Inv.  de  Charles   V.) 

1420.  —  Un  grant  mirouer  d'acier,  ouvré  et  doré  par  les  bors  à  orbevoies  a 
quatre  escussons  de  France  et  de  Bourbon.  (Inv.  de  Charles  VI.  N°  169.) 

1523.  —  Ung  petit  myroir  d'assier  rond,  mis  en  argent,  à  ung  manche  d'argent 
derrière  comme  un  seel,  pour  le  tenir.  (Inv.  de  Marguerite  d'Autriche.) 


100  MIROIRS 

1536.  —  Ung  grand  miroir  d'achior  faict  à  l'antique  et  garny  de  menues  perles, 
fermant,  à  deux  clouans.  (Inv.  de  Charles -Quint.) 

Au  xvne  siècle  on  utilisait  encore  les  miroirs  d'acier  pour  certains  usages. 

Dans  le  Catalogue  des  choses  rares  qui  sont  dans  le  Cabinet  de  Me  Pierre 

Borel,   médecin  à   Castres,  on  rencontre  la  désignation  de  trois  espèces  de 

miroirs  fort  différents  : 

1649.  —  Un  miroir  concave  d'acier  qui  bruslc  le  bois,  fond  le  plomb  au  soleil, 
renverse  les  objets,  porte  fort  loin  la  lumière  et  fait  le  visage  très  gros...  Un  miroir 
convexe  dans  lequel  on  se  void  tout  debout  et  y  voit  tout  ce  qui  est  dans  le  cabinet... 
Un  miroir  cylindrique  d'acier  alongeant  fort  le  visage  et  plusieurs  perspectives  qui 
s'y  rapportent. 

On  rencontre  aussi  dans  les  inventaires  du  xve  siècle  la  mention  de 

quelques  miroirs  d'argent.  Au  xvne  siècle,  il  faut  croire  qu'il  s'en  fabriquait 

encore  beaucoup  puisque  l'Edit  du  26  avril  1672,  faisait  expresses  défenses 

d'en  fabriquer  : 

Très  expresses  inhibitions  et  défenses  à  tous  orfèvres  et  ouvriers  de  fabriquer 
et  exposer  ni  vendre...  girandoles,  plaques  de  miroirs,  miroirs,  tables,  guéridons, 
paniers,  corbeilles...  et  tous  autres  ustensiles  d'argent  massif,  ou  appliqué  sur  bois, 
cuirs  et  autres  matières  sous  peine  de  confiscation  et  de  quinze  cens  livres  d'amende. 

Les  miroirs  de  verre  ou  de  cristal  remontent  à  une  époque  ancienne, 
M.  De  Laborde,  dans  son  Glossaire,  cite  deux  textes  latins  le  premier  de 
Vincent  de  Beauvais  (1250)  et  le  second  de  Joannes  Pisanus  (1279)  qui 
font  l'éloge  des  miroirs  de  verre  doublés  de  plomb. 

Toutefois  on  ne  rencontre  guère  d'objets  de  ce  genre  dans  les  inven- 
taires qu'à  partir  de  la  fin  du  xive  siècle. 

1372.  —  Une  damoiselle  en  façon  de  serainne  d'argent  doré  qui  tient  un  mirouer 
de  cristal  en  sa  main.  (Exécution  du  Test,  de  Jehanne  d'Evreux.) 

II.  —  Enigme  sur  les  Miroirs. 

Les  miroirs  ont  inspiré  les  poètes  et  le  Mercure  de  France,  d'octobre  1708, 

posait  cette  énigme  en  vers  à  ses  lecteurs  : 

Je  sçay  faire  sans  mains,  sans  couleurs,  sans  peinture, 

Des  portraits  d'après  nature. 

Et  ce   qui  doit   en   moy  paroistre   encore   plus   beau, 

D'un    seul   trait,   je   commence   et    finis   ma   peinture. 

Je  fais  un  chat  un  chat,  un  vieillard  un  vieillard. 

Aux  gens  de  belle  humeur,  je  donne  un  air  gaillard  ; 

Je  donne  des  appas  aux  belles  ; 

Enfin  sans  peur  de  m'estre  trop  vanté, 

Je  me  puis  bien  nommer,   avec  les  plus  fidelles, 

L'image  de  la  vérité. 

III.  —  Miroirs  musiques. 

M.  De  Laborde,  dans  son  Glossaire.,  a  consacré  aux  miroirs  magiques 
quelques  lignes  que  nous  ne  pouvons  manquer  de  reproduire  ici  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCI 


email  de  limoges.   —   Etui  en  carton  estampé  destiné  à  contenir  le   miroir  n»  ,  et   6.   xvi''  siècle 

(Collection   Albert   Figdor.) 


CORSETS    EN    FER  101 

Les  miroirs  magiques  sont  des  miroirs  métalliques  sur  lesquels  sont  gravés 
légèrement  des  signes  et  des  inscriptions  cabalistiques,  assez  distincts  pour  être  vus 
sans  toutefois  troubler  les  reflets  des  miroirs.  Dès  l'Antiquité,  on  s'aperçut  qu'en 
présentant  cette  surface  miroitante  à  un  enfant  d'une  imagination  vive,  qu'on  exal- 
tait davantage  par  l'odeur  de  forts  parfums,  on  frappait  son  esprit,  et  que,  dans  son 
trouble,  il  voyait,  ou  plutôt  croyait  sincèrement  voir,  au  lieu  du  reflet  de  sa  propre 
figure,  au  lieu  des  signes  tracés  sur  la  surface  du  miroir,  tout  ce  qu'on  lui  demandait, 
avec  l'addition  de  circonstances  étranges,  telles  qu'une  imagination  surrexcitée 
vivement  peut  les  enfanter.  Depuis  la  plus  haute  Antiquité,  en  Asie,  jusqu'à  la  Cour 
du  Régent,  en  France,  jusqu'à  nos  jours  dans  le  Levant,  ces  miroirs  magiques  sont 
en  usage  et  en  vogue  mystérieuse. 

De  nos  jours  encore  les  Persans  sont  persuadés  qu'à  l'aide  des  miroirs 

d'acier  on  peut  faire  apparaître  les  anges  et  les  archanges  afin  de  solliciter, 

par  leur  intermédiaire,  un  secours  divin.  Voici  la  manière  de  réaliser  ce 

prodige  : 

On  écrira  sur  les  bords  d'un  miroir  les  noms  des  quatre  archanges  Gabriel, 
Michel,  Azraël  et  Asrafel,  avec  ces  mots  de  l'Alcoran  relatifs  à  la  toute  puissance  de 
Dieu  :  «  Sa  parole  est  véritable  et  à  lui  est  le  pouvoir». 

On  parfumera  alors  le  miroir  ;  on  jeûnera  pendant  sept  jours,  on  gardera  la 
retraite  la  plus  sévère,  puis  on  chargera  quelqu'un  de  tenir  le  miroir  ;  si  l'on  n'a 
personne  auprès  de  soi,  on  le  tiendra  soi-même.  On  récitera,  enfin,  certaines  prières, 
aussitôt  l'ange  apparaîtra  dans  le  miroir  et  on  pourra  lui  exposer  ses  désirs. 

Dans  les  romans  orientaux,  il  est  souvent  fait  mention  de  miroirs  qui, 
enduits  d'une  certaine  substance,  permettaient  de  faire  connaître  les  plus 
grands  secrets  à  celui  devant  lequel  ils  étaient  présentés. 

Les  Anciens  n'ignoraient  pas  les  vertus  secrètes  attachées  aux  miroirs 
magiques  et  ils  appelaient  «  catoptromancie  »,  l'art  de  lire  l'avenir  dans 
les  miroirs. 

Pausanias  explique  longuement  l'usage  de  ces  miroirs  merveilleux   . 

Pour  opérer  ce  genre  de  divination,  dit-il,  on  faisait  descendre  le  disque  de 
métal  dans  une  fontaine  placée  devant  le  temple  de  Cérès.  On  voyait  apparaître, 
aussitôt  après,  sur  le  miroir,  l'image  du  postulant,  vivant  ou  mort,  suivant  l'issue 
que  devait  avoir  la  maladie.  (H.  R.  D'Allemagne.  Du  Khorassan  au  pays  des  Backh- 
tiaris.  Trois  mois  de  voyage  en  Perse.) 


VINGT-DEUXIÈME     PARTIE 


CORSETS    EN    FER 


Il  est  bien  difficile  de  préciser  le  rôle  qu'a  joué,  dans  le  costume  et  dans 
les  accessoires  de  la  toilette  le  corset  de  fer.  Certains  auteurs,  tel  que 
Martial  d'Auvergne,  considèrent  le  corset  de  fer  comme  synonyme  de  la 


102  TABLETTES  ET  SOUVENIRS 

brigandine,  attribution  qui  ne  semble  pas  devoir  être  acceptée,  car  la 
brigandine  était  à  proprement  parler  un  vêtement  sur  lequel  étaient  cousues 
des  lamelles  ou  des  colliers  de  fer  rivés  qui  ordinairement  étaient  main- 
tenus entre  deux  fortes  toiles. 

Les  comptes  anciens  mentionnent   quelquefois  ces  corsets  de  défense  : 

1315.  —  Pour  la  façon  d'un  corset  à  armer.  (Cple  d'hôtel  de  Robert  d'Artois. 
Arch.  du  Pas-de-Calais.  A.,  342.) 

1450.  —  Que  ledit  harnoys  soit  ni  large  et  si  ample  que  on  puisse  vêtir  et  mettre 
dessoubs  ung  pourpoint  ou  courset.  (Le  Roi  Benè.  Devis  d'un  tournoi.  Edit.  Quatre- 
barbes.  T.  II,  p.  11.) 

1468.  —  Entrée  des  Français  à  Bordeaux,  en  1451.  -  Puis  alloit,  le  chancelier  de 
France,  à  cheval,  qui  cstoit  armé  d'ung  corset  d'acier  et  par  dessus  une  jacquette 
de  velours  cramoisy.  (Chronique  de  J.  du  Clerc,  p.  31.)  (Gay.   Gloss.)  (1). 


VINGT-TROISIÈME     PARTIE 


TABLETTES     ET     SOUVENIRS 
I.  —  Les  tablettes  «le  cire  «iaiis  l'antiquité. 

A  une  époque  où  la  matière  subjective  destinée  à  recevoir  les  traces 
laissées  par  l'encre,  était  fort  rare,  on  utilisait  de  minces  feuilles  de  corne, 
de  bois  dur,  d'os,  d'ivoire,  d'argent  et  même  d'or  qu'on  enduisait  de  cire 
et  sur  lesquelles  on  écrivait  au  moyen  d'un  style  ou  greffe. 

Les  plus  anciennes  tablettes  remontent  à  l'Antiquité  et  l'histoire  nous 
dit  que  les  tables  de  la  Loi  reçues  par  Moïse  étaient  en  airain. 

Les  Romains  se  servaient  couramment  des  tablettes  et  les  fameuses 
feuilles  de  bronze  découvertes  dans  le  Rhône,  sur  lesquelles  était  gravée 
la  Constitution  que  l'empereur  Claude  avait  donnée  à  la  ville  de  Lyon, 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  quatre  pièces  qui  peuvent  rentrer  dans  cette  catégorie  ; 
nous  les  avons  reproduites  PL  CCXXXVI.  A  la  partie  supérieure  de  cette  planche,  la  figure  de  droite  est  évi- 
demment un  corset  de  femme  terminé  par  une  taille  très  en  pointe  (n°  2522).  La  figure  voisine  servait  simple- 
ment à  maintenir  le  dos  (n°  2521)  ;  il  est  bien  possible  que  nous  nous  trouvions  ici  en  présence  d'une  pièce 
d'orthopédie,  étant  donné  la  confection  même  de  l'objet  et  les  innombrables  trous  dont  il  est  percé. 

La  pièce  n°  6127,  placée  au  bas  et  à  gauche  de  la  planche  semble  être  une  cuirasse  secrète  comme  on  en 
portait  à  l'époque  de  la  Renaissance  ;  elle  est  garnie  tout  autour  de  bandes  gravées  à  l'eau  forte  ;  les  contours 
sont  bordés  de  velours  de  façon  à  en  rendre  le  port  moins  pénible. 

Le  dernier  corset  de  fer  (n°  2524)  est  vu  de  dos  ;  comme  le  n°  2521,  il  est  entièrement  garni  de  lignes  de 
trous  destinés  à  alléger  la  pièce  et  à  faciliter  l'aération. 

Sur  la  même  planche  nous  avons  représenté  un  bras  de  mutilé  en  fer.  Cette  pièce  orthopédique  a  été  cons- 
truite suivant  les  modèles  et  les  données  indiqués  par  Mathurin  Jousse  dans  son  traité. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCII 


». 


Styles  ou  pointes  à  tracer  en  bronze  et  fer.  Tablettes  de  cire  et  carnets  à  feuillets  de  parchemin  lavable 

Bois,  cuir  et  argent.   Du  xv°  au  xvn»  siècle. 
(Collection  Albert   Figdor.) 


LES    TABLETTES    DE    CIRE    AUX    XVe    ET    XVIe    SIÈCLES  103 

reçurent  le  nom  de  tables  d'airain,  par  les  Actes  consulaires  de  la  ville  (Arch. 
Comm.  de  Lyon,  série  BB,  reg.  147). 

Généralement  les  tablettes  étaient  à  plusieurs  feuillets  qu'on  enfermait 
entre  deux  planchettes  résistantes  chargées  de  les  garantir  contre  les  atteintes 
extérieures. 

II.  —  Les  tablettes  des  comptes  de  l'hôtel  du  Roi  au  XIIIe  siècle. 

Le  plus  ancien  document  que  nous  possédions  sur  ce  sujet  se  rapporte 

aux  tablettes  remontant  aux  années  1256  et  1257  dont  M.  N.  de  Wailly 

a  donné  une  description  minutieuse  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  des 

Inscriptions  (série  deuxième,  t.  XVIII,  p.  537).  Ces  tablettes  fournissent 

de  précieux  renseignements  sur  les  comptes  de  l'Hôtel  du  Roi. 

Ces  tablettes  se  composent  de  14  feuilles  en  bois  de  platane,  enduites  de  cire 
sur  le  recto  et  le  verso,  excepté  la  première  et  la  dernière  qui  en  portent  seulement 
sur  la  surface  intérieure,  parce  que  l'autre  côté  n'était  destiné  qu'à  servir  de  couver- 
ture au  registre.  Ces  feuilles,  arrondies  par  le  haut,  ont  20  centimètres  de  largeur 
sur  45  de  hauteur,  y  compris  la  partie  cintrée  qui  commence  à  peu  près  à  39  centi- 
mètres de  la  base.  Sur  chaque  feuille,  l'espace  réservé  à  la  cire  est  d'environ  18  cen- 
timètres sur  43.  Cet  espace  est  entouré  d'une  marge  qui  a  un  peu  plus  de  1  centimètre 
à  la  base  et  sur  les  côtés,  mais  qui  s'augmente  graduellement  sous  la  partie  cintrée  en 
formant  sous  le  cintre  principal  deux  courbes  intérieures  dont  le  point  d'intersection 
est  à  3  centimètres  du  haut  de  la  feuille.  Cette  forme  élégante  se  répète  sur  toutes 
les  feuilles  ;  en  outre,  l'espace  circonscrit  par  les  marges  a  été  légèrement  creusé  et 
avec  tant  de  précision  que  la  couche  de  cire  qui  n'est  guère  que  de  1  millimètre,  se 
trouve  parfaitement  de  niveau  avec  la  marge  qui  l'entoure.  L'épaisseur  de  chaque 
feuillet  varie  entre  7  et  8  millimètres  et  celle  du  registre  tout  relié  (au  moyen  de 
bandes  de  parchemin  passées  sur  le  dos  des  tablettes),  n'excédait  guère  10  centi- 
mètres ;  c'est-à-dire  qu'on  avait  réussi  à  réunir  les  14  feuilles  de  bois  et  à  les  rap- 
procher avec  une  exactitude  presque  mathématique. 

Les  tables  ou  tablettes  étaient  fort  en  usage  aux  xme  et  xive  siècles 
et  les  poètes  de  l'époque  ne  manquèrent  pas  de  les  célébrer  : 

Et    moult    volontiers    escrissoit 
En    tables    quant    loisir    avoit. 

{Chronique  rimée  de  Philippe  Mouskes.  (T.  I,  p.  125.) 

Le  Roman  de  Floire  et  Blanchejlor  nous  donne  une  explication  plus 
détaillée  encore  sur  l'emploi  des  tablettes  : 

1180.  —  Et  quand  à  l'escole  venoient 

Lors   tables   d'yvoire    prenoient. 
Adont    lor    veissiez    escrire 
Lor  Letres  et  vers  d'amors  en  cire, 
Lor    graffes    sont    d'or    et    d'argent 
Dont   escrivent   sotivement. 

III.  —  Les  tablettes  tle  cire  aux  XV*  et  XVI»  siècles. 

En  raison  de  la  couche  de  cire  qui  les  recouvrait,  les  tablettes  étaient 
vendues  par  les  épiciers  : 


104  TABLETTES  ET  SOUVENIRS 

1359.  —  A  Jehanin  l'espicier  pour  II  paires  de  tables  blanches  pour  le  Roy, 
2  s.  6  d.  -  Item  pour  II  greffes  d'argent  11  sols.  {Journal  de  la  dépense  du  roi  Jean  II 
d' Angleterre.) 

Au  XVe  siècle,  les  tablettes  étaient  parfois  d'une  extrême  munificence. 

1418.  —  Une  laiecte  de  bois  en  laquelle  estoient  contenues  les  choses  qui  s'ensui- 
vent ;  premièrement,  une  tablette  de  cire,  d'argent  doré  à  ymages.  {Inv.  des  Joy.  de 
la  Cour,  conservés  à  la  Bastille  Saint-Antoine.) 

Au  xvie  siècle,  on  utilisait  encore  les  tablettes  ainsi  qu'on  le  constate 

sur  une  commande  de  bijoux  faite  par  la  reine  Catherine  de  Médicis  à  Dujar- 

din,  orfèvre  de  Charles  IX  : 

1571.  —  Un  per  de  tabletes  de  la  grandeur  de  la  pinteure  que  la  royne  mer  du 
Roy  lui  ha  monstrée  et  y  sera  d'un  cousté  ladicte  pinteure  et  de  l'aultre  cousté  aussi, 
un  aultre  de  pareille  grandeur  et  la  devise  que  M.  de  Roysi  lui  dira. 

IV.  —  Tablettes  et  agendas  an  XVII»  siècle. 

Au  xviie  siècle,  les  tablettes  tout  en  conservant  leur  nom,  changent 
complètement  d'aspect  ;  elles  cessent  d'être  en  ivoire,  en  ardoise  ou  en 
plomb,  pour  devenir,  suivant  Savary  (Dict.  Universel,  t.  III,  p.  910),  «une 
espèce  de  petit  livre  ou  agenda  qu'on  met  en  poche,  qui  a  des  feuilles  de 
papier  ou  de  parchemin  préparé,  sur  lesquelles  on  écrit  avec  une  touche 
ou  un  crayon,  les  choses  dont  on  veut  se  souvenir)). 

Souvent  ces  tablettes  fermaient  à  clef.   Jean   Hérouard,  parlant  du 

jeune  Dauphin,  futur  roi  Louis  XIII,  écrivait  à  la  date  du  2  octobre  1607  : 

Il  s'amusoit  avec  la  clef  de  ses  tablettes  à  ouvrir  celles  de  Mme  de  Monglat. 
Il  les  ouvre  et  soudain  s'écrie  :  «  Héhé,  Mamanga,  je  m'en  vais  vous  montrer  un 
miracle.  La  clef  de  mes  tablettes  ouvre  les  vôtres  ». 

Ces  tablettes  étaient  toutes  très  luxueuses  ;  c'est  ainsi  que  la  marquise 
de  Courcelles  raconte  dans  ses  Mémoires  (p.  171),  qu'un  jour  elle  reçut 
en  l'année  1665,  une  boîte  dans  laquelle  se  trouvaient  «  des  boîtes  de  dia- 
mants, un  chapelet  de  filigrane  garni  de  diamants,  une  montre  et  des  tablettes 
de  même,  dans  lesquelles  était  le  portrait  de  M.  de  Ménars». 

D'après  le  Livre  commode  des  adresses,  de  1692,  on  trouvait  ces  objets 
chez  les  sieurs  Thierry,  rue  du  Petit-Heuleu,  A  l'Etoile  ;  de  Monceau, 
à  la  Bastille  et  Darné,  rue  de  la  Vieille-Draperie,  qui  fabriquaient  «  des 
tablettes  de  poche  d'une  grande  propreté». 

V.  —  Tablettes-souvenirs  offertes  en  présent  an  XVIII*  sièele. 

Au  xvme  siècle,  les  tablettes  faisaient  partie  des  accessoires  qu'on 
offrait  en  cadeau.  En  1714,  Louis  XIV  avait  envoyé  le  duc  de  Saint-Aignan 
au-devant  de  la  reine  d'Espagne  en  lui  confiant,  pour  cette  dernière,  un 
présent  de  bijoux  s'élevant  à  144.484  livres.  Parmi  les  objets  compris  dans 
ce  don  somptueux  on  remarquait  une  montre,  un  agenda,  des  étuis  d'or 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCIII 


Carnets  souvenir  d'amitié  en  nacre,  en  ivoire  découpé  ou  en  métal  moiré   montés  en  bronze  doré 

Carnets  de  notes  relies  eu  écaille  ou  en  peau  de  chagrin.   Du  xvii»  au  xIXe  siècle 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


CARNETS    ET    TABLETTES    ORNES    DE    PIERRES    PRÉCIEUSES  105 

à  ciseaux,  à  couteaux  et  à  cure-dents,  des  boîtes  à  mouches,  des  drageoirs, 
des  flacons,  des  corbeilles  et  «une  tablette  d'or  de  1.200  livres». 

A  la  Cour  de  France,  les  tablettes  figuraient  dans  la  corbeille  de  mariage 
des  princes  et  des  princesses  ;  celle  de  la  princesse  Marie-Thérèse-Antoi- 
nette, renfermait  entre  autre  «  une  tablette  d'or  émaillé  en  vert,  de  1.320  livres 
et  une  tablette  d'ancien  laque  garnie  en  or».  {Arch.  Nat.,  01  -  3.252). 

Au  xvme  siècle,  l'échange  des  présents  était  général  entre  les  diverses 
Cours  d'Europe  et  nos  ambassadeurs  emportaient  dans  leurs  résidences 
toutes  sortes  d'échantillons  de  l'orfèvrerie  et  de  la  joaillerie  françaises:  montres, 
bagues,  tabatières,  étuis,  médailles  et,  souvent  aussi,  des  riches  tablettes. 

Dans  le  Livre- Journal  de  Lazare  Duvaux,  le  marchand  de  curiosités 

à  la  mode,  on  rencontre  la  nomenclature  des  tablettes  qu'il  livrait  à  ses 

clients  : 

6  août  1750.  —  A  M.  Duflot,  une  tablette  de  laque  garnie  d'or  dans  un  sac, 
31 7  livres. 

17  mars  1753.  —  Mme  de  Pompadour  :  une  tablette  en  pierre  rose  montée  en 
or,  1.008  livres. 

25  mars  1753.  —  Mme  de  Pompadour,  une  tablette  de  laque  aventurine  sans 
charnières  à  deux  tètes  de  porte-crayon  garnies  d'or,  290  livres. 

4  novembre  1755.  —  A  Mme  de  Pompadour,  une  tablette  de  laque  garnie  d'or 
390  livres. 

10  décembre  1755.  —  A  Mme  de  Pompadour,  une  tablette  de  2  plaques  d'agate 
d'Orient,  montée  à  jour,  en  or  émaillé  de  62  louis  (1.488  livres). 

En  1771,  les  tablettes  de  la  comtesse  de  Provence  faisaient  partie  d'un 

riche  étui  agrémenté  de  2.533  brillants  qui  renfermait,  outre  les  tablettes, 

des  couteaux,  ciseaux  et  porte-crayons  {Arch.  Nat.,  01,  3031). 

VI.  —  Carnets  et  tablettes  ornés  «le  pierres  précieuses. 

Les  tablettes  continuèrent  à  être  à  la  mode  jusqu'à  la  fin  du 
xvme  siècle.  A  la  vente  du  fonds  du  sieur  Scapre,  bijoutier,  qui  eut  lieu 
le  12  décembre  1771,  on  voyait  figurer  des  «tablettes-souvenirs  à  serrures 
d'or».  Le  Journal  général  de  Paris,  du  3  avril  1781,  offrait  une  récompense 
à  qui  rapporterait  à  son  propriétaire  «les  tablettes  d'argent  couvertes  en 
écaille,  dans  lesquelles  sont  trois  portraits  en  miniature»  qu'il  avait  perdues. 
Enfin,  à  la  vente  du  sieur  Villeclair,  orfèvre  au  pont  Saint-Michel,  qui  eut 
lieu  le  18  mars  1785,  on  offrait  au  public  «  des  tablettes  et  boëtes  en  mala- 
chite garnies  d'or». 

Le  carnet-souvenir  semble  avoir  vu  le  jour  vers  le  milieu  du  xvme  siècle 
et  la  première  mention  qu'on  en  ait  rencontrée  est  mentionnée  dans  l'Inven- 
taire de  Mme  de  Pompadour,  en  1766.  Ce  document  n'en  décrit  pas  moins 
de  huit,  en  maroquin,  en  écaille,  en  carton  vernissé  tous  garnis  d'or,  de 
chiffres,  de  porte-crayons  et  de  médaillons  en  or.  Le  25  avril  1780,  le  Journal 

14 


106  FERMOIRS    DE    LIVRES    ET    RELIURES    EN    MÉTAL 

général  de  France  offrait  48  livres  à  qui  rapporterait  à  Mme  de  Pinville  «  un 
souvenir  d'écaillé  vert,  garni  en  or  à  jour,  avec  médaillon  en  camayeu  et 
deux  tablettes  d'ivoire,  dans  un  sac  de  peau»,  qu'elle  avait  perdus. 

Au  point  de  vue  de  la  collection  à  proprement  parler,  les  tablettes 
rentrent  dans  le  genre  des  souvenirs  d'amitié,  carnets  de  bal,  étuis,  sur 
lesquels,  pendant  le  xvme  siècle,  s'est  exercée,  avec  une  grande  maestria, 
la  verve  inépuisable  des  orfèvres  et  des  bijoutiers,  fournisseurs  attitrés  du 
«Petit  Dunkerque»  et  autres  magasins  à  la  mode  (1). 

VII.  —  Carnets  «le  bal  et  s«oiiveiiîr»  an  XIXe  si«c*I«». 

Au  xixe  siècle,  on  a  continué  à  faire  de  riches  carnets,  ordinairement 
en  nacre,  garnis  d'applications  d'or  ou  de  cuivre  doré. 

Les  carnets  de  bal  étaient  souvent  aussi  en  ivoire,  en  argent  richement 
travaillé  ou  en  or  enrichi  de  ciselures  faites  avec  des  ors  de  différentes  cou- 
leurs ;  au  centre  de  ces  menus  objets  se  trouvaient  presque  toujours  des 
miniatures  ou  des  incrustations  de  pierres  plus  ou  moins  précieuses. 

Dans  le  Catalogue  de  V Exposition  publique  des  Produits  de  l'Industrie 
française  au  Palais  du  Louvre,  en  1823,  on  relève  le  nom  de  plusieurs  indus- 
triels qui  s'étaient  spécialisés  dans  la  fabrication  et  la  vente  des  carnets- 
souvenirs  et  des  portefeuilles  : 

Holzbacher,  176,  rue  Saint-Martin,  à  Paris,  avait  exposé  des  néces- 
saires, des  portefeuilles,  des  trousses  de  toilette,  des  albums  et  souvenirs. 

Lioche  fils,  demeurant  4,  rue  Molay,  à  Paris,  présentait  au  public  des 
portefeuilles  et    albums. 

Léopold  Huret,  3,  rue  de  Gastiglioue,  offrait  aux  visiteurs  des  porte- 
feuilles avec  garnitures  ciselées  et  dorées. 


VINGT-QUATRIÈME     PARTIE 


FERMOIRS   DE    LIVRES    ET    RELIURES  EN  METAL 

Les  reliures  qui  ont  été  faites  depuis  l'époque  carlovingienne,  ont  été 
souvent  de  véritables  chef-d'œuvres  d'orfèvrerie  dans  lesquels  venaient 
s'enchâsser  des  pierres  précieuses.  Mais  c'est  surtout  sur  les  fermoirs  que 


(I)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  la  pièce  la  plus  remarquable  est  celte  reliure  de  carnet  portant 

les  armes  de  Colbert  ;  elle  est  en  acier  bleui,  damasquiné  d'or.  Au  cenlre,  se  trouve  la  couleuvre  symbolique 

urmontée  d'une  couronne  en  forme  de  tortil  de  baron,  tandis  que,  sur  une  banderolle,  on  lit  l'inscription  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCIV 


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Carnets  souvenir  d  amitié  en  nacre  ou  en  métal  moiré  montés  en  bronze    xixe  siècle 

Carnet  en  broderie,  xvin»  siècle.  —  Almanachs  en  papier.   Époque  Empire 

(Collection  Albert  Figdor.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCV 


13 


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^^^*l| 


14 


Fermoirs  de  livres  en  argent  ciselé,  découpé  ou  repercé.  Travail  hollandais.  xviii=  «iècle 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


FERMOIRS    DE    LIVRES    ET    RELIURES    EN    MÉTAL  ]  07 

s'exerçait  l'habileté  des  orfèvres.  Ces  fermoirs  ou  agrafes,  servaient  à  rap- 
procher les  ais  de  bois  ou  les  cartons  des  reliures  ;  ils  sont  ou  métalliques 
avec  charnières  ou  crochets,  ou  sans  charnières  avec  crochets  montés  sur 
cuir  ou  sur  tissu  ;  on  les  fixait  généralement  sur  l'épaisseur  de  la  couverture 
mais,  souvent  aussi,  ils  étaient  appliqués  sur  le  plat  au  moyen  de  cabochons 
de  métal  précieux  ou  de  pierreries. 

1372.  -—  2  fermoirs  d'or  à  heures,  et  à  chascun  4  perles  et  ou  milieu  un  rubis 
d'Alexandrie,  prisée  12  fr.  d'or.  (Test,  de  Jeanne  d'Ecreux,  p.  139.) 

1373.  —  Le  livre  des  Esches  moralisé,  couvert  de  veluyeau,  à  queue  et  fermoers 
d'argent  à  cisgnes  blancs,  et  le  donna  au  roy,  Mgr  de  Berry  son  frère.  (Inc.  des  livres 
de  Charles  V.  N°  56.  Biblioth.  prototyp.,  p.  54.) 

1380.  —  Un  petit  messel  à  l'usage  de  Saint  Domenique,  sans  note,  à  deux 
fermoirs  d'argent  esmaillez  de  France.  (Inc.  de  Charles  V.) 

1416.  —  Une  très  belle  bible  escripte  en  françois...  à  2  fermouers  d'argent 
dorez,  esmaillez  de  Adam  et  Eve.  (Inc.  du  duc  de  Berry.) 

1488.  —  A  Nicolas  Lesoupple,  orfèvre  demourant  à  Angiers  pour  trois  marcs 
quatre  onces,  six  gros,  ung  denier  d'argent  fin  employés  par  le  commandement  dudit 
Sgr  (le  roi)  à  faire  et  forgier  dix  boulions  goderonnez.  huit  coings  sur  chascun  desquel z 
a  ung  boullon  aussi  godenonnez,  deux  fermouers  larges  de  deux  grans  doys  chascun, 
sur  lesquelz  fermouers  il  a  gravé  d'un  costé  ung  crucifiement  de  Notre  Seigneur  et 
une  Annonciation  et  sur  l'autre  costé  gravé  et  esmaillez  les  armes  de  France  ;  les- 
quelles choses  il  a  mises  et  assises  sur  unes  grans  heures  en  grant  volume  apparte- 
nant audit  Sgr,  appelles  les  Heures  de  feu  duc  Jehan  de  Berry.  A  faire  et  forgier 
aussi  deux  pièces  plates  servans  à  attachet  le  ruban  desditz  fermouers  et  sept  char- 
nières par  lui  assises  et  clouées  sur  le  dos  desdites  heures. 

Le  tout  camoché  a  petiz  poinçons  avecques  plusieurs  petitz  cloz  d'argent  pour 
attacher  et  asseoir  ladite  garniture,  91  1.  6  s.  3  d.  (Arch.  nat.  KK.,  70,  f°  166,  v°) 
(Gay.  Gloss.  arch.)  (1). 

Cependant,  si  le  mot  fermoir  était  le  plus  souvent  employé  pour  dési- 
gner l'agrafe  des  livres,  on  rencontre  aussi  l'expression  «fermail»,  qui  dési- 
gnait plus  spécialement  l'agrafe  des  vêtements,  de  même  que  son  pluriel 
■x  fermaulx  »  ou  son  diminutif  «  fermillet  »  : 

1497.  —  Une  heures  à  deux  fermailz  d'or,  estimez,  les  dits  deux  fermailz  à 
dix  escuz  ou  environ.  (Inc.  de  Catherine  de  Bohan). 

1524.  —  Une  petites  heures  escriptes  à  la  main,  lesquelles  sont  couvertes  de 
velours  noir  et  a  ung  fermeillet  d'or  ou  milieu.  —  Une  aultre  heures  longuettes, 
escriptes  à  la  main,  où  il  a  deux  fermeillets  d'or.   (Inc.  de  Marguerite  d'Autriche). 


Rerum  Prudentia  Custos.  A  l'intérieur  de  cette  reliure  se  trouve  le  chiffre  de  Colbert  surmonté  d'une  couronne 
de  baron.  (PI.  CCC  et  CCCI.)  Cette  pièce  porte  dans  la  bordure  la  signature  de  Le  Guay. 

Sous  les  n°a  1796  à  1801,  on  voit  quatre  carnets  munis  d'une  série  de  feuillets  en  ivoire.  La  couverture  de 
ces  carnets  est  formée  d'une  plaque  d'acier  bleui  damasquinée  d'or  et  d'argent.  (PI.  CCC). 

Parmi  les  porte-tablettes,  nous  ne  pouvons  manquer  de  signaler  le  n°  1213,  qui  est  en  acier  découpé  et 
ciselé.  (PI.  CCCI). 

(1  )  Toutes  ces  reliures  en  métal  précieux  ne  valent  pas,  au  point  de  vue  de  la  rareté,  les  spécimens  de  reliure 
d'acier  ou  de  fer  gravé  que  M.  Le  Secq  des  Tournelles  a  su  trouver  pour  prouver  que  le  fer,  le  roi  des  métaux, 
avait  été  employé  d'une  façon  merveilleuse  aux  usages  les  plus  divers  et  les  plus  inattendus.  Sous  le  n°  1945, 
nous  voyons  figurer  une  reliure  en  fer  massif  finement  gravé  remontant  au  xvn»  siècle,  dont  le  travail  des 
charnières  rappelle  tout  à  fait  la  manière  dont  étaient  établis  les  couvercles  des  boîtes  et  des  drageoirs. 

Pour  le  xvme  siècle,  nous  citerons  cette  amusante  couverture  de  paroissien  en  bois  recouvert  de  velours 
noir,  sur  lequel  viennent  s'appliquer  des  plaques  d'acier  ciselé  cloutées  de  perles  taillées  à  facettes.  (PI.  CCCI  I). 


108  ESCARCELLES 


VINGT-CINQUIÈME     PARTIE 


ESCARCELLES 
I.  —  IEoiiisi "-.  Alloièros  et  Aumônier*»*  nu  XIVe  sièclt». 

Les  sacs  que  les  dames  du  Moyen  Age  avaient  coutume  de  porter  à  leur 
ceinture  ont  été  désignés  sous  différents  noms,  mais  il  ne  semble  pas  que 
la  forme  ait  varié  considérablement,  quelle  que  fut  leur  appellation.  Ces 
accessoires  delà  toilette  étaient  indifféremment  dénommés  «bourses,  alloière, 
aumônières,  escarcelles  et  même  gibecières...» 

La  bourse,  destinée  à  contenir  l'argent  monnayé  ou  toute  autre  chose 
de  petit  volume,  s'attachait  à  la  ceinture  par  une  courroie  ou  une  chaînette. 
Les  bourses  qui  portaient  des  reliques,  objet  de  dévotion,  étaient  suspendues 
à  la  poitrine. 

Les  bourses  étaient  généralement  fabriquées  en  étoffe  brodée  et  bla- 
sonnée,  mais  souvent,  elles  étaient  en  peau. 

1322.  —  Premièrement,  que  nuls  ne  nulles  dud,  mestier  face  faire,  vende  ne 
achète  bourses  de  lièvres  et  de  chevrotins  fourrées  de  mouton,  ne  bourses  de  mouton 
fourrées  de  lièvre. 

It.  Que  il  ne  facent  ne  facent  faire,  vendre  ou  achiter  gibecières  de  lièvre  qui 
ne  soient  estofées  de  fin  cuer  de  soie  entièrement,  ne  boursses  aussi. 

It.  Que  nulles  bourses  ne  gibecières  de  mouton  quelles  qu'elles  soient  il  ne  ven- 
dent ne  facent  vendre  pour  lièvre. 

It.  Que  nulles  petites  bourssettes  de  lièvre  il  ne  facent,  ne  facent  faire  qu'il  ne 
soient  aussi  bien  garnies  dehors  et  dedens  comme  les  grans. 

It.  Que  nuls  ne  nulles  dud.  mestier  ne  mettent  ou  facent  mettre  en  boursses 
de  lièvre,  perdes  ne  pierrerie  aucune  qui  ne  soient  fines  et  loyaus.  (Statuts  des  bour- 
siers de  Paris.  Ms  C,  f°  5,  v°.) 

1352.  —  2  boursetes  à  reliques,  faites  à  ymages  de  brodeure  et  à  chapiteaux  de 
grosses  perles  et  menues...  un  bon  las  d'or  de  Chypre  et  de  soye  à  les  porter...  et 
10  boutons  de  perles...  (Cpte,  d'Et.  de  la  Fontaine.) 

1385.  —  A  Euvrarde,  ouvrière  de  broudure,  pour  son  salaire  et  labeur  d'avoir 
fait  et  ouvré  de  broudure  une  bourse  pour  les  sceaulx  de  la  ville,  que  porte  à  son 
chaint  le  majeur  d'Amiens.  (Cptes  de  la  fille;  cit.  Demay.  Le  costume  au  Moyen  Age, 
p.  62.) 

1387.  —  A  Katherine,  la  boursière...  pour  une  petite  bourse  de  veluiau  vermeil 
en  graine,  garnie  par  dedens  et  estoffée  de  boutons  d'or  de  Chippre  et  de  pendans 
de  soye...  pour  mettre  dedens  une  petite  croix  en  laquelle  il  a  dedens  de  la  vraye 
croix,  pour  porter  à  la  poitrine  de  Mgr  le  duc  de  Thouraine,  8  s.  p.  (8e  Cpte  roy.  de 
Guill.  Brunel,  f«  178.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCVI 


Bourse  eu  soie   tissée  provenant  de  la  cathédrale  de   Verdun.   Elle  est   décorée  d'armoiries  de  fantaisie.   xiv«  siècle. 

(Collection   Albert   Fiçdor.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCVII 


^3 


Montures  cTescarceUes  ou  Ce  oou.es  à  faucon^no^ees  ,,  chapes  ,   Fer  forge.   AUemagne.  ^  et  ^  siec.es. 


LES    ESCARCELLES    DU    XIIIe    AU    XVIe    SIÈCLE  109 

Parmi  les  bourses  destinées  à  contenir  les  jetons  ou  l'argent  monnayé, 
la  bourse  à  «  cul  de  villain  »  était  très  employée  au  xive  siècle. 

1380.  -  -  N°  1831.  Une  boursecte  à  cul  de  villain  à  2  escuz  de  France,  garnye 
de  perles.  (Inv.  de  Charles  V.) 

Une  bourse  de  cuir  blanc  et  rouge,  faicte  à  cul  de  villain,  à  trois  boutons  de 
perles  ou  dedens  a  unes  patenostres  d'or.  (Idem.) 

Ces  bourses  gemelles  dites  à  «  cul  de  vilain  »  étaient  établies  d'une  forme 
très  spéciale  qu'il  n'est  pas  possible  d'indiquer  plus  clairement  ici.  Nous 
renvoyons,  pour  plus  de  précision,  le  lecteur  à  l'ouvrage  de  M.  Victor  Gay 
(Gloss.  Arck.,  t.  Ier,  p.  524),  qui  donne  une  représentation  de  cette  sorte 
de  bourse  d'après  un  tableau  d'Ant.  Vivarini,  conservé  à  la  Galerie  de  Berlin. 
Ces  accessoires  étaient  fort  en  honneur  au  xive  siècle  et  d'un  travail  soigné. 

L'alloière  était  une  bourse  destinée  à  renfermer  l'argent;  son  nom 
venait  d'aloi  ou  titre  des  monnaies.  Elle  se  portait  à  la  ceinture.  Le  plus 
souvent  en  cuir,  on  fit  également  cette  bourse  en  toutes  sortes  d'étoffes,  avec 
garnitures  de  fer  ou  d'orfèvrerie  du  travail  le  plus  délicat  et  le  plus  riche. 

L'aumônière  était,  à  proprement  parler,  un  petit  sac  destiné  à  ren- 
fermer l'argent  réservé  aux  aumônes  ;  cependant,  par  extension,  on  a  donné 
ce  nom  aux  sacs  de  toutes  sortes  où  l'on  plaçait  les  menus  objets,  tels  que 
clefs,  bijoux,  tablettes  à  écrire,  etc..  Cet  objet,  pendant  tout  le  Moyen  Age, 
faisait  partie  du  costume  et  se  portait  à  la  ceinture.  Dès  l'époque  de  Ghar- 
lemagne  on  en  trouve  la  représentation  graphique.  La  forme  trapézoïde 
à  sommet  arrondi  est  celle  des  aumônières  sarrazinoises  rapportées  d'Orient 
par  les  Croisés.  Cette  forme  s'est  conservée  jusqu'au  xvie  siècle,  mais  avec 
addition  d'une  garniture  métallique  souvent  très  riche. 

Les  aumônières  étaient  parfois  garnies  de  plaques  rigides  en  fer  découpé 
et  repoussé  (1). 

H.  —  Les  escarcelles  «lu  XIIIe  au  XVIe  siècle. 

Le  genre  de  bourse  qui  nous  intéresse  plus  spécialement  ici,  est  l'escar- 
celle, qui  se  distingue  des  autres  par  sa  ferrure,  laquelle  atteint  parfois  les 
proportions  d'un  véritable  monument. 

Dès  le  xme  siècle,  les  escarcelles  sont  en  usage  en  France. 

1208.  —  1  garçon  mult  bien  atourné 
Qui  porte  1  escarcel  doré 
A   1   lion  à  sa  cainture. 

(Amadas  et  Ydoine,  vers  4064.) 

Au  xvie  siècle,  les  escarcelles  étaient  encore  en  usage  et  nous  en  trou- 
vons une  intéressante  description  dans  les  Comptes  Royaux  de  Julien  de 
Boudeville  (fos  26  et  61)  : 

(1)  Au  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  un  curieux  exemple  de  ce  genre  de  travail.  La  décoration 
figure  Adam  et  Eve  sous  l'arbre  de  vie,  au  Paradis  terrestre.  (N°  2608.  PL  CCL.) 


110  ESCARCELLES 

1557.  —  Pour  la  façon  d'avoir  monté  ung  fer  d'escarcelle  faict  à  la  damasquine, 
pour  servir  à  MdS  (le  roi).  Fourny  la  doubleure  et  soye  et  l'avoir  toute  bordée  et 
garnye  de  passement,  bouttons  et  cordons,  garnye  de  houppe  et  crespine,  le  tout 
d'or  superfin  et  de  soye  noire,  65  s... 

Pour  la  façon  d'une  escarcelle  de  velloux  noir,  fourny  la  doubleure,  passement 
et  bouttons  et  cordons  garnis  de  houppes  et  crespines,  le  tout  de  fine  soye,  pour 
servir  à  MdS,  30  s. 

Pour  ung  beau  fer  noir,  verny,  faict  tout  exprès  pour  lad.  escarcelle,  20  s. 

Henri  II  possédait  un  certain  nombre  d'escarcelles  et  on  lui  attribue 
la  magnifique  pièce  conservée  au  Musée  du  Louvre  sous  le  n°  582. 

1560.  —  Pour  avoir  remonté  2  escarcelles  de  velours,  de  fil  de  fer,  pour  porter 
à  la  chasse,  10  s.  t... 

Pour  deux  grandes  escarcelles  de  chamois  pour  servir  à  mettre  les  balles  et 
autres  besongnes  dud.  Sgr  (le  roi),  70  s.  (Troisième  Cm» pic  roy.  de  David  Blandin, 
[os  43  vn  eL  46). 

Les  escarcelles  étaient  souvent  surmontées  d'édifices  gothiques  flanqtiés 
do  tours  ajourées. 

On  a  fait  des  escarcelles  munies  de  fermoirs  en  fer  sur  la  face  desquels 
se  trouvaient  trois  masques  ou  mufles  de  lions  qui  formaient  une  combi- 
naison de  coffre-fort.  Par  une  pression  dans  un  sens  déterminé,  on  obtenait 
l'ouverture  du  petit  sac.  On  remarquera  à  ce  sujet  que  ces  boutons  ont  dû 
être  fabriqués  en  série,  car  au  lieu  d'être  ciselés  et  pris  dans  la  masse,  ils 
ont  été  estampés  dans  des  matrices  creuses,  de  la  même  manière  qu'on 
procédait  pour  obtenir  les  feuillages  des  pentures  de  nos  cathédrales. 

Ces  escarcelles  sont,  le  plus  souvent,  d'un  travail  allemand  et  les  plus 
riches  sont  décorées  d'incrustations  d'argent.  De  chaque  côté  de  la  tête, 
on  remarque  le  poinçon  du  maître,  dans  l'atelier  duquel  ces  objets  ont  été 
fabriqués.  Quelques-unes  de  ces  montures  d'escarcelles  ont  été  décorées 
d'incrustations  d'or  et  d'argent. 

III.  —  Escarcelles  dites  «charnières»,  servant  pour  la 

fauconnerie. 

A  côté  des  escarcelles,  on  a  fait  des  bourses  dont  les  montures,  fort 
simples,  sont  en  forme  de  poignées.  Elles  sont  de  dimensions  très  différentes  ; 
les  plus  grandes  servaient  à  la  fauconnerie  et  étaient  destinées  à  contenir 
les  appâts  pour  faire  travailler  le  faucon. 

Le  nom  exact  de  ces  bourses  est  «  charnière  »  qui  caractérise  ce  que  nous 
appelons  «carnier».  Dans  les  miniatures  on  rencontre  la  représentation  de 
cet  accessoire  de  chasse  du  fauconnier.  M.  Gay  {Gloss.  Arch.,  t.  Ier,  p.  340) 
a  reproduit  un  de  ces  exemples  provenant  de  la  Bibliothèque  Nationale 
(Ms.  Fr.,  n°  17,  f°  1).  Cette  miniature  représente  un  fauconnier  portant, 
sur  sa  main  droite  gantée  de  cuir,  un  faucon  ;  sur  sa  cuisse  gauche  est  un 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCVIII 


Escarcelles  et  bourses  montées  en  cuir  ou  en  filet.  xvie  siècle. 
(Collection   Albert   Figdor.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  XCIX 


Bourses  servant  de  porte-monnaie.  Soie  tissée  d'or  et  d'argent,  xvm'  siècle. 

(Collection   R.   Richebé.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI   C 


Bourses  destinées  à  contenir  des  jetons  d'or  ou  d'argent.  Velours  brodé  d'or  et  d'argent,  xvni*  siècle. 

(Collection   R.   Richebé.) 


BOURSES    DE    MARIAGE  111 

long  sac  fermant  par  une  monture  métallique.  Dans  un  traité  relatif  à  la 
fauconnerie,  l'accoutrement  du  fauconnier  est  ainsi  décrit  : 

Li  fauconniers  doit  avoir  une  bourse  à  sa  couroie  en  la  queille  il  mette  les  chars 
et  les  tirours,  la  queille  est  apelée  pour  ce  charnière  (La  Fauconnerie  de  Frédéric  II. 
Bibl.  Nat.  Ms  12.400,  f°  116.)  (1306.) 

IV.  —  Bourses  «le  mariage. 

En  étudiant  les  sacs,  on  ne  peut  manquer  de  dire  un  mot  des  bourses 
de  mariage  qui,  dans  les  cérémonies  nuptiales,  renfermaient  les  pièces  d'or 
que  le  mari  devait  offrir  à  celle  dont  il  allait  partager  l'existence. 

Au  Moyen  Age,  ces  bourses  étaient  presque  toujours  décorées  avec  une 
très  grande  richesse  ;  elles  portaient  les  armoiries  ou  les  initiales  des  deux 
familles,  quelquefois  des  émaux  représentant  le  portrait  des  deux  fiancés. 
Dans  Y  Inventaire  du  château  de  Vincennes  (1418),  on  trouve  la  mention 
d'une  de  ces  bourses  de  mariage  «  faite  en  broderie  garnie  de  perles  armoyée 
de  chascun  costé  des  armes  de  France  et  de  Bourgogne  et  ou  milieu  les 
armes  de  Bréban.  » 

Dans  Y  Inventaire  de  Gabrielle  d'Estrées  (1599),  on  trouve  «une  bourse 
d'esmail  de  coulombin  où  est  la  peinture  de  Madame  sœur  du  Boy.  » 

Pendant  le  XVIIe  siècle,  les  bourses  de  mariage  étaient  fort  à  la  mode 
el  la  ville  de  Limoges  fabriqua  une  quantité  considérable  de  ces  accessoi- 
res, dans  la  confection  desquels  elle  avait  acquis  une  grande  renommée. 

En  Orient,  l'usage  de  ces  bourses  de  mariage  subsiste  encore  aujourd'hui. 
Au  moment  de  la  consécration  de  la  cérémonie  nuptiale,  la  jeune  fille  offre 
à  celui  qui  va  devenir  son  mari,  une  bourse  en  soie  tricotée  qui  est  longun 
comme  un  bas  de  femme,  en  lui  disant  ces  paroles  pleines  de  malice  :  «  Mon 
cher  maître,  si  vous  m'aimez  comme  vous  le  dites,  remplissez  de  pièces  d'or 
cette  petite  bourse  jusqu'au  bord.  »  Dans  la  pratique,  le  futur  époux  se  con- 
tente de  glisser  un  simple  sequin  dans  ce  long  fourreau  (1). 

En  dehors  de  toutes  les  bourses  dont  nous  venons  de  parler,  on  rencon- 
tre, dans  les  inventaires,  la  mention  de  boursettes  qui,  au  lieu  de  se  porter 
extérieurement,  se  plaçaient  dans  la  poche. 


(1  )  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  les  escarcelles  sont  représentées  par  quelques  très  bons  exemples. 
Le  n°  2627  répond  bien  à  ce  que  nous  avons  dit  sur  les  fermoirs  de  bourses  surmontés  d'édifices  gothiques. 
Plus  simple  est  le  n°  5809  et  le  5810  qui  répondent  plutôt  au  type  des  charnières  ou  bourses  à  faucon.  (PL 
CCXL1X.) 

Les  fermoirs  d'escarcelles  de  l'époque  de  la  Renaissance  sont  amplement  représentés  dans  la  planche  CCL. 
L'acier  ciselé  offre  ici  le  même  caractère  que  le  métal  précieux  ;  ce  dernier  est  du  reste  répandu  à  profusion  sous 
forme  d'incrustations,  d'arabesques  et  de  dessins  les  plus  variés.  (PI.  CCL.) 

Avec  la  PI.  CCLI,  nous  nous  trouvons  en  préseni  ■  ■  de  ces  Fermoirs  de  bourses,  travail  de  Nuremberg,  garnis 
de  trois  mascarons  de  lions  constituant  une  fermeture  à  secret.  Ces  fermoirs  s'adaptaient  à  de  très  gros  sacs 
en  cuir  fauve  contenant  une  multitude  de  poches  destinées  à  séparer  les  diverses  pièces  de  monnaie  qui  étaient 
confiées  à  leur  garde. 


112  SACS    ET    RÉTICULES 


VINGT-SIXIÈME     PARTIE 


SACS     ET     RÉTICULES 
I.  —  Invention  «les  poelies. 

11  est  curieux  de  constater  les  différentes  évolutions  de  la  mode  et  de 
voir  comment  les  usages  délaissés  pendant  un  temps,  deviennent  peu  après 
une  des  conditions  indispensables  de  l'existence.  En  effet,  il  n'y  a  pas  de  si 
longues  années  le  sac  à  main  était  proscrit  de  l'usage  journalier  et  main- 
tenant, aucune  dame  ne  saurait  sortir  de  chez  elle  sans  serrer  précieusement 
dans  sa  main  son  réticule. 

Si  nous  remontons  à  une  époque  ancienne,  nous  voyons  qu'au  xvie  siècle 
la  mode  des  hauts  de  chausse  bouffants  fit  songer  à  y  pratiquer  des  poches. 
Jusque  là,  l'escarcelle  pendue  au  côté,  la  ceinture,  le  chaperon  et  la  braguette 
en  avaient  tenu  lieu. 

II.  —  L«t  braguette  utilisée  en  guise  «le  poche  on  «le  sac. 

Sur  l'usage  de  la  braguette  ou  brayette  en  guise  de  poche  ou  de  sac, 

nous  ne  pouvons  faire  mieux  que  de  rapporter  cette  citation  du  Dr  Loys 

Guyon  {Diverses  leçons,  liv.  2,  chap.  6,  page  233). 

1603.  —  Les  chausses  hautes  estoyent  si  jointes  qu'il  n'y  avoit  moyen  d'y  faire 
des  pochettes.  Mais  au  lieu  ils  portoyent  une  ample  et  grosse  hrayette  qui  avoit 
deux  aisles  aux  deux  costés  qu'ils  attachoyent  avec  des  esgmllettes,  une  de  chascun 
costé,  et  en  ce  grand  espace  qui  estoit  entre  lesdites  esguillettes,  la  chemise  et  la 
brayette,  ils  mettoyent  leurs  mouchoirs,  une  pomme,  une  orange  ou  autres  fruits, 
leur  bourse  ou  s'ils  se  faschoyent  de  porter  des  bourses,  ils  mettoyent  leur  argent 
dans  une  fente  qu'ils  faysoyent  à  l'extérieur,  environ  Ja  teste  et  la  pointe  de  ladite 
brayette  ;  et  n'estoit  pas  incivil,  estant  à  table,  de  présenter  les  fruits  conservés 
quelque  temps  en  ceste  brayette,  comme  aucuns  présentent  des  fruicts  pochetés. 

III.  —  Le  Gousset. 

Au  xvme  siècle  on  se  servait,  comme  bourse,  du  gousset,  qui  était  indé- 
pendant du  haut-de-chausses.  A  l'époque  des  larges  manches,  le  gousset  se 
plaçait  sous  l'aisselle  gauche.  Furetière,  dans  son  Dictionnaire,  en  donne 
cette  description  : 

Manière  de  petit  sachet  qu'on  attache  à  la  ceinture  du  haut  de  chausses  par 
dedans  et  où  l'on  met  de  l'argent  ou  une  bourse. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CI 


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7 


Bourses  à  reliques  en  soie  tissée  ou  brodée.   Du  xme  au  XV  siècle. 
(Collection   Albert   Figdor.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  Cil 


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Réticules  et  sacs  de  darnes  montés  en  acier.  xixc  siècle. 
(Collection  Doisteau.   Musée  des  Arts  Décoratifs.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  cm 


Bourses  longues  et  porte- monnaie  en  filet  de  soie  garni  d'acier.  Milieu  du  xix*  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CIV 


Sacs  à  main  en  velours  brodé  d'acier.  —  Porte-monnaie  en  filet  perlé.   Époque  I,ouis-Philippe. 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


SACS    EN    PERLES  113 

IV.  — -  Réticules  ou  Ridicules. 

La  mode  du  costume  léger  et  collant  qui  avait  remplacé  celle  des  robes 
amples  du  temps  de  Louis  XV,  fit  proscrire  les  poches  au  moment  de  la 
Révolution.  Pour  pouvoir  transporter  les  menus  objets,  on  inventa  alors 
un  petit  sac,  le  plus  souvent  en  filet,  qui  se  portait  à  la  main  et  qui  fut  nommé 
«  ridicule  ».  On  se  plaisait  alors  aux  grotesques  imitations  de  l'Antiquité  et 
on  avait  découvert  que  les  dames  romaines  portaient  en  manière  de  sac  à 
ouvrage  un  petit  filet  appelé  reticulum.  Dans  la  bouche  des  gens  élégants 
le  mot  «  réticule  »  devint  bien  vite  celui  de  «  ridicule  ». 

Cet  accessoire,  indispensable  delà  toilette  féminine  d'alors,  était  l'objet 

d'un  soin  tout  particulier.  Le  Tableau  des  Modes  de  Paris  pour  l'année  1790, 

nous  donne  à  ce  sujet,  les  renseignements  suivants  : 

Le  sac  remplace  les  poches  désormais  bannies  du  trousseau  d'une  jolie  femme. 
On  ne  le  quitte  jamais  ;  il  y  en  a  de  toutes  les  couleurs,  les  plus  élégants  sont  brodés 
en  or  ou  en  soie.  Une  bourse  plus  ou  moins  garnie,  une  lunette,  un  mouchoir,  un 
roman,  c'est  tout  ce  qu'il  faut  pour  qu'il  soit  complet. 

Au  début  du  xixe  siècle,  on  fabriqua,  en  un  léger  filigrane  de  fer,  un 
grand  nombre  de  ces  menues  bourses.  Dans  quelques  articles  particulière- 
ment soignés  et  pour  agrémenter  l'aspect  extérieur,  on  entremêlait  des  fils 
de  cuivre  aux  fils  de  fer,  ce  qui  donnait  un  dessin  assez  agréable  à  l'œil.  Ces 
réticules  étaient,  en  outre,  garnis  de  paillettes  d'acier  découpées  analogues 
à  celles  dont  on  brodait  les  éventails  de  l'époque  de  la  Restauration.  Parfois 
on  a  même  employé  le  bois  clouté  d'acier. 

V.  — ■  Sucs  a  fermoirs  «l'acier  et  sacs  en  étoffe. 

En  1811,  la  mode  était  plus  que  jamais  aux  sacs  garnis  de  fermoirs 
d'acier  cloutés  et  le  meilleur  fabricant  de  ces  objets  était,  d'après  le  Miroir 
des  Grâces,  le  sieur  Dumeny,  demeurant  à  Saint- Julien-du-Sault  (Yonne). 

Le  Miroir  des  Grâces  nous  apprend  encore  que,  depuis  que  les  dames 
avaient  supprimé  les  poches  ménagées  dans  leurs  vêtements,  on  employait 
tour  à  tour  le  cachemire,  le  mérinos  et  la  soie  pour  la  confection  des  sacs  à 
main;  mais  en  1811,  ces  tissus  n'étant  plus  de  mode,  c'était  aux  diverses 
sortes  de  velours  et  au  cuir  qu'on  avait  recours.  A  ces  sacs  qu'on  dénommait 
sacs-gibecière,  on  adaptait  des  fermetures  d'or,  d'argent,  mais  surtout 
d'acier.  Le  sieur  Aubin,  demeurant  rue  Saint-Denis,  347,  passait  alors  pour 
le  plus  habile  fabricant  de  ces  sacs-gibecières. 

VI.  —  Sacs  eu  perles. 

De  nos  jours,  tous  les  menus  ouvrages  en  perles  sont  revenus  à  la  mode 
et  jouissent  d'une  faveur  peut-être  quelque  peu  exagérée.  Je  me  souviens 
qu'au  moment  de  l'Exposition  des  Accessoires  du  Costume  à  l'Exposition 

15 


114  SACS    ET    RÉTICULES 

Universelle  de  1900,  les  organisateurs  apportaient  une  certaine  discrétion 
dans  l'étalage  de  ces  vestiges  du  passé,  qui  étaient  alors  en  pleine  défaveur 
et  considérés,  par  tout  le  monde,  comme  la  suprême  expression  du  mauvais 
goût. 

Les  sacs  en  perles,  qui  eurent  une  certaine  vogue  sous  la  Restauration, 
ont  été  inventés  au  début  du  xixe  siècle,  en  Allemagne,  d'où  un  sieur  Augustin 
Legrand  les  introduisit  en  France.  L'Observateur  des  Modes  du  mois  de  sep- 
tembre 1818,  nous  donne  ce  renseignement  : 

Les  bourses  faites  sur  ce  modèle  sont  en  tricot  pour  le  canevas  et  en  perles  pour 
la  broderie.  On  se  sert  aussi  de  petites  verroteries  qu'on  appelle  «Charlottes» et  ces 
petits  grains  de  couleurs  différentes,  retenus  sans  qu'on  puisse  apercevoir  le  lien  qui 
les  unit,  viennent  6e  ranger  en  mosaique  pour  former  les  dessins  les  plus  variés. 
Jusqu'alors  les  bourses  ont  été  de  forme  carrée,  on  les  exécute  rondes  en  partant  du 
centre  de  la  circonférence. 

VII.  —  Sacs  imîlletôs. 

En  1819,  on  fabriquait  de  fort  jolis  sacs  en  velours  blanc  tout  pailleté 
d'acier.  On  utilisait,  avons-nous  vu  plus  haut,  pour  cette  décoration,  ces 
amusants  ornements  en  acier  découpé  dont  on  se  servait  pour  l'ornemen- 
tation des  éventails  en  tulle  avec  monture  de  cèdre,  de  corne  ou  d'ivoire. 
Ces  sacs,  nous  apprend  le  Journal  des  Dames  et  des  Modes,  étaient  nommés 
«  à  la  Jeanne  d'Arc  »  et  l'un  des  marchands  les  plus  renommés  pour  leur 
fabrication,  était  le  sieur  Renaud,  demeurant  38,  rue  Bourg-FAbbé. 

Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  nous  décrit  aussi  quelle  était  la 

mode  des  sacs  pour  l'année  1820  (20  juin). 

Beaucoup  de  sacs  sont  faits  en  portefeuille  ou  en  soufflet,  mai6  on  en  fait  aussi 
en  forme  de  lyre.  Le  maroquin  est  taillé  comme  l'instrument  chéri  de  Sapho  et  de 
légères  palmettes  d'acier  en  dessinent  les  contours  (1). 

A  l'Exposition  des  Produits  de  l'Industrie  française  de  1823,  deux 
fabricants  avaient  exposé  des  sacs  et  des  bourses  d'un  goût  parfait  :  Mme  Bru- 
net,  rue  du  Pont-aux-Choux,  21,  à  Paris,  avait  présenté  au  public  des  sacs 
brodés  en  acier,  tandis  que  Mme  Manceau,  rue  Sainte-Avoye,  à  Paris,  expo- 
sait des  bourses  mélangées  or  et  soie. 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  on  trouve  quelques  spécimens  de  ces  menus  ouvrages.  L'un  des 
plus  anciens,  que  nous  avons  reproduit,  est  un  sac  ou  réticule  en  forme  de  Montgolfière  qui  est  en  bois  de  citron- 
nier tout  clouté  de  perles  en  acier  imitant  les  cordages  servant  à  rattacher  la  nacelle  à  l'aéronef  ;  sur  la  face 
principale,  il  est  clos  par  une  serrure  ronde  fermant  au  moyen  d'un  cliquet.  (PI.  CCXLIV). 

Les  sacs  et  les  bourses  en  filigrane  de  fer  sont  reproduits  dans  la  PI.  CCXLV  ;  l'un  est  de  forme  rectan- 
gulaire fermé  par  une  serrure  en  palmette  et  brodé  de  marguerites  d'acier  sur  toute  la  bordure.  (N°  5374.) 

Trois  autres  sacs  (n°8  5377  à  5379)  sont  de  forme  contournée,  ronde  ou  trapézoïde. 

Le  réticule  en  velours  noir  reproduit  PI.  CCXLVI  rappelle,  par  la  décoration  de  son  fermoir,  le  style  trou- 
badour dans  lequel  les  artistes  se  sont,  souvent  d'une  façon  fâcheuse,  inspirés  des  sculptures  qui  s'étalent  sur 
les  façades  de  nos  cathédrales. 

Les  PI.  CCLXVII  et  CCLXVIII  sont  consacrées  aux  bourses  en  filet  agrémentées  de  perles  de  fer  ou  de 
perles  d'acier.  On  y  voit  les  formes  les  plus  étranges,  depuis  la  classique  bourse  longue  à  deux  coulants  jusqu'au 
petit  sac  en  forme  de  pichet. 

Les  porte-monnaie  à  fermoir  d'acier  n'ont  pas  non  plus  été  oubliés. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  cv 


'"-  '     ..■AS*'      Ol- 


Pochettes  à  papiers. 


Bourses  en  broderie  de  perles  appelée  «  sablé     .  xvm«  siècle 
Pochettes  à  briquet.  xixe  siècle. 
(Collection  Albert  Figdor.) 


CHAPITRE    II 


MENUS   OBJETS   MOBILIERS 


Drageoirs.  —  I.  Les  dragées,  au  xvie  siècle,  désignent  divers  genre  de  confiserie.  — 

II.  Le  drageoir,  importante  pièce  d'orfèvrerie  aux  xve  et  xvie  siècles.  

III.  Drageoirs  en  forme  de  boîtes  du  xive  au  xvne  siècle.  —  IV.  Boîtes  de 
senteur  et  boîtes  à  mouches  au  xvii*  siècle.  —  V.  Boites  décorées  de  scènes 
mythologiques  et  de  portraits.  —  VI.  Boîtes  «àla  bergamote».  —  VIL  Fabrication 
des  drageoirs,  boîtes  et  bonbonnières  en  orfèvrerie.  —  VIII.  Boîtes  décorées 
de  sujets  en  piqué,  en  coulé,  en  incrusté  et  en  brodé  d'or.  —  IX.  Boites  en  fer 
incrusté  et  damasquiné. 

Tabatières.  —  I.  L'usage  des  tabatières  se  répand  en  France  au  xvne  siècle.  — 
IL  Tabatières  en  forme  de  poires  à  poudre.  —  III.  Tabatières  d'orfèvrerie 
garnies  de  pierres  précieuses  ou  de  miniatures.  —  IV.  Le  tabac,  ses  partisans 
et  ses  détracteurs.  —  V.  De  l'art  de  priser  :  l'exercice  de  la  tabatière.  —  VI. 
Différentes  matières  employées  pour  la  confection  des  tabatières.  —  VIL  Taba- 
tières à  scandales.  —  VIII.  Livres  de  modèles  pour  les  tabatières.  —  IX.  Ama- 
teurs et  collectionneurs  de  tabatières.  —  X.  Les  marchands  et  artistes  en  taba- 
tières au  xvne  siècle.  —  XL  Tabatières  optiques  ou  à  secret.  —  XII.  Tabatières 
en  ivoire,  en  porcelaine  et  en  laque.  —  XIII.  Tabatières  de  cuivre  et  tabatières 
de  bois  dites  «  Bouronnes  ».  —  XIV.  Les  tabatières  d'après  le  Tableau  de  Paris 
de  Mercier.  —  XV.  Les  tabatières  au  Musée  du  Louvre.  —  XVI.  Tabatières 
décorées  au  tour.  —  XVII.  Différents  moyens  employés  pour  dorer  les  taba- 
tières. —  XVIII.  Tabatières  en  peau  de  chagrin  et  tabatières  à  sujets  méca- 
niques. —  XIX.  Tabatières  dites  «  Platitudes  »  ou  «  Turgotines  ».  —  XX  Taba- 
tières de  fantaisie.  —  XXI.  Tabatières  révolutionnaires.  —  XXII.  Tabatières 
au  ballon.  Tabatières  royalistes  et  impérialistes.  — XXIII.  Tabatières  cintrées 
v^7anereS  de  dames-—  XXIV.  Tabatières  cranologiques  au  xixe  siècle.— 
XXV.  Principaux  marchands  de  tabatières  au  xixe  siècle.  —  XXVI.  Tabatières 
on  buis  ou  en  écaille  doublées  d'or  ou  de  platine. 


116  MENUS    OBJETS    MOBILIERS 

Coffres  et  coffrets.  —  I.  Les  plus  anciens  coffrets  sont  d'origine  orientale.  — 
II.  Coffrets  fabriqués  en  bois  ou  en  métal  précieux.  —  III.  Coffrets  en  bois 
garnis  de  cuir  et  de  fer  aux  xive  et  xve  siècles.  —  IV.  Coffrets  reliquaires  : 
Le  décor  au  coquille.  ■ —  V.  La  châsse  de  Saint-Thibault.  —  VI.  Coffres  en  chêne 
garnis  de  pentures  en  fer  forgé.  —  VIL  Les  coffres,  leur  emploi  d'après  Gilles 
Corrozet.  —  VIII.  Les  statuts  des  coffretiers-bahutiers.  —  IX.  Malles  et  bouges. 

—  X.  Paniers  d'osier  garnis  de  ferrures.  —  XL  Le  bahut,  sa  définition.  —  XII. 
Imitation  en  pâte,  faite,  au  xvc  siècle,  des  coffrets  en  cuir  repoussé.  —  XIII.  Cof- 
frets dits«forciers  ouforgicrs  ».  — ■  XIV.  Cassettes  ou  caissettes.  —  XV.  Cassettes 
de  nuit.  —  XVI.  Layettes  à  contenir  les  bijoux  ou  les  papiers  d'archives.  — 

XVII.  Layettes  nécessaires  de  toilette.  —  XVIII.  Bougettes  à  porter  sur  l'arçon 
de  la  selle.  —  XIX.  Coffrets  réticulés  dits  «  coffrets  à  la  manière  d'Espagne  ».  — 
XX.  Coffrets  à  dôme  munis  de  bandes  à  inscriptions.  —  XXI.  Coffrets  porte- 
missel  :  ils  sont  munis  d'une  unique  poignée  posée  latéralement.  —  XXII. 
Coffrets  espagnols  et  allemands  au  xvie  siècle.  —  XXIII.  Coffrets  du 
xviie  siècle  :  ils  sont  gainés  en  peau  de  chagrin.  — ■  XXIV.  Coffrets  doublés  en 
peau  de  senteur.  —  XXV.  Coffres  allemands  du  xvne  siècle:  coffres-forts 
munis  d'une  serrure  à  24  pênes.  —  XXVI.  Imitation,  en  France,  des  coffres 
dits  coffres-forts  de  Nuremberg.  —  XXVII.  Coffrets  de  Michelmann  en  cuivre 
gravé  et  doré.  —  XXVIII.  Coffrets  allemands  décorés  de  gravures  à  l'eau 
forte.  XXIX.  Coffrets  espagnols  recouverts  de  cuir  et  garnis  de  fer  repoussé. 

Troncs  d'église  et  de  confrérie.  —  I.  Us  étaient  connus  aux  Temps  Bibliques.  — 
IL  Troncs  garnis  d'une  armature  de  fer  forgé.  —  III.  Troncs  et  tirelires  :  leur 
différence. 

Boîtes  de  messager. 

Le  luminaire.  —  I.  Les  primitives  sources  de  lumière  et  les  lampes  romaines.  • — • 
IL  Les  premiers  appareils  de  luminaire  au  xie  siècle.  ■ —  III.  Les  arbres  de 
lumières  au  xne  siècle.  —  IV.  Les  chandeliers  de  fer,  de  cuivre,  et  de  métal 
précieux  aux  xme  et  xive  siècles.  —  V.  Les  chandeliers  à  personnages  et  les 
chandeliers  symboliques  au  xve  siècle.  —  VI.  Chandeliers  en  bronze  tourné  et 
chandeliers  «  à  la  mode  d'Fspagne  »,  au  xvie  siècle.  —  VIL  Chandeliers  de  fer 
et  chandeliers  «  A  la  Romaine  »  au  xvi°  siècle.  —  VIII.  Les  types  de  chandeliers 
les  plus  répandus  au  xvne  siècle.  —  IX.  Rôle  du  chandelier  dans  le  Cérémonial 
de  la  Cour.  —  X.  Chandeliers  suspendus.  Lustres  en  bronze  et  en  fer  aux  xive 
et  xve  siècles.  - —  XL  Lustres  en  bois  en  forme  de  croix  ou  croisées.  —  XII.  Cou- 
ronnes de  lumières  :  Leur  emploi  au  ixe  siècle.  —  XIII.  Les  couronnes  de 
lumières  d'Aix-la-Chapelle  et  de  Reims.  —  XIV.  Les  lampiers  :  phares  ou 
couronnes.  —  XV.  Couronnes  de  lumières  en  fer  forgé.  ■ —  XVI.  Couronnes  de 
feu  à  12  godets.  —  XVII.  Lustres  en  bois  de  cerf.   Leur  origine  germanique.  — 

XVIII.  Bras  de  lumières.  —  XIX.  Porte-cierge  pascal  :  leur  emploi  aux  xme 
et  xive  siècles.  — ■  XX.  L'«AgnusDei»  ou  pain  de  cire  fabriqué  avec  le  cierge 
pascal.  —  XXI.  Les  porte-cierge  pascal  en  Espagne  et  en  Flandre.  —  XXII. 
Herses  :  Différentes  acceptions  du  mot.  Herses  funéraires.  —  XXIII.  Lampes  : 
les  crassets  ou  graissets  en  France.  —  XXIV.  Les  crassets  en  Italie.  —  XXV.  Les 
bâtons  à  quoi  «l'on  pend  le  chaleil».  —  XXVI.  Le  crasset  du  xme  au  xvne  siècle. 

—  XXVII.  Bougeoirs.  Leur  définition  et  leur  emploi  au  xi Ve  siècle. —  XXVIII. 
Bougeoirsen  métal  précieux  au  xvie  siècle.  Bougeoirs  porte  rat-de-cave.- — XXIX. 
Le  bougeoir-applique  de  Marie  de  Médicis.  —  XXX.  Le  bougeoir  dans  le  Cérémonial 
de  la  Cour  des  rois  de  France.  —  XXXI.  Les  bougeoirs  deviennent  des  objets 
de  collection.  —  XXXII.  Bougeoirs  d'acier.  —  XXXIII.  Bougeoirs  de  lit  tenus 
par  les  valets.  —  XXXIV.  Bougeoirs  à  éteignoir  automatique. 

Lanternes  de  suspension.  —  I.  Définition  et  composition.  —  IL  Corporation 
chargée  de  la  fabrication  des  lanternes.  —  III.  Lanternes  en  métal  précieux.  — 


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MENUS    OBJETS    MOBILIERS 


117 


IV.  Lanternes  d'antichambre.  —  V.  Lanternes  pliantes  dites  lanternes  de 
portefeuille.  —  VI.  Esconces  et  absconces.  —  VIL  Esconces  et  lanternes 
sourdes. 

Falots.  —  I.  Définition.  —  IL  Les  falots  et  l'éclairage  public.  —  III.  Les  porte-falots. 


Lanternes  magiques. 

magique  satirique. 


-  I.  Leur  définition  d'après  Furetière.  — -  IL  Lanterne 
III.  Les  lanternes  magiques  au  xvme  siècle. 


Mouchettes.  —  I.  Leur  emploi  aux  temps  bibliques  et  dans  l'Antiquité.  —  IL  Les 
ciseaux  «à  moucher  chandelles»  en  forme  de  cisailles  aux  xvieet  xvnesièeles. — 
III.  Généralisation  de  l'emploi  des  mouchettes  au  xvne  siècle.  —  IV.  Mouchettes 
à  plateau  et  à  tombeau.  —  V.  Enigme  sur  les  mouchettes. 

Eteignoirs.  —  I.  Leur  emploi  du  xne  au  xve  siècle.  —  IL  Busette,  antonnoir  et 
éteignoir.  —  III.  Enigme  sur  les  eteignoirs.  —  IV.  Eteignoirs  automatiques. 

Abat-jour.  —  I.  Garde-vue  et  écran  fixe.  —  IL  Abat-jour  do  forme  cylindrique.  — 
III.  Les  abat-jour  en  tôle  vernie  au  xixe  siècle. 

Tôle  vernie.  —  I.  Les  premiers  essais  sont  tentés  en  Angleterre.  —  IL  La  manu- 
facture du  sieur  Clément  à  la«  Petite  Pologne,  »  en  1768.  —  III.  Reprise  de  la 
manufacture  de  Clément  parFramery.  —  IV.  La  manufacture  de  Clignancourten 
1778.  —  V.  Les  tôles  vernies  d'après  Jaubert.  —  VI.  La  manufacture  du  citoyen 
Deharme  à  l'exposition  de  1799.  — ■  VIL  Reproduction  des  modèles  de  tôles 
vernies  dans  l'album  d'un  commissionnaire  en  marchandises.  —  VIII.  Les  tôles 
vernies  du  sieur  Tavernier  au  xixe  siècle.  —  IX.  Moirés  métalliques. 


118  DRAGEOIRS 


PREMIERE    PARTIE 


DRAGEOIRS 

I.  —  Los  dragées  au  XVIe  siècle  désignent  divers  genres 

de  confiseries. 


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'e  drageoir  (drageouer,  dragouer,  dragier)  est  un  des 
ustensiles  essentiels  de  l'ancien  mobilier  français.  Il 
tire  son  nom  de  la  dragée  dont  l'usage,  ainsi  que  celui 
des  épices  confits,  était  très  fréquent  au  Moyen  Age. 
Il  ne  faudrait  pas  croire,  cependant,  que  la  dragée 
du  Moyen  Age  ressemblait  à  celle  de  son  temps  modernes. 
Alors,  son  nom  était  donné  à  une  foule  de  bonbons  et  de  sucreries  de 
forme  et  de  couleurs  les  plus  variées.  M.  Leroux  de  Lincy  nous  a  donné, 
d'après  un  texte  du  xvie  siècle,  la  description  suivante  de  ces  sucreries  : 

Dragées  estranges  de  toutes  coulleurs,  les  unes  estans  en  façon  de  bestes,  les 
aultres  en  façon  d'hommes,  femmes  et  oyseaulx. 

II.  —  Le  drageoir,  importante  pièce  tl'orfèvrerie 
aux  XVe  et  XVI»  siècles. 

A  cette  époque,  le  drageoir  ne  ressemblait  guère  aux  jolies  bonbon- 
nières que  l'on  rencontrait  au  xvme  siècle  ;  c'était  une  sorte  de  large  pré- 
sentoir évasé  en  forme  de  coupe  montée  sur  un  pied  élevé.  Ses  dimensions 
moyennes  étaient  celles  des  coupes  émaillées  de  Limoges  et  les  plus  grands 
avaient  exceptionnellement  jusqu'à  un  mètre  de  hauteur.  Le  drageoir  était 
muni  d'un  couvercle  et  reposait  sur  une  large  soucoupe  sur  laquelle  étaient 
disposées  des  cuillers.  Le  drageoir,  qui  était  accompagné  sur  le  dressoir 
d'une  touaille  de  soie  ou  d'une  fine  serviette,  était,  le  plus  souvent,  une 
pièce  d'orfèvrerie,  un  objet  de  cristal  ou  de  pierre  dure,  h' Inventaire  de 
Charles-le- Téméraire  mentionne,  en  1467,  des  drageoirs  de  cassidoine  dont 
l'un,  vingt  ans  plus  tard,  était  estimé  quarante  mille  écus  et  l'autre,  trente 
mille. 


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DRAGEOIRS    EN    FORME    DE    BOITES  119 

C'était  généralement  après  le  dîner,  que  l'on  faisait  présenter  le  dra- 
geoir  aux  hôtes.  Froissart,  parlant  de  la  réception  qui  fut  faite  en  1390, 
aux  chevaliers  anglais  envoyés  par  le  roi  d'Angleterre  pour  négocier  la  paix, 
nous  apprend  qu'ils  furent  reçus  et  logés  au  Louvre  et  «  y  dînèrent  bien 
et  par  loisir  et  leur  firent  à  table  le  connétable  et  le  sire  de  Coucy  compa- 
gnie ;  et  quand  ils  eurent  dîné,  ils  retournèrent  en  la  chambre  du  roi  et  là 
furent  tant,  que  on  apporta  vin  et  épices  en  grands  drageoirs  d'or  et  d'ar- 
gent. « 

III.  —  Drageoirs  en  forme  «le  boîtes,  du  XIVe  an  XVIIe  sîèele. 

En  dehors  de  ces  meubles  on  employait  aussi  au  xive  siècle  des  boîtes 
de  poche  dans  lesquelles  on  enfermait  des  épices,  des  aromates,  des  confi- 
tures ou  des  accessoires  de  la  toilette. 

L'emploi  de  ces  boîtes  remonte  à  une  époque  assez  lointaine,  puisque 
les  chirurgiens  ont  eu,  de  tout  temps,  dans  leurs  armoiries  trois  boîtes  d'or 
accompagnées  de  la  devise  :  «  Consilio  manugue  ». 

A  voir  la  description  des  boîtes  dans  les  inventaires,  on  peut  se  rendre 
compte  de  la  grande  valeur  de  ces  précieux  objets. 

1353.  —  Une  boiste  de  cristal  garnye  d'argent  à  mettre  pain  à  chanter.  {Inv.  du 
garde-meuble  de  V argenterie.) 

1380.  —  Une  boiste  de  cristal  garnye  d'argent  aux  armes  d'Evreux.  -  Une  boiste 
de  cristal  garnye  d'argent  dorée  et  grenetée,  à  troys  piez  de  troys  lyons  et  troys 
oiseaulx  dessus  le  couvercle.  {Inventaire  de  Charles  Y.) 

En  dehors  de  ces  boîtes  précieuses,  il  existait  des  boîtes  à  épices  en 

bois  très  probablement  magnifiquement  sculptées  : 

1360.  —  Et  retient  en  soy  (le  buis)  longuement  les  tranches  et  les  figures  que 
on  fait...  et  si  en  fait  on  les  boites  qui  sont  bonnes  à  garder  espices  et  autres  choses 
aromatiques.  (Le  propriétaire  des  choses.  I,  17,  ch.  20.) 

A  la  fin  du  xive  siècle,  la  mode  des  drageoirs  portatifs  était  assez  com- 
mune, puisque  Estache  Deschamps  nous  apprend  que,  de  son  temps,  il 
était  bon  ton  de  porter  toujours  sur  soi  quelques  friandises  : 

1400.  —  Lors  convient  ses  gens  enhorter 

D'avoir    sucre    en    plate    et    dragée 
Paste  de  roy  bien  arrangée 
Annis,   madrians,  noix  confites. 
(Eustache   Deschamps,   édit.    Queux  de   Saint-Hilaire.  T.   VIII,  p.  48.) 

En  1490,  dans  Y  Inventaire  d 'Anne  de  Bretagne,  on  trouve  mention  de 
«Six  bouëtes  avec  leurs  couvercles,  toutes  vermeilles,  dorées  dedans  et 
dehors,  à  mettre  confitures.» 

1509.  —  Une  boiste  d'argent  à  la  mode  d'I^spaigne  pour  mettre  les  espices  ou 
sucades  pes.  2  m.  6  o.  3  est.  {Inv.  de  Philippe-le-  Beau.) 

1524.  —  Une  boite  d'argent  toute  blanche,  gaudronnée  avec  sa  couverte,  en 
laquelle  se  met  la  pouldre  cordiale  de  Madame,  pes.  comprins  une  petit  cuiller,  10  o. 
4  est.  (Inventaire  de  Marguerite  d'Autriche,  f°  12.) 


120  DRAGEOIHS 

Dès  cette  époque  lointaine,  les  boîtes  jouaient  un  rôle  assez  important 

dans  les  combinaisons  de  la  toilette.  L'auteur  de  L'Isle  des  Hermaphrodites 

donne  des  détails  assez  curieux  à  ce  sujet.  Décrivant  la  garde-robe  d'un  de 

ses  héros,  il  s'exprime  ainsi  : 

En  un  lieu  se  trouvoient  la  toilette  et  des  peignes  et  dedans  de  certaines  petites 
boettes  que  je  n'avois  point  encore  vues,  cela  me  fit  demander  de  quoy  cela  pouvoit 
servir  ;  on  me  dit  que  quelquefois  le  Seigneur-Dame  en  mettoit  dans  sa  poche  pour 
s'en  servir  en  temps  et  lieu;  cela  me  fit  en  prendre  une  pour  voir  ce  qui  estoit  dedans 
et  j'y  trouvay  du  vermillon  tout  préparé  qu'il  s'appliquoit  sur  les  joues  quand  celui 
qu'on  luy  avoit  mis  le  matin  estoit  effacé. 

IV.  —  lloîtcs  ee  senteur  et  boîte»  à.  mouches  an  XVIIe  siècle. 

Au  xvne  siècle,  les  boîtes  de  senteur  se  trouvaient  non  seulement  sur 
toutes  les  tables  de  toilette,  mais  aussi  dans  toutes  les  poches.  Ces  boîtes 
étaient  d'un  prix  très  élevé  et  l'inventaire  d'un  marchand  de  Bordeaux, 
Grégoire  Beaunom,  en  1607,  nous  apprend  que  les  plus  ordinaires  se  ven- 
daient 7  livres  10  sols. 

Parmi  les  boîtes  employées  comme  accessoires  de  la  toilette,  il  faut 

citer  les  boîtes  à  mouches,  c'est-à-dire  contenant  ces  petits  disques  de  taffetas 

noir  gommé,  que  les  femmes,  au  xvne  siècle,  appliquaient  sur  leur  visage 

ou  même  sur  le  haut  de  leur  poitrine  pour  rehausser  la  blancheur  de  leur 

teint  et  donner  plus  de  piquant  à  leur  physionomie.  Les  mouches  sont  fort 

anciennes  dans  l'ajustement  de  la  toilette  des  dames,  toutefois,  leur  emploi 

ne  se  généralisa  qu'au  xvne  siècle  et  dans  une  pièce  des  Manuscrits  de  Con- 

rart  (1656),  t.  XI,  p.  313-15,  une  bonne  faiseuse  de  mouches  s'exprime 

ainsi  : 

J'en    ai    de    toutes    les    façons 

Pour  radoucir  les  yeux,  pour  parer  le  visage  ; 

Et  pourvu  qu'une  adroite  main 

Les  sache  bien  mettre  en  usage, 

On  ne  les  met  jamais  en  vain. 

Dans  les  gravures  de  Bonnard,  représentant  les  «Dames  à  la  mode  »,  on 
voit  à  chaque  page  le  rôle  important  qui  était  réservé  aux  mouches.  Cepen- 
dant, on  connaît  relativement  peu  de  boîtes  à  mouches  du  xvne  siècle.  Ces 
boîtes  sont  plates,  parfois  ovales,  le  plus  souvent  rectangulaires,  en  or 
ciselé,  en  argent,  en  écaille  incrustée  et  en  ivoire  sculpté.  On  en  a  fait  souvent 
en  émail  qui  étaient  de  forme  ovale  et  contenaient  à  l'intérieur  une  petite 
glace  bombée  en  acier  poli,  permettant  de  placer  la  mouche  au  bon  endroit. 

V.  —  Boîtes  décorées  «le  scènes  mytuologitfucs  et  «le  portraits. 

Sous  Louis  XV,  les  boîtes  étaient  décorées  de  scènes  mythologiques 
et  du  «  pèlerinage  d'amour  ».  Le  décor  des  boîtes  en  écaille  figure  des  compo- 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Flacons  à  °de«  garnis jde  corail,  de       c      et  de  topaze  br-lée    Bolteg  à 

i  otites  noix  de  coco  sculptées,   montées  en  or.  xvm"  et  xixe  siècles 
(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


23 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CX 


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Flacons  de  poche  à  odeur  et  à  sels    Cristal    verre  et  porcelaine.  Fin  du  xvim  et  début  du  xrxe  siècle 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


BOITES    A    LA    BERGAMOTE  121 

sitions  d'après  Bérain,  en  brodé  d'or  sur  les  boîtes  en  écaille  blonde  et  en 
\ >ro< lé  d'argent  sur  celles  en  écaille  brune. 

Sous  Louis  XV,  les  boîtes  à  mouches  sont  ornées  de  sujets  gracieux 
entourés   d'ornements   rocailles. 

Sous  Louis  XVI,  ce  sont  des  Vénus  et  des  amours  avec  leurs  attributs. 

On  a  fait  également  de  ces  boîtes  en  1er  incrusté  d'argent. 

Dans  la  nomenclature  des  boîtes,  on  ne  saurait  manquer  de  citer  les 
h«»îtos  à  portrait,  qu'il  faut  bien  se  garder  de  confondre  avec  les  tabatières. 
Ces  boites  sont  plates,  rondes,  ovales  ou  rectangulaires  et  renferment  un 
portrait  à  l'intérieur.  Elles  étaient  fort  à  la  mode  aux  xvn°  et  xvme  siècles 
et  il  s'en  fit  de  magnifiques,  en  or,  serties  de  diamants,  puis  en  écaille,  en 
ivoire  et  en  laque. 

Au  temps  de  Louis  XIV,  Naples  était  réputée  pour  ses  boîtes  à  por- 
trait en  ivoire,  décorées  de  dessins  en  piqué  d'or.  Le  grand  roi  a  distribué 
un  grand  nombre  de  boîtes  à  portrait.  Les  artistes  chargés  de  reproduire 
ses  traits  sont  tous  des  peintres  en  émail  :  Bruckmann  (Frédéric),  qui  avait 
la  spécialité  des  portraits  en  relief,  puis  Perrault.  Petitot,  Châtillon  et 
Ferrand. 

Au  temps  du  grand  roi,  c'était  chez  Pierre  Le  Tissier  de  Montarsy,  un 
des  illustres  orfèvres  de  la  Galerie  du  Louvre,  qui  se  qualifiait  de  «joaillier 
ordinaire  du  roi»,  qu'on  se  procurait  ces  jolies  boîtes  qui  étaient  d'un  prix 
fort  élevé. 

* 

Je  m'adresse  à  vous,  lui  écrivait  Phélypeaux  le  10  octobre  1694,  ne  sachant 
si  M.  du  Metz  est  à  Paris,  pour  vous  dire  de  m'envoyer  le  plus  tôt  qu'il  se  pourra 
une  boite  à  portrait  de  800  à  1.000  escus.  Il  faut  que  le  portrait  du  roy  soit  d'émail 
en  relief  à  la  façon  du  Suédois,  en  cas  que  vous  en  ayez  un  prêt. 

Ce  Suédois  qui  avait  la  spécialité  des  portraits  émaillés  en  relief  si  en 
honneur  alors,  c'était  Frédéric  Bruckmann,  ainsi  que  M.  Maze  Sencier  l'a 
constaté  aux  Archives  des  Affaires  Etrangères  ;  dans  le  XIe  Registre  des 
présents  du  roi  on  lit,  en  effet,  à  la  date  du  13  mars  1685,  la  mention  sui- 
vante : 

Acheté  par  le  sieur  Montarsy,  joaillier,  12  portraits  esmaillés  en  bas-relief  repré- 
sentant S.  M.  par  Frédéric  Bruckmann,  suédois,  à  60  livres,  720  livres. 

Les  miniaturistes  pour  boîtes  n'apparurent  que  vers  1715  ou  1716, 
avec  Bourdin,  Duvignon,  Mlles  Brison,  Château  et  de  la  Boissière. 

VI.  —  Itoîtes  «à  lîi  ht'i'siimof*1». 

Par  un  raffinement  vraiment  remarquable  on  a  fait,  au  début  du 
xvin0  siècle,  des  boîtes  doublées  avec  de  l'écorce  d'orange  qui  les  parfumait 
délicieusement.  Ces  boîtes  étaient  connues  sous  le  nom  déboîtes  «à  laberga- 

16 


122  DHAGE0IRS 

mote»  et  dans  sa  Correspondance  secrète,  Métra  rapporte  le  couplet  suivant, 

adressé  à  une  jeune  fille  qui  venait  de  renoncer  à  se  l'aire  religieuse  : 

Enfin  tous  vos  nœuds  sont  rompus 
Avec  la   gento   dévote 
Vous    troquez    la    boite    aux    agnus 
Pour  une  bergamote. 

En  1759,  un  sieur  Chevrain  prétendant  que  la  doublure  de  bergamote 

communiquait  aux  dragées  une  certaine  amertume,  imagina  de  remplacer 

cette  doublure  par  des  fonds  de  paille  de  Chine  ingénieusement  travaillés. 

Vil.  —  Fabrication  «les  «Irageoir*,  boîte*  et  bonbonnières 

en  orfèvrerie. 

Ce  qui  donne  un  intérêt  tout  particulier  à  la  collection  des  boîtes  en 
or  du  xvmc  siècle,  c'est  qu'on  peut,  à  l'aide  des  poinçons  qui  sont  frappés 
dans  la  partie  intérieure  de  la  gorge,  reconnaître  avec  précision  l'époque 
où  elles  ont  été  fabriquées,  leur  lieu  d'origine  et  cette  identification  peut 
être  poussée  jusqu'au  nom  même  de  leur  auteur.  Dans  son  remarquable 
ouvrage,  Le  Livre  des  Collectionneurs,  M.  Maze  Sencier  nous  donne  les  ren- 
seignements les  plus  précieux  à  ce  sujet. 

Jusqu'en  1789,  l'orfèvrerie  de  Paris  devait  porter  quatre  poinçons  : 

1°  Le  poinçon  du  maître,  composé  des  lettres  initiales  de  son  nom  et 
d'une  devise,  le  tout  surmonté  d'une  fleur  de  lis  couronnée  ; 

2°  Le  poinçon  de  charge  du  fermier  pour  rappeler  au  fabricant  ses 
obligations.  C'est  un  A,  timbré  d'une  couronne  fermée  ; 

3°  Le  poinçon  de  la  maison  commune,  délivré  par  le  garde  orfèvre 
en  exercice,  pour  constater  que  l'objet  d'or  ou  d'argent  est  au  titre  exigé. 
A  partir  de  1507,  c'est  une  lettre  de  l'alphabet  qui  se  renouvelle  tous  les 
vingt-trois  ans  (les  lettres  J,  U  et  W  étant  supprimées).  A  partir  de  1784, 
la  lettre  P  fut  adoptée  ; 

4°  Le  poinçon  de  décharge  appliqué  sur  les  ouvrages  terminés  et  dont 
la  taxe  a  été  payée.  Il  représente  une  figure  de  profil,  un  chien,  une  tête 
d'oiseau,  une  couronne,  une  aiguière,  etc.. 

Dans  son  Traité  de  la  garantie  des  ouvrages  d'or  et  d'argent  (Paris,  1825), 
B.-L.  Raibaud  donne  les  poinçons  des  communautés  d'orfèvres  de  France, 
en  1786  : 

Abbeville,  une  abeille. 

Amiens,  une  arbalète  et  sa  flèche. 

Angers,  une  raquette. 

Beauvais,  un  poisson. 

Dieppe,  un  poisson. 

Besançon,  une  vrille. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXI 


n 


12 


Boîtes  et  flacons  à  parfum  en  argent  ciselé  ou  repoussé,  xvin»  et  xix*  siècles 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


BOITES    DÉCORÉES    DE    SUJETS  123 

Brest,  un  navire. 

Cambrai,  une  tête  de  cheval. 

Clermont.  un  arbre. 

Grenoble,  un  dauphin. 

Le  Havre,  un  drapeau. 

Lille,  un  oiseau  volant. 

Limoges,  une  hotte. 

Lyon,  une  tète  de  lion. 

Mâcon,  une  main. 

Metz,  un  paon. 

Moulins,  les  ailes  d'un  moulin. 

Nantes,  un  sceptre. 

Nevers,  une  bouteille. 

Paris,  un  P  couronné. 

Pau,  une  vache. 

Pennes,  un  singe. 

Rouen,  une  branche  avec  quatre  pommes. 

Toulouse,  une  truelle. 

Verdun,  une  fleur  de  lis. 

Les  boîtes  fabriquées  par  les  orfèvres,  boites  en  or,  en  argent,  en  ver- 
meil et  ornées  de  délicates  ciselures,  de  miniatures,  d'émaux  ou  de  pierres 
précieuses,  étaient  de  délicieux  bijoux  fermant  «  à  miracle»,  comme  on  disait 
jadis,   c'est-à-dire  avec  une  rigoureuse  précision. 

Les  maîtres  orfèvres  qui  se  sont  signalés  dans  la  fabrication  des  boites 
en  métal  précieux  sont  nombreux  et  parmi  eux  nous  citerons  :  Aubert, 
Auguste  Drais,  Ducrollay,  Gaillard,  George,  Germain,  Ilerbault,  Jacquin, 
Laterre,  Maillard,  Matins  de  Beaulieu,  Mesnier,  Quizille,  Ponde,  Roncel, 
Tiron  de  Nanteuil,  Vachette. 

Pendant  le  premier  tiers  du  xvme  siècle,  les  compositions  de  Bérain 
exercèrent  une  grande  influence  sur  les  arts.  Les  orfèvres  fabricants  de 
boites  reproduisirent  à  l'envi  ces  dessins  fantaisistes  formés  de  dispositions 
architectoniques,  de  colonnes,  de  portiques  et  de  baldaquins  accompagnés 
de  grotesques.  On  trouve  aussi  des  médaillons  d'hommes  et  de  femmes, 
parfois  des  personnages  en  costume  indien,  des  singes,  des  entrelacs  ou  des 
rinceaux. 

VIII.  —  Uoîtes  décorée*  do  sujets  en  piqué,  en  coulé,  en  incrusté 

et  en  brodé  d'or. 

Sous  la  Régence,  Devair  fabriquait  ces  jolies  boites  décorées  d'orne- 
ments et  de  sujets  en  piqué,  en  coulé,  en  incrusté  et  en  brodé  d'or. 


124  DllAGEOIllS 

L'Encyclopédie  donne  ainsi  l'explication  de  ces  divers  procédés  : 

Le  pique  :  pour  piquer  un  bijou,  il  faut  avant  tout  en  former  le  dessin.  Le  dessin 
l'ail,  il  faut  le  calquer  le  plus  ordinairement  sur  une  plaque  d'écaillé.  On  fait  ensuite 
un  trou  à  la  main  avec  l'un  des"perçoirs,  on  remplit  aussitôt  ce  trou  de  la  pointe  du 
fil  d'or  ou  d'argent  que  l'on  coupe  plus  ou  moins  saillant,  selon  les  saillies  que  l'on 
veut  donner  aux  objets  de  son  dessin.  Le  trou  échauffé  par  la  pointe  qui  le  fait, 
s'agrandit  et,  après  avoir  reçu  le  fil,  se  resserre  sur  lui  et  le  tient  serré  à  ne  pouvoir 
s'échapper.  C'est  à  l'industrie  du  piqueur  de  faire  rendre  les  effets  qu'il  attend  de 
son  dessin. 

Le  coulé  :  Le  coulé  se  fait  en  incrustant  le  fil  dans  une  rainure  pratiquée  exprès 
dans  l'écaillé.  Cette  rainure  s'ouvre  en  s'échauffant  par  le  travail  du  burin  et  se 
resserre  sur  le  fil  d'or  ou  d'argent  que  l'on  insère  dedans. 

L'incrusté  se  fait  par  plaques  de  différentes  formes  suivant  le  dessin  (pic  l'on 
place  dans  le  fond  d'un  moule  semblable  à  ceux  des  tabatières.  Ces  plaques  d'or  ou 
d'arg<  nt  s'incrustent  d'elles-mêmes  par  une  pression  violente  dans  l'épaisseur  de 
l'écaillé  chauffée  ci  disposé'!»  à  les  recevoir. 

Le  brodé  n'est  autre  chose  qu'un  composé  de  piqué,  de  coulé  et  d'incrusté 
réunis  et  disposés  avec  art,  suivant  le  génie  de  l'artiste. 

Comme  synonyme  d'incrusté  et  même  de  brodé,  l'usage  a  consacré  le  mol  posé. 

Les  plus  belles  boîtes  décorées  en  brodé  d'or  dans  le  style  de  Bérain, 
(latent  de  la  fin  de  la  Régence  jusqu'en  1735  environ. 

Sous  la  Régence,  les  boîtes  allemandes  en  nacre  ou  en  burgau  incrustées 
de  jaspes,  d'agates  ou  autres  pierres  dures,  étaient  très  recherchées.  Dans 
ces  boîtes,  le  métal  figurait  à  peine  ;  elles  étaient  fabriquées  à  Dresde. 

IX.  —  Boîtes  <'ii  f«»i*  incrusté  «»t  damasquiné. 

Nous  n'avons  pas  rencontré  de  documents  bien  certains  sur  les  lieux 
de  fabrication  des  boîtes  en  fer  ou  en  acier  ciselé  ou  damasquiné,  mais  il 
est  très  vraisemblable  que  les  spécimens  les  plus  curieux  étaient  originaires 
de  l'Allemagne.  Cependant,  il  existait  à  Paris  d'habiles  damasquineurs  à  la 
fin  du  xviie  siècle  et  parmi  eux  nous  devons  une  mention  particulière  à 
M.  de  la  Cousture,  habitant  le  Cloître-Saint-Nicolas-du-Louvre,  qui  avait 
un  talent  tout  particulier  pour  damasquiner  sur  l'acier,  en  figures  et  orne- 
ments de  la  Chine.  Cet  habile  artisan  avait  été  l'élève  de  Cursinet,  mort 
vers  1670,  qui  était  considéré  comme  le  rénovateur  de  cet  art  en  France  (1). 

(1)  On  peut  diviser  les  boîtes  de  la  collection  Le  Secq  des  Tournelles  en  quatre  catégories.  Celles  qui  parais- 
sent les  plus  anciennes  et  remontent  au  début  du  xvne  siècle  sont  des  boîtes  en  fer  plein  recouvert  d'une  riche 
décoration  d'argent  incrusté.  Dans  ces  pièces,  le  métal  précieux  forme  une  saillie  très  appréciable  sur  le  fond 
qui  est  lui-même  ciselé  et  gravé  avec  beaucoup  de  finesse.  (N08  1047,  1048,  1051,  1058.  PI.  CCLIII.) 

Dans  la  plupart  des  spécimens  que  l'on  trouve  maintenant,  l'usure,  provenant  d'un  usage  journalier  et  du 
contact  incessant  avec  le  vêtement  dans  lequel  elles  étaient  portées,  a  souvent  effacé  d'une  manière  presque 
complète  les  détails  de  la  gravure  et  de  la  ciselure.  Ces  boîtes  portent  parfois  des  inscripiions  ou  des  devises  en 
français  et  cependant,  malgré  cette  indication,  on  peut  considérer  tous  les  objets  de  ce  travail  comme  étant 
d'origine  allemande.  Les  costumes  qui  rappellent  d'assez  loin  les  modes  qu'on  rencontre  dans  les  gravures 
de  Bonnard  ont  un  caractère  qui  décèle  leur  origine  germanique. 

Parmi  ces  boites  figurent  une  série  de  flacons  en  forme  de  poire  qui  sonl  généralement  considérés  comme 
ayant  servi  à  contenir  de  la  poudre  :  ces  amorçoires  fiaient  destinés  à  déverser  quelques  grains  de  poudre  dans 
le  bassinet  du  fusil  ;  au  contact  de  l'étincelle  issue  du  choc  de  la  pierre  à  fusil,  la  poudre  s'enflammait  et  provo- 
quait la  déflagration  de  l'arme  à  feu.  Nous  faisons  toutes  réserves  sur  l'usage  de  ces  flacons,  car  plusieurs  textes 
les  représentent  comme  ayant  été  les  premières  tabatières.  On  retrouve  du  reste  en  Orient,    aux  confins  de  la 


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L'USAGE    DES    TABATIÈRES    EN    FRANCE  125 


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DEUXIEME    PARTIE 


TABATIERES 

I.  —  L'Hsnge  «lt»s  tabatières  s<»  répand  «*n  France  an  XVII^  siècle. 

Les  louanges  que  les  auteurs  du  xvne  siècle  décernèrent  au  tabac, 
compensèrent  amplement  les  critiques  qui  lui  furent  adressées,  ainsi  que 
les  diseussions  médicales  auxquelles  donnèrent  lieu  les  dangers  ou  les  vertus 
de  la  plante  importée  par  Nicot. 

L'usage  de  la  tabatière  que,  d;ms  une  heureuse  boutade,  Molière  a 
qualifiée  de  «petit  grenier  tabachique»,  devint  à  peu  près  général  en  France 
dans  la  seconde  moitié  du  xvne  siècle.  Selon  Furetière,  on  disait  alors  «  taba- 
quière». 


Chine  et  <lu  Turkestan  des  tabatières  on  matière  dure  destinées  à  contenir  la  poudre  de  tabac  très  fort  que  l'on 
puise  à  l'aide  d'une  minuscule  ruiller  :  la  poudre  ainsi  recueillie  est  placée  par  les  Orientaux,  non  dans  les 
narines,  mais  sur  l'extrémité  de  la  langue. 

Les  scènes  figurées  sur  ces  boîtes  damasquinées  d'argent  de  travail  allemand  sont  souvent  des  personnages 
à  table  occupés  à  faire  bombance,  ou  des  motifs  allégoriques  représentant  des  sujets  de  chasse  ou  de  guerre. 
(N°  1003  à  1066.  PI.  CCLIV.) 

En  second  lieu,  on  peut  mentionner  les  huiles  dont  le  couvercle  est  en  acier  ciselé  en  rondo  bosse  el  dé<  oré 
d'incrustations,  en  bas  relief,  d'or  el  d'argent.  (Nos  1054,  1055,  1 057,  10G0.  PI.  CCLIII.) 

Dans  beaucoup  de  ces  boites,  les  sujets  empruntés  aux  scènes  de  la  mythologie  galante  se  détachent  sur 
fond  sablé  or.  On  rencontre  aussi  des  scènes  de  guerre  ((ni  représentent  soit  des  imitations  de  l'Antiquité,  soit 
des  combats  dans  lesquels  les  armes  à  feu  sont  déjà  en  usage. 

En  troisième  lieu  nous  citerons  les  boites  en  acier  repoussé  qui  peuvent  se  diviser  elles-mêmes  en  2  caté- 
gories suivant  que  le  dessin  se  détache  sur  fond  plein,  ou  suivant  qu'il  est  entièrement  découpé  et  repercé  à 
jour.  Les  décorateurs  qui  ont  composé  ces  boîtes  ont  employé  des  rinceaux  à  larges  feuillages  décores  d'oeillets 
ou  de  roses. 

Dans  la  première  catégorie,  nous  rangerons  les  boites  n03  1109-1101-1102-1116-1117  1118.  (PI,  CCLV)  ; 
dans  la  seconde,  les  boîtes  n»'  1089-1090-1097-1098-1123-1 12^.  (PI.  CCLVI-CCLVII.) 

Dans  les  orageoirs  repercés  à  jour,  il  n'est  pas  rare  de  rencontrer  l'emploi,  comme  motif  central,  d'une 
petite  plaque  de  cristal  de  roche  gravée  par  en  dessous  et  dont  la  note  claire  se  marie  agréablement  avec  le  ton 
sévère  de  l'acier.  (N««  1114,  PI.  CCLV;  1073,  PI.  CCLVI  ;  1112,  PI.  CCLVII.) 

En  quatrième  lieu,  signalons  les  boîtes  en  acier  plein,  décorées  d'incrustations  d'or  et  d'argent  ou  quel- 
quefois, même,  simplement  de  cuivre,  qui  furent  à  la  mode  sous  Louis  XV.  (N08  1053-1056-1059.  PI.  CCLIII.) 
Il  est  extrêmement  difficile  de  définir  l'usage  auquel  ont  été  employées  toutes  ces  boîtes  et.  de  savoir  si 
on  se  trouve  en  présence  d'un  drageoir  ou  d'une  bonbonnière,  d'une  boîte  à  poudre  ou  à  fards  ou  simplement 
d'une  tabatière.  On  peut  dire  cependant  que  ces  dernières  affectent  une  forme  plus  plate  et  plus  rectangulaire 
que  les  boîtes  à  bonbons. 

Nous  avonî  dû  classer  avec  les  drageoirs  ces  coffrets  rectangulaires  dont  toutes  les  faces  sont  très  riche- 
ment ciselées  et  où  l'ornementation  se  détache  sur  un  fond  sablé  or.  Par  leurs  dimensions,  il  semble  que 
ces  objets  aient  été  plutôt  établis  pour  être  posés  sur  une  table,  car  ils  seraient  trop  volumineux  pour  être 
mis  en  poche. 

Un  maître  ciseleur  avait,  paraît-il,  coutume  de  signer  ses  œuvres  en  adjoignant  à  la  décoration  uni'  mouche 
imitant  si  parfaitement  la  nature  qu'il  semble  que  l'insecte  soit  venu  spontanément  se  poser  à  l'endroit  où  il 
a  été  placé.  (N"  1018  et  1022.  PI.  CCLXI.) 

La  plupart  de  ces  boîtes  sont  de  fabrication  allemande  et  le  plus  souvent  doublées  d'une  épaisse  plaque 
d'or,  ce  qui  indique  en  quelle  estime  on  tenait  ces  objets  et  combien  ils  étaient  considérés  comme  précieux. 
La  décoration  est  empruntée  à  la  mythologie  ou  à  ces  recueils  de  rocailles  et  de  trophées  qui  ont  inspiré  un  si 
grand  nombre  d'orfèvres  du  x\m*  siècle.  (N°»  1024-1032-1030-1040.  PI.  CCLX  et  CCLXI.) 


126  TABATIÈRES 

II  y  avait  des  «tabaquières  de  bois»,  nous  dit  Berthod  dans  La  Ville 
de  Paris  en  vers  burlesques.  Dans  une  scène  de  La  Fille  de  bon  sens,  comédie 
du  théâtre  de  Ghérardi,  il  est  parlé  de  «  tabaquières  de  fer  blanc,  de  noix 
de  coco,  d'ivoire...  » 

Le  livre  VII  du  Voyage  du  Parnasse,  nous  dit  que  les  priseurs  riches 

se  servaient  de  : 

Tabaquières  d'argent,  d'écaillé  incrustée  d'or,  du  prix  de  500  livres,  ou  en  or 
du  prix  de  1.200  livres,  ou  en  cailloux  blancs  et  roses  du  prix  de  .1.000  livres  et  enfin 
de  tabaquières  d'or  ornées  de  pierreries. 

11.  —  Tabatière*  en  forme  <l<-  poire  à  poudre. 

Les  premières  tabatières  étaient  en  forme  de  poire  à  poudre  ;  l'extré- 
mité supérieure  s'ouvrait  et  l'orifice  permettait  de  déposer  sur  le  dos  de  la 
main  gauche  un  petit  tas  de  poudre  destiné  à  chacune  des  narines.  La  pre- 
mière mention  de  ce  genre  de  tabatière  a  été  faite  par  le  marquis  de  Paulmy, 
qui  parle  d'une  gravure  du  xvnc  siècle  représentant  un  cavalier  tenant 
à  la  main  une  espèce  de  boule  à  laquelle  était  adapté  un  petit  conduit 
duquel  il  faisait  sortir  du  tabac  sur  le  dos  de  sa  main  gauche  et  qu'il  se 
préparait  à  porter  à  son  nez.  «Telle  serait,  dit  Vigneul-Marville  (Mélanges 
d'Histoire  et  de  Littérature,  1700),  l'origine  de  la  tabatière.» 

Les  tabatières  en  forme  de  poires  furent  remplacées  par  les  râpes  à 
tabac  qui  reçurent  le  nom  de  «  grivoises.  » 

III.  —  Tabatières*  «l'orfèvrerie  garnie*  «le  pierre*  préeienses 

«»n  «1<»  miniatures. 

Enfin,  vinrent  les  tabatières  en  forme  de  boîtes  qui  se  sont  conservées 
jusqu'à  nos  jours  avec  un  luxe  plus  ou  moins  raffiné. 

Les  tabatières  étaient,  par  excellence,  le  présent  qu'il  était  bien  séant 

d'offrir  en  certaines  circonstances  de  la  vie.  C'est  ainsi  que  nous  apprenons 

qu'en  1679,  le  roi  d'Espagne  envoya  à  Mademoiselle,  au  moment  de  son 

mariage,  une  tabatière  estimée  300  000  écus.  Le  Mercure  de  France  qui 

nous  annonce  cette  nouvelle,  donne  ainsi  la  description  de  ce  bijou  : 

bile  était  de  diamant,  faite  en  losange,  soutenue  d'un  nœud  de  diamants  qui 
a  sept  ou  huit  branches,  avec  le  portrait  du  roi. 

Une  des  manières  les  plus  usuelles  de  donner  son  portrait  était,  au 

xvii0  siècle,  d'en  faire  monter  la  miniature,  en  bracelet,  en  broche,  en  bague, 

mais  surtout  en  tabatière  ou  en  boîte.  Sous  Louis  XIV,  les  portraits  des 

boîtes  étaient  surtout  sur  émail,  travail  que  le  souverain  estimait  par-dessus 

tout.  Parmi  les  miniaturistes  les  plus  réputés,  furent  Petitot  (1607  à  1691)  ; 

J.-Ph.  Ferrand  (1652-1732)  ;  Carriera  (1665)  ;  Bourdin  ;  Mlle  de  la  Boissière  ; 

Mlle   Château  ;   Fragonard  ;   Mlle  Brison  ;   Beaudouin,   etc.. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


FI.  CXIII 


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E   T 


DEVI-  E 


Boite 


a   mouches  en   nacre  incrustée  d'argent.   -  Boite  eu  écaille  portant  une  devise  patriotique.   -  Drageoir  en  or  ciselé 
Couvercle  de  boite  en  écaille  sculpté  au  tour  par  Compignié.   xvm«  siècle 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


]1E    L'ART    DK    PRISER  127 

Tout  d'abord,  les  miniatures  furent  placées  au  fond  des  boîtes  et  dissi- 
mulées sous  le  tabac.  M.  de  la  Popelinière,  fermier  général,  fut,  d'après 
Mme  de  Genlis,  le  premier  qui  «imagina  de  tirer  les  portraits  de  cette  pous- 
sière noire  et  de  les  mettre  sur  les  boîtes.  » 

IV.  —  Le  tabac  »  ses  partisans  et  ses  détracteurs. 

Louis  XIV  détestait  le  tabac  ;  il  fit  toutes  sortes  de  cadeaux  consistant 
en  boîtes  et  en  bijoux,  mais  jamais  il  n'offrit  une  tabatière.  Les  grands 
personnages  prisaient  cependant  sous  ce  règne,  mais  ils  le  faisaient  en 
cachette.  On  prétend  que  Louvois  fut  le  premier,  en  France,  à  avoir  une 
tabatière.  Cette  boîte,  suivant  Mme  de  Genlis,  était  «  de  vieux  laque,  très 
richement  montée,  fort  grande,  très  haute  et  en  forme  de  cœur.» 

Molière,  dans  sa  comédie  Don  Juan  ou  le  Festin  de  Pierre,  lui  décerne 

le  plus  bel  éloge  et  faisant  entrer  en  scène  Sganarelle  tenant  en  main  sa 

tabatière,  il  lui  prête  ce  langage  : 

Quoique  puisse  dire  Aristote  et  toute  sa  philosophie,  il  n'est  rien  d'égal  au  tabac  : 
c'est  la  passion  des  honnêtes  gens  et  qui  vit  sans  tabac  n'est  pas  digne  de  vivre. 
Non  seulement  il  réjouit  et  purge  les  cerveaux  humains,  mais  encore  il  instruit  les 
âmes  à  la  vertu,  et  l'on  apprend  avec  lui  à  devenir  honnête  homme.  Ne  voyez-vous 
pas  bien,  dès  qu'on  en  prend,  de  quelle  manière  obligeante  on  en  use  avec  tout  le 
monde,  et  comment  on  est  ravi  d'en  donner  à  droite  à  gauche,  partout  où  l'on  se 
trouve  ?  On  n'attend  pas  même  qu'on  en  demande  et  l'on  court  au  devant  du  souhait 
des  gens  ;  tant  il  est  vrai  que  le  tabac  inspire  des  sentiments  d'honneur  et  de  vertu 
à  tous  ceux  qui  en  prennent. 

Au  xvne  siècle,  le  tabac  passait  pour  un  élément  de  sociabilité  et  les 

priseurs  ne  se  refusaient  jamais  à  offrir  à  la  ronde  une  pincée  de  la  poudre 

contenue  dans  leur  tabatière.  Thomas  Corneille  constate  cet  usage  par  la 

bouche  de  Sganarelle  : 

Ne  saurait-on  que  dire,  on  prend  la  tabatière 
Soudain  à  gauche,  à  droite,  en  avant,  par  derrière, 
Gens   de   toutes   façons,    connus   et   non    connus, 
Pour  y  demander  part,  sont  les  très  bien  venus. 

(Thomas  Corneille.  Don    Juan  ou  le  Festin  de  Pierre.) 

V.  — ■  De  l'art  «le  priser.  L'exercice  «le  la  tabatière. 

La  tabatière  passait  souvent  de  mains  en  mains  et  chacun  y  puisait  à 
la  ronde.  Dans  cet  acte  si  simple,  chacun  révélait  le  genre  d'éducation  qu'il 
avait  reçue  et  le  monde  auquel  il  appartenait,  car  le  rustre  et  l'homme  du 
monde  ne  prisaient  pas  de  la  même  manière  :  le  premier  plongeait  le  pouce 
et  l'index  jusqu'au  fond  de  la  tabatière,  en  retirait  une  forte  pincée  de  poudre 
qu'il  étalait  sur  le  revers  de  la  main  gauche  puis  reniflait  largement  en  se 
barbouillant  le  nez.  Les  gens  délicats  et  de  meilleure  éducation  se  conten- 
taient de  prendre  délicatement  quelques  grains  de  poudre  au  bout  des  deux 
premiers  doigts  puis,  arrondissant  le  geste,  pour  mieux  faire  admirer  les 


128  TABATIÈRES 

bagues  en  brillants  dont  ils  paraient  leurs  mains,  ils  aspiraient  habilement 
la  poudre  sternutoire  et  si,  par  hasard,  quelques  parcelles  tombaient  sur 
le  jabot  de  dentelle,  une  légère  chiquenaude  délicatement  appliquée,  les 
en  chassait  bien  vite,  pour  ne  pas  altérer  sa  blancheur. 

A  la  fin  du  xvn°  siècle,  priser  était  devenu  un  art  et  les  petits  maîtres 
devaient  connaître  l'exercice  de  la  tabatière,  de  même  que  les  dames  con- 
naissaient l'exercice  de  l'éventail.  F.  de  Callières,  dans  son  livre  Des  mots 
à  lu  mode  (1693)  donne  ainsi  son  avis  sur  ce  noble  exercice  : 

Je  consens  que  les  jeuns  gens  jugent,  sans  appel,  du  choix  important  de  leurs 
tabatières  à  ressort  et  de  la  manière  ingénieuse  de  les  ouvrir  et  de  les  refermer  d'une 
main,  ainsi  que  celle  d'y  prendre  du  tabac  de  bon  air  pour  me  servir  de  leurs  termes  ; 
et  de  le  tenir  quelque  temps  entre  leurs  doigts  avant  que  de  le  porter  à  leur  nez  et 
de  renifler  avec  justesse  en  l'y  recevant  ;  enfin  de  tout  ce  que  comporte  ce  noble 
exercice  que  nous  voyons  aujourd'hui  si  florissant  en  France  et  que  l'on  a  appelé 
plaisamment  «l'exercice  de  la  tabatière». 

VI.  —  i»inYi-«iii«»  matières  employées  |»onr  In  eoiifW-lioii 

des  tabatières 

On  ne  saurait  se  faire  une  idée  du  luxe  qui  présidait  à  l'ornementation 
des  tabatières.  Les  matières  les  plus  rares  furent  mises  à  contribution. 
Les  tabatières  étaient  tantôt  en  matière  précieuse  ou  en  écaille  brune  ou 
blonde  cerclée  avec  des  ors  de  couleurs,  ou  bien  encore  en  écaille  moulée, 
en  os,  en  laque,  en  bois  sculpté,  en  nacre,  en  burgau,  en  ivoire,  en  opale, 
en  lapis  lazzuli  ou  autres  pierres  dures,  en  vernis  Martin,  en  faïence,  en 
porcelaine  dure  de  Saxe,  en  pâte  tendre  de  Sèvres,  de  Mennecy  ou  de  Chantilly. 

A  la  fin  du  xvne  siècle,  c'était  chez  les  orfèvres,  qui  se  trouvaient 
groupés  sur  la  place  Dauphine  et  sur  les  quais  et  rues  avoisinantes,  qu'on 
achetait  les  boîtes  à  poudre,  les  drageoirs  en  métal  précieux.  Un  procès- 
verbal  dressé  lors  de  la  visite  faite  chez  un  orfèvre,  au  moment  des  lois 
somptuaires  (1687),  nous  apprend  qu'il  était  défendu  aux  orfèvres  de  vendre 
des  soufflets  et  des  grils  d'argent  mais,  qu'en  revanche,  ils  avaient  le  droit 
de  proposer  à  leurs  clients  des  boîtes  à  poudre,  des  boîtes  à  savonnettes, 
des  sonnettes,  des  bassinoires,  des  écritoires  et  des  pots  de  chambre  en 
argent. 

VII.  —  Tnbaf  ièi*c*  a  seamlales. 

A  cette  époque  où  la  Presse  et  le  Théâtre  ne  parvenaient  pas  à  donner 
aux  scandales  toute  la  publicité  réclamée  par  les  amateurs  de  ce  genre 
d'aventures  scabreuses,  un  marchand  imagina  de  se  servir  des  tabatières 
pour  satisfaire  la  passion  de  ses  contemporains  et  le  Livre  commode  des 
adresses,  de  1692,  composé  par  Abraham  du  Pradel,  nous  apprend  que 
Fagnany,  qui  demeurait  quai  de  l'Ecole,  «  A  la  descente  de  la  Samaritaine», 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXIV 


Boîtes  et  tabatières.   Flacons  et   ménagères.   Boîtes  à  mouches.   Cuivre  repoussé  et  doré. 

Travail  dit  de   «  Pomponne  ».   xvme  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


AMATEURS    ET    COLLECTIONNEURS    DE    TABATIÈRES  12U 

fit  fortune  à  vendre  des  tabatières  «  à  scandales  »  où  toutes  les  aventures 
scabreuses  du  moment  étaient  satiriquement  représentées. 

VIII.  —  Livres  «le  modèles  pour  les  tabatières. 

Les  artistes  les  plus  distingués  ne  dédaignèrent  pas  de  composer 
des  livres  de  modèles  à  l'usage  des  fabricants  de  tabatières.  Au  début  du 
xvme  siècle,  Jean  Bérain  et  son  frère  Claude,  ont  donné  de  très  nombreux 
et  très  intéressants  modèles  de  ce  genre.  Roberday,  en  1710,  grava  une  suite 
intitulée  Essais  de  tabatières  à  l'usage  des  graveurs  et  ciseleurs.  Enfin,  Duvi- 
vier  fit  paraître,  en  1720,  son  ouvrage  :  Manière  et  façon  dont  les  tabatières 
sont  faites. 

La  différence  entre  les  modèles  de  boîtes  préconisés  par  les  dessinateurs 
du  xvne  siècle  et  ceux  conçus  dans  les  premières  années  du  xvnr3  siècle, 
est  peu  appréciable.  L'abondance  des  pierreries  rapportées  d'Orient  par 
Tavernier  et  par  Chardin  fit  peu  à  peu  disparaître  le  métal. 

IX.  —  Amateurs  et  collectionneurs  de  tabatières* 

La  Régence  fut  l'époque  où  l'usage  des  tabatières  se  répandit  le  plus. 
Le  Régent  et  sa  femme,  Louise-Françoise  de  Bourbon,  passaient  pour 
posséder  chacun  une  fort  belle  collection  de  tabatières  et  de  drageoirs. 
Cette  dernière  recherchait  plutôt  les  boîtes  émaillées  et  en  pierre  dure. 
Quant  au  Régent,  dont  la  collection  était  la  plus  importante,  il  estimait 
fort  les  boîtes  à  sujets,  à  portrait  et  à  miniature.  Il  s'était  même  attaché 
le  miniaturise  Klingstet  «  homme  sans  pudeur  et  sans  mœurs  qui  a  rempli 
Paris  de  miniatures  obscènes»,  auquel  il  faisait  composer  les  dessins  ornant 
ses  tabatières.  Au  milieu  d'une  société  dissolue  comme  celle  qui  caractérise 
la  Régence  et  le  début  du  règne  de  Louis  XV,  Klingstet  obtint  un  tel  succès 
qu'on  le  baptisa  le  «  Raphaël  des  tabatières  »  (Maze-Sencier,  Le  Livre  des 
Collectionneurs).  Toutes  les  productions  de  cet  artiste  sont  composées  de 
sujets  erotiques  et  obscènes. 

A  cette  époque,  les  femmes,  aussi  bien  que  les  hommes,  portaient  des 
boîtes  :  leurs  poches  en  étaient  encombrées  ;  qu'elles  prisassent  ou  non, 
elles  avaient  une  tabatière  qui  était  accompagnée  par  la  boîte  à  mouches, 
la  boîte  de  senteur,  la  bonbonnière  et  encore  toutes  ces  boîtes  voisinaient- 
elles  avec  les  étuis,  les  cachets,  les  portefeuilles,  les  cassolettes,  etc.. 

En  1732,  l'usage  du  tabac  était  devenu  si  général  que  les  maîtres  d'agré- 
ment enseignaient  «à  prendre  le  tabac  avec  grâce».  C'est  à  cette  époque 
que  la  spirituelle  duchesse  de  Chartres  mit  à  la  mode  le  magasin  de  tabac 
«A  la  Civette»,  qui  existe  encore  aujourd'hui. 

17 


130  TABATIÈRES 

X.  —  Les  artistes  en  tabatières  et  les  marchands  au  XVIIIe  siècle. 

Au  milieu  du  xvme  siècle,  les  tabatières  et  les  boîtes  furent  recou- 
vertes, de  fines  peintures  représentant  des  paysages,  des  marines,  des  vues 
de  villes,  des  ruines  ou  des  scènes  villageoises,  des  bergerades,  des  scènes 
de  genre,  de  fables  ou  de  mythologie. 

Mme  Fragonard,  Mme  Boucher  et  Charlier  se  distinguèrent  surtout 
dans  les  bergerades  et  les  scènes  de  genre  ou  de  mythologie. 

Parmi  les  peintres  émailleurs  qui  ont  décoré  les  tabatières,  il  faut 
citer  :  Aubert,  Bourgoing  (fables),  Le  Bel  (fables  amoureuses),  Le  Sueur 
(bergerades  et  chasses),  de  Mailly. 

Dans  les  Comptes  des  Menus  plaisirs,  conservés  aux  Archives  Nationales, 
on  peut  relever  les  noms  de  quelques  célèbres  fabricants  de  tabatières  et 
de  drageoirs  :  Bourguet,  qui  exerçait  son  commerce  vers  1720,  excellait 
dans  les  incrustations  et  bas-reliefs  ;  Joaguet;  vers  1736,  eut  un  grand  succès 
avec  ses  boîtes  montées  en  or  et  en  pierres  dures  ;  Germain,  en  1740  ;  Dcbôche, 
en  1750  et  Auguste,  en  1770;  avaient  acquis  une  réputation  méritée  pour 
leurs  boîtes  ciselées  et  gravées  en  ors  de  couleurs  et  de  relief  ;  Georges,  un 
orfèvre  qui  fut  reçu  maître  en  1752,  avait  acquis  un  tel  renom  pour  ses 
tabatières  ciselées,  décorées  d'émaux  translucides,  qu'on  avait  donné  à  ces 
boîtes  le  nom  de  «  Georgettes.  » 

XI.  —  Tabatières  optiques  ou  à  secret. 

Dans  la  seconde  partie  du  règne  de  Louis  XV,  les  tabatières  optiques 
ou  à  secret  firent  fureur.  A  ce  sujet,  on  raconte  la  curieuse  anecdote  sui- 
vante :  Le  comte  de  Saint-Germain  dînant  un  jour  de  l'année  1750  chez  la 
marquise  de  Pompadour,  tira  de  sa  poche  une  magnifique  tabatière  avec 
une  agathe  sur  le  couvercle.  Quand  la  tabatière  eût  passé  de  mains  en  mains 
et  eût  été  admirée  de  tous,  le  comte  de  Saint-Germain  pria  la  marquise  de 
l'approcher  du  feu.  Au  bout  de  quelques  secondes,  à  la  surprise  de  tous, 
l'agathe  disparut  pour  faire  place  à  une  miniature  à  la  Watteau,  représentant 
une  jeune  bergère  entourée  de  ses  moutons  ;  en  laissant  refroidir  la  taba- 
tière la  miniature  disparut  et  fut  remplacée  par  l'agathe.  Le  secret  consis- 
tait en  ce  que  le  couvercle  était  formé  de  deux  verres  parallèles  distants  l'un 
de  l'autre  de  deux  millimètres  ;  l'intervalle  libre  était  rempli  d'un  mélange 
fusible  de  cire  blanche,  de  graisse  de  porc  ou  d'un  peu  d'huile  vierge.  Ce 
mélange,  en  fondant,  devenait  transparent  et  laissait  apercevoir  le  sujet 
peint  sur  la  plaque  de  verre  inférieure. 

Quelquefois,  le  secret  consistait  en  une  miniature  plus  ou  moins  libi- 
dineuse ou  dans  le  portrait  d'un  être  aimé,  qui  était  placé  dans  le  fond  de 
la  tabatière  ou  dessiné  dans  le  couvercle. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXV 


i 


10 


II 


12 


Tabatières  et  boîtes  en   «  Pomponne  ».  Boîtes  à  mouches  à  sujets  mythologiques,  xvm-  siècle 

(Collection   R.   Richebé.) 


TABATIÈRES    I>E    CUIVRE    ET    TABATIÈRES    DE    HOIR  131 

En  1772,  Roger,  orfèvre-bijoutier  au  Pont-au-Change,  vendait  des 
tabatières  optiques  qui  changeaient  jusqu'à  quatre  fois  de  sujet. 

XII.  —  Tabatières  en  ivoire,  en  porcelaine  et  en  laque. 

C'est  aussi  sous  le  règne  de  Louis  XV,  qu'on  vit  apparaître  les  taba- 
tières en  ivoire  décorées  de  fins  portraits,  les  tabatières  en  faïence  de  Rouen, 
sous  la  forme  de  petits  volumes  in-18,  les  tabatières  en  pâte  tendre  de  Sèvres, 
enfin,  les  boîtes  en  vernis  Martin. 

La  production  des  boîtes  fut  extrêmement  intense  en  Saxe  dans  la 
première  moitié  du  xvme  siècle  et  cette  bijouterie  prit  dans  ce  pays  un 
aspect  très  particulier.  Parmi  les  artistes  les  plus  remarquables,  il  faut  citer 
Jean  Melchior-Diglinger,  qui,  pendant  une  trentaine  d'années,  avec  ses 
fils  et  quatorze  ouvriers,  mit  en  œuvre  l'or,  les  pierres  précieuses,  les  perles 
et  l'émail,  pour  réaliser  les  caprices  les  plus  baroques  de  son  roi.  Les  œuvres 
de  cet  artiste  ont  formé  une  école  de  bijouterie  qui  a  répandu  en  Europe 
ces  boîtes  en  pierres  dures  montées  en  or  de  plusieurs  couleurs,  qui  sont  de 
vrais  modèles  d'exécution. 

Suivant  Watin,  c'est  en  1745  que  la  mode  des  tabatières  de  laque  fit 
fureur.  Tous  les  vernisseurs  se  mêlèrent  d'en  fabriquer,  mais  les  plus  célèbres 
furent  celles  recouvertes  du  vernis  inventé  par  les  frères  Martin.  Ces  pièces 
étaient  si  estimées  et  si  luxueuses  que  le  magasin  du  «  Petit  Dunkerque  » 
les  vendait  couramment  de  24  à  30  livres  la  pièce  (Jaubert,  Dictionnaire 
des  Arts  et  Métiers). 

XIII.  —  Tabatières  de  cuivre,  tabatières  de  bois  tlites  «  Ronronnes  ». 

A  cette  même  époque,  on  fabriquait  des  tabatières  de  cuivre  qui  ne  le 
cédaient  en  rien  pour  le  fini  du  travail,  aux  tabatières  en  or  ;  elles  étaient 
l'œuvre  d'un  bijoutier  parisien  établi  à  l'hôtel  de  Pomponne  qui,  plus  tard, 
prit  le  nom  d'hôtel  d'Alligre.  Toutefois,  un  grand  nombre  de  tabatières  de 
ce  genre,  qu'on  rencontre  encore  aujourd'hui,  ont  été  faites  dans  le  nord 
de  l'Italie,  aux  confins  de  l'Autriche  :  les  sujets  représentés  sur  ces  boîtes 
n'ont  pas  la  délicatesse  des  œuvres  exécutées  par  les  artisans  parisiens 
(Voir  Notice  sur  les  châtelaines,  p.  71). 

En  1758,  la  mode  fut  aux  tabatières  en  bois  brut  :  c'était  alors  une 
manière  de  critique  contre  les  mesures  économiques  que  tentait  le  contrô- 
leur général  Etienne  de  Silhouette.  Dans  son  Tableau  de  Paris,  Mercier 
s'est  fait  ainsi  l'écho  de  l'impopularité  de  ce  fonctionnaire  : 

Tout  parut  «  à  la  silhouette»  et  son  nom  ne  tarda  pas  à  devenir  ridicule...  Les 
portraits  «à  la  silhouette»  furent  tirés  de  profil  sur  du  papier  noir,  d'après  l'ombre  de 
la  chandelle  sur  une  feuille  de  papier  blanc. 


1 32  TABATIÈRES 

En  1764,  apparurent  les  tabatières  dites  «  Bouronnes  »  ;  elles  étaient 
l'œuvre  d'un  certain  Bouron,  tabletier  de  Grenoble  et  étaient  fabriquées 
en  bois  dit  racine  de  buis,  qui  n'était  autre  chose,  probablement,  que  de  la 
racine  d'orme. 

XIV.  —  Los  tabatières  d'après  le  «  Tableau  «le  Paris  »  de  Mercier. 

Les  tabatières  étaient  un  des  signes  les  plus  apparents  du  luxe  et  du 

bon  goût  de  celui  qui  les  portait.  Dans  son  Tableau  de  Paris,  Mercier  nous 

raconte  que  le  bon  ton  exigeait  qu'on  changeât  de  tabatière  tous  les  jours. 

On  a  des  boîtes  pour  chaque  saison,  ajoute-t-il.  Celle  d'hiver  est  plus  lourde  ; 
celle  d'été  est  légère.  C'est  à  ce  trait  caractéristique  que  l'on  reconnaît  un  homme  de 
goût.  On  est  dispensé  d'avoir  une  bibliothèque,  un  cabinet  d'histoire  naturelle, 
quand  on  a  300  tabatières  et  autant  de  bagues. 

Quand  le  prince  de  Conty  mourut,  on  trouva  dans  ses  tiroirs,  les  uns 
disent  800,  d'autres  5.000  tabatières  ou  boîtes. 

La  tabatière  était  l'objet  dont  on  disposait  le  plus  souvent  quand  on 
voulait  faire  un  don  et  quand  une  princesse  se  mariait,  on  voyait  toujours 
figurer  un  grand  nombre  de  tabatières  dans  la  corbeille  de  mariage.  Souvent 
la  mariée  n'en  conservait  que  quelques-unes  et  distribuait  les  autres  dans 
son  entourage.  Dans  la  corbeille  de  mariage  de  Marie-Antoinette,  se  trou- 
vaient cinquante-deux  tabatières  d'or. 

XV.  —  Les  tabatières  au  Musée  du  Louvre. 

On  peut  encore  actuellement  se  faire  une  idée  de  la  richesse  et  de  la 
perfection  avec  laquelle  étaient  traitées  les  tabatières  et  les  boîtes,  en  allant 
faire  une  promenade  au  Musée  du  Louvre.  Là  on  peut  admirer  une  mer- 
veilleuse collection  donnée  par  M.  et  Mme  Lenoir,  qui  comprend  plus  de 
deux  cents  pièces  et  celle  non  moins  précieuse  offerte  par  M.  Schlichting. 
Mentionnons  aussi  le  magnifique  ensemble  de  boîtes  et  de  miniatures  enri- 
chies de  brillants  qui  a  été  donné  dernièrement  par  M.  Doisteau,  le  collec- 
tionneur bien  connu. 

XVI.  —  Tabatières  décorées  au  tour. 

On  sait  que  de  nombreuses  tabatières  ou  boîtes  étaient  habilement 
gravées  au  tour.  Les  orfèvres  du  xvme  siècle  étaient,  en  effet,  passés  maîtres 
dans  ce  moyen  mécanique  de  faire  du  guillochage  et  particulièrement  de 
préparer  ces  fonds  moirés  que  l'on  trouve  toujours  dans  les  boîtes  recou- 
vertes d'un  émail  transparent.  Ces  productions,  au  milieu  du  règne  de 
Louis  XV,  étaient  fabriquées  par  le  sieur  Gorin,  qui  habitait  rue  de  Saint- 
Louis-en-1'Isle,  et  vendues  par  les  détaillants  de  la  Galerie  marchande  du 
Palais.  En  1773,  le  sieur  Compignié,  tabletier  rue  Greneta,  était  renommé 
pour  ses  dessus  de  boîtes  en  écaille  tournée.  Le  Mercure  de  France  du  mois  de 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXVI 


10 


Boîtes  et  drageoirs  en  écaille  brune  ou  blonde  ornées  de  miniatures  en  piqué  d'or,   xvm°  et   xixe  siècles 

TabaUère  formée  de  plaques  de  nacre  sculptée  et  piquée  d'or.   xvin=  siècle 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


DIFFÉRENTS    MOYENS    EMPLOYÉS    POUR    DORER    LES    TABATIÈRES  133 

janvier  de  cette  année,  nous  apprend  que  ce  maître  eut  l'honneur  de  pré- 
senter au  roi  deux  tableaux  d'écaillé  blonde  exécutés  au  tour  et  représentant 
l'un  une  vue  du  château  de  Saint-Hubert,  du  côté  de  l'entrée,  et  l'autre 
une  vue  du  même  château,  du  côté  de  l'étang.  Ce  genre  de  décoration  était 
le  plus  souvent  employé  pour  agrémenter  les  dessus  de  tabatières  dont  le 
magasin  du  «Petit  Dunkerque»  était  abondamment  pourvu. 

Nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  reproduire  ici  le  commentaire 
qui  fut  inséré  dans  YAlmanach  général  des  Marchands  pour  1772,  sur  ce  genre 
de  travail  : 

Le  choix  et  l'exécution  des  sujets  ont  mérité  à  l'artiste  les  suffrages  des  con- 
naisseurs. 

Les  ronds  ont  depuis  3  pouces  jusqu'à  9  et  10  de  diamètre.  La  hauteur  des  carrés 
porte  depuis  5  pouces  jusqu'à  10  sur  une  largeur  depuis  7  jusqu'à  12. 

On  y  trouve  les  copies  de  tableaux  de  MM.  Vernet  et  Baudouin,  tels  que  les 
vues  des  environs  de  Marseille,  l'entrée  et  la  sortie  d'un  port,  etc. 

Tous  ces  différents  sujets  peuvent  se  découper  et  mettre  sur  des  glaces  bleues 
qui  imitent  le  lapis. 

Les  plus  chers  parmi  les  tableaux  ronds  n'excèdent  pas  24  livres  ;  tous  les  carrés 
sont  fixés  entre  18  et  36  livres,  y  compris  les  bordures. 

Entrepreneur,  M.  Compignié,  rue  Grenéta,  à  l'enseigne  du  roi  David. 

Nous  pouvons  donner  sur  les  tabatières  travaillées  au  tour  des  ren- 
seignements assez  précis,  car  nous  avons  la  bonne  fortune  de  posséder 
personnellement  une  des  œuvres  de  Compignié.  C'est  un  dessus  de  boîte 
ou  de  tabatière  de  forme  ronde  en  écaille  représentant  une  vue  de  Mar- 
seille ;  en  exergue,  Compignié  a  inscrit  la  légende  suivante  :  «  Première  vue 
de  Marseille  exécutée  au  tour  par  Compignié,  tourneur  du  roi  à  Paris,  d'après 
le  tableau  original  de  M.  Vernet    peintre  de  Sa  Majesté  ». 

Ce  couvercle  est  formé  d'une  très  mince  plaque  d'écaillé  revêtue  d'appli- 
cations de  feuilles  d'or  et  d'argent.  Les  fonds  sont  formés  par  des  stries 
parallèles  et  juxtaposées  et  les  personnages,  les  monuments,  les  bateaux, 
tout  le  décor,  en  un  mot,  présente  un  relief  très  sensible. 

XVII.  —  Différents  moyens  employés  pour  dorer  les  tabatières. 

Pendant  le  xvme  siècle,  en  dehors  des  trois  principales  manières  de 

dorer  au  feu,  qui  étaient  :  la  dorure  en  or  moulu,  la  dorure  en  feuille  et  la 

dorure  en  or  haché,  les  artistes  exécutaient  encore  une  très  jolie  dorure  sur 

métaux  et  particulièrement  sur  l'argent,  de  la  manière  suivante  : 

On  l'ait  dissoudre  de  l'or  dans  de  l'eau  régale  :  on  imbibe  des  linges  dans  cette 
dissolution,  on  les  fait  brûler  et  on  en  garde  la  cendre.  Cette  cendre  frottée  et  appli- 
quée avec  de  l'eau  à  la  surface  de  l'argent  au  moyen  d'un  chiffon  ou  même  avec  les 
doigts,  y  laisse  les  mollécules  d'or  qu'elle  contient  et  qui  adhèrent  très  bien  ;  on  lave 
la  pièce  ou  la  feuille  d'argent  pour  enlever  la  partie  terreuse  de  la  cendre  ;  l'argent 
en  cet  état  ne  parait  presque  point  doré,  mais  quand  on  vient  à  le  brunir  avec  la 
pierre  sanguine,  il  prend  une  couleur  d'or  très  belle.  Cette  manière  de  dorer  est  très 
facile  et  n'emploie  qu'une  quantité  d'or  infiniment  petite.  La  plupart  des  ornements 


134  TABATIÈRES 

d'or  qui  sont  sur  les  éventails,  les  tabatières  et  autres  bijoux  de  grande  apparence 
et  de  peu  de  valeur,  no  sont  que  de  l'argent  duré  par  cette  méthode.  (Jaubert.  Dict. 
des  Arts  et  Métiers.) 

XVIII.  —  Tabatières  on  ]»euii  de  chagrin  et  tabatières 
à  sujets  mécaniques. 

En  1774,  le  sieur  Granchez,  propriétaire  du  magasin  du  «  Petit  Dun- 
kerque»  situé  à  la  descente  du  Pont-Neuf,  établissement  qui  fut,  pendant 
tout  le  règne  de  Louis  XVI,  le  rendez-vous  du  monde  élégant,  obtint  un 
vif  succès  en  mettant  à  la  mode  des  tabatières  en  peau  de  chagrin.  Le  Mer- 
cure de  France  du  mois  de  juillet  signalait,  en  ces  termes,  leur  mise  en  vente  : 

Granchez,  le  bijoutier  de  la  Reine  Marie-Antoinette,  met  en  vente  des  boites 
en  chagrin  noir  qu'il  nomme  «la  Consolation  dans  le  ebagrin»  et  d'autres  en  petit 
deuil  renfermant  en  dedans  le  couvercle  le  premier  édit  du  roi  et  au  dessus  le  môme 
portrait,  qu'il  nomme  «le  Surcroit  de  consolation».  (Voir  Notice  sur  les  coffrets,  page 
144.) 

L'abbé  Georgel,  dans  ses  Mémoires,  nous  a  donné  ainsi  l'explication 

du  nom  donné  à  ces  boîtes  : 

La  France  retentissait  de  toutes  parts  de  chansons  que  la  gaité  avait  imaginées 
pour  fêter  ce  joyeux  avènement  (du  roi  Louis  XVI),  on  voyait  dans  toutes  les 
mains  des  tabatières  en  peau  de  chagrin  sur  lesquelles  on  avait  placé  le  médaillon 
de  Louis  XVI  et  de  Marie-Antoinette  on  les  appelait  :  «la  Consolation  dans  le  chagrin». 

A  la  même  époque,  un  artiste  avait  placé  sur  le  couvercle  de  ses  taba- 
tières les  médaillons  de  Louis  XII,  Henri  IV  et  Louis  XVI.  Dans  une  légende 
placée  au-dessous,  on  lisait  XII  et  IV  font  XVI. 

En  1775,  le  magasin  du  «Petit  Dunkerque»  vendait  des  tabatières 
dites  «  au  tableau  parlant»,  ornées  de  portraits  en  talc  parfaitement  réussis, 
ainsi  que  des  boîtes  à  tableaux  mouvants  et  à  pièces  mécaniques  figurant 
des  moulins  à  vent,  des  jets  d'eau,  des  cadrans,  etc.. 

XIX.  —  Tabatières  tlites  «  platitudes  »  ou  «  turgotines  ». 

Nous  avons  vu  qu'en  1758,  on  avait  fait  des  tabatières  simples  en  bois 

brut  pour  protester  contre  les  mesures  économiques  tentées  par  le  contrôleur 

général.  En  1776,  l'idée  fut  reprise  en  signe  de  protestation  contre  les  réformes 

financières  tentées  par  Turgot  :  c'étaient  des  tabatières  ou  boîtes  plates 

qu'on  pouvait  mettre  dans  le  gousset.  Bachaumont,   dans  ses  Mémoires 

secrets,  (t.  IX,  p.  116,)  parle  d'elles  en  ces  termes  : 

Depuis  peu,  écrit-il,  à  la  date  du  5  mai  1776,  les  marchands  de  nouveautés  en 
tabatières,  pour  exciter  le  goût  des  amateurs  par  la  variété,  ont  imaginé  des  boites 
plates  qu'ils  ont,  pour  cette  raison,  appelées  «Platitudes»  :  elles  sont  de  carton  et  à 
très  bon  prix.  Mme  la  duchesse  de  Bourbon  est  allée,  ces  jours  derniers,  à  l'hôtel  de 
Jaback  et  quand  on  a  demandé  à  Son  Altesse  ce  qu'elle  désiroit,  elle  a  répondu  : 
«  Des  Turgotines  ».  Le  marchand  a  paru  surpris  et  ignorer  ce  qu'elle  vouloit  dire. 

—  Oui,  a-t-elle  ajouté,  des  tabatières  comme  celles-là,  en  montrant  la  forme  moderne. 

—  Madame,  ce  sont  des  «Platitudes».  —  Oui,  oui,  a  riposté  la  princesse,  c'est  la  même 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXVII 


ÇfttAùac    PlèïcArf**  A   Pt/un.    «.«'. 


linit,.  ,.,,     ?olte;\a  ca8es  ,en  or  a  s"Jet  de   marine.   Drageoir  en  ivoire  à  décor  d'insectes. 

inerre  dure  ornée  d  une  miniature  :   elle  est  munie  d'un  couvercle  mobile  en  or  repoussé, 
tabatière  en  or  émaillé  à  sujet  napoléonien,   xvin»  et  XIXe  siècles. 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne) 


TABATIÈRES    RÉVOLUTIONNAIRES  135 

chose.  Le  nom  leur  est  resté  et  cette  gentillesse  occupe  Paris  pour  le  moment  :  il 
n'est  personne  qui  ne  veuille  avoir  sa  «Turgotine»  ou  sa  «Platitude». 

XX.  —  Tabatières  tic  fantaisie. 

En  1783,  l'apparition  des  ballons  conçus  par  M.  de  Montgolfier  fit 
composer  des  tabatières  dites  «au  ballon»,  sur  le  couvercle  desquelles  figurait 
un  aérostat  accompagné  d'une  allégorie  à  la  gloire  de  l'inventeur. 

Quelques  années  plus  tard,  on  mit  en  vente  des  tabatières  de  cuir 
«aussi  légères  que  l'écaillé  et  maintenant  le  tabac  extrêmement  frais», 
dit  YAlmanach  sous  verre  pour  l'année  1785.  Ces  tabatières  étaient  fabri- 
quées à  Edimbourg,  elles  étaient  montées  en  or  et  en  argent  et  décorées  de 
peintures  ou  d'émaux. 

En  1778,  après  la  mort  de  Voltaire  et  de  Rousseau,  on  vit  apparaître 
des  tabatières  en  l'honneur  de  ces  deux  philosophes.  Les  tabatières  «à  Vol- 
taire »  représentaient  soit  son  buste,  soit  son  tombeau  à  Ferney.  Les  taba- 
tières «  à  Rousseau  »  portaient  un  médaillon  avec  le  portrait  de  l'auteur  du 
Contrat  social.  Quelquefois,  le  médaillon  de  Voltaire  était  accolé  à  celui  de 
Rousseau. 

XXI.  —  Tabatières  révolutionnaires. 

L'industrie  des  orfèvres  fabricants  de  tabatières  déclina  rapidement  sous 
la  Révolution,  au  profit  de  l'industrie  des  tabletiers.  C'est  à  ce  moment  qu'appa- 
rurent les  boîtes  populaires  dont  le  couvercle  portait  la  représentation  des 
événements  considérables  de  l'époque.  Faites  en  buis,  en  ivoire  sculpté, 
en  métal  repoussé  ou  gravé,  en  écaille  moulée,  elles  immortalisèrent  les 
traits  des  ardents  défenseurs  et  des  martyrs  de  la  liberté. 

Jaubert,  dans  son  Dictionnaire  des  Arts  et  Métiers,  nous  apprend  qu'à 
cette  époque  on  faisait  aussi  des  tabatières  de  fer  qu'on  coloriait  en  noir 
à  l'aide  d'un  mélange  épais  de  noir  de  laque  avec  un  vernis  nommé  mordant 
d'or. 

En  1789,  parut  la  tabatière  des  «  Droits  de  l'Homme».  Quelque  temps 
après  on  vit  apparaître  la  tabatière  «Aux  Assignats»:  le  décor  consistait 
en  un  dessin  ou  une  estampe  en  noir  et  rouge  ou  en  noir  imitant  les  assignats. 

Les  tabatières  maçonniques  furent  nombreuses  :  elles  sont  ornées  de 
signes  et  d'emblèmes  relatifs  à  la  franc-maçonnerie  et  empruntés  à  l'art 
de  bâtir. 

En  1790,  la  Chronique  de  Paris  du  16  avril,  signale  que  les  aristocrates 
ont  à  choisir  comme  signe  de  ralliement  «  une  tabatière  où  se  trouve  d'un 
côté  la  prise  des  Annonciades  et  de  l'autre,  un  combat  livré  par  M.  Albert 
de  Rioms.  » 

C'est  à  cette  époque  que  l'entrepreneur  de  la  démolition  de  la  Bastille 


136  TABATIÈRES 

fit  fabriquer  toutes  sortes  d'objets  avec  les  chaînes  qui  servaient  à  attacher 
les  prisonniers,  ainsi  qu'avec  le  zinc,  le  cuivre,  le  plomb  et  même  la  pierre 
qu'il  recueillit  dans  la  célèbre  forteresse  :  on  vit  notamment  des  tabatières, 
des  médailles  commémoratives  (1),  des  bagues  et  jusqu'à  des  boucles 
d'oreilles. 

En  1791,  on  vit  à  Paris,  des  tabatières  en  faïence,  dites  «Nationales», 
«  Aux  trois  couleurs»  ;  elles  portaient  sur  tous  les  côtés,  la  légende  «  Patrie». 
(Histoire  de  la  Société  française  pendant  la  Révolution,  par  MM.  de  Goncourt). 

En  1792,  apparaît  la  tabatière  «Au  bonnet  phrygien»  :  elle  était  d'un 
aspect  vulgaire,  le  plus  souvent  en  corne. 

La  tabatière  des  «  Sans-culottes  »  a  été  exécutée  entre  la  fin  de  l'année 
1792  et  le  9  Thermidor  1794  :  elle  porte  la  légende  :  «  Paix  aux  chaumières, 
guerre  aux  châteaux,  mort  aux  tyrans  ».  En  exergue,  on  lit  :  «  Aux  braves 
sans-culottes  parisiens». 

La  tabatière  «  A  la  guillotine  »  a  été  établie  en  1793,  un  peu  après  la 
mort  de  Louis  XVI  ;  elle  est  en  carton  verni  et  décorée  d'une  estampe  colo- 
riée représentant  la  guillotine,  tandis  que,  dans  un  nuage,  entouré  de  rayons, 
apparaît  le  bonnet  phrygien.  Une  légende  dit  :  «  Et  la  garde  qui  veille  aux 
barrières  du  Louvre  n'en  défend  pas  nos  rois». 

En  1793,  parut  une  tabatière  portant  cette  sinistre  devise  :  «  Liberté, 
Egalité,  Fraternité  ou  la  mort». 

A  la  même  époque,  on  vit  la  tabatière  au  «  Ça  ira»  ;  elle  était  en  écaille 
moulée  et  portait  comme  devise  :  «  Patience,  ça  ira,  il  ne  faut  que  s'entendre». 

En  dehors  de  ces  tabatières,  on  en  fit  aussi  avec  les  portraits  des  grands 
hommes  de  la  Révolution  :  Mirabeau,  La  Fayette,  Bailly,  Marat,  Charlotte 
Corday,  les  Samson  ;  puis  ce  furent  les  tabatières  «A  la  victime»,  «Aux  patrio- 
tes», etc.,  etc.. 

XXII.  —  Tabatières  au  Imllon.  Tabatières  royalistes 

et  impérialistes. 

Sous  le  Directoire,  la  première  descente  en  parachute  du  bord  d'un 
aérostat  remit  en  honneur  les  tabatières  «  au  ballon  ».  On  vit  encore  des 
tabatières  «  Aux  assignats  »,  «  A  Mme  Angot  »,  puis  celles  «  Au  saule  pleu- 
reur». Ces  dernières  portaient  sur  le  couvercle  un  dessin  représentant  un 
saule  pleureur  ombrageant  une  urne  funéraire  au  pied  de  laquelle  pleurait 
une  femme  en  deuil.  Les  lignes  du  dessin  formant  l'urne  et  le  branchage 
de  l'arbre  reproduisaient,  à  l'œil  attentif,  les  traits  de  Louis  XVI,  de  Marie- 
Antoinette  et  du  duc  de  Normandie.  La  femme  en  deuil  symbolisait  la 
France. 

(1)  Musée  Le  Secq  des  Tournelles.  PI.  CCC. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXVI1I 


Boites  en   carton   décorées  de  sujets  composés  à  l'aide  d'une  cannetille 
en   inétal   doré  et  de  cordons  de  perles  de  pàtc  blanche.   Fin  du  xvme  siècle. 
(Collection  H.-R    D'Allemagne.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXIX 


I 


Boîtes  à  bonbons  en  carton  doré  décorées  d'images  coloriées.  Milieu  du  xixe  siècle. 

Boîtes  en  carton  ou  en  bois  comprimé.   Restauration. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


TABATIÈRES    CRANOLOGIQUES    AU    XIXe    SIÈCLE  137 

Sous  le  Consulat,  on  vit  à  l'étalage  de  certains  marchands  de  tabatières 
des  boîtes  à  l'image  de  Louis  XVI,  de  Marie-Antoinette  et  du  Dauphin, 
des  tabatières  «  Au  testament  de  Louis  XVI  »,  la  tabatière  «  Aux  Adieux  », 
la  tabatière  représentant  la  «Leçon  de  géographie  du  Dauphin». 

Au  début  de  l'Empire,  on  fit  des  tabatières  à  la  gloire  des  victoires 
et  des  hauts  faits  d'armes  de  Napoléon  Ier  et,  en  1804,  au  moment  du  sacre, 
l'effigie  de  l'empereur  fut  reproduite  à  des  milliers  d'exemplaires  sur  les 
tabatières  en  os,  en  ivoire,  en  corne,  en  bois,  en  métal,  etc.. 

XXIII.  —  Tabatières  cintrées  et  tabatières  «le  «laines. 

A  cette  époque,  la  mode  des  tabatières  luxueuses  était  revenue  et  le 

Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  20  Floréal,  an  XII,  nous  donne  ainsi  la 

note  du  suprême  bon  ton  : 

Les  tabatières  à  la  mode  pour  homme  se  font  en  or  ou  en  argent  au  dehors  et 
en  vermeil  au  dedans  ;  on  ne  les  porte  plus  unies,  mais  guillochées  à  damier  ou  en 
losange  et  la  mode  la  plus  remarquable  est  qu'elles  sont  de  forme  cintrée,  de  manière 
que  mises  dans  la  poche  du  gilet,  elles  s'adaptent  à  la  rondeur  du  ventre  ou  au  cercle 
décrit  par  la  poche. 

Le  15  Vendémiaire,  le  même  journal  nous  signale  un  petit  bijou  très 
en  faveur  près  des  dames  :  c'était  une  petite  boîte  à  tabac  qu'elles  nom- 
maient «une  demi-journée»;  et  ceci  nous  prouve  que  les  dames  élégantes 
n'avaient  pas  toutes  abandonné  l'usage  d'introduire  dans  leur  appendice 
nasal  la  poudre  odorante  de  Nicot. 

L'habitude  de  priser  était,  pour  les  femmes,  assez  ancienne,  car  bien 
avant  la  mort  de  Louis  XVI,  toutes  les  dames  élégantes  avaient  cette  pas- 
sion. Dans  les  Lettres  de  la  Princesse  Palatine,  à  la  date  du  5  août  1712,  on 
trouve  cette  sévère  critique  contre  cet  usage  : 

Le  tahac  est  une  chose  horrible,  je  suis  furieuse  quand  je  vois  ici  toutes  les 
femmes  avec  le  nez  sale  comme  si  elles  l'avaient  plongé  dans  l'ordure  ;  elles  mettent 
leurs  doigts  dans  les  tabatières  de  tous  les  hommes. 

XXIV.  —  Tabatières  cranologiqiics  an  XIX8  siècle. 

En  1808,  un  savant  allemand,  le  Dr  Gall,  avait  excité  la  curiosité  des 
érudits  et  des  gens  d'esprit  en  exposant  dans  une  série  de  conférences  ses 
idées  sur  la  cranologie  humaine.  La  mode  ne  voulut  pas  rester  en  arrière 
de  ce  mouvement  de  curiosité  et,  bientôt,  apparurent  les  tabatières  crano- 
logiques  dont  la  description  nous  est  fournie  par  le  Journal  des  Arts  et  des 
Sciences,  du  4  mars  1808  : 

Ne  pouvant  se  dispenser  d'honorer  à  sa  manière  le  docteur  Gall,  dit  le  journal, 
la  déesse  mode  a  imaginé  des  «tabatières  cranologiques».  Ces  tabatières  sont  en  carton 
et  peintes  en  racine  de  buis  ;  un  triangle  de  trois  crânes  se  dessine  sur  la  couverture  ; 
chacun  d'eux  offre  des  contours  marquant  des  protubérances  avec  27  chiffres  qui 
renvoient  à  une  table  explicative,  au-dessus  du  triangle.  Bientôt  nos  élégants  et 

18 


138  TABATIÈRES 

nos  élégantes  seront  familiarisés  avec  les  merveilles  que  le  docteur  allemand  est  venu 
répandre  sur  les  bords  de  la  Seine.  En  prenant  et  offrant  du  tabac,  on  fera  un  cours 
complet  de  cranologie. 

XXV.  —  Principaux  marchands  «le  tabatières  au  XIXe  siècle. 

La  plupart  des  tabatières  de  cette  époque  étaient  ornées  de  miniatures 
très  fines  et  très  délicates  qui,  nous  apprend  le  Miroir  des  Grâces  de  1811, 
se  faisaient  à  petits  points  ou  ù  petits  traits.  Les  sujets  représentés  étaient 
soit  des  portraits,  des  paysages,  des  scènes  historiques  ou  villageoises.  Les 
artistes  qui  se  livraient  plus  particulièrement  à  la  peinture  des  miniatures 
décorant  les  tabatières  étaient,  au  Palais- Royal  :  Blanchet,  Corbet,  Bouchardy 
et  Dubasty  ;  puis  venait  Candide  Blaize,  17,  rue  Neuve-des-Bons-Enfants 
et  Laederick,  passage  Radzivill. 

On  peut  dire;  en  quelque  sorte,  que  chaque  époque  a  adopté  sinon 
une  matière  unique  du  moins  une  association  de  matière  pour  former  un 
ensemble  qui  caractérise,  pour  les  amateurs,  d'une  façon  précise,  une  époque 
déterminée.  C'est  ainsi  qu'on  peut  remarquer  qu'au  début  du  xixe  siècle, 
vers  1811,  on  s'est  complu  à  associer,  dans  la  confection  des  menus  objets 
servant  à  l'usage  quotidien,  la  nacre  et  le  bronze  doré  ou.  pour  parler  plus 
exactement,  de  minces  lamelles  de  cuivre  estampé  tirées  au  banc  ou  décorées 
au  tour  à  l'aide  de  la  molette. 

Nous  retrouvons  encore  quelquefois,  dans  les  fonds  de  tiroirs  qui  n'ont 

pas  été  trop  explorés  et  plus  sûrement  encore  chez  les  collectionneurs  qui 

ont  le  culte  de  la  conservation  des  objets  du  passé,  des  quantités  de  ces 

menus  objets  fabriqués  en  nacre  gravée  ou  même  ciselée  et  contenus  dans  des 

montures  de  métal  doré.  Le  Miroir  des  Grâces  de  l'année  1811,  relate  que 

parmi  ces  menus  bibelots  en  nacre  de  perles  on  remarque  de  très  belles 

tabatières,  des  étuis,  voire  même  des  dés  à  coudre.  Les  meilleurs  fabricants 

de  ce  genre  d'objets  étaient  :  M.  Pradier,  22,  rue  Bourg-l'Abbé  et  M.  Hartman, 

14,  rue  Simon-le-Franc. 

Les  ouvrages  précieux  qui  sortent  de  la  fabrique  de  M.  Pradier,  à  Dourdan, 
ajoute  le  Miroir,  servent  à  enrichir  les  plus  beaux  nécessaires  et  boîtes  à  ouvrage 
qu'on  trouve  dans  son  magasin. 

Une  des  boutiques  les  plus  achalandées  pour  le  commerce  des  taba- 
tières au  début  du  xixe  siècle,  était  celle  du  sieur  Vaugeois,  56,  rue  des  Arcis. 
Dans  YAlmanach  des  Gourmands  pour  l'année  1810,  nous  avons  relevé  cette 
annonce  le  concernant  : 

M.  Vaugeois,  «  Au  Singe  vert  »  et  non  verd,  comme  on  le  lit  sur  ses  factures  et 
sur  son  tableau,  mérite  toujours  le  titre  d'orfèvre  des  philosophes  qui  trouveront 
chez  lui  de  quoi  monter  en  ébène,  en  acajou,  en  buis,  en  palissandre,  tous  les  acces- 
soires élégants. 

Après  1815,  l'ingénieuse  disposition  des  tabatières  au  «saule  pleureur» 


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TABATIÈRES    EN    BUIS    OU    EN    ÉCAILLE  139 

qui  avait  été  établie  en  souvenir  de  Louis  XVI  et  de  Marie-Antoinette, 
servit  de  modèle  pour  faire  les  tabatières  de  Sainte- Hélène,  dans  le  dessin 
desquelles  on  retrouvait  le  profil  de  Napoléon  au  milieu  de  lauriers  ou  dans 
les  contours  d'un  nuage. 

Le  petit  chapeau  donna  aussi  sa  forme  à  une  tabatière  qui  fut  proscrite, 
mais  n'en  circula  pas  moins  pendant  toute  la  Restauration. 

Le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  20  septembre  1818  signale  qu'on 
trouve  au  Palais- Royal,  dans  la  galerie  du  Café  de  Foy,  des  tabatières  sous 
le  verre  desquelles  sont  placés  des  pierrots,  des  arlequins  et  des  polichinelles 
qui  font  à  volonté  toutes  sortes  de  singeries. 

En  1819,  le  sieur  David,  horloger  rue  Saint-Sauveur,  22,  était  renommé 
pour  sa  fabrication  des  musiques  à  ressort  destinées  à  être  renfermées  dans 
des  montres,  pendules,  cachets,  boîtes  et  tabatières  et  il  avait  exposé  plu- 
sieurs spécimens  de  ses  productions  à  l'Exposition  du  Louvre  de  cette  année. 

A  cette  môme  exhibition,  on  pouvait  voir  des  cercles  et  tabatières  au 
moyen  desquels  «  on  peut  opérer  tous  les  calculs  possibles,  nécessaires  au 
commerce,  sans  employer  la  plume  et  le  papier».  Ces  articles  étaient  pré- 
sentés par  M.  Hoyau,  ingénieur-mécanicien,  rue  Saint-Martin,  299. 

XXVI.  —  Tabatières  en  buis  ou  en  écaille  doublées  <l'oi* 

ou  «le  i>latine. 

Par  le  Journal  des  Modes,  nous  apprenons  qu'en  1819  on  ne  faisait 
plus  de  tabatières  tout  en  or,  mais  qu'on  doublait  en  cette  matière  le  buis 
et  l'écaillé.  Sur  presque  toutes  les  tabatières  carrées  se  trouvaient  un  paysage 
flamand,  la  vue  d'un  port  ou  une  charge  de  cavalerie  ;  un  simple  filet  enca- 
drait la  miniature.  On  a  donné,  de  nos  jours,  aux  tabatières  ainsi  décorées, 
le  nom  de  «monture  à  cage».  A  l'intérieur  de  ces  filets,  on  a  incrusté  tantôt 
des  peintures  sous  verre,  tantôt  des  plaques  de  nacre  plus  ou  moins  fine- 
ment travaillées. 

Les  tabatières  moirées  ont  été  aussi  obtenus  par  un  autre  procédé  et 
le  Journal  des  Dames  et  des  Modes  du  3  juin  1819  nous  parle  d'un  moiré 
métallique  que  l'on  obtient  après  avoir  tracé  les  figures  en  appliquant  un 
fer  rouge  sur  le  fer  blanc  avant  de  le  soumettre  à  l'action  des  acides. 

Aujourd'hui  que  le  platine  a  atteint  des  prix  invraisemblables,  il  n'est 
pas  dépourvu  d'intérêt  de  faire  remarquer  qu'en  1819,  ce  métal  était  utilisé 
pour  remplacer  l'or  dans  la  doublure  des  boîtes  et  des  tabatières.  A  l'Expo- 
sition du  Louvre,  en  1819,  le  jury  avait  particulièrement  distingué  des  taba- 
tières d'écaillé  garnies  ou  doublées  de  plaqué  de  platine,  ainsi  que  des  dés 
à  coudre  dont  l'intérieur  était  plaqué  de  platine  tandis  que  l'extérieur  était 
en  argent.  Ces  produits  avaient  été  exposés  par  M.  Michaud-Labonté,  orfèvre, 


140  TABATIÈRES 

rue  Neuve-Saint-Eustache,  n°  4,  qui  était  parvenu  à  appliquer  le  platine 
sur  le  cuivre  «pour  faire  des  vases,  ustensiles  et  instruments  à  l'usage  des 
chimistes,  distillateurs  et  confiseurs». 

Des  tabatières  en  plaqué  d'or  étaient  présentées  par  MM.  Lecouflé  et 
Baudin,  fabricants  bijoutiers,  rue  Saint-Denis,  242. 

Cette  exposition  vit  apparaître  des  objets  en  plaqué  d'or  et  d'argent 
réalisé  par  un  procédé  tout  nouveau,  par  le  sieur  Christophe,  fabricant, 
rue  des  Enfants-Rouges,  7.  Nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  reproduire 
ici  le  commentaire  du  Rapport  du  Jury  d'admission  de  l'Exposition  : 

Le  doublé  ne  s'était  encore  fait  qu'à  chaud  ou  par  l'action  du  feu,  d'où  résultait 
l'inconvénient  que  le  cuivre,  qu'il  faut  chauffer  à  un  très  haut  degré  de  chaleur 
s'imbibe  et  attire  dans  son  intérieur  une  grande  partie  de  l'or  ou  de  l'argent,  de  sorte 
que  ce  doublé  qui  est  annoncé  pour  un  titre  que  l'on  a  réellement  mis,  ne  produit 
jamais  à  l'usage  la  durée  qu'on  doit  en  attendre. 

Le  doublé  fait  à  froid  n'a  pas  cet  inconvénient  :  l'or  et  l'argent  qu'on  y  met  ne 
supportant  pas  l'action  du  feu,  ces  métaux  ne  sont  nullement  altérés,  ils  se  trouvent 
en  entier  sur  la  surface  de  cuivre  ;  d'où  résulte,  au  contraire,  ce  grand  avantage,  que 
le  doublé  à  froid,  à  moitié  titre  de  celui  à  chaud,  fait  encore  plus  d'usage  et  qu'à 
titre  égal  il  dure  deux  fois  plus. 

Le  procédé  de  M.  Christophe  a  été  si  bien  apprécié  par  les  étrangers  qu'on  lui  a 
garanti  100.000  francs  et  20.000  francs  d'indemnité  pour  porter  sa  fabrication  en 
Angleterre  et  que  tout  récemment  un  officier  au  service  de  la  Russie  lui  a  encore 
fait  des  offres  plus  brillantes,  mais  le  célèbre  fabricant  les  a  repoussées  avec  autant 
d'énergie  que  de  noblesse. 

Ses  procédés  sont  si  parfaits  que  les  Anglais  ne  timbrent  plus  les  boutons  qu'ils 
veulent  faire  encore  introduire  en  France  qu'au  nom  de  Christophe  ;  enfin  il  est  à 
remarquer  que  la  grosse  de  boutons  n'emploie  que  5  fr.  50  de  plaqué  d'or  et  2  francs 
de  plaqué  d'argent. 

Signalons  encore  qu'en  1822  on  fit  des  tabatières  en  écaille  noire  sur 
lesquelles  étaient  représentés  différents  sujets  en  argent  mat  tels  que  des 
paysages,  des  camées,  etc..  Ces  sujets  étaient  estampés. 

Nous  ne  voulons  pas  prolonger  cet  article  plus  longtemps,  nous  men- 
tionnerons donc  simplement  toutes  les  séries  de  tabatières  en  buis  sculpté 
que  l'on  rencontre  à  partir  de  la  fin  du  règne  de  Louis  XVI  et  qui  ont  précédé 
de  peu  les  tabatières  en  bois  comprimé  qu'on  fabriqua  jusque  sous  le  règne 
de  Louis-Philippe. 

Les  tabatières  en  buis  étaient,  pour  la  plupart,  fabriquées  dans  le  Jura, 
à  Saint-Claude.  A  l'Exposition  de  1823,  deux  fabricants  de  cette  ville, 
MM.  Dalloz-Gaillard  et  Lançon,  avaient  présenté  des  produits  de  leur  manu- 
facture (1). 

(1)  Dans  la  collection  Le  Secq  des  Tournelles,  il  y  a  certainement,  parmi  les  nombreuses  boîtes  exposées, 
des  tabatières,  mais  comme  nous  l'avons  dit  en  parlant  des  drageoirs,  il  est  fort  difficile  et  délicat  de  différencier 
les  unes  des  autres  les  tabatières,  les  bonbonnières  ou  les  drageoirs. 

Dans  la  PI.  CCLIX,  on  peut  considérer  comme  tabatières  ou  boîtes  à  amadou  plusieurs  boîtes  très  plates 
généralement  de  forme  rectangulaire. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXI 


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Coffret  e„   bois  recouvert  de  plaques  eu  ivoire  sculpté.  Travail  indo-persan.   xvi-  siècle 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


COFFRETS    FABRIQUÉS    EN    BOIS    OU     EN     MÉTAL    PRÉCIEUX  1/ll 


TROISIÈME     PARTIE 


COFFRES    ET    COFFRETS 

I.  —  Les  plus  anciens  colfVets  sont  d'origine  orientale 

Les  coffrets  ont  été  pendant  tout  le  Moyen  Age,  et  même  jusqu'à  une 
époque  assez  avancée,  le  meuble  le  plus  indispensable,  car  il  répondait  à 
une  nécessité  usuelle,  étant  donné  les  nombreux  déplacements  de  leur  pro- 
priétaire. La  petite  dimension  des  coffrets  permettait  de  les  enfermer  les  uns 
à  côté  des  autres,  dans  les  grands  bahuts  de  voyage  qui  suivaient  partout 
les  seigneurs.  A  l'origine,  le  coffret  répondait  exactement  assez  à  l'idée  que 
nous  nous  faisons  de  l'écrin,  c'est-à-dire  de  la  boîte  destinée  à  contenir  un 
objet  déterminé  et  à  le  préserver  des  heurts  de  la  route.  Il  contenait  des 
armes,  des  objets  nécessaires  à  la  toilette,  des  parfums,  des  coiffures,  des 
bijoux,  des  couteaux  et  fourchettes,  des  coupes,  des  hanaps,  des  tasses, 
des  épices,  des  aumônières,  des  ceintures,  etc.. 

Les  coffrets  étaient  fabriqués  en  matières  précieuses,  en  ivoire,  en  mar- 
queterie, en  cuivre  émaillé,  en  argent,  en  or,  même. 

Il  est  très  vraisemblable  que  l'idée  du  coffret  soit  venue  de  l'Orient, 
car  les  plus  anciens  spécimens  qui  sont  parvenus  jusqu'à  nous  ont  nettement 
le  caractère  exotique.  Notons  par  exemple  le  curieux  coffret  en  ivoire  monté 
en  argent,  qui  est  conservé  à  la  cathédrale  de  Bayeux  et  qui  est  évidemment 
d'un  travail  arabe.  C'est  à  la  même  origine  qu'il  faut  attribuer  ce  coffret  en 
ivoire  publié  par  M.  Viollet  le  Duc,  et  qui  appartenait  autrefois  à  la  collec- 
tion Soltykoff.  Il  remonte  environ  au  xe  siècle.  Dans  les  vitrines  du  Musée 
•  de  Cluny,  on  peut  voir  un  certain  nombre  de  coffrets  remontant  à  une  très 
haute  époque. 

Le  coffret  eut  sur  les  grands  coffres  l'avantage  de  présenter  des  formes 
plus  variées.  Tous  les  archéologues  connaissent  le  coffret  à  12  pans  qui  est 
conservé  dans  le  trésor  de  la  cathédrale  de  Sens.  Il  est  en  ivoire  sculpté  et 
peint,  muni  d'un  couvercle  à  prisme  ;  la  légende  veut  qu'il  ait  été  rapporté 
de  Constantinople  au  xne  siècle,  alors  qu'il  contenait  de  précieuses  reliques. 

II.  —  Coffrets  fabriqués  en  l>ois  ou  en  métal  précieuv 

A  l'église  de  Dannemarie  (Seine-et-Marne),  on  conserve  un  coffret  en 
bois,  recouvert  de  plaques  d'argent  vernies  en  noir  verdâtre  et  de  cuivre 


142  COFFRES    ET    COFFRETS 

doré  et  émaillé  qui  remonte  au  xiiiu  siècle  ;  il  est  connu  sous  le  nom  de  Cas- 
sette de  Saint-Louis. 

Souvent  les  coffrets  étaient  faits  en  bois,  décorés  de  riches  sculptures 
et  de  plaques  de  fer  ou  de  cuivre  merveilleusement  travaillées.  Dans  le 
Compte  du  Testament  de  Jeanne  d'Evreux  (1373),  on  trouve  la  mention 
«  d'un  coffret  d'ébenne  garny  d'or,  ou  quel  à  plusieurs  choses,  prisé  24  fr.  ». 

Dans  les  Inventaires  desxive  et  xve  siècles,  on  rencontre  le  plus  souvent 

des  coffrets  en  métal  précieux  : 

1380.  --  Un  coffre  d'or  esmaillé  autour  de  la  vie  de  Sainte-Marguerite,  pesant 
5  m.  7  o.  7  est.  (Inventaire  de  Charles  V.) 

Dans  le   Trousseau  de  Marie  de  Bourgogne,  comtesse  de  Clèves  (1415), 

il  est  fait  mention  d'un  «  petit  coffret  d'or  et  de  cristal  enrichi  de  perles  j>. 

III.  —  Coffrets  en  bois  garnis  de  cuir  et  île  fer 
aux  XIVe  et  XVe   siècles 

Les  coffrets  français  des  xive  et  xve  siècles  sont  généralement  en  bois 
garnis  de  cuir  ou  de  feuilles  de  fer  décorées  de  métal  plus  fort  appliqué  et 
très  habilement  découpé.  Cette  décoration  prend  la  forme  de  panneaux 
avec  contreforts  aux  angles.  Les  couvercles  sont,  pour  la  plupart,  à  dôme 
et  renforcés  par  des  bandes  de  fer  moulurées.  Toutes  les  parties  appliquées 
étaient  maintenues  par  des  rivets  ou  des  clous  à  têtes  décorées  de  dessins  variés. 

1389.  —  A  Pierre  Dufou,  coffrier,  pour  un  coffre  de  boys  couvert  de  cuir  fer- 
mant à  clef...  pour  mettre  et  porter  les  livres  et  reliques  de  la  chapelle  de  Madame 
la  royne,  63  s.  (Compte  roy.  Laborde.  Glossaire.) 

1401.  ■ —  A  Guillaume  de  Jumeaulx,  lormier,  pour  avoir  fait  pour  la  royne  un 
coffre  d'un  pié  et  demy  et  d'un  grant  pié  de  large,  bordé  tout  environ  dessus  et  des- 
soubz  à  double  bordeure  de  fin  cuivre  doré  de  fin  or  taillié  et  hachié  à  fleurettes 
de  genestre  et  de  moron,  contrebendé  au  travers  et  aux  costés,  ferreures  et  autres 
choses  à  ce  appartenant,  c'est  assavoir  l'un  des  costez  à  fleurs  de  liz  dorées  de  fin 
or  et  de  l'autre  de  lozenges  de  cuivre  argentées,  qui  se  rapportent  sur  veluyau  qui 
y  est  par  compas  et  sont  les  armes  du  roi  et  de  la  royne.  (Argenterie  de  la  reine.  9e 
compte  d'Hémon  Raguier,  f°  47.) 

IV.  - —  Collrets  reliquaires.  Le  tléeor  au  coquille 

Pour  toute  la  période  du  haut  Moyen  Age,  il  est  à  peu  près  impossible 
de  séparer  l'idée  de  coffret  de  celle  de  reliquaire.  En  effet,  jusqu'au  xne  siècle, 
les  riches  abbayes  et  les  somptueuses  cathédrales  possédaient  les  corps 
entiers  des  martyrs  sous  le  vocable  desquels  elles  avaient  été  placées.  La 
possession  de  ces  saintes  reliques  était,  souvent,  une  cause  de  dissensions 
entre  ces  différentes  édifices  religieux,  dissensions  qui  se  terminaient  par- 
fois par  des  luttes  à  main  armée  avec  effusion  de  sang.  La  possession  d'une 
relique  célèbre  était  en  effet,  en  dehors  de  toute  idée  de  religion,  une  source 
de  bénéfice  pour  la  communauté,  en  raison  des  fructueux  pèlerinages  et  des 
dons  généreux  qu'elle  provoquait 


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COFFRETS    RELIQUAIRES  143 

Tant  que  durèrent  les  incursions  et  les  dévastations  des  Normands, 
on  ne  songea  point  à  fabriquer  en  métal  des  châsses  qu'il  fallait  sans  cesse 
transporter  d'église  en  église  pour  les  soustraire  à  la  rapacité  des  envahis- 
seurs. Mais  lorsqu'on  cessa  de  redouter  ces  féroces  spoliateurs,  les  dévotions 
envers  les  Saints  n'ayant  fait  qu'augmenter  et  les  peuples  étant  devenus 
plus  riches  par  le  commerce  qui  était  soumis  à  moins  d'entraves,  on  déploya 
le  plus  grand  luxe  dans  les  monuments  qui  recelaient  les  reliques. 

A  l'issue  des  croisades,  au  moment  où  les  chevaliers  de  retour  de  Pales- 
tine, rapportaient  des  ossements  ou  des  fragments  d'objets  sanctifiés,  on 
commença  à  diviser  les  reliques  des  Saints  et  le  commerce  de  ces  précieux 
restes  fut,  dans  tout  l'Occident,  l'objet  de  transactions  fort  actives  et  nulle- 
ment désintéressées. 

Les  pèlerins  qui  étaient  allés  en  Orient  chercher  des  reliques  s'étaient 
munis  de  boîtes  ou  coffrets  plus  ou  moins  somptueux,  dans  lesquels  ils  rap- 
portèrent les  restes  des  corps  des  anciens  martyrs  ;  ce  sont  ces  coffrets  que 
l'on  trouve  encore  aujourd'hui  dans  quelques  trésors,  tel  que  celui  de  Con- 
ques, dans  l'Aveyron,  où  se  trouve  une  curieuse  cassette  de  chêne  toute 
garnie  d'émaux  champlevé  de  Limoges.  Ce  reliquaire  présente  une  grande 
analogie  avec  la  cassette  dite  de  Saint  Louis,  conservée  au  Musée  du  Louvre. 

Aux  xne  et  xme  siècles,  on  faisait  beaucoup  de  coffrets  reliquaires 
dans  le  Limousin.  La  fabrique  limousine  travaillait  à  l'avance,  ou  sur  com- 
mande ;  les  produits  s'entassaient  dans  les  magasins  et  on  les  portait  aux 
foires,  où  l'acheteur  pouvait  faire  son  choix.  L'iconographie  ne  traitait  que 
des  sujets  communs,  d'une  compréhension  facile  et  bons  à  toutes  circons- 
tances, comme  le  Christ,  la  Vierge,  les  Apôtres,  les  Anges  et  les  Saints  popu- 
laires, tels  que  Saint  Thomas  et  Sainte  Valérie  :  c'était  de  la  pacotille  du 
commerce  courant  que  le  fabricant  était  toujours  sûr  de  placer.  La  forme 
générale  de  ces  coffrets  était  celle  d'une  maison  à  quatre  côtés  inégaux  et 
exhaussée  aux  angles  par  quatre  pieds  carrés  ;  le  couvercle  était  à  double 
versant  ou  bâtière.  Généralement  ces  coffrets  sont  en  cuivre  doré  et  émaillé. 
La  décoration  est  composée  de  deux  parties  :  la  mort  du  Saint  et  son 
triomphe,  c'est-à-dire  son  admission  au  Ciel.  (1) 

Il  est  fort  probable  que  les  reliquaires  ont  été,  dans  la  suite  des  temps, 
soit  copiés,  soit  utilisés  pour  des  besoins  purement  civils. 

Entre  autres  procédés  employés  pour  la  décoration  de  ces  boîtes,  on 
s'est  servi  du  «coquille»,  qui  est  une  sorte  d'estampage,  dans  un  moule  creux, 
d'une  feuille  de  métal  plus  ou  moins  précieux,  qui  est  ensuite  appliquée  sur 
une  âme  de  chêne. 

(1)  Quoique  d'une   époque  sensiblement   postérieure,   fin    du    xivc  ou  début  du  xvc  siècle,  le  coffret 
N°  1354  du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  (PI.  CCCXCIII)  répond  assez  exactement  à  cette  désignation, 


L44  COFFRES    ET    COFFRETS 

V.  —  La  châsse  «le  Saint-Thibault 

Parmi  les  reliquaires  en  bois  de  forme  assez  simple,  on  peut  citer  la 
châsse  monumentale  de  Saint-Thibault  (Côte  d'Or),  que  Didron  (Ann. 
Arch.  1846.  T.  V.  p.  191)  rapproche  très  heureusement  de  la  structure  d'un 
coffret,  sculpté  au  xivc  siècle,  sur  l'un  des  chapiteaux  du  cloître  de  Saint- 
Trophyme,  à  Arles,  coffret  qui  est  couvert  par  un  toit  à  double  bâtière, 
porté  par  quatre  colonnes  et  orné  de  fleurs  de  lis  et  de  petits  pinacles. 

La  châsse  de  Saint-Thibault  est  un  grand  coffreenbois  qui  mesure  près 
de  2  mètres  de  longueur,  muni  d'un  toit  à  double  bâtière  et  garni  sur  le 
devant  de  deux  portes  à  deux  vantaux,  entièrement  couvertes  de  ferrures 
fleurdelisées  et  fermant  à  l'aide  de  serrures  à  vertevelle.  Ce  coffre,  qui  était 
formé  de  madriers  de  chêne  d'une  très  grande  épaisseur,  semble  avoir  été 
rongé  par  des  armées  de  rats  ;  il  n'en  est  rien  cependant,  et  c'est  unique- 
ment la  piété  des  fidèles  qui  l'a  mis  en  pareil  état  :  une  tradition,  en  effet, 
voulait  que  le  bois  de  cette  châsse  possédât  la  propriété  de  guérir  toutes  les 
maladies,  aussi  les  pèlerins  qui  visitaient  ce  saint  lieu,  ne  se  faisaient-ils 
pas  faute  de  détacher,  à  l'aide  d'un  couteau,  quelques  parcelles  de  ce  bois 
miraculeux. 

Cette  châsse  est  revêtue  d'une  forte  armature  de  fer  très  simple  et  des 
mieux  combinée  ;  outre  les  verrous  qui  ferment  les  deux  volets  et  les  pen- 
tures  qui  les  suspendent,  de  chaque  côté  passent  deux  barres  reliant  ces 
volets  avec  les  montants  et  venant  s'arrêter  dans  deux  serrures  dont  fles 
entrées,  en  tôle  découpée,  sont  sur  les  flancs  de  la  châsse.  Tous  ces  fers  sont 
plats,  décorés  seulement  par  quelques  gravures  fort  simples  et  surtout  par 
la  combinaison  même  de  la  serrurerie. 

Dans  cette  châsse,  c'est  la  construction  qui  fait  tous  les  frais  de  la  déco- 
ration. Les  six  poteaux  qui  soutiennent  le  coffre  ne  sont  ornés  qu'à  leur 
sommet,  là  où  ils  n'ont  plus  besoin  de  toute  leur  force  pour  recevoir  les 
tenons  des  traverses. 

VI.  —  Coffres  en  chêne  garnis  «le  pentures  en  fer  forg*"' 

Aux  xme  et  xive  siècles,  les  coffretiers  eurent  l'idée  d'appliquer  à  la 
décoration  des  meubles  la  riche  décoration  en  fer  forgé  qui  venait  s'épa- 
nouir gracieusement  sur  les  vantaux  des  portes  de  nos  cathédrales.  Pour 
peu  qu'on  y  réfléchisse,  il  est  tout  naturel  de  penser  que  les  artisans  qui 
avaient  trouvé  ce  moyen,  aussi  décoratif  qu'ingénieux,  de  fortifier  les  ais  de 
chêne  défendant  l'entrée  de  nos  édifices  sacrés,  aient  eu  recours  au  même 
procédé  pour  garantir  la  sécurité  des  meubles  contenant  les  objets  plus 
ou  moins  précieux  qui  s'y  trouvaient  enfermés. 

Nous  possédons  encore  quelques-uns  de  ces  coffres  qui  remontent  au 


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LES    COFFRES  :    LEUR    EMPLOI    D'APRÈS    GILLES    CORROZET  i45 

xine  siècle  ;  ils  sont  en  chêne  massif,  montés  sur  des  pieds  élevés  et  entière- 
ment recouverts  de  pentures,  rappelant  le  travail  de  ferrure  qu'on  voit 
s'étaler  sur  les  portes  des  églises  de  la  même  époque.  Un  de  ces  coffres,  déli- 
catement orné,  existait  autrefois  dans  la  cathédrale  de  Noyon.  On  peut 
encore  en  voir  maintenant  trois  très  beaux  spécimens,  le  premier  au  Musée  de 
Cluny,  le  second  provient  de  l'ancienne  collection  Peyre  et  se  trouve  au 
Musée  des  Arts  Décoratifs,  enfin  le  troisième  fait  partie  du  Musée  Carnavalet. 

Aux  xvc  et  xvie  siècles,  le  meuble  le  plus  en  usage  était,  sans  contre- 
dit, le  coffre  qui  servait  à  la  fois  d'armoire  pour  serrer  l'argenterie,  les  étoffes 
plus  ou  moins  précieuses,  enfin  tout  ce  que  l'on  pouvait  emporter  avec  soi 
dans  les  déplacements  si  fréquents  à  cette  époque,  où  la  vie  était  pour  ainsi 
dire  nomade. 

Les  coffres,  autant  pour  leur  ornement  que  pour  leur  sécurité,  étaient 
souvent  entièrement  recouverts  de  cuir,  tantôt  plus  ou  moins  brut  et  por- 
tant encore  le  poil  des  animaux  dont  ils  provenaient,  tantôt  travaillé,  et, 
dans  ce  cas,  le  cuir  était  gauffré  et  ciselé  et  garni  de  dessins  représentant 
des  feuillages  déchiquetés  ou  de  longues  banderolles  décorées  souvent  d'ins- 
criptions pieuses. 

VII.  —  Les  coffres:  leur  emploi  d'après  Gilles  Corrozet. 

En  1539,  Gilles  Corrozet  dans  son  Blason  du  Coffre,  nous  donne  une 

idée  de  la  variété  des  coffres  en  usage  alors. 

Coffre    très    beau,    coffre    mignon, 

Coffre  du  dressouer  compagnon, 

Coffre    de    boys    qui    point    n'empire, 

Madré  et  jaune  comme  cire  ; 

Coffre    garny    d'une    ferreure 

Tant   bonne,   tant   subtile   et   seure, 

Que  celuy  sera  bien  subtil, 

Qui  l'ouvrira  de  quelque  oustil. 

Coffre    sentant    plus    sœuf    que    basme  ; 

Coffre,  le  thrésor  de  la  dame  ; 

Coffre  plein  de  doulces  odeurs 

Et   de  gracieuses   senteurs  ; 

Coffre  dont  le   chaitron  très   net 

Faict  l'office  d'ung  cabinet  ; 

Coffre  luysant  et  bien  froté 

Coffre  qui  n'es  jamais  croté, 

Coffre  dans  lequel  repose 

Le    parfum    mieulx    sentant    que    rose  ; 

Coffre  où  sont  mis  les  parements, 

Les  atours  et  les  vestementz, 

Qui  cacbent  la  poitrine  blanche, 

Le  tetin,  la  cuisse  et  la  hanche, 

Et  aornent  le  corps  et  la  teste, 

Tant    jour    ouvrier    que    jour    de    feste  ; 


19 


146  COFFRES    ET    COFFRETS 

Ainsi  la  variété  des  coffres  était  grande,  car,  Seigneurs,  bourgeois  ou 
marchands,  ne  croyant  leurs  effets  précieux  ou  utiles  en  sûreté  que  s'ils  les 
avaient  près  d'eux,  il  fallait  des  coffres  variant  de  forme,  de  taille  et  d'aspect, 
suivant  le  rôle  qu'ils  avaient  à  remplir  dans  les  déplacements.  C'est  ce  qui 
explique  la  place  très  importante  réservée  aux  coffres  dans  les  inventaires 
du  Moyen  Age. 

VIII.  —  Les  statuts  des  eoll'retiers  Italm tiers. 

Les  Statuts  de  la  corporation  des  cojjretiers  bahutiers,  qui  furent  homo- 
gués  par  lettres  patentes  de  Henri  IV  au  mois  de  novembre  1596,  contien- 
nent la  description  d'objets  appelés  «  coffres  de  charge,  garde-robe  et  sommier  ». 
Ces  meubles,  dit  le  règlement,  doivent  être  garnies  de  bandes  de  tôle  posées 
sur  les  joints  et  couverts  de  cuir  de  porc,  de  mouton  ou  de  veau,  le  tout 
collé  de  bonne  colle.  Leurs  dimensions  étaient  de  4  pieds  et  demi  de  longueur, 
sur  3  pieds  et  demi  de  hauteur  et  2  pieds  de  largeur.  Ils  étaient  plats  ou  ronds 
sur  le  dessus  et  ferrés  de  7  bandes,  dont  4  de  fer  forgé  ou  de  grand  fer  tout 
à  l'entour,  plus  une  bande,  des  6  à  la  feuille,  qui  était  placée  au  milieu.  Les 
demi  garde-robe  et  gros  sommiers  mesuraient  une  demie  aulne  de  hauteur 
et  1  pied  et  demi  de  largeur.  Les  couvercles  étaient  plats  ou  ronds.  Ces  meu- 
bles étaient  ferrés  de  5  bandes  dont  3  en  fer  forgé. 

IX.  —  Malles  et  bouges. 

Les  malles  servaient  à  emballer  les  tables  et  les  lits  de  camps  ; 

1495.  —  A  Gobin  Bourgeois,  sellier  à  Bruxelles  pour  une  grande  malle  de  fort 
cuir  bouilli,  doublé  et  étoffé  de  chaines,  serrures,  clefs,  etc..  pour  y  mettre  le  lit 
de  l'archiduc  et  autre  chose  qu'il  veut  avoir  avec  lui  quand  il  va  par  les  champs..., 
12  liv.  (Gachard.  Rapp.  sur  les  Archives  de  Lille,  p.  292.) 

Les  bouges  étaient  utilisées  pour  le  transport  de  la  vaisselle  d'argent 

ou  de  l'orfèvrerie  : 

1316.  ■ —  IV  bouges  à  mectre  les  aisemenz  le  Roy.  (Comptes  de  Geoffroi  de  Fleury.) 

1383.  —  A  Martin  Piet  cler  d'écurie  pour  unes  bouges  de  cuir  neufves,  achetées 
par  lui  à  Rouen,  pour  porter  argent  parle  pais...  XII  s.  p.  (Comptes  du  roi  Charles  VI.) 

1487.  —  Ung  grand  sac  en  façon  de  boulges,  fait  de  deux  peaulx  de  cuir  de  vache 
gras  doublé  de  8  peaulx  de  bazanne  par  dedans,  garny  de  deux  serrures  fermans  à 
clef  et  de  platines  et  boucles  de  fer  blanc.  (Cptes  royaux,  f°  188,  v°.) 

1620.  ■ —  Art.  25.  —  Nul  maistre  sellier  ou  bahutier  ne  pourra  faire  bouge  pour 
porter  vaisselle  d'argent,  qui  ne  soit  de  bonne  vache  bien  tanée  et  corroyée,  les  fonds 
desd.  bouges  seront  de  4  doigts,  doublé  d'un  tissu  et  les  bouges  et  fonds  doublés  de 
bazanne,  garnies  de  courroyes  et  ferrure  nécessaire.  (Statuts  des  selliers  de  Bordeaux.) 

X.  —  Paniers  d'osier  garnis  tle  ferrures. 

Dès  le  début  du  xve  siècle,  on  utilisait  l'osier  pour  faire  les  bouges, 
sortes  d'écrins  destinés  à  contenir  la  vaisselle  précieuse.  Généralement  ces 
enveloppes  étaient  recouvertes  de  cuir  pour  en  augmenter  la  solidité  et 
les  rendre  plus  imperméables  : 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


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Clous  en  bronze  doré 


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LE    BAHUT  :    SA    DEFINITION  147 

1404.  —  A  Jehan  Héron,  coffrier,  pour  une  paire  de  coffres  d'ozier  couvers  de 
cuir  pour  mettre  et  porter  les  drageoirs  d'or  et  d'argent.  (Cptes  des  dépenses  de 
Charles  VI.)  (Gay.  Glossaire.) 

Les  Statuts  des  Bahutiers  de  Bordeaux  nous   initient   ainsi    à  l'art  de 

fabriquer  ces  malles  : 

1593.  —  Quant  aus  paniers  de  clisse,  seront  garnis  de  2  bonnes  charnières  de 
fer  fort  forgé,  qui  tiendront  tout  le  travers  du  couvercle  et  couvert  de  bon  cuir  de 
veau  avec  le  poil,  ferrés  de  bon  fer  et  clouez  comme  il  appartient  ;  et  les  courroies 
seront  faites  de  bon  cuir  blanc  passé  en  graisse,  toutes  doublées  de  même  cuir  et 
cousues  à  deux  chefs  bien  agensé,  garnies  de  bonnes  boucles  et  de  crochets,  le  tout 
bien  et  duement  fait. 

XI.  —  Le  balmt.  S;i  «léliiiitîon. 

L'emploi  du  mot  bahut  pour  désigner  un  meuble  est  tout  à  fait  moderne 
et  impropre.  On  voit  en  effet  dans  les  anciens  inventaires  que  le  mot  bahut 
est  synonyme  de  coffre  :  (1) 

1459.  —  Et  si  ordonna  que  le  bien  matin  ses  coursiers,  ses  bahus  et  la  plus  grant 
partie  de  ses  gens  s'en  voysent.  (/.  de  Saintré.  Ch.  82,  p.  265.) 

1564.  —  Un  grand  coffre  de  bahuz  en  garde  robe,  8 1.  10  s.  (Inv.  du  Puymolinier, 
f°  238,  v°.) 

1606.  —  Bahu  est  un  coffre  couvert  de  cuir,  à  bandes  de  lames  de  fer,  clouées 
à  petits  clouds.  (Nicot.) 

1666.  ■ —  Un  bahu  de  la  Chine  dans  lequel  sont  nombre  de  couessins.  (Inv.  du 
château  de  Fougères.) 

En  1696,  l'Académie  définit  ainsi  le  bahut:  «Sorte  de  coffre  couvert  de 
cuir  dont  le  couvercle  est  rond». 

On  a  fabriqué  de  forts  beaux  bahuts  en  cuir  entièrement  garni  de  clous, 
dont  les  têtes  étaient  étampées  et  représentaient  soit  de  petites  margue- 
rites, soit  des  fleurs  de  lis,  des  losanges  ou  des  olives.  Ces  clous  étaient 
disposés  de  façon  à  former  des  dessins  ingénieux  :  arabesques,  chiffres, 
monogrammes  ou  même  des  armoiries.  Au  centre  de  ces  ornements  se  trou- 
vent souvent  des  clous  plus  importants,  soit  fondus,  soit  repoussés,  en  forme 
de  fleurs  de  lis  ou  de  soleils  rayonnants.  Parfois  le  sujet  est  plus  important 
encore  et  représente  Saint  Georges,  un  chevalier,  un  lion  rampant,  un  dau- 
phin couronné,  un  aigle,  une  abeille  ou  une  tête  d'angelot.  (2) 

(1)  Au  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  quelques  intéressants  spécimens  de  coffres  bardés  de  fer, 
notamment  le  n°  9,  qui  est  d'un  travail  de  l'Allemagne  du  sud.  Monté  sur  des  pieds  en  bois  sculpté,  il  est  entiè- 
rement recouvert  de  bandelettes  de  fer  terminées  par  des  fleurons  découpés  et  repoussés  ;  immédiatement  sous 
le  couvercle  s'étend  une  longue  galerie  formée  d'une  série  de  fleurons  juxtaposés.  (PL  CCCXCIV.) 

Le  Musée  possède  en  outre  trois  grandes  malles,  l'une  plate  et  garnie  de  ferrures  présentant  une  grande 
analogie  avec  le  coffre  dont  nous  venons  de  parler  la  seconde  est  à  couvercle  bombé  couvert  de  ferrures  à  rin- 
ceaux découpés  et  gravés  d'un  très  bel  effet  décoratif.  (PI.  CCCXCI.) 

La  troisième  est  une  grande  bouge  toute  garnie  de  cuir  noir  incisé  d'un  décor  linéaire.  Son  origine  espagnole 
est  nettement  décelée  parles  coquilles  qui  terminent  chacune  des  frettes  dont  ce  meuble  est  garni.  Le  moraillon 
des  serrures  et  les  platines  de  ces  dernières  sont  également  agrémentés  de  l'emblème  de  Saint  Jacques  de 
Compostelle.  (PL  CCCXCII.) 

(2)  Monsieur  Vuiton  possède  une  collection  admirable  de  ces  beaux  bahuts  cloutés. 


148  COFFRES    ET    COFFRETS 

XII.  —  Imitation  «»n  pâte  faite  au  XVe  siècle  «les  oonYels 

ou  vu ii*  repoussé. 

Pour  fabriquer  à  bon  marché,  nos  aïeux  du  xve  siècle,  savaient  fort 
bien  imiter  les  productions  luxueuses  d'alors  ;  n'a-t-on  pas  observé,  en  effet, 
que  les  premiers  livres  imprimés  furenl  vendus  pour  des  manuscrits,  l'im- 
pression étant  à  l'origine  une  chose  tellement  extraordinaire  qu'on  pouvait 
difficilement  imaginer  qu'elle  ne  fut  pas  le  résultat  d'un  travail  manuel. 
De  même  pour  les  miniatures  à  une  époque  extrêmement  ancienne,  on  a 
coloré  plus  ou  moins  grossièrement  dos  gravures  sur  bois  produisant  ainsi 
une  illustration  qui,  pour  être  infiniment  moins  parfaite  que  les  miniatures 
de  l'époque,  n'en  (humaient  pas  moins  un  peu  l'illusion,  et  revenaient  à 
un  prix  plus  abordable  que  les  oeuvres  des  peintres  enlumineurs. 

Dans  une  fort  curieuse  notice  consacrée,  par  M.  Arnaud  d'Agnel,  aux 
coffrets  provençaux  en  bois  peint  du  XVe  siècle,  nous  apprenons  que  les 
coffretiers  de  cette  époque,  en  Provence,  avaient  imaginé  un  procédé  qui 
imitait,  à  s'y  méprendre,  le  cuir  repoussé  si  en  honneur  à  cette  époque. 

En  Provence,  alors,  régnait  dans  les  arts  une  double  influence,  celle 
de  l'Italie  et  celle  de  l'Espagne,  car,  attirés  par  le  roi  René,  des  artistes  et 
des  marchands  du  Piémont,  de  la  Lombardie,  de  la  Catalogne  ou  do  l'Ara- 
gon,  étaient  venus  s'établir  à  Aix  et  à  Marseille.  Parmi  les  marchandises 
importées  qu'ils  vendaient,  se  trouvaient  toutes  sortes  d'articles,  notam- 
ment des  objets  en  cuir  ou  en  bois  recouverts  de  cuir  qui  étaient  très  en  vogue 
alors.  A  l'exemple  des  Italiens  et  des  Espagnols,  les  coffretiers  provençaux 
confectionnèrent  des  meubles  de  bois  à  l'imitation  de  ceux  de  cuir.  Pour 
établir  ce  genre  d'objet,  les  coffretiers  disposaient  une  toile  sur  une  cais- 
sette de  bois  dur,  bois  de  chêne  ou  de  châtaignier.  Cette  toile  recouvrait 
entièrement  le  meuble,  à  l'exception  du  fond  de  dessous,  qui  était  légère- 
ment badigeonné  en  rouge  foncé.  Sur  cette  sorte  de  treillis  ainsi  obtenu, 
l'artiste  étendait  une  couche  de  plâtre  épaisse  de  4  à  6  millimètres  qui,  en 
séchant,  faisait  corps  avec  la  toile.  Quand  l'enduit  avait  pris  une  certaine 
consistance,  tout  en  demeurant  plastique,  on  appliquait  des  moules  en 
creux  sur  chacune  des  faces  à  décorer,  afin  d'obtenir  le  relief  des 
sujets  désirés,  personnages,  animaux,  feuillages  et  fleurs,  etc..  La 
faiblesse  du  relief  donnait  on  ne  peut  plus  fidèlement,  l'illusion  des  cuirs 
ouvragés. 

L'enduit,  une  fois  sec,  le  décorateur  peignait  le  coffret  ou  le  dorait. 
Les  motifs  imprimés  se  faisaient  à  la  roulette  et  au  petit  fer  ;  ils  ne  variaient 
guère  et  étaient  ordinairement  simples  :  on  y  voyait  des  fleurs  de  lis,  des  trè- 
fles, des  marguerites,  des  quatre-feuilles,  etc..  On  rencontre  des  spécimens 


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CASSETTES   OU    CAISSETTES  149 

de  ce  genre  de  travail  curieux  au  Musée  Borély,  à  Marseille,  au  Musée  de 
Carpentras  et  dans  l'église  d'Apt  (1). 

XIII.  --  C'oflfrcts  «lits  :  «  forciers  on  forfticr**  ». 

Aux  xive  et  xv°  siècles,  le  coffret  de  forme  allongée  et  à  couvercle  bombé, 
comme  ceux  des  bahuts  de  voyage,  servait  surtout  à  ranger  les  joyaux  ; 
il  était  dénommé  «forcier,  forcière,  forget  ou  forgier». 

1342.  —  Hanaps  d'argent,  d'or  et  de  madère,  escales  et  coupes,  hanaps  sourorés 
hanaps  à  piet  et  godes,  chès  coses  mettes  en  sauf  en  vos  hugs  ou  en  vo  escrin.  Et  vous 
autres  joyaux  mettes  en  vo  forgier... 

Félisce,  le  tingneuse,  embla  à  son  maistre  un  fourgier  où  il  avoit  moult  de  boins 
joyaus,  orfrois  et  rubans.  (Michelant.  Le  Livre  des  Métiers,  p.  5  et  28.)  (Gay.  Gloss. 
Arch.) 

1407.  --  Un  forcier  doré  où  avoit  une  crouez  d'argent  dorée,  aux  armes  de  Mgr 
et  dedenz  le  forcier  plusieurs  reliques  en  cossinez  et  autrement... 

En  un  forcier,  2  petiz  forciers  ou  plus  grant  des  2  un  Agnus  Dei.  {Inc.  d'Olivier 
de  Clisson,  p.  25  et  28.)  (2). 

XIV.  —  Cassettes  on  caissettes. 

Le  petit  coffre  que  nos  ancêtres  employaient  pour  serrer  leurs  papiers 

et  leurs  objets  précieux,  était  la  cassette,  qui  est  le  diminutif  de  caissette. 

142G.  —  Ung  coffre  qui  s'appelle  «  des  joyaux  »,  ront  ferré  ouquel  a  une  petite 
cayssette,  en  laquelle  a  ung  estuyl  de  cuir  rouge  et  en  ycelui  a  un  fermail  d'or  garni 
de  dix  perles,  etc..  (Inv.  du  Château  des  Baux.) 

Jusqu'à  la  fin  du  xvmc  siècle,  la  cassette  est  par  excellence  la  boîte 
dans  laquelle  on  enferme  les  lettres  compromettantes,  les  pièces  d'orfè- 
vrerie précieuses  et  les  monnaies. 

La  cassette  fut  aussi  le  coffret  élégant  dans  lequel  on  plaçait  les  objets 
destinés  à  l'usage  intime  ou  les  futilités  employées  pour  la  toilette. 

Une  des  plus  anciennes  cassettes  que  nous  puissions  signaler,  est  celle 
de  Saint  Louis,  qui  est  conservée  au  Musée  du  Louvre  ;  elle  est  toute  cou- 
verte de  curieux  émaux. 

L'Inventaire  de  Charles  F,  nous  fournit  plusieurs  exemples  de  casset- 
tes, dont  une  «  de  cuir,  ferrée  de  deux  fleurs  de  lys  et  deux  dauphins  et 
ou  mylieu  une  fleur  de  lys  et  ung  dauphin  et  une  couronne  dessus»  (1380). 

C'est  encore  dans  une  cassette,  que  la  châtelaine  du  château  de  Nérac 
plaçait  «  huict  mouchoères,  les  quatre  do  toile  clare  fort  grosse,  faicte  à 
ouvrage  de  turquin,  ouvrés  de  fil  d'or  et  de  soie  de  coleurs,lesungsetles  aul- 
tres  de  soie  brodés  d'un  petit  cordon  de  fil  d'or  autour,  les  aultres  quatre 
de  toile  de  couton  ».  (Inv.  du  Château  de  Nérac  (1555). 

(1)  Le  coffret  n°  1353  (PL  CCCXCIII),  de  la  collection  Le  Secq  des  Tournelles,  semble  avoir  été  fabriqué 
par  un  procédé  à  peu  près  analogue. 

(2)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  quelques  types  de  ce  genre  de  coffrets,    notamment 
les  n°"  1356  et  1376,  (PI.  CCCXCVIII.) 


150  COFFRES    ET    COFFRETS 

Les  Comptes  royaux  nous  fournissent  la  nomenclature  de  nombreuses 
cassettes  qui  servaient  à  enfermer  les  trésors  du  monarque. 

1559.  —  20  cassettes  qui  se  mettent  dedans  2  bahuz,  sçavoir  10  à  chacun  en 
forme  de  cabinets,  dont  y  en  a  10  de  demye  aulne  4  doigtz  de  long  et  10  de  quartier 
et  demy  de  plusieurs  longueurs,  servans  à  mectre  les  doreures,  carcans,  chesnes  et 
bagues  de  la  royne  d'Espaigne  ;  chacune  cassette  faicte  par  le  dessus  de  cuyr  noir 
polly,  neslez  et  garnies  de  leurs  ferreures,  doublées  de  satin  vert,  90  I.  t.  (Cpte  roy. 
à' Et.  Johenne,  f°  30,  v°.) 

Cependant,   les   plus  belles   cassettes   que   nous   rencontrions   pour   le 

xviie  siècle,  sont  certainement  celles  qui  sont  signalées  par  l'Inventaire  des 

meubles  de  la  Couronne  (1673). 

Deux  cassettes  d'argent  de  18  pouces  de  long  sur  un  pied  de  hault,  avec  deux 
anses  aux  costez,  attachéez  à  des  masques,  enrichis  d'ornements  rapportés  et  mon- 
tées sur  deux  pieds  d'argent  massif. 

Au  xviic  siècle,  on  faisait  des  cassettes  en  fer  fermant  à  secret  et  avec 
serrures  à  combinaison  ;  c'est  dans  ces  sortes  de  cassettes,  probablement, 
que  les  seigneurs  de  cette  époque  enfermaient  leurs  papiers  compromet- 
tants. Comme  exemple  deces  petits  meubles  nous  citerons  la  cassette  d'Anne 
d'Autriche  qui  est  toute  garnie  d'appliques  d'or  ciselées  et  conservée  au 
Musée  du  Louvre,  dans  la  Galerie  d'Apollon. 

XV.  —  Cassettes  «le  nuit. 

Au  xvme  siècle, on  appelait  «cassette  de  nuit»  un  petit  coffret  dont  le 
couvercle  était  agrémenté  à  l'intérieur,  d'un  miroir,  et  dans  lequel  on  ren- 
fermait tous  les  petits  accessoires  de  la  toilette  nocturne.  C'est  de  ce  genre 
de  nécessaire  qu'il  est  question  dans  l'amusante  comédie  de  «  La  Femme 
juge  et  partie  »  (acte  IV,  scène  III). 

Mais  en  sortant  du  lit,  il  lui  falloit  des  euux, 

Des  pommades,   du  blanc,   du  vermillon,   des  peaux  ; 

Elle  avoit,  malgré  moi,  dans  une  cassette, 

Poudre,     pâte,     tours     blonds,     gomme,     mouches,     pincettes, 

Racines,  opiat,  essences  et  parfums, 

De  l'eau  d'ange,  du  lait  virginal,  de  l'alun, 

Et  mille  ingrédients,  à  peu  près  de  la  sorte, 

Que  le  diable  a  sans  doute  inventés... 

XVI.  Layettes  à  contenir   les   bijoux   on   les  papiers  «l'archives. 

Du  xivc  au  xviii0  siècle,  on  donna  le  nom  de  layette  à  de  petits  coffrets 
de  bois  blanc  plus  ou  moins  volumineux,  dans  lesquels  on  serrait  les  menus 
effets  d'habillement,  tels  que  mouchoirs,  gants,  rubans,  etc..  On  y  mettait 
cependant  aussi  des  bijoux  et  quelquefois  des  reliques.  C'est  à  cette  der- 
nière destination  qu'était  réservée  la  première  layette  dont  on  ait  trouvé 
la  mention  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXVII 


Pi^   a        .   u  ...       .  p,etits.  coffrets  à  bijoux  en  cuivre  gravé  et  doré. 
P.xydes  et  boîtes  a  hosties  en  argent  doré.   France  et  Allemagne,  xvie  et  xvn°  siècles 

(Collection   Albert   Figdor.) 


LAYETTES,    NECESSAIRES    DE    TOILETTE  151 

1418.  —  Une  layete  de  bois,  où  sont  les  reliques  de  sainte  Katherine,  de  saint 
Laurens  et  de  plusieurs  autres  saints.  (Inv.  du  chat,  de  Vincennes.) 

Souvent  les  layettes  servaient  au  classement  des  papiers  et  dans  les 
Comptes  des  ducs  de  Bourgogne,  à  Tannée  1443,  on  rencontre  la  recomman- 
dation suivante  : 

Le  chancelier  de  Bourgoigne  a  ordonné  que  l'on  feist  faire  bonnes  layetes  de 
bois  de  chaigne,  et  que  en  chascune  layete  feust  fait  un  brevet  et  inventoire  parti- 
culier de  toutes  les  lettres  qui  seront  mises  en  icelle  layette. 

Cet  emploi  des  layettes  pour  conserver  les  chartes  était  très  commun 
à  cette  époque,  car,  ainsi,  on  pouvait  préserver  les  énormes  sceaux  de  cire 
qui  agrémentaient  les  parchemins.  Aux  Archives  Nationales,  on  désigne 
encore  aujourd'hui  sous  le  nom  de  «  Layettes  du  Trésor  des  Chartes  »  la 
série  des  documents  précieux  du  Moyen- Age. 

La  layette  est  généralement  un  petit  coffre  de  bois  blanc  de  forme 
rectangulaire  et  assez  plat,  dont  le  nom  vient  du  mot  «  laye  »  qui  signifie 
bois  ou  forêt.  De  là  vient  également  le  nom  de  «  Laye  »  ajouté  à  celui  de 
la  ville  de  Saint-Germain,  pour  indiquer  qu'elle  se  trouvait  dans  une  forêt. 

Au    xvie  siècle,  nous  retrouvons  encore  la  layette  employée  comme 

reliquaire  : 

1507.  ■ —  Une  layecte  de  boys,  couverte  de  taffetas  changeant,  où  y  a  plusieurs 
relicques  non  escriptes,  une  boueste  de  cristal,  aussi  quatre  testes  des  Innocents. 
(Cpte  de  l'argenterie  d'Anne  de  Bretagne.) 

XVII.  —  Layettes,  nécessaires  de  toilette. 

Aux  xvie  et  xvne  siècles,  nous  voyons  que  la  layette  est  indifféremment 
employée  pour  contenir  les  objets  de  toilette,  les  bijoux  précieux  ou  la  cor- 
respondance. Souvent  elle  est  un  véritable  nécessaire  de  toilette  pour  le 
voyage  et  devait  être  d'assez  grandes  dimensions  : 

1532.  —  Une  layette  de  velours  rouge  doublée  de  damas  blanc,  ferrée  d'argent 
doré,  garnie  dedans  de  ce  qu'il  faut  pour  une  chambre  de  fille  ;  c'est  assavoir  :  deux 
paires  de  verges,  deuxbroces,  deux  poinssons  à  faire  la  grève,  l'un  d'yvoire  et  l'autre 
de  beuf  ;  ung  bougeoyr  d'yvoire,  un  sacq  de  satin  noire  remply  de  demy  douzaine  de 
bougie  de  cire  vierge  ;  ung  carrelet  à  mectre  les  espingles  ;  trois  menteletz  à  mectre 
la  toile  de  Hollande  ;  quatre  gargoulets  droits  ;  deux  habillements  de  teste  ;  deux 
petitz  miroirs  de  Saint-Nicolas  ;  ung  miroir  rond  d'acier  garny  d'yvoire  ;  ung  estuy 
doré  là  où  il  y  a  trois  pignes  et  une  broce  qui  a  le  manche  d'argent  doré  et  sept 
couvrecheifs  de  nuyct. 

Une  grande  layette  de  cuyr  doré  pour  homme,  doublée  de  taffetas  incarnadin 
dedans  laquelle  y  a  ung  bonnet  de  nuyct,  une  coiffe  de  nuyct,  une  paire  de  vergettes 
magnifiques,  un  estuy  de  pignes,  ung  myroir  ardant  rond  garny  d'yvoire,  un  bougeoir 
d'yvoire  et  deux  bougies  de  cire  blanche.  {Inv.  de  la  duchesse  de  Nevers.  F0  45.) 

1617.  ■ —  Ce  fut  Duhalliers  capitaine  des  gardes,  avec  Fouquerolles  qui  menèrent 
à  la  Bastille  la  mareschale  (d'Ancre)  et  avant  que  d'aller,  ils  lui  demandèrent  si  elle 
n'avait  plus  de  bagues  ;  elle  montra  une  layette  qui  lui  estoit  demeurée  où  il  n'y 
avoit  que  certaines  chaînes  d'ambre.  (Mémoires  de  Brienne.  Relation  de  la  mort  du 
mareschal  d'Ancre,  p.  65.) 


152  COFFRES    ET    COFFRETS 

1593,  —  pius  une  boite  ou  layette  dans  laquelle  il  y  a  deux  tavayolles  (nappe  où 
serviette)  de  soie  faictes  à  l'éguille,  dont  une  à  la  dantelle  d'or,  l'autre  tavayolle  de 
toile  et  raiseau,  des  couvertures  d'oreillier  de  raiseau  et  autre  menu  linge.  (Inv.  de 
Claudine  Bouzonnet  Stella.) 

XVIII.  —  IJougettes  »  porter  sur  l'arçon  de  la  selle. 

Parmi  les  meubles  de  petites  dimensions  qu'on  portait  autrefois  en 
voyage,  nous  citerons  la  bougette  qui,  à  l'origine,  était  un  coffret  plat  qu'on 
attachait  directement  sur  le  dos  d'un  cheval.  Louandre  {Les  Arts  somp- 
tuaires,  (planche  123).  Ms  Italien  de  la  Dibl.  de  l'Arsenal,  (xivesiècle),  nous 
donne  la  représentation  d'une  de  ces  bougètes  posée  sur  le  dos  d'un  mulet. 

La  bougette  servait  surtout  de  porte-manteau  : 

l 'i 75 .  —  Et  lui  mit  une  belle  bougette  à  l'arçon  de  sa  selle  pour  mettre  sa  cotte 
d'armes.  (Comines,  p.  100.) 

Au  xvne  siècle,  la  bougette  semble  devenue  une  sorte  de  nécessaire, 

dans  lequel  les  dames  serraient  leurs  bijoux.  Nicot  dans  son  «  Dictionnaire  » 

en  donne  la  définition  suivante  : 

Bougète.  —  Petit  coffret  de  bois  de  babu  et  tout  recouvert  de  cuir  feutré  ou 
bourré  entre  cuyr  et  bois  par  dessous...  et  ferré  de  petites  listes  de  fer  blanc  par  dessus 
le  couvercle  qui  est  voûté,  et  d'un  pied  et  demi  de  long  ou  environ,  quelque  peu  moins 
large,  fermant  à  serrure  et  à  clef  ;  que  les  femmes  portaient  anciennement  pendue 
à  courroie  de  cuir  double,  à  l'arçon  de  devant  de  la  selle  de  leur  palefroy...  En  laquelle 
elles  portoient  leurs  bagues,  joyaux  et  menus  affiquets. 

XIX.  —   Coffrets  réticulés  dits  coffrets  «  à  la  manière  d'Espagne». 

Aux  xve  et  xvie  siècles,  il  était  d'usage  de  porter  en  voyage  des  cof- 
frets de  fer  solidement  cadenassés  dans  lesquels  on  enfermait  les  bijoux 
et  les  objets  les  plus  précieux.  Ces  coffrets  auxquels  nous  avons  donné  le  nom 
de  coffrets  d'arçon  sont  de  forme  rectangulaire  et  en  chêne  massif  recou- 
vert de  cuir  rouge.  Sur  le  cuir  est  appliquée  une  feuille  de  fer  étamée  découpée 
à  jour,  qui  est  elle-même  recouverte  d'une  seconde  feuille  de  fer  découpée 
aussi  à  jour,  laissant  apercevoir  à  travers  ses  découpages  son  double  fond 
de  cuir  rouge  et  de  fer  étamé.  Des  nerfs  de  fer  renforcent  le  couvercle  et  une 
petite  serrure  habilement  travaillée,  en  assure  la  fermeture.  Sur  les  côtés, 
ces  coffrets  sont  munis  soit  d'anneaux,  soit  de  mortaises  pratiquées  dans 
les  contreforts  et  colonnes  d'angles.  Ces  points  d'attache  servaient  à  fixer 
le  coffret  au  moyen  de  courroies,  soit  sur  la  selle  des  chevaux,  soit  à  l'in- 
térieur des  grands  bahuts  de  voyage,  trop  lourds  et  trop  volumineux  pour 
être  aisément  soustraits  en  cours  de  route. 

Tous  ces  coffrets  sont  garnis  sur  la  façade  d'une  serrure  à  double 
moraillon  et  protégée  par  une  entrée  à  secret. 

A  l'origine,  l'intérieur  du  couvercle  de  ces  coffrets  était  garni  d'une 
image  gravée  sur  bois  et  grossièrement  coloriée. 


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COFFRETS   PORTE-MISSELS  153 

M.  J.  Starkie  Gardner,  dans  son  Guide  du  Musée  Victoria  and  Albert, 
à  Londres,  don  no  sur  ces  coffrets  un  renseignement  assez  curieux  ;  il  cite 
L'Inventaire  de  Marguerite  d'Espagne,  dressé  en  1524,  où  ces  coffrets 
sont  désignés  comme  «  bien  ouvrez  à  jour  à  la  manière  d'Espagne  ».  Il  faut 
croire  que  dans  ce  pays  il  y  avait  une  importante  manufacture  de  ces  coffrets 
car,  on  peut  dire  que  l'Europe  entière  a  été  inondée  de  ce  genre  de  petits 
meubles.  (1) 

XX.  —  Coffret*  à  dôme,  muni*  de  bandes  à   inscriptions. 

A  la  lin  du  xv°  siècle  et  au  début  du  xvie,  on  a  fabriqué  des  coffrets 
entièrement  en  fer,  formés  d'une  caisse  de  tôle  forte  sur  laquelle  étaient 
rivées  des  bandes  et  des  pentures  le  plus  souvent  décorées  d'inscriptions 
pieuses  découpées  dans  le  métal.  De  petits  panneaux  ornés  de  fenestrages 
découpés  à  orbevoie  garnissent  les  parties  laissées  libres  par  les  bandes  et 
les  pentures.  Pour  donner  plus  de  solidité  au  coffret  et  en  augmenter  l'aspect 
décoratif,  on  a  flanqué  les  angles  de  contreforts  talutés,  à  l'imitation  des 
contreforts  des  cathédrales  gothiques.  Sur  le  côté  du  couvercle  bombé,  on 
voit  un  arc  en  tiers  point  et  sur  le  dessus  est  placée  une  poignée  munie  d'une 
bague  hexagonale.  (2) 

XXI. —  Coffrets  porte-missels:  ils  sont  munis  d'une  unique  poignée 

posée  lattéraleinent. 

Au  xvie  siècle,  les  coffrets  sont  souvent  très  richement  habillés.  Ils 
sont  revêtus  d'une  sorte  de  gainage  en  cuir  ciselé  représentant  des  fleurs, 
des  rinceaux  ou  même  simplement  des  ornements  de  forme  géométrique. 
Les  couvercles  sont  plus  ou  moins  bombés  ou  bien  étrangement  moulurés, 
rappelant  ainsi  la  façade  de  certaines  maisons  flamandes  de  style  espagnol. 
Les  coffrets  de  cette  époque  sont,  naturellement,  bardés  de  fer,  les  charnières 
se  prolongent  sur  toute  la  longueur  du  couvercle  et  viennent  se  river  sur  le 
dessous  de  façon  à  empêcher  l'effraction.  D'autres  spécimens  de  ferrures 
sont  en  forme  de  pentures  découpées,  moulurées  et  rivées  par  de  gros  clous 
servant  à  l'ornementation  de  l'objet. 

Nous  devons  une  mention  tout  à  fait  spéciale  aux  coffrets  porte-missels, 
de  forme  oblongue,  munis  d'un  couvercle  quadrangulaire  à  pans.  Ces  coffrets 


(1)  Ces  coffrets  sont  abondamment  représentés  dans  les  vitrines  du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles.  On  en 
rencontre  depuis  les  modèles  les  plus  grands,  jusqu'aux  échantillons  les  plus  restreints.  Presque  tous  sont 
reproduits  sur  nos  PI.  CCCXCVII  à  CCCXCIX. 

(2)  Ce  type  de  coffret  répond  très  exactement  aux  pièces  que  nous  avons  reproduites  PI.  CCCXCVIII  du 
Musée  Le  Secq  des  Tournelles. 

PI.  CCCXCIX.  nous  avons  reproduit  deux  coffrets  d'une  ornementation  aussi  riche,  mais  lout  à  fait 
différente.  Ils  sonl  de  travail  italien  du  xvie  siècle  et  établis  en  tôle  massive  garnie  de  bandes  formant  char- 
nières. La  tôle  disparaît  entièrement  sous  une  décoration  damasquinée  d'or  et  d'argent  représentant  des  fleu- 
rettes et  des  arabesques. 

20 


I.Vi  COFFRES    HT    COFFRETS 

ne  possèdent  qu'une  seule  poignée,  car  ils  étaient  destinés  à  contenir  des 
manuscrits  de  petite  dimension  et  à  être  suspendus  à  la  ceinture  de  leur 
propriétaire.  Parfois  dans  les  coffrets  d'un  travail  plus  précieux,  le  cuivre 
est  substitué  au  fer  forgé  et  dans  le  but  de  rendre  l'objet  moins  pesant,  les 
arêtiers  en  laiton  sont  simplement  repoussés:  la  rigidité  qui  leur  a  étédonnée 
par  la  forge  à  froid,  suffit,  en  effet,  à  assurer  la  solidité  de  ce  genre  de  ferrure. 

1351.  -  Pour  rappareiller  les  charnières  et  bendes  do  l'estuy  de  son  bréviaire 
(du  roi),  refaites  par  deux  l'ois.  Pour  l'argent  \  o.  Pour  déchiè  et  façon,  4  I.  10  s. 
(Cpteroy.  d'Et.  de  la  Fontaine,  f°  8.) 

1380.  —  L'estuy  d'une  Heures  brodé  à  ymages  de  sainte  Katherine  et  de  sainte 
Marguerite  et  y  a  un  pou  de  menues  perles.  (Inv.  de  Charles  V.  N°  2849.) 

1392.  —  A  Jean  Duvivier,  orfèvre  et  yarlet  de  chambre  du  roy  N  S,  pour  avoir 
r appareillé  les  gardes  d'une  petite  serreure  d'or  d'un  pstit  estuy  couvert  de  veloux 
et  semé  de  fleurs  de  liz,  pour  mettre  les  Heures,  et  pour  y  avoir  fait  4  petits  clouz 
d'or  à  rattacher  lad.  serreure,  20  s.  p.  (4e  cple  roy.  de  Ch.  Pou  part,  f"  148.) 

1420.  -■  Un  livre  appelé  le  concordement  des  \  évangélistes...  en  un  estuy  do 
veluau  vert  brodé,  pendant  à  une  sainture  de  soie  dont  le  mordant,  la  boucle  et  le 
passant  sont  d'argent  doré.  (Inv.  de  Philippe-le-Bon.) 

Une  dos  caractéristiques  des  coffrets  du  xvie  siècle  consiste  dans  de 
grossiers  arrangements  de  fausses  entrées  de  clefs,  alors  que  l'entrée  réelle 
est  cachée  sous  une  plaque  de  fer  mobile  ménagée  dans  le  couvercle  du  cof- 
fret. Du  reste,  au  xviesiècle,  il  en  fut  des  coffrets  comme  de  toutes  les  autres 
pièces  fabriquées  par  les  ferronniers,  le  marteau  servait  encore  à  fabriquer 
le  gros  oeuvre  et  à  relever  en  bosse  certaines  parties  de  surfaces,  mais 
la  décoration  artistique  était  bien  plutôt  l'œuvre  d'un  ciseleur  ou  d'un  gra- 
veur que  d'un  forgeron.  (1) 

XXII.  —  Coffrets  cMpuguolM  et  allemands. 

Les  coffrets  espagnols  remontant  au  xvie  siècle  sont  d'un  type  assez 
particulier  ;  ils  sont  en  bois  recouvert  de  feuilles  de  tôle,  remarquablement 
découpées,  en  style  flamboyant  et  généralement  étamées  ou  dorées.  Les 
Espagnols  ont  encore  fait  des  coffrets  en  tôle  pleine,  garnis,  sur  leurs  angles, 
de  contreforts  talutés  imitant  les  arcs-boutants  des  édifices  de  pierre.  Pour 
retirer  à  la  tôle  brute  sa  nudité,  les  ferronniers  l'ont  revêtue  d'un  découpage 
en  fer  assez  épais  formé  de  rosaces  à  décor  rayonnant.  Ce  type  de  coffret 
possède  un  couvercle  plat  ;  parfois  le  couvercle  est  rattaché  au  côté  par  de 
multiples  pentures  ornées  de  quatre-feuilles  ou  de  rosaces  à  décor  varié.  (2) 

Les  coffrets  allemands  et  italiens  du  xvie  siècle  sont  faits  avec  un  métal 
plus  fort  et  la  surface  laissée  lisse  et  unie  est  ensuite  gravée  à  l'eau  forte. 


(I)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  deux  excellents  types  de  ces  coffrets  porte-missel  : 
ils  sont  classés  sous  les  n0'  1362  et  1368.  (PI.  CCCXCV.) 

(?)  Musée  Le  Secq  des  Tournelles.  PI.  CCCXCVI. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXIX 


r„«,.*  i  .  Coffrets  en  ivoire  peint  ou  sculpté. 

Coffrets  en  fer  et  en  cuivre  gravé  et  damasquiné.   —  Pixyde  en  argent.   Du  xiv«  au  xvie  siècle. 

(Collection   Albert   Figdor.) 


COFFRES    ALLEMANDS    DU    XVIIe    SIECLE  155 

XXII I. Coffrets  du  XVIIe  siècle  :  ils  sont  gainés  en  neau  «le  chagrin. 

Les  coffrets  du  xvnc  siècle  ont  été  souvent  couverts  de  peau  de  cha- 
grin, sorte  de  cuir  dont  la  surface  présentait  de  nombreuses  petites  aspérités. 
Au  début,  la  véritable  peau  de  chagrin  provenait  de  1  epiderme  du  chien 
de  nier  ou  roussette,  qui  était  originaire  de  la  Chine.  Le  premier  emploi 
qu'on  fit  de  la  peau  de  roussette  fut  le  polissage  du  bois  et  on  se  servait  de 
cette  peau  comme  d'une  feuille  de  papier  de  verre. 

Au  xviie  siècle,  on  avait  déjà  trouvé  le  procédé  pour  contrefaire  la  peau 
de  roussette,  au  moyen  de  peau  de  quadrupèdes.  A  cette  époque,  nous 
apprend  Furetière,  c'était  la  Perse,  qui  avait  la  spécialité  de  fabriquer  la 
peau  de  chagrin  : 

1690.  —  Chagrin  :  Cuir  fait  de  peau  de  cheval,  d'âne  ou  de  mulet,  dont  le  meilleur 
se  prépare  en  la  ville  de  Tamis.  11  se  fait  seulement  du  derrière  de  la  beste  et  celluy 
de  l'asne  a  le  plus  beau  grain.  C'est  avec  des  grains  de  moutarde  qu'on  presse  dessus 
qu'on  y  fait  paroistre  ce  beau  grain  qui  le  fait  estimer. 

On  dit  aussi  qu'il  y  a  un  poisson  nommé  chagrain  qui  a  le  cuir  fort  dur,  dont 
on  fait,  le  premier  et  le  vray  chagrain  (1). 

XXIV.  —  Coffrets  doublés  en  peau  de  senteur. 

Au  xviie  siècle,  on  se  préoccupait  non  seulement  de  l'ornementation 
(extérieure  des  coffrets,  mais  aussi  on  tapissait  l'intérieur  avec  un  soin 
jaloux  ;  c'était  surtout  avec  de  la  peau  d'Espagne  ou  peau  de  senteur  qu'on 
doublait  ces  petits  coffrets.  Mme  d'Aulnoy.  dans  le  Chevalier  Fortuné 
{Contes  de  Fées,  T.  II,  p.  160),  nous  montre  une  fée  bienfaisante  frappant 
la  terre  de  sa  baguette  et  en  faisant  sortir  «  Un  grand  coffret  couvert  de 
maroquin  du  Levant,  clouté  d'or...  il  était  doublé  de  peau  d'Espagne  toute 
en  broderie  ». 

XXV.  —  Coffres  allemands  du  XVII*  siècle  ; 
Grands  coffres-forts  munis  d'une  serrure  a  'irt  pênes. 

On  peut  dire  que  la  France  et  même  probablement  le  monde  entier, 
ont  été  inondés,  au  début  du  xvn°  siècle,  par  ces  coffres  allemands  dont  la 
principale  caractéristique  est  d'être  fermés  par  une  serrure  garnissant  tout 
l'intérieur  du  couvercle.  On  a  fabriqué  ces  coffres  dans  toutes  les  dimen- 
sions, depuis  le  minuscule  coffret  qui  ne  mesure  guère  plus  de  8  centimètres 
sur  son  plus  grand  côté,  jusqu'à  ces  énormes  coffres- forts,  dont  le  volume 
peut  être  évalué  à  près  d'un  demi-mètre  cube.  Ces  coffres,  d'une  solidité 
remarquable,  sont  formés  de  tôle  très  forte  rivée  sur  un  épais  bâti  en  fer 


(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  y  a  plusieurs  spécimens  de  ces  Coffrets  en  peau  de  chagrin; 
l'un,  de  grandes  dimensions,  se  trouve  reproduit  sur  notre  PI.  CGCC  ;  1  autre,  beaucoup  plus  petit,  se  trouve 
dans  la  PI.  CCCCVII. 


156  COFFRES     ET    COFFRETS 

forgé  et  garnis  aux  angles  de  tôle  cornière  légèrement  découpée.  Au  centre 
de  la  face  principale  se  trouve  toujours  une  fausse  entrée  placée  au  milieu 
d'une  bande  d'un  travail  analogue  à  celui  des  angles  du  coffre.  Sur  le  côté, 
sont  des  poignées  plus  ou  moins  ouvragées  montées  sur  des  platines  en  fer 
découpé  et  repoussé.  Le  couvercle  du  coffre,  toujours  plat,  est  renforcé  par 
3  ou  5  bandes  formant  pentures  qui  sont  rivées  sur  le  derrière.  C'est  au 
centre  de  la  bande  médiane,  sous  une  marguerite  mobile  autour  d'un  pivot, 
que  se  trouve  la  véritable  entrée. 

Nous  avons  dit  que  l'intérieur  de  ces  coffres  était  occupé  par  la  serrure 
formée  par  une  série  de  pênes,  dont  le  nombre  varie  de  4  à  24,  qui  sont  ac- 
tionnés par  la  clef  dont  l'entrée  est  située  au  centre  du  couvercle. 

Ces  coffres  sont  toujours  décorés  de  peintures  représentant  soit  des 
personnages  en  costume  de  l'époque,  soit  des  fleurs  ou  des  ornements  divers  ; 
ils  reposent  tantôt  directement  sur  le  sol,  tantôt  ils  sont  surélevés  sur  une 
sorte  de  piédestal  garni  d'un  lambrequin,  qui  lui  donne  un  peu  plus  de  légè- 
reté à  l'œil.  (1) 

XXVI.  —  Imitation  «mi  France  «les  coffres  «lits  :  coffres-forts 

«le  Nuremberg. 

Parfois  on  trouve  dans  l'intérieur  des  coffres  de  grandes  dimensions  la 
trace  de  trous,  ce  qui  indique  qu'ils  étaient  boulonnés  sur  les  solives  des 
chambres  dans  lesquelles  ils  étaient  conservés.  A  l'intérieur  de  ces  coffres,  géné- 
ralement du  côté  gauche,  on  remarque  un  autre  petit  coffre  placé  à  l'angle 
inférieur  :  il  était  destiné  à  contenir  les  objets  plus  particulièrement  précieux. 
11  semble  que  ces  coffres  aient  été  copiés  en  France  à  une  époque  assez  tar- 
dive, car  dans  Y  Encyclopédie  de  Diderot  et  d'Alembert  on  trouve  la  repré- 
sentation d'un  de  ces  meubles  qui  répond  très  exactement  à  la  description 
que  nous  venons  d'en  faire. 

Malgré  de  nombreuses  déconvenues,  il  faut  croire  que  ces  coffres-forts 
inspiraient  une  assez  grande  confiance,  puisque  Tallement  des  Réaux,  dans 
ses  Historiettes  (T.  1,  p.  179),  nous  apprend  que  le  poète  Malherbe,  ayant  un 
jour  touché  400 livres,  dépensa  la  moitié  de  sa  fortune  pour  en  acheter  un, 
afin  d'y  mettre  en  sûreté  les  200  livres  qui  lui  restaient. 

Au  Palais  du  Louvre,  dans  le  Musée  de  la  Marine  et  provenant  d'un 
bateau  du  xviii0  siècle,  on  peut  voir  un  de  ces  ancêtres  des  «Fichet  »  ;  il  est 
accompagné  de  cette  notice,  qui  nous  donne  sur  ce  sujet  des  détails  que  nous 
n'avons  rencontrés  nulle  part  autre  : 

Coffres  que  les  capitaines  des  bâtiments  armés  en  course  embarquaient  sur  leur 

(1)  Dans  son  Musée,  M.  le  Secq  des  Tournelles  n'a  donné  l'hospilalilé  qu'à  un  très  modeste  spécimen  de 
ce  genre  de  travail  ;  il  porte  le  n°  1299  et  est  reproduit  au  centre  de  la  PI.  CCCXCVII. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXX 


I<e  serrurier  grossier  fabricant   de  coffres-forts  de  Nuremberg. 
D  après  un  recueil  de  gravures  sur  bois  concernant  les  métiers.   Allemagne.   xvm<-  siècle. 

(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


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COFFRETS    ESPAGNOLS    RECOUVERTS    DE    CUIR  157 

navire.  Ces  coffres  se  vissaient  par  le  fond  dans  la  cabine  du  capitaine  et  servaient 
à  contenir  leurs  papiers.  Fabriqués  à  Nuremberg,  expédiés  en  Hollande,  dans  les 
grandes  guerres  de  Louis  XIV,  les  Malouins  armés  en  course  ont  pris  beaucoup  de 
ces  coffres  et  s'en  servaient. 

Malgré  l'invention  des  coffres-forts  en  fer,  on  n'en  continua  pas  moins 
à  fabriquer  des  coffres  de  bois  pour  serrer  les  objets  précieux  et  dans  V Inven- 
taire de  Molière  (1673),  on  trouve  la  mention  d'un  «  coffre-fort  de  bois  de 
de  chesne,  garni  de  fer  par  dedans  de  trois  serrures  et  deux  cadenas  ». 

XXVII.  —  Coffrets  de  Michelmann  en  cuivre  gravé  et  doré. 

Nous  avons  dit  plus  haut  qu'on  avait  fabriqué  de  minuscules  coffrets  de 
fer  ;  un  artiste  allemand  du  xvnc  siècle,  Michelmann,  s'était  spécialisé  dans 
ce  genre  de  fabrication  et  avait  créé  de  minuscules  boîtes  en  cuivre  doré  et 
finement  gravé.  Dans  le  couvercle  de  la  boîte  se  trouvait  le  mouvement  de 
la  serrure  en  acier  poli  et  bleui.  (1) 

WVIII. —  Coffrets  allemands  décorés  de  gravures  à  l'eau  forte. 

C'est  au  début  du  xvne  siècle,  qu'il  faut  rapporter  également  ces  coffres 
allemands  conçus  dans  le  même  esprit  que  ceux  que  nous  venons  de  décrire 
et  qui  sont,  sur  toutes  leurs  faces,  couverts  de  fines  gravures  à  l'eau  forte. 
Ces  petits  meubles,  fabriqués  en  tôle,  sont  montés  sur  quatre  pieds  en  forme 
de  boules  ou  tournés  à  l'instar  des  petits  balustres.  La  serrure  est  placée  à 
l'intérieur  du  couvercle  et  ferme  à  l'aide  de  pênes  multiples  qui  viennent 
s'engager  dans  un  cadre  placé  à  la  partie  supérieure.  L'ornementation  de 
ces  coffrets  est  disposée  de  manière  à  rappeler  assez  exactement  un  travail 
de  menuiserie,  comprenant  des  frises,  des  montants,  des  panneaux,  etc.. 
La  décoration  est  empruntée  parfois  à  des  sujets  de  chasse,  d'autrefois  ce 
sont  des  ornements  géométriques,  des  rinceaux,  des  personnages  copiés  sur 
les  gravures  ou  les  tapisseries  de  l'époque  ;  enfin  on  rencontre  aussi  des 
médaillons  contenant  des  personnages  vus  de  profil,  dessinés  à  l'Antique.  (2). 

XXIX.  —  Coffrets  espagnols  recouverts  de  cuir 
et  garnis  de  fer  repoussé. 

Comme  contemporain  de  ces  deux  espèces  de  coffres,  nous  signalerons 
le  coffre  espagnol  en  bois  de  chêne  recouvert  de  cuir  et  garni  d'une  décora- 
tion linéaire.  Quelquefois,  le  cuir  est  travaillé  d'une  façon  plus  somptueuse 
et  décoré  de  grands  chardons  au  milieu  desquels  s'entremêlent  des  bandes 
portant  de  pieuses  invocations.  Ces  coffres,  surmontés  d'un  couvercle  bombé, 
sont  renforcés  par  une  série  de  bandes  formant  pentures,  dont  le  nombre 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  on  rencontre  une  demi-douzaine  de  res  petits  coffrets  dont  quel- 
ques-uns sont  datés.  (PI.  CCCCIV.) 

(2)  Musée  Le  Secq  des  Tournelles.  PI.  CCCCI. 


158  TRONCS    T>  EGLISE    ET    DE    CONFRERIE 

varie  de  5  à  II.  Ces  bandes  sont,  le  plus  souvent,  terminées  par  do  grosses 
coquilles  estampées  et  repoussées.  Leurs  côtés  sont  protégés  par  le  même 
modo  do  défense  et  les  longues  bandes  de  fer,  coudées  doux  fois  à  angle  droit, 
garnissent  tout  le  fond  et  les  côtés,  formant  ainsi  une  défenso  qui  vient 
ronforcer  utilement  les  ais  de  chêne  massif  dont  sont  formés  ces  meubles. 
Tout  autour  du  couvercle  sont  des  bandes  en  for  découpé  et  ajouré  repré- 
sentant des  dessins  géométriques  avec,  parfois,  dos  crénaux  copiés  sur  les 
remparts  dos  villes  fortes  de  l'époque. 

Ces  coffres  surmontés  d'une  poignée  mobile,  qui  se  retrouve  également 
sur  les  côtés,  sont  fermés  au  moyen  de  moraillons  par  de  grosses  serrures 
en  bosse  terminées  par  des  pattes  en  forme  de  coquille.  (1) 


QUATRIEME    PARTIE 


TRONCS    D'EGLISE    ET    DE    CONFRERIE 
I.  —  Ils  étaient  connus  aux  tomp*  hihliqiics. 

Il  convient  de  ranger  dans  la  série  des  coffrets  les  troncs  portatifs. 

D'une  manière  générale,  on  peut  définir  le  tronc  :  Petit  coffre  en  bois, 
en  fer  ou  en  cuivre,  destiné  à  recueillir  les  offrandes  des  fidèles  ou  les  coti- 
sations des  membres  d'une  confrérie.  L'origine  de  cette  appellation  provient 
du  fait  que  les  premiers  troncs  étaient  formés  d'une  fraction  d'un  arbre 
ou  tronçon,  qu'on  creusait  à  l'intérieur.  Ces  caisses  de  la  charité  publique 
étaient  fixées  à  la  porte  des  églises,  près  du  bénitier  ou  contre  un  des  piliers 
de  l'édifice,  au  moyen  de  forts  colliers  en  fer. 

L'usage  de  placer  un  tronc  à  l'entrée  des  églises  ou  des  temples,  remonte 
à  la  plus  haute  antiquité  et  la  tradition  reporte  au  temps  de  Joas,  l'idée  de 
son  emploi. 

(1)P1.  cccxcii. 

L'art  russe  du  x\  ir  siècle  est  représenté,  au  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  par  deux  coffrets  de  dimensions 
fort  inégales  (nos  1325-1 294),  mais  qui  sont  conçus  exactement  dans  le  même  esprit  :  ce  sont  des  boites  cubiques 
en  bois,  garnies  de  plaques  de  fer  repoussé  représentant  des  rinceaux  disposés  géométriquement.  Sur  la  façade 
du  plus  grand  coffret  (1325),  qui  est  attribué  à  Ivan-le-Terrible,  on  remarque  les  aigles  russes,  sur  la  poitrine 
desquelles  a  été  disposée  l'entrée  de  la  serrure.  La  partie  supérieure  du  coffre  contient  un  double  fond  formant 
lui-même  un  coffret  de  dimensions  plus  réduites.  (PI.  CCCCII  et  CCCCV.) 

Nous  ne  quitterons  pas  le  x  vne  siècle  sans  parler  des  coffres  italiens  qu'on  pourrait  plus  exactement  dénom- 
mer «cassettes»  etdont  le  n°  1347  du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  présente  un  excellent  spécimen  :  on  peut, 
non  sans  raison  le  rapprocher  de  la  cassette  à  bijoux  de  la  reine  Anne  d'Autriche,  qui  est  conservée  à  la  galerie 
d'Apollon  au  Musée  du  Louvre.  Le  coffret  du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  est  en  bois  de  chêne  recouvert  d'une 


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TRONCS    GARNIS    n'urs'E    ARMATURE    DE    FER    FORGÉ  159 

A  l'époque  do  Jésus-Christ,  l'usage  des  troncs  existait,  puisque,  peu 
de  jours  avant  d'être  arrêté  au  jardin  des  Oliviers,  le  Divin  Maître,  s'étant 
rendu  au  temple,  «  s'était  assis  à  l'entrée,  près  d'un  tronc  et  considérait 
de  quelle  manière  le  peuple  y  jetait  de  l'argent».  (SaintMarc.  Ch.XII,V.41-44). 

Nos  ancêtres  avaient  placé  dans  les  églises,  au  même  endroit  probable- 
ment où  on  met  les  troncs,  une  «  boeste  »  des  pauvres  et  une  «  boeste  »  des 
prisonniers  qui  étaient  destinées  à  recueillir  les  aumônes  des  personnes 
charitables. 

Dans  la  Vulgate,  dans  plusieurs  ouvrages  ecclésiastiques  et  même  dans 
quelques  chartes  du  Moyen  Age,  on  s'est  servi  pour  désigner  le  tronc  du 
mot  latin  «  Gazophilacium  »  reproduction  d'un  mot  grec  qui  signifiait  «  Con- 
servateur du  trésor  ». 

Du  Gange  dans  son  Glossaire,  donne  la  définition  suivante  tirée  de 
saint  Luc  (Ch.  21,  v.  1  et  alibi)  :  Arca  in  qua  reponebantur  eroganda  paupe- 
ribus. 

II.  —  Troncs  garnis  «l'une  armature  «le  fer  l'orge. 

Il  reste  quelques  exemples  de  troncs  formés  d'une  bille  de  bois  évidée. 
Cette  manière  de  faire  présentait,  en  effet,  des  garanties  certaines  contre 
le  vol,  car  les  anciens  ferronniers  étaient  parvenus  à  les  revêtir  d'une  arma- 
ture de  fer,  permettant  de  les  sceller  contre  la  muraille.  M.  Viollet-le-Duc 
a  reproduit  un  excellent  spécimen  de  ce  genre  de  travail,  qui  est  encore 
en  place  dans  l'église  cathédrale  de  Fribourg-en-Brisgau.  Il  en  existe  un 
autre  à  Précy  Saint -Martin  (Aube). 

Dans  les  inventaires,  on  trouve  dès  le  xne  siècle  la  mention  de  ce  genre 
de  meuble. 

1295.  —  Unam  elemosinarhun  de  argento  deauratam  cum  tribus  pedibus  el 
coperculo  et  manica.  {Inc.  Thés,  scdis  apostolica.)  (Gay.  Gloss.) 

1404.  --  Les  brasseurs  pourront  (dans  cette  chapelle)  poser  un  tronc  pour  les 
offrandes.  (P.  d'Harmarcart.  Les  Ane.  comm.  d'arts  et  métiers  à  Saint-Omer.) 

1508.  —  Recepi  de  pecuniis  repertii  in  tronco  fabrici  est  patet  cartello  signato 
per  dominum  operarium  dicta  ecclésia.  {R.-M.  Anthcnemis  XI.  B.  de  Marlavagne. 
Hist.  de  la  cathédrale  de  Rodez,  p.  312.) 

Fine  dentelle  d'arier  entièrement  formée  de  rinceaux  garnis  de  volutes  en  acier  ciselé.  L'artiste  qui  a  composé 
ce  décor  a  tenu  à  se  cantonner  dans  l'emploi  du  même  motif  traité  à  plus  ou  moins  grande  échelle,  mais  tou- 
jours dans  le  même  esprit.  Le  coffret  est  monté  sur  des  pieds  en  acier  ajouré,  d'un  décor  analogue  à  celui  de  la 
boite  elle-même.  (PI.  CCCGIII.) 

Le  xvin0  siècle  est  représenté  par  quelques  coffrets  de  travail  rhénan  en  acier  bleui  damasquiné  d'or  et 
d'argent  et  garnis,  sur  les  angles,  de  colonnettes  torsadées  surmontant  des  pieds  formés  de  boules  tournées  et 
moulurées.  Dans  l'intérieur  du  couvercle,  au  centre  d'une  plaque  de  cuivre  doré  et  finement  gravé,  est  encas- 
trée une  petite  glace  qui  fait  supposer  que  ces  meubles  ont  été,  à  l'origine,  destinés  à  contenir  des  fards,  des 
parfums  ou  des  produits  destinés  «  à  réparer  des  ans  l'irréparable  outrage.  »  (PI.  CCCCIV.) 

C'est  à  l'époque  Louis  XVI  que  nous  pouvons  attribuer  cette  amusante  fantaisie  en  forme  de  commode 
à  deux  tiroirs,  en  acier  bleui  damasquiné  d'or  et  d'argent,  qui  rappelle  le  travail  de  Plombières  qu'on  retrouve 
sur  certains  encriers  de  la  même  époque. 

Signalons  aussi,  pou  ri  a  même  période,  cette  boite  en  cuir  rouge  décorée  au  petit  fer  et  toute  fret  t  ce  de  bandes 
d'aï  ier.  (PL  CCCGV.) 


160  TRONCS   D'EGLISE    ET    DE    CONFRÉRIE 

III.  —  Troncs  et  Tirelirew  :  leur  différence. 

11  semble  qu'au  xvne  siècje  le  mot  «tronc»  ait  été  synonyme  de  «tirelire», 
et  qu'on  disposait  ces  troncs  dans  les  pièces  de  l'habitation. 

Trois  escrans  de  boys  et  un  petit  tronc,  qui  sert  à  la  chambre  de  Mesdemoiselles. 
(Inc  du  château  de  Turenne,  1615.) 

Les  troncs  mobiles  affectent  différentes  formes  ;  on  en  rencontre  de 
triangulaires,  mais,  le  plus  souvent,  ils  sont  cylindriques  et  surmontés  d'un 
petit  entonnoir  permettant  de  faire  glisser,  à  l'intérieur,  l'obole  destinée 
aux  pauvres. 

Les  troncs  ont  aussi  suivi  l'architecture  de  leur  époque,  et  on  en  ren- 
contre de  forme  octogonale,  flanqués  de  clochetons  et  décorés  d'arcs  en 
accolade  surmontés  de  choux  frisés.  (1) 

Au  Musée  du  Louvre  (Collection  Revoil,  N°  406  du  Gâtai.),  on  peut 
voir  un  tronc  de  forme  hexagonale. 

Il  est  assez  difficile  de  différencier  les  troncs  des  tirelires.  D'après Fure- 
tière,  ce  dernier  nom  viendrait  de  «tireliard»...  «parce  qu'il  sertrà  quester  et  à 
enfermer  de  la  menue  monnaie  ».  Nous  remarquerons,  cependant,  qu'en 
général,  la  tirelire  est  particulière  à  une  seule  personne  et  sert  à  enfermer 
ses  économies  ou  les  dons  qu'elle  reçoit,  tandis  que  le  tronc  est  plus  spécia- 
lement destiné  à  recueillir  les  offrandes  d'un  grand  nombre  d'individus. 
De  plus,  la  tirelire  est  généralement  en  terre,  en  grés,  en  faïence  ou  en  bois 
et  munie  d'une  petite  ouverture  qui  laisse  entrer  la  monnaie,  mais  ne  lui 
permet  pas  de  sortir.  Pour  réaliser  le  contenu  de  cette  petite  boîte,  il  est 
nécessaire  de  la  briser.  Au  Moyen  Age,  la  tirelire  était  dénommée  «bloqueau» 
et  était  bien  telle  que  nous  la  connaissons  aujourd'hui  :  elle  ne  pouvait  s'ou- 
vrir qu'en  la  mettant  en  pièce. 

KiOO.  ■ —  Le  suppliant  emporta  ledit  bloqueau  en  son  hostel  et  le  rompi  et  trouva 
qu'il  y  avoit  oudit  bloqueau  la  somme  de  trente-sept  escus  d'or  et  trois  moutons. 
{Lettre  de  rémission.) 

On  a  parfois,  au  xvne  siècle,  employé  le  mot  «tire-lire»  simplement 
pour  désigner  une  bourse. 

Voyant  tant  d'escuz  entasser 
11  en  remplit  sa  tirelire. 

Loret.  Muze  historique,  Juillet  1655. 


(1)  Nous  avons  reproduit  P).  CCCCVII  et  CCCCVIII,  quelques  troncs  exposés  dans  les  vitrines  du  Musée 
Le  Seeq  des  Tournelles  :  ils  donnent  une  idée  très  exacte  des  petits  meubles  de  ce  genre  employés  pendant  les 
quatre  derniers  siècles.  Parmi  eux  se  trouve  un  tronc  triangulaire.  Il  appartenait  autrefois  à  l'Abbaye  de  Saint- 
Claude,  en  Bourgogne  et  présente  cette  particularité  d'être  partagé  en  trois  compartiments  permettant  de 
diviser  les  offrandes.  Sur  chacune  des  faces  sont  sculptées  en  haut  relief  des  figures  caractérisant  les  trois 
grands  pèlerins  de  France  d'Espagne  et  d'Italie  :  Saint-Claude,  Saint-Jacques  de  Compostelle,  Saint-Laurent. 


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BOITES    DE    MESSAGER  161 


CINQUIÈME     PARTIE 


BOITES   DE    MESSAGER 

A  une  époque  où  la  poste  aux  lettres  n'existait  pas  à  l'état  de  service 
public,  la  seule  manière  que  possédaient  à  leur  disposition  ceux  qui  avaient 
une  communication  quelconque  à  adresser  à  un  ami,  était  l'envoi  d'un 
messager  particulier. 

Pour  éviter  la  perte  des  précieux  papiers  ou  se  garantir  contre  la  curio- 
sité du  porteur,  le  document  était  enfermé  dans  une  boîtes  péciale,  dite  «boîte 
de  messager»,  et  fixée  par  une  lanière  qui  permettait  au  commissionnaire 
de  la  porter  commodément. 

1352.  —  Pour  faire  et  forgier  la  garnison  d'argent  pour  une  ceinture  et  une  boiste 
à  porter  lettres,  la  quelle  ceinture  et  boiste,  mod.  Sgr  le  Dauphin  commanda  faire 
aud.  Jehan  Lebraalier  pour  Raoulet  Lesingteur,  son  messager  et  y  entra  surtout 
6  m.  4  o.  7  est.  ob.  d'argent  et  10  est.  d'or  fin  à  dorer.  Laquelle  garnison  de  lad. 
ceinture  fut  faite  de  clos  d'argent  moitié  rons,  moitié  quarrez,  et  dedens  iceulz  avoit 
esmaux  des  armes  de  mond  Sgr  le  Dauphin  et  pesoit  3  m.  2  o.  15  est.  Et  lad.  boiste 
estoit  esmaillée  auxd.  armes,  c'est  assavoir  les  2  quartiers  de  Normandie  à  fleurs 
de  liz  enlevées  et  le  champ  d'esmail  et  la  bordeure  levée  du  haut  des  fleurs  de  Hz 
et  es  autres  2  quartiers  avoit  2  dauphins  esmailliez  et  enlevés  et  le  champ  dessoubs 
doré  et  diappré  de  fueillages  enlevez.  (3e  cpte  roy.  d'Et.  de  Lafontaine,  f°  110.) 

1465.  —  A  Jacqmart  Colpin,  orfèvre,  pour  avoir  refait  et  remaillé  la  boite 
d'argent  du  messager  de  la  ville.  (M^m.  de  la  Soc.  d'Emulation  de  Cambrai.  T.  XXXI, 
p.   261.) 

1556.  —  A  Jehan  Derache,  orphèvre,  pour  avoir  fait  une  bouette  à  esmail 
d'argent,  emprainte  et  gravée  des  armes  du  roy  NS.  et  de  ceste  ville,  la  quelle  a  esté 
ordonnée  à  Franchois  Maréchal,  messager  de  pied,  en  allant  et  venant  pour  les 
affaires  de  la  ville.  (Arch.  de  Douai.  Cptes  de  la  ville,  f°  218.) 

Ces  boîtes  de  messager  étaient  munies  de  serrures  fermant  à  clef  ;  l'une 
des  clefs  restait  en  possession  de  l'envoyeur  tandis  que  l'autre  était  entre 
les  mains  du  correspondant.  De  cette  manière  on  pouvait  espérer  que  le 
secret  de  la  correspondance  ne  serait  pas  violé  en  cours  de  route.  (1) 

On  peut  voir  au  Musée  de  Gluny  dans  les  vitrines  où  sont  les  émaux 
champ-levés  de  Limoges,  un  petit  objet  de  métal  en  forme  de  pochette,  qui 
est  catalogué  comme  boîte  de  messager. 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  une  de  ces  boîtes  de  messager  ;  elle  est  en  fer,  de  forme 
rectangulaire  et  toute  garnie  d'une  riche  décoration  florale  travaillée  au  repoussé.  La  disposition  du  couvercle 
indique  que  cette  boite  devait  être  fermée  à  l'aide  d'un  cadenas.  Sur  les  côtés  sont  rivés  quatre  mentonnets 
dans  lesquels  était  passée  la  courroie.  (N°  282,  PI.  CCV.) 

21 


LE    LUMINAIRE 


SIXIEME     PARTIE 


LE    LUMINAIRE 
I.  —  Les  primitives  sources  «le  lumière  et  les  lampes  romaines. 

La  nécessité  de  s'éclairer  aussitôt  que  les  ténèbres  ont  succédé  à  la 
lueur  du  jour  est  évidemment  contemporaine  du  premier  homme.  Sans 
parler  du  feu  et  de  la  lumière  obtenus  à  l'aide  de  la  combustion  de  brin- 
dilles de  bois  léger,  il  est  certain  que  nos  premiers  ancêtres  eurent  rapidement 
l'idée  d'employer  la  graisse  des  animaux  tués  à  la  chasse,  pour  constituer 
un  carburant  leur  permettant  de  prolonger  pendant  quelques  heures  les 
différentes  occupations  nécessaires  à  leur  vie.  Les  voyageurs  qui  ont  visite 
les  grottes  à  peintures  des  Aizies  (Dordogne),  se  rendent  aisément  compte 
que  les  habitants  de  ces  sombres  demeures  avaient  forcément  recours  à  la 
lumière  artificielle,  car  jamais  le  moindre  rayon  de  jour  n'a  pu  filtrer  jusqu'au 
fond  de  ces  repaires. 

Parmi  les  moyens  les  plus  primitifs  qui  ont  été  employés,  il  convient 
de  noter  l'usage  des  bâtons  résineux,  dans  les  contrées  où  le  sapin  pousse 
volontiers. 

Nous  passerons  rapidement  sur  les  lampes  romaines  tant  en  terre  qu'en 
bronze,  ainsi  que  sur  les  lampadaires  de  la  même  époque  qui  sont  conservés 
au  Musée  de  Naples,  pour  nous  reporter  aux  premiers  siècles  de  l'ère  chré- 
tienne, aux  modestes  lampes  qui  étaient  utilisées  dans  les  catacombes  de 
Rome  et  dont  un  grand  nombre  sont  décorées  d'emblèmes  caractérisant 
la  religion  chrétienne. 

II.  —  Les  premiers  appareils  «le  luminaire  au  XIe  siècle. 

Nous  manquons  de  documents  sur  la  période  antérieure  au  xie  siècle. 
Pour  cette  époque  reculée  on  rencontre  simplement  quelques  représentations 
figurées  dans  la  Bible  de  Charles-le-Chauçe,  qui  ne  donne  pas  moins  de 
seize  modèles  différents  de  veilleuses  de  sanctuaires. 

Toutefois,  c'est  seulement  à  partir  du  xie  siècle  qu'on  peut  faire  remonter 
la  première  œuvre  de  bronze  connue  sous  le  nom  de  «  travail  de  dinanderie  ». 

Un  des  plus  beaux  spécimens  est  le  chandelier  de  Hildesheim:  il  porte 
une  inscription  rappelant  qu'il  est  sorti  des  mains  même  de  l'évêque  Berward, 
qui  occupa  le  siège  épiscopal  d'Hildesheim  de  993  à  1021. 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXXV 


Animaux  porte-cierges.  Bron 


ZC-  "(cfc  S-R^^f e  à  »ied  P— •  — .  XIVe  siede. 


LES    CHANDELIERS    DE    FER,    DE    CUIVRE    ET    DE    MÉTAL   PRÉCIEUX  163 

III.  —  Les  arbres  «le  lumières  nu  XIIe  siècle. 

Au  xne  siècle,  les  travaux  de  bronze  fondu  et  ciselé  sont  plus  nom- 
breux et  nos  Musées  nationaux  en  possèdent  plusieurs  spécimens.  Toutefois, 
la  pièce  la  plus  intéressante  est  ce  fameux  chandelier  d'origine  anglaise, 
connu  sous  le  nom  de  chandelier  de  Glocester  et  qui  fut  établi  pour  l'abbaye 
Saint-Pierre  de  cette  ville. 

C'est  à  la  même  époque  qu'il  faut  reporter  le  chandelier  à  sept  branches 
de  Reims,  dont  il  ne  subsistait  plus,  jusqu'à  ces  dernières  années,  qu'un 
fragment  du  pied,  fragment  qui  fut  grandement  endommagé  lors  de  l'incendie 
du  Musée  épiscopal  de  cette  ville. 

C'est  également  au  xne  siècle  que  se  rapporte  l'arbre  de  la  Vierge  qui 
est  conservé  à  Milan,  merveilleusement  intact. 

IV.  —  Les  chandeliers  de  fer,  «le  cuivre  et  de  métal  précieux 

aux  XIIIe  et  XIVe  siècles. 

Avec  le  xme  siècle,  nous  voyons  apparaître  les  chandeliers  tripodes 
terminés  par  une  longue  pointe  acérée  ;  beaucoup  de  ces  chandeliers  étaient 
fabriqués  à  Limoges  et  ils  étaient  décorés  à  l'aide  de  ces  émaux  dont  la 
réputation  s'est  répandue  dans  le  monde  entier. 

A  cette  époque,  les  chandeliers  étaient  encore  en  cuivre  ou  en  métal 

précieux  : 

1260.  —  Que  nus  chandelliers  de  cuivre  ne  soient  faiz  de  pièces  soudées  pour 
mètre  sus  table.  (Beg.  d'Etienne  Boileau,  titre  45.) 

Au  xive  siècle,  on  fabriquait  de  gros  chandeliers  en  bronze  tourné. 
Le  Musée  germanique  de  Nuremberg  possède  quelques  bons  spécimens 
de  ces  objets. 

Dès  le  xive  siècle,  on  rencontre  la  mention  de  chandeliers  en  fer. 

1319.  —  A  André  le  Flamand,  Fèvre,  pour  serrures  de  châssis...  pour  huict 
grands  chandeliers  de  fer  qui  furent  mis  es  chambres  d'en  bas  et  du  haut  de  la 
grande  tour,  15  sous.  (Compte  des  dépenses  du  château  de  Conjlans.) 

1342.  —  4  grands  chandeliers  de  fer  à  mettre  environ  les  corps.  (Inv.de  Saint- 
Martin  des  Champs,  p.  328.) 

Les  chandeliers  de  fer,  et  probablement  les  bras  de  lumières  en  fer  forgé, 
étaient  généralement  réservés  pour  les  grandes  cheminées  ou  pour  les  cui- 
sines. 

1370.  ■ —  Faverie  (ouvrages  de  fer).  A  Mathieu  Caisnel,  pour  estoffer  la  cambre 
de  Maistre  Pierre  Cuiret,  de  candeliers  à  la  cheminée  et  le  porget  de  la  cambre  de 
havès,  de  verilles  et  de  clenquès  à  tournant,  20  s.  (Cptes  d'ouvrages  au  chût,  des 
comtes  d'Artois,  f°  112.)  (Gay.  Gloss.  arch.) 

Au  xive  siècle,  on  trouvait  le  plus  souvent  que  le  fer  était  trop  vil  métal 
pour  décorer  les  riches  intérieurs,  aussi  rencontre-t-on  de  nombreuses  cita- 
tions de  chandeliers  en  métal  précieux  dans  les  inventaires. 


164  LE    LUMINAIRE 

1302.  —  4  petiz  chandeliers  à  joer  as  taubles,  pes.  1  marc,  valant  74  s.  (Inv.  de 
Raoul  de  Clermont.) 

1363.  —  Un  chandelier  d'argent  doré,  sur  un  lion,  à  2  escuçons  des  armes  de 
Mgr,  pendans  à  chainettes.  —  4  chandeliers  ronds  d'argent  dorez  pour  chapelle  ou 
pour  table...  pois.  12  m.  1  o.  et  demi.  {Inv.  du  duc  de  Normandie.  N°  677  et  900. 

1372.  ■ — ■  Un  petit  chandelier  d'or  en  forme  d'un  serpent,  prisé  30  fr.  d'or. 

Trois  chandeliers  d'argent  blanc  à  mettre  sur  table,  armoyez  de  petits  esmaus 
des  armes  de  mad.  dame,  pes.  9  m.  3  o.  et  demyes,  prisé  52  fr.  (Testament  de  Jeanne 
d'Evreux,  p.  128  et  145.)  (Gay.  Gloss.  arch.) 

Les  renseignements  sur  la  fabrication  des  chandeliers  par  les  serru- 
riers sont  assez  rares.  Citons,  cependant,  le  document  suivant  concernant 
les  fournitures  faites  au  xive  siècle  à  Mahaut,  comtesse  d'Artois. 

Les  serruriers  d'Arras,  d'Hesdin  et  de  Paris  fournissaient  en  abondance  des 
chandeliers  de  différentes  formes  et  de  différents  noms,  les  uns  pour  suspendre  au 
plancher,  d'autres  pour  fixer  à  la  manière  des  bras  d'applique  aux  cheminées,  aux 
meubles,  lutrins,  estaplel,  damoiselle,  etc..  Ainsi,  dans  la  grande  salle  du  château 
d'Hesdin,  on  avait  disposé  «  quatre  basins  étoffés  de  chaînes  et  de  chandeliers  » 
que  l'on  élevait  ou  abaissait  au  moyen  de  contrepoids...  Parmi  les  ouvrages  fournis 
par  les  fèvres,  on  peut  encore  mentionner  les  «  chandeliers  à  crémaillère  ».  (Richard. 
Mahaut,  comtesse  d'Artois.) 

Dans  l'ancienne  collection  Victor  Gay,  il  existait  trois  modèles  de  chan- 
deliers légers  et  élégants  du  xive  siècle.  Ils  sont  montés  sur  trois  pieds.  La 
base  présente  l'aspect  d'une  feuille  lancéolée  recouvrant  partiellement 
chaque  pied  et  descendant  en  pointe  dans  l'espace  libre  laissé  entre  chacun 
des  supports. 

Dans  le  Musée  épiscopal  de  Vich,  non  loin  de  Barcelone  (Espagne), 
on  conserve  une  très  importante  collection  de  chandeliers  tripodes  en  fer 
du  xiie  au  xive  siècle. 

V.  —  Les  chandeliers  si  personnages 
et  les  chandeliers  symboliques  an  XVe  siècle. 

Au  xve  siècle,  on  voit  apparaître  le  chandelier  à  personnages  et  l'homme 
sauvage  joue  un  rôle  important  dans  ces  appareils  de  luminaire. 

Outre  ces  chandeliers  à  personnages,  le  xve  siècle  donna  naissance  aux 
«  chandeliers  à  mettre  flambeau  »  qui  consistaient  en  une  sorte  de  plateau 
au  centre  duquel  était  une  broche  ;  aux  «  chandeliers  à  bortrole  »  ou  à  «  thuyau  », 
aux  «  chandeliers  à  quatre  ou  six  lobes»,  dont  la  tige  présente  l'aspect  de  petits 
cylindres  retenus  par  des  liens;  aux  «  chandeliers  à  cloche  »  qui  sont  d'une 
construction  fort  simple;  enfin,  aux  «chandeliers  symboliques». 

Les  «  chandeliers  symboliques  »  sont  ces  appareils  bizarres  qui,  par  la 
disposition  des  lumières,  semblent  avoir  voulu  rappeler  le  Christ  en  croix, 
tandis  que  sur  le  plateau,  deux  autres  bobèches  placées  au  pied  de  la  tige 
centrale  remettent  en  mémoire  la  place  que  la  tradition  assigne  à  la  Vierge 
et  à  Saint  Jean. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXXVI 


Chandeliers  tripodes  et  chandeliers  à  balustre  en  fer.   Du  xiv  au   xvi*  siècle 

(Collection  Albert  Figdor.) 


CHANDELIERS    DE    FER    ET    CHANDELIERS   «A    LA    ROMAINE»  165 

Dans  le  Musée  épiscopal  de  Vich,  dont  nous  venons  de  parler,  nom- 
breux sont  les  spécimens  de  ces  chandeliers  symboliques  et  il  semble  bien 
que  cette  forme  soit  spécialement  originaire  de  cette  partie  de  la  Catalogne. 

Les  «chandeliers  à  cloche»  sont  généralement  munis  d'une  tige  ronde 
unie,  ornée  d'une  ou  plusieurs  bagues,  qui  repose  sur  une  base  élevée  et 
fortement  évidée  à  l'intérieur  :  c'est  probablement  ces  sortes  de  chande- 
liers qu'on  nommait  «  à  la  faczon  de  Turquie  ». 

1471.  —  4  chandeliers  de  cuivre  à  la  faczon  de  Turquie,  dont  il  y  en  a  2  plus 
haultz  que  les  autres.  (Ira>.  du  roi  René  à  Angers.) 

VI.  —  Chandeliers  en  bronze  tourné  et  chandeliers  «  à  la  mode 

d'Espagne  »,  an  XVIe  siècle. 

A  l'époque  de  la  Renaissance,  la  plupart  des  chandeliers  destinés  à  un 
usage  courant  étaient  en  bronze  fondu  et  ensuite  tourné.  Les  Statuts  des 
fondeurs  de  Limoges  nous  apprennent  que  c'est  un  travail  de  ce  genre  qui 
était  demandé  aux  apprentis  qui  voulaient  passer  maîtres  : 

1593.  —  Art.  XI.  ■ —  Pour  son  essay  ou  chef-d'œuvre  devant  estre  reçu,  sera 
tenu  de  faire  une  payre  de  chandeliers,  planiers  de  tournierie  et  bonne  ordonnance, 
une  autre  payre  de  chandeliers  ouvrés. 

Art.  XII.  —  Tous  chandeliers  de  salle,  chandeliers  de  table  et  landiers  seront 
faits  de  bonne  matière,  bien  fondus,  taillés  et  tournés.  (Arch.  de  la  Haute- Vienne.) 

Dans  les  inventaires,  ces  chandeliers  tournés  sont  dits  «  A  la  mode 
d'Espaigne»  : 

1523.  —  2  chandeliers  à  longue  quesne  (tige)  tornez  bien  ouvrez  à  la  mode 
d'Espaigne,  pour  mettre  bougies. 

It.  3  aultres  petis  chandelliers  aussi  à  mettre  bougies  rayez  à  la  mode  d'Es- 
paigne. (Inc  de  Moi  guérite  d'Autriche,  f°  89'  v°.)  (Gay.  Gloss.  arch.). 

VII.  —  Chandeliers  de  fer  et  chandeliers  «  à  la  Romaine  ». 

an   XVI»  siècle. 

Au  xvie  siècle,  on  a  fait  aussi  des  chandeliers  en  fer  forgé.  Tantôt  la 
tige  forme  une  hélice  à  l'intérieur  de  laquelle  un  petit  dispositif  permet  de 
monter  la  chandelle  à  une  hauteur  convenable. 

A  la  fin  du  xvie  siècle,  apparaissent  les  «chandeliers  à  la  romaine». 
Ce  modèle  était  fort  simple,  il  représentait  assez  exactement  une  colonne 
avec  sa  base  et  son  chapiteau. 

1591.  —  Trois  chandelliers  d'argent  à  la  romaine,  pesant  3  m.  et  demy,  84  esc. 
(3e  Cpte  roy.  de  P.  de  Labruyère,  f°  136,  v°.) 

Si  on  rencontre  quelquefois  ces  appareils  en  argent,  c'est  un  fait  assez 
rare,  car  ce  modèle  était  plutôt  établi  en  cuivre. 


166  LE    LUMINAIRE 

VIII.  —  Les  types  île  chandeliers  les  plus  répandus  mi  XVIIe  siècle. 

Sous  Louis  XIII,  la  mode  était  aux  chandeliers  à  base  carrée  surmontée 
d'un  fût  également  carré  . 

Sous  Louis  XIV  le  type  le  plus  commun  est  le  chandelier  dont  la  tige 
est  en  forme  de  balustre  allongé. 

A  cette  époque,  le  mot  chandelier  parut  un  peu  grossier  et,  sous  pré- 
texte que  le  flambeau  était  de  cire,  on  donna  son  nom  à  tous  les  chande- 
liers destinés  à  l'usage  civil. 

Aux  xvne  et  xvme  siècles,  les  chandeliers  étaient  l'objet  d'un  luxe 
d'autant  plus  raffiné  que,  dans  les  grandes  maisons  princières,  selon  la 
matière  dont  ils  étaient  composés  et  suivant  leurs  dimensions,  ils  étaient 
destinés  à  un  usage  spécial. 

1618.  —  Quatre  chandeliers  à  flambeaux  dorez  et  ciselez,  poinçon  de  Paris, 
l'once  à  4  1.,  pes.  32  m.  5  o. 

6  chandeliers  à  flambeaux,  quarrez,  poinçon  de  Paris,  l'once  à  55  s.,  pes.  32  m. 
4  o.  (Inc.  du  prince  d'Orange  à  Bruxelles,  f°  12  et  18.)  (Gay.  Gloss.) 

IX.  —  Rôle  tlu  chandelier  dans  le  cérémonial  de  la  cour. 

Les  chandeliers  ont  toujours  joué  un  rôle  important  dans  les  questions 
d'étiquette  et  de  cérémonial  public.  On  sait,  en  effet,  que  lorsqu'un  seigneur 
recevait  un  hôte  de  distinction,  il  devait  faire  honneur  à  son  illustre 
visiteur  en  portant  lui-même  le  flambeau  qui  éclairait  sa  marche  à  travers 
les  appartements. 

Un  cérémonial  de  ce  genre  a  longtemps  existé  à  la  Comédie-Française. 
Lorsque  le  chef  de  l'État  se  rendait  à  ce  théâtre,  il  était  reçu  à  la  porte  et 
conduit  à  sa  loge  par  le  directeur  ou  par  un  huissier  le  représentant  qui, 
marchant  à  reculons  devant  le  souverain,  tenait  dans  chaque  main  un 
chandelier  à  deux  branches  (1). 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  possède  de  nombreux  spécimens  d'appareils  de  luminaire  ;  malheu- 
reusement le  fer,  métal  que  le  collectionneur  s'est  astreint  à  rechercher  uniquement,  n'a  pas  donné  lieu  aux 
mêmes  recherches  artistiques  que  le  bronze  ou  le  métal  précieux.  Aussi  ne  peut-on  vraiment  pas,  en  parcouran 
les  salles  du  Musée,  faire  un  historique  un  peu  suivi  du  luminaire. 

Parmi  les  pièces  les  plus  anciennes,  nous  citerons  les  ne3  1510-1512  et  1526,  qui.  par  la  pureté  de  leurs 
lignes  et  la  simplicité  de  leurs  formes,  peuvent  être  attribués  au  xme  siècle. 

A  la  fin  du  xive  ou  au  commencement  du  xve  siècle,  on  peut  rapporter  ce  chandelier  à  plateau  crénelé 
n°  1524)  :  il  est  muni  à  la  hauteur  de  la  pointe  centrale  de  deux  têtes  de  serpent  dans  lesquelles  on  venait 
probablement  ficher  le  mestier  de  cire.  Ce  chandelier  provient  de  la  collection  Victor  Gay. 

C'est  au  début  du  xve  siècle  que  nous  ferons  remonter  ces  chandeliers  catalans  que  nous  avons  dénommés 
«chandeliers  symboliques»  (nos  1509-1511-1513).  La  disposition  donnée  aux  douilles  dont  sont  garnis  ces  appa- 
reils, permet,  avons-nous  dit,  avec  un  peu  de  bonne  volonté,  de  trouver  là  l'image  du  Christ  en  croix  accosté  à 
droite  et  à  gauche  de  la  Vierge  et  de  Saint-Jean  pleurant  au  pied  de  la  croix.  (PL  CCCXVII.) 

Le  xvie  siècle  peut  être  considéré  comme  représenté  par  le  chandelier  n°  1531,  petite  couronne  de  lumière 
pédiculée  portant  sur  un  plateau  supérieur  cinq  pointes  destinées  à  brûler  des  cierges  de  petites  dimensions. 
Au-dessous  est  une  croisée  en  fer,  terminée  à  ses  extrémités  par  quatre  pointes  rivées  sur  de  vastes  plateaux  ; 
elle  repose  sur  une  large  couronne  travaillée  à  «  orbevoie  ».  Cet  appareil  semble  avoir  été  fabriqué  dans  les 
Flandres  ou  simplement  en  Espagne.  (PI.  CCCXVIII.) 

Avec  le  xvne  siècle,  nous  voyons  apparaître  les  chandeliers  à  hélice  et  les  chandeliers  à  ressort  qui  pro- 
viennent plus  particulièrement  de  l'Est  de  la  France  ou  même  des  PaysRhénans  :  dansceschandeliers,  la  bougie 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXXVII 


"'"""•  '""""  '  — •  "-stares:  S5K55.J  -  *~  — •  -  -  -*. 


LUSTRES    EN    BOIS    EN    FORME    DE    CROIX    OU    CROISÉES  167 

X.  —  Chandeliers  suspendus.  Lustres  en  bronze  et  en  fer 
aux  XIVe  et  XVe  siècles. 

En  dehors  des  chandeliers  destinés  à  être  posés  sur  une  table,  on  ne 
doit  pas  manquer  de  dire  un  mot  des  chandeliers  à  chaînettes,  à  crochets 
ou  à  crémaillère  destinés  à  être  suspendus  (1). 

Dès  le  xive  siècle,  on  rencontre,  dans  les  inventaires,  de  nombreuses 

mentions  de  ces  appareils  : 

1380.  ■  —  12  chandeliers  d'argent  blanc  en  façon  de  platz,  à  pendre  aux  chappelles 
aux  bonnes  festes  et  sont  à  chaines,  pes.  environ  186  m.  {Inv.  de  Charles  V.) 

1423.  • —  Un  chandelier  de  cuivre  pendant  en  lad.  chambre  à  6  lsmperons  à 
escuchons  et  banières  où  sont  empreins  les  armes  de  lad.  dame,  prisés  16  s.  p. 
{Inv.  du  château  de  Bruyères.) 

1471.  —  Ung  grant  chandelier  à  bobèches,  de  cuivre,  pendu  au  meilleu  de  lad. 
salle.  {Inv.  du  roi  René  à  La  Menistré.)  (Gay.  Gloss.  arch.) 

1480.  —  A  Pierre  Cornier,  serrurier,  pour  24  grans  chandeliers  de  fer  et  24  grans 
crochets  de  fer  à  les  pendre,  que  led.  Sgr  (Louis  XI)  a  fait  prendre  et  acheter  de  luy 
pour  mectre  es  chambre  du  Plessis  du  Parc,  100  s.  t.  (Douet  d'Arcq.  Cptes  de  l'hôtel, 
p.  373.) 

Dans  le  Musée  épiscopal  de  Vich,  près  de  Barcelone,  on  remarque  six 

chandeliers  suspendus  en  fer  munis  de  bobèches  ou  de  pointes  surmontées 

d'anneaux  dans  lesquels  passaient  les  cierges  de  grandes  dimensions  qu'on 

faisait  brûler.   Ces  divers  appareils  de  luminaire  donnent  une  idée  assez 

exacte  de  l'ornementation  des  lustres  à  cette  époque. 

XI.  —  Lustres  en  l>ois  en  forme  rie  croix  ou  «croisées». 

Au  xve  siècle,  pour  éclairer  les  châteaux  à  l'occasion  des  fêtes,  on  se 
servait  d'appareils  de  bois  extrêmement  simples,  dénommés  «  croisées  »  : 
ils  tenaient  lieu  de  lustres.  Ces  appareils  consistaient  en  deux  planches 
clouées  l'une  sur  l'autre  en  forme  de  croix  ;  une  chaînette  de  métal  et  quel- 


est  maintenue  dans  un  collier  qui  est  renvoyé  à  la  partie  supérieure  de  l'appareil  par  un  puissant  ressort  en 
fer  forgé  (PI.  CCCXIX). 

A  la  même  époque,  on  peut  attribuer  ces  chandeliers  à  hélice  montés  sur  plateaux  supportés  par  un  pied 
triangulaire  analogue  à  celui  des  chandeliers  à  écran  ou  à  réflecteur.  (PI.  CGC  XX.) 

Au  xvme  siècle,  la  forme  des  chandeliers  se  rapproche  beaucoup  des  appareils  similaires  en  bronze.  On 
intercale  même  parfois  ce  dernier  métal  dans  la  fabrication  des  chandeliers  d'acier  ;  l'aspect  en  est  du  reste 
assez  plaisant  et  donne  plus  de  richesse  à  l'ensemble.  (N°  1402.) 

A  la  même  époque,  on  a  fabriqué  des  chandeliers  en  acier  tourné  et  guilloché  du  même  travail  que  les 
boucles  qui  étaient  alors  en  si  grand  honneur.  (N°  1407.) 

Enfin  nous  avons  reproduit  sur  la  même  planche  (n°  CCCXXIX),  des  chandeliers  en  tôle  roulée  d'un  aspect 
fort  simple  et  qui  présentaient  l'avantage  d'être  très  légers  et  faciles  à  transporter. 

Pour  le  xix°  siècle,  nous  signalerons  ces  chandeliers  en  filigrane  de  fer.  (PI.  CCCLV)  qui  sont  plutôt  des 
objets  décoratifs,  si  l'on  peut  toutefois  donner  ce  nom  à  une  aussi  vilaine  production. 

(1)  M.  Le  Secq  des  Tournelles  a  réuni  toute  une  série  de  chandeliers  suspendus  dont  les  plus  anciens  peu- 
vent remonter  à  la  fin  du  xvi«  siècle.  Citons  entre  autres,  le  n°  475  (PI.  CCCXXII)  qui  porte  quatre  bobèches 
ajourées  reliées  par  des  branches  torses.  Cet  appareil  possède  encore  la  petite  pellette  qui  servait  à  régulariser 
la  combustion  de  la  chandelle  de  suif  ou  du  ■  mestier  de  cire  ». 

PI.  CCCXVIII  on  trouvera  encore  quelques  chandeliers  de  ce  genre,  mais  plus  modestes. 

Comme  types  de  chandeliers  pouvant  être  suspendus,  nous  citerons  les  n°8  471-477-470  (PI.  CCCXXII) 
sur  le  plateau  desquels  on  pouvait   poser  une  petite  lampe  portative  en  terre  vernissée  ou  en  métal. 


168  LE     LUMINAIItE 

quefois,,  même,  une  simple  corde  de  chanvre  servait  à  les  fixer  au  plafond. 
On  obtenait,  grâce  à  la  multiplicité  de  ces  croisées,  un  fort  bel  éclai- 
rage ;  telle  est  du  moins  l'opinion  d'un  contemporain,  Lefèvre  de  Saint- 
Rémi,  qui,  faisant  la  description  du  mariage  de  Philippe-le-Bon  et  d'Isabelle 
de  Portugal,  en  1429,  écrit  : 

Et  au  milieu  de  la  salle,  il  y  avoit  chandeliers  croisiez  de  fust  pendans,  emplis 
de  torchins  de  chire,  que  faisoit  moult  bel  veoir  ardoir  la  nuyt.  (Chroniques.  Ch. 
CLXIII.) 

Dans  les  comptes  et  les  inventaires,  les  mentions  de  la  fourniture  de 

ces  chandeliers  suspendus,  en  bois,  sont  très  nombreuses  : 

1450.  — '-  Dedans  lad.  salle  doivent  faire  dresser...  chandelliers  de  bois  pendans, 
qu'on  applle  croisées,  garnis  d'escuelles  de  bois,  pour  tenir  les  tortis  qui  allument 
en  la  salle.  (Le  roi  René.  Devis  d'un  tournois.   Edit.  Quatrebardes.  T.  II,  p.  40.) 

1471.  —  En  la  grant  salle,  2  grans  chandeliers  de  boys  penduz  en  lad.  salle 
à  4  bobesches  chascun.  —  Ung  chandelier  de  bois  à  une  croisée  garnie  de  4  escuelles 
et  de  4  bobesches.  (Inv.  du  roi  René  à  La  Menistré.) 

1515.  —  A  Ysambert  de  Carmin,  menuysier  du  feu  roy  Loys,  pour  2  grans 
croisées  de  bois  garnies  de  8  platines  et  8  boubesches  de  fer,  à  mectre  8  flambeaux 
en  lad.  salle  (des  Tournelles)  qui  jour  et  nuyt  ont  brûlé. 

Pour  cecy,  pour  bois,  poullies  et  cordes  pour  les  hausser  et  besser  pour  y  mectre 
d'autres  flambeaux  quant  ilz  estoient  usez  ;  au  feur  de  17  s.  6  d.  chacune  croisée, 
35  s.  t.  (Cptes  des  funérailles  de  Louis  XII,  f°  30.) 

Les  croisées  continuèrent  à  être  en  usage  jusqu'au  xvne  siècle  et  la 

dernière  mention  que  nous  avons  rencontrée  se  trouve  dans  les  Mémoires 

de  Brienne  (t.  Ier,  p.  338  et  341),  à  propos  du  ballet  offert  par  la  Ville  de  Paris 

à  Louis  XIII,  le  24  février  1626  : 

Aussi  ont  (les  prévôt  et  échevins),  envoyé  quérir  l'espicier  de  la  ville,  auquel 
ils  ont  commandé  de  tenir  prest  grande  quantité  de  flambeaux  blancs,  pour  mettre 
dans  les  chandeliers  et  croisées,  qui  seront  au  plancher  des  grandes  salles,  chambres, 
galeries  et  bureau  dudit  hostel  de  ville...  Et  aussi  envoyé  quérir  le  menuisier  de  la 
ville  pour  travailler  de  son  mestier  à  ce  qui  sera  nécessaire,  faire  tous  lesdits  chande- 
liers et  croisées  de  bois... 

Suivant  Brienne,  la  grande  salle,  à  elle  seule,  contenait  «  trente-deux 
croisées  de  chandeliers  dedans  lesquels  il  y  avoit  cent  vingt-huit  flambeaux 
qui  furent  changés  et  renouvelles  deux  fois  en  toute  la  nuit.  » 

Dans  le  Musée  épiscopal  de  Vich,  près  de  Barcelone,  il  existe  plusieurs 

lustres  en  fer  qui  répondent  assez  exactement  à  la  dénomination  de  ces 

croisées  de  bois  dont  il  est  question  dans  les  inventaires  que  nous  venons  de 
citer. 

XII.  —  Couronnes  de  lumières.  Leur  emploi  au  IXe  sièele. 

Les  premiers  chandeliers  suspendus  affectaient  la  forme  circulaire. 
Dans  les  plus  anciennes  sépultures  chrétiennes  de  Syrie,  on  retrouve  cons- 
tamment ces  appareils  en  forme  de  roue  dont  l'intérieur  est  coupé  par  une 
large  croix  pâtée  :  ce  motif  vient  se  souder  sur  un  cercle  servant  de  support 


LES    LAMPIERS  :    PHARES    OU    COURONNES  169 

à  des  godets  de  verre  dans  lesquels  brûlait  l'huile  servant  à  maintenir  une 
lumière  éternelle  devant  l'autel. 

Ces  couronnes  de  lumières  ont  été  fabriquées  à  l'aide  de  différents  métaux 
et,  dans  bien  des  cas,  la  piété  des  fidèles  a  préféré  l'usage  de  l'or  et  de  l'argent 
à  celui  du  bronze  et  du  fer.  Dès  le  ixe  siècle,  l'Inventaire  de  l'Eglise  de  Sta- 
phinsere  (p.  902),  donne  la  description  d'un  de  ces  appareils  qui  était  en 
argent  doré  : 

812.  —  Pendet  super  altare  corona  argentea,  per  loca  deaurata  una,  pensans 
lib.  2,  et  in  médio  illius  pendet  crux  parva  cuprina  deaurata  una,  et  pomum  crystal- 
linum,  et  in  eadem  corona  per  girum  pendent  ordines  margaritarum  diversis  colo- 
ribus  35. 

L'Inventaire  de  l'abbaye  de  Centule  (Ap.  d'Achery,  S picilegium,  II, 
p.  310),  nous  montre  que  la  couronne  de  lumières  était  un  appareil  indispen- 
sable du  luminaire  liturgique  : 

831.  —  Candelabra  ferrea  ex  argento  et  auro  parata  majore  XV  ;  minora  VII  ; 
Coronaa  argentée  VII  ;  Cupreœ  deaurata?  VII  ;  Lampadis  argentée  VII  ;  Hanappis 
pendentes  argentœ  XIII  ;  Conclue  argentée  pendentes  II. 

XIII.  —  Les  couronnes  de  lumières  d'Aix-la-Chapelle  et  de  Reims. 

C'est  au  xne  siècle  que  les  couronnes  de  lumières  ont  joui  de  la  plus 
grande  vogue  et  l'on  peut  dire  que  les  plus  beaux  monuments  de  ce  genre 
datent  de  cette  époque. 

Au  Moyen  Age,  les  couronnes  ont  porté  divers  noms,  tels  que  «coronae, 
pharae.  circuli  luminum,  polycandelae  »,  etc..  Ces  couronnes  lumineuses 
étaient  suspendues  aux  voûtes  des  églises  et  supportaient  une  masse  consi- 
dérable de  cierges  ou  de  lampes  qui,  selon  l'expression  poétique  de  Siméon 
de  Tessalonique,  imitaient  l'éclat  des  astres  du  firmament. 

Un  des  rares  monuments  de  ce  genre  qui  existe  aujourd'hui,  est  la 
fameuse  couronne  de  lumières  d'Aix-la-Chapelle;  elle  est  formée  d'un  cercle 
de  bronze  doré  et  émaillé  ;  une  inscription  gravée  au  pourtour  divise  le 
cercle  en  huit  lobes.  Dans  la  partie  rentrante  de  ces  segments  se  trouvent 
des  lanternes  en  forme  de  tour  ronde  qui,  dans  leur  hauteur,  sont  percées 
de  larges  vides  servant  de  niches  à  des  statuettes  d'argent.  Cette  couronne 
était  destinée  à  supporter  quarante-huit  cierges  disposés  régulièrement 
entre  les  lanternes. 

Avant  la  Révolution,  l'église  de  Saint-Rémi,  à  Reims,  possédait  aussi 
une  merveilleuse  couronne  de  lumière  qui  portait  quatre-vingt-seize  cierges. 

XIV.  —  Les  lampicrs  :  phares  on  couronnes. 

Cependant,  les  lampiers,  couronnes  ou  phares,  n'avaient  pas  toujours 
des  dimensions  aussi  considérables  et  il  en  était  beaucoup  qui  ne  portaient 


170  LE    LUMINAIRE 

qu'une  seule  lampe.  Ces  petits  lampiers  à  une  seule  lampe  étaient  habi- 
tuellement suspendus  au-dessus  des  autels  ;  ils  sont  généralement  d'une  forme 
vulgaire,  mais  quelquefois  la  lampe  était  placée  au  milieu  d'un  cercle  de 
métal  ciselé,  ainsi  qu'on  peut  le  voir  sur  un  des  bas-reliefs  du  porche  nord 
de  la  cathédrale  de  Chartres. 

XV.  —  Couronnes  «le  lumières  on  for  forgé. 

Jusqu'au  xme   siècle,  les  couronnes  étaient  généralement  en  bronze 

doré.  Le  xme  siècle,  qui  vit  l'apogée  du  fer  forgé,  se  devait  d'établir  des 

couronnes   en   cette   matière,    aussi   trouvons-nous    dans     l'Inventaire    de 

Saint-Paul  de  Londres,  la  mention  d'une  couronne  en  fer  forgé,  garnie  de 

fleurs  et  d'ornements,  après  laquelle  était  suspendue  une  lampe  : 

1295.  —  Unus  circulus  ferreus  florigeratus,  appensus  ante  eamdem  (crucem) 
in  quo  pendet  unus  lampas.  (Inc.  de  l'Egl.  Saint-Paul  de  Londres,  p.  328.) 

Certaines  de  ces  couronnes  de  fer  devaient  présenter  une  grande  richesse 

de  décoration  puisque  dans  les  Comptes  de  Cambrai  (1418),  il  est  fait  mention 

d'une  couronne  de  fer  qui  n'avait  pas  coûté  moins  de  136  livres. 

XVI.  —  Couronnes  «le  feu  iV  douze  godets. 

On  trouve  au  xvie  siècle,  des  couronnes  de  lumières  composées  d'un 
certain  nombre  de  godets  disposés  en  cercle  et  au  milieu  desquels  est  placée 
une  lampe  d'une  dimension  plus  considérable.  En  général,  ces  lampes  étaient 
au  nombre  de  douze,  nombre  qui  indiquait  d'une  manière  manifeste  l'idée 
symbolique  attachée  à  cet  objet.  En  effet,  les  douze  godets  représentaient 
les  douze  apôtres,  tandis  que  la  lampe  centrale  était  l'image  du  Christ. 

Au  xvie  siècle,  c'était  une  coutume  assez  courante  de  donner  aux 

églises  des  couronnes  de  lumières  (1). 

1511.  ■ —  A  ordonné  ledit  défunct  estre  fondue  une  couronne  de  feu  dans  l'église 
de  Fourmes,  devant  l'ymage  Notre-Dame,  semblable  à  celle  de  Cambray  là  où  soient 
27  chirons  de  demye  livre  pour  la  couronne  de  fer,  112  s.  (Iloudov.  Cptes  de  Cambrai, 
p.  212  et  275.) 

XVII.  —  Lustres  en  bois  «le  eerf,  leur  origine  germanique. 

Dans  tous  les  pays  où  se  trouvent  de  grandes  forêts,  les  bois  de  cerfs 
ont  toujours  été  conservés  comme  de  précieux  trophées  de  chasses  ;  en 
outre,  à  la  possession  de  ces  ramures,  s'attachait  l'idée  du  droit  de  chasse 
considéré  comme  un  privilège  féodal.  Dans  tout  l'Est  de  la  France  et  sur 
les  bords  du  Rhin,  on  a  utilisé  les  bois  de  cerfs  pour  en  faire  des  appareils 
de  luminaire  souvent  d'un  effet  assez  heureux.  Les  ramures  de  l'animal 

(t)  Le  Musée  Le  Seoq  des  Tournelles  renferme  quelques  lustres  en  fer  forgé  qui  malheureusement  ne 
remontent  guère  au  delà  du  xvne  siècle.  Nous  avons  reproduit  PI.  CCCXXVI  deux  de  ces  appareils  d'un  style 
très  simple,  mais  d'un  assez  joli  modèle. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXXVIII 


lustre  formé  d'un  bois  de  cerf.  Crochets  en  bois  sculpté  terminés  par  des  cornes  d'isard,  xvi»  siècle 

(Collection  Albert  Figdor.) 


BRAS    DE    LUMIÈRES  171 

viennent  former  la  terminaison  du  corps  d'un  personnage,  généralement  en 
bois  sculpté  et  peint,  formant  la  partie  intérieure  du  lustre.  Suivant  le  goût 
des  artistes,  les  lumières  étaient  disposées  tantôt  dans  les  mains  de  la  caria- 
tide placée  en  avant,  tantôt  elles  étaient  montées  directement  sur  les  ramures. 

Cette  idée  de  faire  des  candélabres  avec  des  ramures  de  cerfs  est  assez 
ancienne  et  dans  Y  Inventaire  du  Château  de  Cornillon  (1380)  on  en  rencontre 
deux  exemples    : 

1380.  —  N°  379.  —  Unum  cornu  cervi  quo  pendet  cum  candelabra. 

N°  393.  —  Unum  cornu  cervi  pro  candelabra  in  medio  turelli  in  quo  est  caput 
mulieris. 

M.  Victor  Gay  (Glos.  Arch.,  t.  1,    p.    270),  donne    la  représentation 

d'un  de  ces  candélabres  datant  du  xve  siècle  qui  se  trouve  à  l'hôtel  de  ville 

de  Lunebourg.  Dans  ce  spécimen,  la  ramure  du  cerf  est  dressée  debout  et 

repose  sur  une  sorte  de  chapiteau  à  tête  de  lion  ;  elle  est  enveloppée  par 

une  couronne  garnie  de  branches  destinées  à  porter  les  lumières.  Entre  les 

deux  ramures  a  été  placé  un  personnage  couronné  tenant  dans  sa  main 

gauche  une  épée  tandis  que  dans  sa  main  droite  est  placé  un  livre  ouvert 

dans  lequel  il  semble  lire  (1), 

XVIII.  —  Bras  de  lumières. 

L'idée  d'honorer  Dieu  ou  les  Saints,  à  l'aide  d'une  lumière  continuelle- 
ment entretenue,  a  tenté  de  bonne  heure  l'esprit  des  fidèles.  Sans  remonter 
jusqu'aux  catacombes  et  aux  lampes  d'argile  brûlant  sur  les  tombeaux  des 
martyrs,  on  peut  dire  que  dès  une  époque  très  ancienne,  le  clergé  s'est 
préoccupé  d'encourager  les  fidèles  à  allumer  ces  cierges  de  cire  dont  la  flamme 
vacillante  était  un  signe  vivant  de  leur  piété. 

Les  herses,  couronnes  de  lumières  pédiculées  et  appliques  supportant 
le  luminaire  dans  les  chapelles,  remontent  à  une  époque  lointaine.  Nous 
nous  occuperons  successivement  de  chacun  de  ces  objets  et  nous  allons 
envisager  les  bras  d'applique  qui  peuvent,  dans  une  certaine  mesure,  se 
mouvoir  dans  des  douilles  ou  dans  des  pitons  scellés  le  long  des  piliers  des 
églises  (2). 

Dans  le  mobilier  civil  on  se  servit  des  bras  d'applique  dès  une  époque 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  deux  de  ces  lustres  formés  de  cornes  de  cerfs  ;  ce  sont 
des  appareils  de  petite  dimension  qui  ne  remontent  pas  à  une  époque  très  ancienne  :  ils  sont  suspendus  aux 
arcs  qui  forment  les  bas  côtés  de  la  première  travée  à  droite  et  à  gauche  de  la  nef. 

(2)  C'est  surtout  en  Italie  et  dans  la  Région  Rhénane  qu'ont  été  fabriqués  le  plus  souvent  ces  brasde 
lumière.  Nous  en  avons  reproduit  quelques-uns  dans  les  planches  CCCXXIII  et  CCCXXIV  :  ces  ferronneries 
étrangères  sont  toujours  beaucoup  plus  ornementées  et  beaucoup  plus  chargées  que  les  productions  similaires 
françaises  et  une  simple  inspection  de  la  planche  permettra  de  reconnaître,  par  exemple,  que  la  console  si  simple 
et  si  pure  de  lignes  (n°  383.  PI.  CCCXXIII)  est  une  production  française.  De  même  dans  la  PI.  CCCXXIV,  le 
joli  bras  de  lumière  à  lanterne  (n°  385),  qui  provient  de  Gisors,  est  infiniment  plus  léger  et  plus  agréable  que 
les  deux  bras  de  lumière  étrangers  qui  l'accompagnent. 


172  LK    LUMINAIRE 

assez  lointaine  ;  ces  bras  avaient  une  ou  plusieurs  branches  et  ils  étaient 
placés  sur  les  murs,  généralement  au-dessus  des  cheminées  : 

147-1.  —  Deux  chandeliers  de  laton  penduz  à  la  cheminée,  chascun  à  deux 
bobèches.  (Inc.  du  roi  René  à  Angers.) 

1471.  —  12  chandeliers  de  fer  blanc  qui  se  atachent  contre  les  murailles  dont 
les  aucuns  ont  3  bobèches  et  les  autres  n'en  ont  que  deux.  (Inc.  du  roi  René  à  La 
Menistré.)  (Gay.  Gloss.) 

Au  xvne  siècle,  on  a  fait  beaucoup  de  petits  bras  d'applique  à  une 
seule  branche.  Ils  étaient  placés  au-dessus  des  cheminées,  de  chaque  côté 
des  magnifiques  miroirs  de  Venise  qui  les  ornaient. 

Au  xvme  siècle,  pour  monter  les  fleurs  fabriquées  par  les  manufac- 
tures de  Sèvres  ou  de  Saxe,  on  a  eu  l'idée  de  composer  des  bras  de  lumières 
en  métal  mince  repoussé  et  polychrome  (1). 

XIX.  —  Porte-cierge  pascal,  leur  emploi   aux  XIIIe  et  XIVe   siècles. 

On  sait  que  l'usage  et  les  cérémonies  du  cierge  pascal  remontent  au 
ive  siècle.  Dans  les  basiliques,  le  cierge  pascal  qu'on  appelait  aussi  «arbre 
de  cire»,  reposait  généralement  au  pied  de  l'ambon,  côté  de  l'évangile,  mais 
quelquefois  aussi,  il  était  placé  au  milieu  du  chœur  sur  une  colonne.  A  l'ori- 
gine, on  gravait  sur  la  cire  de  sa  tige  le  nom  et  la  date  des  fêtes  mobiles; 
plus  tard  on  fixa  à  l'arbre  de  cire  une  ou  plusieurs  tablettes  portant  les 
noms  de  ces  mêmes  fêtes,  ainsi  que  ceux  des  dignitaires  du  chœur. 

Les  forgerons  qui  confectionnaient  les  porte-cierge  pascal  donnèrent 
libre  cours  à  leur  imagination  et  on  pouvait  voir  autrefois  deux  de  ces  remar- 
quables appareils  à  la  cathédrale  de  Noyon  ;  ils  remontaient  au  xme  siècle. 

A  la  grande  mosquée  d'Omar,  à  Jérusalem,  il  existe  un  fort  beau  chan- 
delier pascal  en  fer  forgé  du  xme  siècle  qui  a  été  dessiné  et  publié  par  notre 
savant  collègue  et  ami,  M.  Enlart,  directeur  du  Musée  de  sculpture  com- 
parée du  Trocadéro. 

Pour  le  xive  siècle,  le  Registre  Bertrand,  de  Saint-Martin-des-Champs 

nous  indique  les  différentes  formes  d'appareils  de  luminaire  en  usage  dans 

les  églises  : 

1340.  —  Débet  cereum  paschale  qui  adminus  esse  débet  40  lib.  cere  et  candela- 
brum  in  quo  ponitur.  Item,  duos  cereos  quemlibet  inius  libre,  unum  videlicet  ante 
crucifixum,  in  lanterna,  quam  lanternam  et  locono  in  quo  est  cum  suis  appendidiis 
ac  sedes  existantes  rétro  chorum  tenetur  etiam  sustinere,  et  de  novo  facere  si  et 
quando  opus  fuerit  et  alium  in  bacinis  ante  magnum  altare,  qui  cerei  die  ac  nocte 
continue  ardere  debent.  Item,  unum  cereum  in  bacino  qui  est  in  medio  chori  semper 
in  matutinis  ardentem.  Item,  duas  magnas  torchias  ad  magnum  altare  et  unam 
duarum  librarum  in  qualibet  capella  pro  elevatione  corporis  Christi.  Item,  débet 
candelas  grossas  et  absconsas  pro  lectionibus  legendis,  etc.,  etc.. 

(1)  Nous  en  avons  donné  un  exemple  sous  le  n°  1547,  PI.  CCCXXIV  du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles, 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXXXIX 


Lustre   «   A  la  Bacchante 


garni  de  soie  plissée.  Bronze  ciselé  par  Tliomyre.   Epoque  Directoire 
Appartenait  en   1900  à   M.  Séligmann. 


HERSES.    DIFFÉRENTES    ACCEPTIONS    DU    MOT  173 

XX.  —  L'«  Agnus  Dci  »  ou  pain  de  cire  fabriqué  avec  le  cierge  pascal. 

On  sait  qu'au  Moyen  Age,  quand  le  temps  pascal  était  révolu,  à  la 
Basilique  Saint-Pierre  de  Rome,  il  était  coutume  de  transformer  le  restant 
du  cierge  pascal  en  un  certain  nombre  de  gâteaux  de  cire  analogues  aux  plus 
grands  sceaux  dont,  autrefois,  on  scellait  les  chartes.  Ces  gâteaux  de  cire 
étaient  coulés  dans  Un  moule  représentant,  d'un  côté  l'agneau  pascal  et  de 
l'autre,  le  Christ  sortant  du  tombeau  :  en  exergue  se  trouvait  une  inscription 
portant  le  nom  du  pape,  tandis  qu'à  la  partie  inférieure  étaient  représentées 
les  armoiries  du  Souverain  Pontife. 

Ces  gâteaux  étaient  soigneusement  polychrome  et  ensuite  enfermés 
dans  une  monture  d'orfèvrerie  ;  ils  étaient  distribués  en  présent  aux  grands 
seigneurs  ou  aux  personnes  que  le  Pape  voulait  honorer  particulièrement. 
Nous  possédons  un  de  ces  gâteaux  de  cire  remontant  au  Pape  Pie  V;  il  est 
contenu  dans  un  cadre  en  cuivre  doré  et  ciselé. 

XXI.  —  Les  porte-cierge  pascal  en  Espagne  et  en  Flandre. 

Au  Musée  de  Vich,  près  de  Barcelone  (Espagne),  il  existe  deux  grands 
candélabres  qui  ont  toute  l'apparence  de  porte-cierge  pascal  ainsi  que  six 
appareils  de  luminaire  qu'on  pourrait  plutôt  classer  dans  les  couronnes  de 
lumières  pédiculées  :  ils  étaient  destinés  à  supporter  un  nombre  très  variable 
de  cierges  ou  de  bougies. 

Nous  ne  pouvons,  malheureusement,  pas  nous  étendre  ici  sur  toutes 
les  couronnes  pédiculées  ou  couronnes  de  lumières  qui.  ont  été  fabriquées 
pendant  le  xve  siècle  et  dont  il  existe  quelques  exemples  dans  plusieurs 
églises  de  Belgique  :  nous  en  avions  exposé  deux  très  beaux  spécimens  dans 
notre  Musée  du  Luminaire  à  l'Exposition  de  1900,  qui  appartenaient  à  la 
collection  de  M.   Hochon  (1). 

XXII.  —  Herses,  différentes  acceptions  du  mot.  —  Herses  funéraires. 

La  herse  est  une  sorte  de  râtelier  ou  poutre  disposée  horizontalement, 
sur  lequel  sont  rivées  des  pointes  coniques  portant  à  leur  base  de  petits 
bassins,  destinés  à  recueillir  l'excédent  de  la  cire. 

La  herse  était  et  est  encore  le  candélabre  qui  porte  les  cierges  en  plus 
ou  moins  grand  nombre  et  que  l'on  éteint  successivement  les  jours  des 
Ténèbres,  pendant  la  Semaine  Sainte. 

Les  herses  ont  servi  presque  toujours  dans  les  cérémonies  funèbres  et 
elles  formaient  un  ou  plusieurs  cordons  de  lumière  autour  du  catafalque. 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  on  peut  voir  un  intéressant  type  de  porte-cierge  pascal  de  style 
allemand  :  il  provient  de  l'église  de  Haguenau  (Alsace),  est  d'une  élégance  sobre  et  d'un  très  beau  modèle,  facile 
à  exécuter.  (PI.  CCCXVIII.) 


174  LE    LUMINAIRE 

La  herse  mobile  est  une  sorte  de  grand  candélabre  terminé  par  une  pyra- 
mide circulaire  ou  un  triangle  en  forme  d'if. 

Parfois,  ces  herses  funéraires  formaient  de  véritables  constructions 
élevées  à  demeure  au-dessus  de  tombeau  de  certains  grands  personnages 
inhumés  dans  l'église.  L'un  des  plus  curieux  spécimens  est  la  chapelle  ardente 
de  Nonnburger,  près  de  Salzbourg,  à  la  frontière  d'Autriche.  Il  ne  subsiste 
plus  aujourd'hui  que  quelques  fragments  et  c'est  grâce  aux  indications 
trouvées  sur  le  sol  de  la  chapelle,  qu'on  a  pu  d'abord  déterminer  son  impor- 
tance, puis,  à  l'aide  de  conjectures,  arriver  à  une  reconstitution  fort  vraisem- 
blable. Le  premier  auteur  qui  ait  publié  ce  document  est  M.  Théodore  King, 
qui  en  a  donné  un  dessin  fort  ingénieux. 

Les  herses  provisoires  dont  il  est  question  dans  les  inventaires,  ressem- 
blaient beaucoup  au  luminaire  dont,  encore  aujourd'hui,  on  a  coutume 
d'entourer  les  catafalques  à  l'occasion  des  cérémonies  funèbres. 

Les  ustensiles  du  luminaire  dont  l'Eglise  se  servait  au  Moyen  Age 
pour  les  enterrements,  étaient  des  plus  variés.  En  dehors  des  herses,  des 
candélabres  et  des  croix  pédiculées  pourvues  d'un  bénitier,  on  se  servait 
encore  d'appareils  propres  à  désigner  la  condition  du  défunt  :  c'était  géné- 
ralement un  monument  pédicule  dont  les  accessoires  et  le  décor  de  la  tige 
variaient  selon  les  circonstances.  Cet  ustensile  est  toujours  composé  de  deux 
parties  :  une  base  en  pierre  affectant  les  formes  architecturales  de  l'époque 
et  une  tige  ou  armature  de  fer  plus  ou  moins  ornée  présentant  des  supports 
de  cierges,  un  bénitier  et  un  écusson  aux  armes  du  défunt.  Le  décor  consiste 
surtout  dans  le  travail  du  fer  qui  est  exécuté  au  marteau,  enroulé,  étampé 
et  découpé  à  la  lime  ou  encore  orné  de  figures  en  creux  obtenues  à  l'aide 
d'un  instrument  enfoncé  dans  la  matière  portée  au  rouge. 

1379.  —  Pour  taindre  les  herses  où  furent  les  cierges  et  le  luminaire  dudict  definct 
(à  N.-D.  de  Paris)  le  jour  de  ses  obsèques,  au  painctre  qui  le  fit,  4  s.  (Cpte  de  l'exé- 
cution de  Jehan  de  Guistnj.  Arch.  Nat.  M.  116.)  (Gay.  Gloss.) 

Il  existe  encore  plusieurs  appareils  de  ce  genre  à  Saint-Géréon  de  Cologne 
et  à  l'église  de  Neuss,  qui  datent  des  xve  et  xvie  siècles. 

Mais  en  dehors  des  appareils  construits  spécialement  pour  le  luminaire, 
les  anciens  ont  souvent  utilisé  à  cet  effet  les  montants  des  grilles  qui  s'élèvent 
entre  les  piliers  du  chœur  ;  cet  usage  a  été  commun  un  peu  dans  tous  les 
temps,  mais  c'est  au  xne  siècle  qu'il  semble  avoir  pris  naissance.  Dans 
l'abbaye  de  Conques  (Aveyron),  c'est  le  couronnement  des  grilles  du  chœur 
qui  a  servi  de  râtelier  porte-cierges. 

XXIII.  —  Lanij>cs.  —  Les  erassots  on  graissets  en  France. 

La  lampe  qui  a  été  le  plus  en  usage  pendant  tout  le  Moyen  Age  et 
jusqu'au  xvne  siècle,  est  le  «  crasset  ou  graisset»  qui  tire  évidemment  son 


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LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXLI 


Arbre  ou  bâton   «  à   quoi  l'on   pend  le  chaleil   »  ;  il  est  garni  de  lampes  portatives  en   fer  gravé  et  ciselé,   xv"  siècle. 

(Collection   Albert   Figdor.) 


LES    BATONS    A    QUOI    i/ON    PEND    LE     CHALEIL  175 

nom  du  combustible  qu'il  servait  à  brûler  ;  on  le  garnissait,  en  effet,  de 
suif,  de  graisse  ou  d'huile. 

Les  crassets  étaient  toujours  accompagnés  d'une  sorte  de  petite  cou- 
pelle oblongue  destinée  à  recevoir  la  gouttelette  de  graisse  ou  d'huile  qui 
pouvait  s'échapper  du  récipient.  Les  ferronniers  se  sont  plus  à  donner  aux 
crassets  des  formes  très  contournées.  Quelques-uns  laissent  la  matière 
carburante  brûler  à  l'air  libre,  dans  d'autres,  au  contraire,  le  crasset  est 
fermé  par  une  plaquette  de  tôle  montée  à  charnière  et  surmontée  d'un 
ornement  en  forme  de  bâton  tourné  ou  de  coq.  Dans  les  crassets  d'un  travail 
particulièrement  soigné,  la  tige  de  suspension  est  formée  de  deux  plaques 
de  fer  maintenues  par  une  vis  de  pression  ;  cette  disposition  avait  pour 
but  de  faciliter  la  manœuvre  nécessaire  pour  maintenir  la  coupelle  dans 
une  position  toujours  horizontale  et  éviter  ainsi  que  l'huile  ne  se  répandit 
au  dehors. 

XXIV.  —  Les  crassets  en  Italie. 

En  Italie,  on  a  fait  beaucoup  de  crassets  de  forme  allongée  et  terminés 
par  une  sorte  de  bec  pointu.  Le  rebord  de  la  coupelle  est  généralement  ciselé 
avec  soin  :  tantôt  se  sont  simplement  des  rinceaux  ou  des  feuillages,  tantôt 
on  voit  figurer  des  animaux  ;  parfois,  ce  sont  des  inscriptions  souvent  assez 
humoristiques  telle  que  celle  que  nous  avons  relevée  sur  une  lampe  du 
Musée  de  Cluny  :  «  Servo  et  consummo  alteri.  » 

Nous  avons  retrouvé  une  lampe  absolument  identique  et  portant  la 
même  inscription,  dans  la  collection  de  M.  Albert  Figdor,  à  Vienne. 

Dans  le  sud-ouest  de  la  France,  le  crasset  portait  le  nom  de  «  chaleil, 
chaleuil,  chareil,  etc..» 

XXV.  —  Les  bâtons  «  à  quoi  l'on  pend  le  chaleil  » 

Dans  une  lettre  de  Rémission  de  1456,  on  lit  :  «  Après  que  icelle  Mar- 
guerite eut  allumé  un  chareil  ou  croisieu,  etc..  ».  Dans  une  autre  de  1475, 
on  mentionne  «  un  baston  à  quoy  l'on  pend  le  chaleil  ou  crasset,  le  soir 
pour  alumer  en  la  maison  ». 

La  merveilleuse  collection  de  M.  Albert  Figdor,  que  nous  venons  de 
citer,  contient  plusieurs  de  ces  «  bâtons  à  quoi  l'on  pend  le  chaleil  ».  C'est  une 
tige  de  bois  travaillée  en  forme  de  tronc  d'arbre  naturel  et  montée  sur  une 
lourde  planche  sculptée  destinée  à  lui  donner  de  l'assise.  Dans  les  commu- 
nautés religieuses  chacun  des  membres  venait  fixer,  en  l'enfonçant  profon- 
dément dans  le  bois,  le  harpon  de  son  crasset.  La  supérieure  de  la  commu- 
nauté avait  droit  à  une  lampe  de  plus  grandes  dimensions  et  d'un  décor 
plus  soigné.  La  réunion  de  toutes  ces  lumières  formait  ainsi  un  véritable 


176  LE    LUMINAIRE 

lampadaire  dont  les  nombreuses  flammes  servaient  à  combattre  l'obscurité 
du  cloître. 

XXVI.  —  Le  crasset  du  XIIIe  îih  XVIIe  siècle. 

Le  crasset  dans  sa  forme  générale  rappelle  la  lampe  antique  ;  il  en 
diffère  en  ce  qu'il  est  muni  d'une  tige  permettant  de  l'accrocher  soit  à  une 
poutre,  soit  contre  le  mur,  soit  au  bâton  dont  nous  venons  de  parler  (1). 

On  trouve  dans  les  inventaires  d'assez  fréquentes  mentions  de  ces 
crassets  : 

V.    1250.  —  Crameillie  de    fer, 
Et  craisset  en  yver. 

(L'outillement   au    vilain.) 

V.  1250.  ■ —  Chandelière  et  chandèle  et  huile  qui  est  chière 
La  lampe  et  le  crasset  et  la  lanterne  entière. 

{Le  dit  de  Ménage,  p.  150.) 

1358.  —  A  Pierre  Ilaniel,  Colin  Ausant  et  pluisiurs  autres  vallès,  li  quel  ont 
portet  les  craissès  après  le  wait  des  jurés  de  le  pais  en  alant  cascune  nuit  as  wait 
dou  bieffroit  et  des  portes.  (Cptes  de  Valenciennes,  p.  15.) 

1473.  —  En  la  chambre  du  roy,  une  crastère  de  fer  blanc  à  mettre  chandelle 
pendue  en  lad.  chambre.  {Inv.  du  roi  René  à  Recullée.) 

1475.  —  Le  baston  à  quoy  l'on  pend  le  chaleil  ou  crasset  les  soirs  pour  abîmer 
en  la  maison.  (Arch.  nat.  JJ.  195,  pièce  1356.) 

Le  bec  du  crasset  portait  le  nom  spécial  de  «  broceron  »  ou  «  brocheron  ». 
Le  plus  souvent  les  crassets  avaient  de  1  à  4  becs  ou  brocherons,  mais  on 
en  a  fait  pour  les  églises  qui  en  possédaient  jusqu'à  12. 

1474.  —  Une  lumière  de  cuivre,  grande  à  12  brocherons  pour  mettre  de  l'uille 
pour  ardoir  devant  l'ymaige  de  Notre-Dame.  (Cpte  de  la  chappelle  de  N.-D.  de  la 
Salvation  à  Compiègne.  Bibl.  nat.  Ms  8588,  f°  24.) 

Cependant  dans  les  églises  en  rencontrait  des  lampes  présentant  un 
caractère  décoratif  beaucoup  plus  marqué  ;  quelquefois,  ces  appareils  avaient 
des  formes  assez  inattendues. 

1483.  —  Six  petites  lampes  d'argent  de  différents  poids  et  figures  pesant  toutes 
ensemble  35  m.  Une  autre  lampe  en  forme  de  vaisseau  pesant  39  m.  7  o.  Deux  autres 
en  forme  de  château  flanqué  de  trois  tours  pesant  chacune  44  m.  3  o.  Une  autre  en 
forme  de  vaisseau  à  trois  ponts.  Une  autre  en  forme  de  grosse  tour,  pesant  44  livres 
8  o.  Une  autre  en  forme  de  vaisseau  à  trois  ponts  pesant  39  m.  Une  autre  représentant 
un  cerf  pasant  5  m.  6  o.  Cinq  autres  lampes  de  mesme  grandeur  de  différents  poids 
et  figures.  Une  grande  lampe  ronde  à  5  mèches  pesant  300  M.  {Inv.  du  trésor  de  Saint- 
Martin  de  Tours,  p.  294.) 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  y  a  toute  une  série  de  ces  crassets  en  fer  :  ils  sont  tous  munis 
d'un  harpon  et  semblables  en  tous  points  aux  lampes  que  nous  avons  reproduites  d'après  l'ouvrage  de  Scappi 
et  qui  éclairaient  les  cuisines  du  pape  Pie  V  (PI.  CCCXXXVII).  Ces  lampes  sont  d'un  décor  intéressant  et  tout 
en  adoptant  généralement  la  même  silhouette,  elles  sont  agréablement  variées  comme  décor.  La  plus  ancienne 
est  cette  lampe  en  bronze  portant  l'écussion  aux  trois  fleurs  de  lis  et  garnie  du  même  ornement  tout  au  pourtour. 

Une  autre  lampe  du  même  modèle  est  en  fer  forgé,  ce  qui  est  une  exception  pour  ces  sortes  de  lampes. 
Ces  crassets  étaient  munis,  à  la  partie  inférieure  d'un  anneau  auquel  pendait  une  petite  coupelle  destinée  à 
recevoir  le  surplus  de  l'huile  qui  pouvait  s'échapper  du  bec  de  la  lampe.  (PI.  CCCXXI.) 


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liOUGEOIKS  :    LEUR    DEFINITION.    LEUR    EMPLOI  177 

Dans    les    sanctuaires    vénérés    les    modestes    erassets    sont    souvent 

remplacés  par  des  appareils  de  luminaire  d'une  très  grande  richesse  et  d'une 

complication  extrême  : 

1648.  —  Dans  la  nef  de  lad.  église,  devant  l'autel  de  la  Vierge,  une  grande  lampe 
d'argent  ciselé  à  six  chandeliers  ornés  de  six  anges  tenans  en  leurs  mains,  divers 
instruments  de  musique,  autant  de  grands  termes  ou  figures  couchées  en  feuillages, 
portant  chascun  un  escusson  gravé  des  armes  du  roy  et  le  corps  d'icelle  lampe  con- 
tient l'Histoire  de  la  Vierge,  le  tout  soustenu  de  trois  aiglons,  suspenduz  de  trois 
chaines  de  fleurs  de  lys  abhoutissans  à  une  couronne  ;  le  tout  pesant  ensemble  320 
marcs.  L'ouvrage  avec  5  pieds  de  diamètre  et  a  esté  donné  par  Louis  XIII,  roy  de 
France  et  de  Navarre.  (Arch.  Nat.  LL.  92,  f°  1,  v°). 

XXVII.  —  Bougeoirs.  Leur  «léfinition.  Leur  emploi  au  XIVe  siècle. 

Le  Dictionnaire  de  Trévoux  qualifie  ainsi  le  bougeoir  :  «  Petit  chandelier 
sans  pied,  qui  a  un  manche,  une  queue  ou  un  anneau  pour  le  porter  à  la 
main  et  où  l'on  met  une  bougie.  » 

Dans  la  langue  du  Moyen  Age,  le  bougeoir  était  connu  sous  le  nom  de 
cuiller,  palette  ou  platine  et  ce  n'est  qu'à  partir  du  xvie  siècle  qu'il  prit  le 
nom  que  nous  lui  donnons  encore  aujourd'hui  : 

1380.  —  Une  palette  d'or  à  tenir  chandelle.  (Ini>.  de  Charles  V.) 

1396.  —  A  Henry  Desgrez,  pignier  pour  une  esconce  par  manière  de  cuiller 
d'yvoire  blanc...  délivrée  à  Guillaume  Arrode,  orfèvre,  pour  refaire  et  mettre  la 
garnison  d'argent  doré  d'une  autre  cuiller  de  ciprès  à  mettre  et  tenir  la  chandelle 
devant  la  royne  quant  elle  dit  ses  heures,  8  s.  p.  (8e  Cpte  roy.  de  Ch.  Poupart,  f°  175, 
v°.)  (Gay.  Gloss.  arch.) 

1418.  -  -  Une  palette  d'ibénus  à  mectre  chandelle,  et  est  le  chandellier  d'or. 
(Inv.  du  Louvre.) 

Au  point  de  vue  de  l'étymologie  du  mot  bougeoir,  nous  ne  croyons 

pas  devoir  partager  l'opinion  de  M.  Littré  qui  fait  dériver  ce  mot  du  verbe 

«  bouger  »  ;  nous  croyons  bien  plus  vraisemblable  que  ce  nom  lui  vient  du 

substantif  bougie,  qui  était  en  usage  dès  le  xive  siècle.  La  première  mention 

du  bougeoir  est  relevée  dans  l'Inventaire  de  Charlotte  d'Albret,  en  1514. 

1514.  —  N°  565.  Une  bouette  couverte  de  cuyr  noir  en  laquelle  a  esté  trouvé 
ung  boujoué  d'argent  pour  mectre  chandelle  de  bougye. 

Quelquefois  le  bougeoir  n'est  pas  désigné  sous  ce  nom,  mais  le  texte 

où  il  est  question  de  l'appareil  est  suffisamment  explicite  pour  qu'il  n'y  ait 

pas  doute  en  la  matière  : 

1523.  —  2  chandelliers  à  longue  quehue  tornez,  bien  ovrez  à  la  mode  d'Espagne, 
pour  mettre  bougie.  (Inv.  de  Marguerite  d'Autriche.) 

1531.  —  Ung  petit  chandelier  à  patte  et  bobèche,  servant  au  buffet,  pesant 
1  m.  1  /2  o.  (Inv.  de  Louise  de  Savoie.) 

Dès  le  xive  siècle  le  bougeoir  a  revêtu  des  formes  artistiques  ;  en  raison 
probablement  de  ses  petites  dimensions  on  en  fit  un  objet  de  luxe,  aussi 
tous  ceux  que  l'on  rencontre  sont-ils  en  matière  précieuse. 

23 


178  LE    LUMINAIRE 

\  \\  III.  — -  Uougcoirs  cm  métal  précieux  au   XVI«  siècle, 
■lourgcoirs  porte  rat-do-caro. 

Au  xvic  siècle,  le  bougeoir  fut  l'objet  d'une  très  grande  recherche  ; 
on  ne  se  contentait  plus  de  faire  des  bougeoirs  en  or  ou  en  argent,  on  se 
plaisait  à  employer  à  sa  fabrication  des  pierres  relativement  précieuses  : 

1483.  —  Un  petit  chandelier  à  queue  en  cristal.  (Inv.  de  Charlotte  de  Savoie.) 

1560.  —  Ung  petit  bougeoir,  le  manche  de  corgniolle  (cornaline)  garny  d'argent 
doré,  estimé  6  esc.  (Inv.  de  François  II.  N°  783.) 

1561.  —  Ung  petit  bougeoir  d'agathe,  garny  d'or.  (Inv.  du  chat,  de  Pau.) 

Quelquefois  les  bougeoirs  étaient  d'une  singulière  complication  : 

1599.  —  Un  bougeoir  d'argent  vermeil  doré,  pour  attacher  au  chevet  du  lit, 
où  y  a  une  cassonnette  et  3  petits  chandeliers  à  mettre  bougie,  garni  de  flambe  d'or 
esmaillé  de  rouge,  et  aux  pieds  des  chiffres  tout  esmaillés  de  double  C.  Le  derrière 
du  bougeoir  est  fait  en  forme  de  ferrière  avec  une  petite  chesne  et  un  entonnoir, 
prisés  ensemble  G  escus.  (Inv.  de  Gabrielle  d'Estrées.) 

Au  xvie  siècle,  dans  l'ouvrage  de  Scappi,  sur  l'art  de  la  cuisine,  un 
trouve  la  représentation  d'un  bougeoir  dont  on  se  servait  à  cette  époque. 
C'est  un  véritable  porte  rat-de-cave  formé  d'un  plateau  circulaire  terminé 
par  un  manche  creux  et  allongé  ;  la  bougie  n'est  autre  qu'une  cordelette 
de  chanvre  enduite  d'une  mince  couche  de  suif  ou  de  cire. 

XXIX.  —  Le  bougeoir  applique  de  Marie  «le  Mériicis. 

Au  xvne  siècle,  on  a  donné  le  nom  de  bougeoir  à  de  véritables 
appliques  ;  ainsi  l'appareil  de  luminaire  qui  est  conservé  dans  la  galerie 
d'Apollon  au  Musée  du  Louvre  et  qui  est  connu  sous  le  nom  de  Bougeoir 
de  Marie  de  Médicis  est  une  applique  murale  toute  garnie  de  camées  et  de 
pierres  précieuses. 

XXX. —  lie  bougeoir  dans  le  cérémonial  «le  la  Cour  «les  Rois  «le  France. 

Le  bougeoir  faisait,  au  xvne  siècle,  partie  du  cérémonial  usité  à  la  Cour 
des  rois  de  France.  Le  droit  ou  plutôt  l'honneur  de  porter  le  bougeoir  pen- 
dant le  coucher  du  roi  était  considéré  comme  une  des  plus  grandes  marques 
de  distinction  qui  puisse  être  accordée  par  le  souverain. 

On  a  prétendu  que  c'était  Louis  XIV  qui  avait  introduit  cet  usage  dans 

le  cérémonial,  il  n'en  est  rien  cependant,  car  dès  les  premières  années  du 

règne  de  Louis  XIII,  nous  voyons  que  la  cérémonie  du  bougeoir  n'était  pas 

même  récente  : 

1616.  —  Un  soir  que  monsur  de  Guise  youoit  avec  lou  roi,  ye  bis  mons.  Rousseau 
qui  tenoit  la  bougie  du  roi...  Après  lui  aboir  dit  un  moût  à  l'oreille,  il  me  tend  le 
vougeoir  et  me  dit  :  «  Serbez  le  roi  ».  (Aventures  du  baron  de  Fœneste,  p.  32.) 

Ce  bougeoir  n'était  pas  un  meuble  vulgaire  et  dans  X Inventaire  de  la 
Couronne,  dressé  en  1753,  nous  trouvons  la  description  de  cet  instrument 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXLIII 


Cfic/Ait.  VbeitWf»*  l  Ctvu*. .  Pi"*  - 


Applique  de  lumière  déuommée  «  Bougeoir  de  Marie  de  Médicis  ». 
Bronze  doré  garni  de  camées  et  de  pierres  précieuses.  Travail  italien.  xvne  siècle. 

(Musée  du   Couvre.) 


LES    BOUGEOIRS    DEVIENNENT    DES    OBJETS    DE    COLLECTION  17!) 

pour  lequel  nos  ancêtres  avaient  tant  de  vénération.  Il  est  ainsi  désigné  : 

Un  bougeoir  à  doux  bobesches,  avec  son  manche  sur  lequel  sont  gravées  les 
ormes  du  roy,  en  argent  vermeil. 

Observons  que  le  roi  seul  avait  le  droit  de  posséder  un  bougeoir  à  deux 
bobèches  et,  par  conséquent,  à  deux  bougies  «  les  bougeoirs  pour  la  reine, 
pour  Mgr  le  Dauphin  et  autres  n'ayant  qu'une  bobèche  et  une  bougie  » 
(L'Etat  de  France,  par  Besongne,  t.  I,  p.  312  et  316). 

On  sait  que  le  coucher  du  roi  se  faisait  en  présence  d'un  certain  nombre 
de  seigneurs  de  la  Cour  et  qu'il  se  divisait  en  deux  parties  :  le  grand  coucher 
auquel  assistaient  un  grand  nombre  de  personnes,  et  le  petit  coucher  qui 
avait  lieu  en  présence  de  quelques  intimes  seulement.  Au  grand  coucher, 
c'était  l'aumônier  de  service  qui  tenait  le  bougeoir  pendant  tout  le  temps 
que  le  prince  faisait  sa  prière.  Puis  la  prière  achevée... 

...  l'huissier  de  chambre  fait  faire  place  au  roy  jusqu'à  son  fauteuil  et  au  moment 
que  Sa  Majesté  y  arrive  le  grand  chambellan  ou  le  premier  gentilhomme  de  la 
chambre  demande  au  roy  à  qui  il  veut  doner  le  bougeoir  et  Sa  Majesté  aiant  parcouru 
des  yeux  l'assemblée,  nomme  celui  à  qui  il  veut  faire  cet  honneur.  Le  roy  le  fait 
donner  plus  ordinairement  aux  princes  et  seigneurs  étrangers  quand  il  s'en  rencontre. 
(Mémoires  du  duc  de  Saint-Simon.  T.  VIII,  p.  365.) 

XXXI.  —  Les  bougeoirs  deviennent  tles  objets  «le  collection. 

Jusqu'au  règne  de  Louis  XV,  les  bougeoirs  étaient  employés  pour  le 
service  courant  de  la  chambre  à  coucher  et  les  artisans  pour  cette  raison 
cherchaient  à  les  rendre  avant  tout  pratiques  et  solides; 

Il  semble,  qu'à  partir  du  règne  de  Louis  XV,  on  se  soit  proposé  un 
programme  diamétralement  opposé  :  la  plupart  des  bougeoirs  qui  ont  été 
exécutés  à  cette  époque  sont  aussi  fragiles  qu'incommodes  et  il  ne  faut 
les  considérer  que  comme  la  réalisation  des  coûteuses  fantaisies  des  grandes 
dames  de  la  Cour. 

Le  goût  de  la  collection  des  menus  objets  d'art  se  manifesta  d'une  façon 
toute  spéciale  au  cours  du  xvme  siècle  :  on  ne  recherchait  pas  alors  les 
spécimens  de  l'industrie  des  siècles  passés,  et  l'on  regardait  avec  un  profond 
mépris  les  chefs-d'œuvre  d'orfèvrerie  du  Moyen  Age.  Les  grandes  dames 
n'avaient  de  goût  que  pour  les  menus  bibelots  modernes  et  elles  gardaient 
avec  un  soin  jaloux  tous  les  petits  objets  mobiliers  qui,  par  leur  forme  et 
leur  décoration,  avaient  le  don  de  leur  plaire.  Nous  trouvons  à  ce  sujet  de 
très  précieux  renseignements  sur  le  Livre-Journal  de  Lazare  Duvaux,  célèbre 
fabricant  de  bronze  du  temps  de  Louis  XV,  qui  était  aussi  un  marchand 
«  d'objets  de  bon  goût  ».  A  cette  époque  les  ouvrages  chinois  avaient  une 
très  grande  vogue  et  Lazare  Duvaux  fournissait  à  ses  belles  clientes  de  jolis 
bougeoirs  en  laque.  On  en  fit  encore,  à  cette  époque,  en  porcelaine  de  France 


180  LE    LUMINAIRE 

et  en  porcelaine  de  Saxe.  A  côté  de  ces  derniers  on  peut  placer  les  bougeoirs 

de   cristal    que   la    Manufacture    royale    de   Bayel    fabriqua    couramment 

depuis  1728. 

XXXII.  —  Bougeoirs  «l'acier. 

Les  bougeoirs  d'acier  étaient  aussi  très  à  la  mode  à  cette  époque  et 
nous  voyons  qu'ils  avaient  une  réelle  valeur  : 

11  mai  1755.  —  N°  2157.  —  Un  bougeoir  d'une  plaque  d'acier  violet,  garni  en 
bronze  doré  d'or  moulu,  pour  brûler  les  odeurs  et  cordon  (rat  de  cave),  27  1. 
5  juin  1755.  —  N°  2173.  Un  bougeoir  d'acier  pour  brûler  du  cordon,  27  1. 
14  juin  1755.  —  N°  2181.  Deux  bougeoirs  d'acier,  54  1. 

3  juillet  1755.  —  N°  2189.  Deux  bougeoirs  d'acier,  garnis  en  bronze  doré  d'or 
moulu  pour  du  petit  cordon,  54  1. 

4  septembre  1755.  —  N°  2231.  Trois  bougeoirs  d'acier  à  pointes,  garnis  en  bronze 
doré  d'or  moulu,  81  livres.  Un  bougeoir  d'acier  et  une  tasse  dorée,  37  liv.  (Livre- 
Journal  de  Lazare  Duvaux.) 

Pour  les  personnes  qui  ne  voulaient  pas  faire  la  dépense  de  bougeoirs 
en  métal  précieux,  on  avait  imaginé  un  genre  de  décoration  fort  brillant 
quoique  peu  coûteux  ;  à  cet  effet  on  entourait  l'objet  de  cordons  en  strass 
qui  à  la  lumière  de  la  bougie,  jetaient  d'assez  beaux  feux  et  pouvaient  donner 
l'illusion  du  diamant  (Mercure  de  France,  janvier  1777,  p.  198). 

XXXIII.  —  Bougeoirs  «le  lit,  tenus  par  les  valets. 

Au  xvme  siècle,  les  bougeoirs  de  lit  que  nous  avons  vus  apparaître 
dans  X Inventaire  de  Gabrielle  d'Estrées  reviennent  à  la  mode.  Ce  genre 
d'éclairage  devait  être  très  utile,  à  une  époque  où  les  tables  de  nuit  étaient 
rares.  Avant  l'invention  de  ce  meuble,  la  personne  qui  voulait,  étant  couchée, 
faire  autre  chose  que  dormir,  était  obligée,  pour  voir  clair,  d'avoir  un  valet 
au  chevet  de  son  lit  pour  l'éclairer  et  bien  qu'alors  on  ne  se  gênait  guère 
devant  ses  gens,  on  comprend  combien  la  présence  d'un  pareil  témoin 
pouvait  parfois  sembler  indiscrète  et  gênante.  D'après  M.  Havard,  l'expres- 
sion de  «  tenir  la  chandelle  »  dériverait  de  cette  coutume. 

XXIV.  —  Bougeoirs  à  éteiguoir  automati«iue. 

Les  bougeoirs  de  lit  devaient  être  d'un  usage  bien  courant  au 
xvme  siècle  puisque  le  propriétaire  du  magasin  du  «  Petit  Dunkerque  » 
en  tenait  un  bel  assortiment,  qu'il  annonçait  ainsi  dans  le  Mercure  de 
France  (1782,  p.  42). 

Le  sieur  Grancbez,  bijoutier  de  la  reine,  tenant  le  magasin  du  Petit  Dunkerque, 
vient  de  faire  établir  à  sa  fabrique  de  Clignancourt,  des  bougeoirs  à  larges  plateaux 
et  garde-vue  avec  éteignoirs  mécaniques,  d'un  genre  absolument  nouveau,  éteignant 
les  bougies  à  la  volonté  ;  la  tige  à  laquelle  ils  sont  adaptés  est  graduée  pour  les  fixer 
à  l'heure  où  l'on  désire  qu'ils  fassent  leur  effet  ;  un  des  deux  éteignoirs  part  5  minutes 
avant  l'autre  et  prévient  la  personne  que  l'autre  bougie  va  s'éteindre,  afin  d'y 


LANTERNES    EN    METAL    PRÉCIEUX  181 

prendre  garde  si  elle  veut  continuer  sa  lecture.  Cette  mécanique  simple  et  solide, 
qui  est  de  la  plus  grande  utilité,  met  à  l'abri  des  dangers  du  feu  et  procure  la  facilité 
d'avoir  deux  lumières.  Ces  bougeoirs  sont  en  cuivre  doré  en  or  moulu  et  d'un  travail 
très  fini.  Le  prix  est  de  six  louis  à  plateaux  ronds  et  sept  louis  ovales  ;  il  n'en  fera 
pas  faire  d'un  moindre  prix. 

A  la  fin  du  xvme  siècle  et  au  commencement  du  xixe,  on  a  fait  des 

bougeoirs  en  pierre  dure  montés  en  acier  et  garnis  de  cercles  en  même  métal 

plus  ou  moins  ouvragé  (1). 


SEPTIEME     PARTIE 


LANTERNES    DE    SUSPENSION 

I.  —  Définition  et  composition. 

C'est  un  ustensile  fort  ancien  que  la  lanterne  dont  Furetière  a  donné 

la  définition  suivante  : 

Vaisseau  fait  de  matière  transparente,  servant  à  conserver  la  lumière  qu'on 
transporte  ou  qui  est  exposée  au  vent  ou  à  la  pluye. 

Nos  ancêtres  ont  connu  la  lanterne  et,  au  xme  siècle,  nombreux  sont 
les  inventaires  qui  signalent  ces  appareils. 

Comme  le  falot,  la  lanterne  était  faite  en  fer  blanc  ou  en  bois  et  les 
côtés  étaient  revêtus  de  matière  transparente  destinée  à  laisser  filtrer  la 
lumière  placée  à  l'intérieur  :  cette  matière  était  composée  de  corne  sciée  en 
lames  d'une  faible  épaisseur. 

II.  —  Corporation  chargée  de  la  fabrication  des  lanternes. 

Dès  le  xme  siècle,  l'usage  des  lanternes  était  fort  répandu,  puisqu'à 
Paris  une  corporation  d'artisans  s'occupait  spécialement  de  ce  genre  de 
fabrication.  Le  Registre  d'Estienne  Boileau  (1260),  nous  apprend,  en  effet, 
que  «  Quiconques  vuet  estre  peigniers  et  lanterniers  de  cor  (corne)  et  d'ivoire, 
estre  le  puet,  franchement...  » 

III.  —  Lanternes  en  inétal  précieux. 

Dès  le  xive  siècle  on  fabriquait  des  lanternes  travaillées  avec  un  art 
consommé  et  merveilleusement  décorées  : 

(1)  Dans  la  vitrine  d'honneur  du  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  un  fort  joli  petit  bougeoir  en  acier 
damasquiné  représentant,  à  l'aide  des  métaux  précieux,  des  scènes  de  chasse  d'un  heureux  effet.  (PI.  CCCXXX). 


182  LANTERNES    DE    SUSPENSION 

1360.  —  Une  lanterne  d'argent  doré,  laquelle  est  carrée  à  6  cotez,  dont  il  y  a 
deux  qui  sent  sizelées  à  ymages,  les  autres  deux  costés  à  fenestrages  et  à  otiaux  et 
les  autres  deux  sont  couverts  de  velin  :  au  bout  et  au  travers  de  chascune  d'icelles 
deux  costés  a  trois  petites  bandes  esmaillées  d'azur  à  bestellettes  et  sont  dessuz 
ycelles  deux  costés  les  armes  de  Savoie  et  est  ladicte  lanterne  à  carneaux  par  le  haut 
et  à  petiz  fenestrages  esmaillez  d'azur  a  un  otiau  dessuz  et  dessuz  l'ance  a  un  anelet. 
Et  poise  6  m.  3  o.  12  d.  (Inc.  du  duc  d'Anjou.  N°  36.) 

Les  lanternes,  même  les  plus  riches,  étaient  garnies  de  lames  de  corne 
et  dans  X Inventaire  de  Charles  V  (1380),  il  est  fait  mention  d'une  «  lanterne 
d'argent,  doré  par  les  bandes,  pesant  avec  le  cor  (la  corne),  trois  marcs  et 
cinq  onces  ». 

L'Inventaire  du  duc  de  Berry  (1416)  mentionne  également  «  une  lanterne 
d'argent  véré  à  troys  esmaulx  aux  armes  de  feu  M.  S.  d'Estampes,  pesant 
avec  le  cor,  six  marcs  ». 

L'emploi  de  la  corne  fut  général  et  nous  dirons  même  d'un  usage  commun 
jusqu'au  xvme  siècle. 

Richelet,  dans  son  Dictionnaire,  définit  ainsi  la  lanterne  : 

Instrument  composé  d'ordinaire  de  verre,  de  corne  ou  autre  matière  transpa- 
rente. 

h' Encyclopédie  nous  apprend  qu'on  en  faisait  «  de  gaze,  de  toile,  de 
peau  de  vessie  de  cochon,  de  corne,  de  verre  et  de  papier  ». 

Nous  pouvons  ajouter  que  dès  le  xivc  siècle  on  se  servait  du  parchemin 
huilé  ;  c'est  ainsi  que  dans  Y  Inventaire  de  Louis  Ier  d'Anjou  (1360),  on 
relève  la  mention  d'une  «  lanterne  d'argent  dorée,  laquelle  est  quarrée 
à  VI  côtés,  dont  il  en  a  deux  qui  sont  cizelés  à  ymages,  les  autres  II  costés 
à  fenestrages  et  otiaux  et  les  autres  II  sont  couverts  de  velin  ». 

Dès  le  xive  siècle,  les  lanternes  étaient  fabriquées  en  grand  nombre  et 
on  employait,  pour  les  établir,  les  métaux  les  plus  précieux.  C'est  ainsi  que 
dans  l'Inventaire  de  Charles  V  (1380),  on  relève  les  mentions  de  «  Lanterne 
d'argent  veré  à  six  costés  »  «  une  aultre  lanterne  carrée  pendant  à  une 
chesne  d'argent  blanc  ».  «.  Une  lanterne  de  cuir  noir  cramoisie,  garnye  d'or 
et  dedens  d'argent  ». 

On  fabriquait  aussi  des  lanternes  communes  destinées  aux  usages 
journaliers;  elles  étaient  en  fer-blanc,  en  feuille  de  laiton  ou  en  cuir. 

1420.  —  Une  petite  lanterne  de  cuir  noir  camoisée,  garnie  d'argent,  veré  par 
dehors  et  par  dedans  de  laiton,  non  pesée  pour  celle  cause.  (Arch.  nat.  KK.  30, 
n"  259.) 

1471.  --  Deux  lanternes  en  façon  de  chandeliers,  qui  sont  de  feille  de  laton  à 
créneaux  et  sont  pour  pendre  contre  ung  mur.  (Arch.  nat.  P.  329,  f°  1,  v°.) 

1471.  --  Une  lanterne  de  fer  blanc  faicte  à  viz  et  à  plusieurs  bobechez.  (Inv.  du 
roi  René  d'Anjou,  f°  17.) 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXLIV 


TISreS  Cn  br?"Ze  f?"dU  et  Ciselé'  eu  cuivre  reP°"ssé   et  en  argent   gravé. 

lanterne  sourde  en  fer  garnie  d'appliques  de  cuivre,   xvi"  et  xvn'  siècle* 

(Collection  Albert   Figdor.) 


LANTERNES    PLIANTES    DITES    «    LANTERNES    A   PORTEFEUILLE    »  183 

IV.  —  Lanternes  «l'antichambre. 

A  la  fin  du  xvne  siècle,  quand  Colbert  eut  établi,  en  France, 
des  verreries  importantes,  le  verre  devint  assez  commun  pour  qu'on  put 
garnir  les  lanternes  à  des  prix  modérés.  C'est  alors  qu'apparaissent  les  grandes 
et  belles  lanternes  d'antichambre  dont  on  rencontre  encore  de  nombreux 
spécimens  dans  nos  Musées  et  dans  nos  Palais  nationaux. 

Au  xvme  siècle,  les  grandes  lanternes  sont  très  abondantes  et  sous  ce 
rapport  le  Livre- Journal  de  Lazare  Duvaux  est  intéressant  à  consulter.  C'est 
ainsi  que  nous  voyons  que  le  29  décembre  1748,  il  fournit  à  la  duchesse  de 
Boufflers  «  une  lanterne  de  glace  à  cinq  pans,  garnie  de  fleurs  blanches  » 
pour  le  prix  de  216  livres.  Le  10  juillet  1756,  il  livre  à  M.  de  Cramayel  «  une 
lanterne  carrée  à  consoles,  dorée  d'or  moulu,  garnie  en  glace  »  valant 
300  livres.  Pour  le  même  prix,  il  fabrique  pour  M.  le  comte  du  Luc,  le 
7  mars  1758,  «  une  lanterne  carrée  à  consoles,  dorées  d'or  moulu,  garnie  de 
ses  glaces  et  de  son  chandelier  à  quatre  branches  et  chapiteau  de  cristal  ». 

Mais  le  meilleur  client  de  Lazare  Duvaux,  était  certainement  Mme  de 
Pompadour  qui  lui  achète  pour  4.300  livres  «  une  lanterne  à  six  pans  en 
bronze  doré  d'or  moulu,  de  quatre  pieds  et  demi  de  haut  sur  30  pouces  de 
diamètre,  garnie  de  ses  glaces  et  chandeliers  ».  (1). 

V.  —  Lanternes  pliantes  tlites  «  lanternes  à  portefeuille  ». 

A  une  époque  où  l'on  n'avait  pas  encore  inventé  les  petites  lampes 
électriques  à  pile  sèche,  qui  sont  aujourd'hui  d'un  usage  si  commode  et  si 
courant,  on  se  servait,  pour  combattre  les  ténèbres  de  la  nuit  et  circuler 

(1)  Le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  possède  quelques  spécimens  de  ces  grandes  lanternes  de  suspension. 
Dans  la  PI.  CCCXXXII  nous  avons  reproduit  une  lanterne  ronde  formée  de  panneaux  de  fer  blanc  découpé 
à  jour  :  elle  est  de  travail  italien  et  remonte  au  xviue  siècle. 

C'est  à  la  même  époque  qu'on  peut  faire  remonter  cette  lanterne  carrée  d'applique  qui  est  en  fer  blanc 
garnie  de  revêtement  en  cuivre  jaune  :  ce  mode  de  fabrication  était  en  honneur  dans  la  région  de  Lille  et  plus 
généralement  dans  le  nord  de  la  France. 

Au  xvme  siècle,  on  a  fabriqué  certains  objets  à  l'aide  de  minces  bandelettes  de  fer,  la  plupart  du  temps 
travaillées  à  froid,  seules  les  parties  torses  étant  forgées  à  chaud. 

L'un  des  plus  beaux  spécimens  de  ce  genre  de  travail  est  la  magnifique  crèche  en  forme  de  lanterne  qu'on 
peut  voir  suspendue  à  la  voûte  du  chœur  de  l'église  Saint-Laurent,  aujourd'hui  Musée  Le  Secq  des  Tournelles. 
PI.  CCCXXVII.) 

Cette  lanterne,  à  l'intérieur  de  laquelle  on  avait,  à  l'origine,  placé  une  crèche  composée  de  petits  sujets 
en  plâtre,  est  entièrement  fabriquée  au  moyen  de  petites  bandelettes  de  fer  contournées,  maintenues  par  des 
liens  ou  colliers  serrés  à  chaud.  Cette  pièce  qui  avait  été  exécutée  par  un  habile  artisan  pour  une  église  du 
nord  de  la  France,  se  compose  d'une  vaste  cage  carrée  munie  de  verres  et  surmontée  d'un  toit  à  quatre  pans, 
le  long  des  arêtes  duquel  courent  de  petits  festons  du  même  travail  que  celui  des  côtés.  Tout  autour  de  cette 
cage  règne  une  galerie  formant  une  sorte  de  balcon  dont  chaque  angle  est  surmonté  de  trois  boules  aplaties 
allant  en  décroissant,  c'est  de  ces  points  que  partent  les  bras  de  lumière  destinés  à  porter  les  cierges.  Le  sol 
de  la  galerie  latérale  est  en  tôle  et  l'artiste  y  a  découpé  la  curieuse  inscription  suivante  relatant  les  conditions 
dans  lesquelles  il  a  accompli  ce  remarquable  travail  : 

c  Ladite  crèche  faite  et  donnée  par  Charles  le  jeune  et  Marie  Briault,  sa  femme,  tous  deux  de  cette  dite, 
paroisse,  pour  laquelle  on  chantera  tous  les  Dimanches  et  fêtes  le  Te  Dcum,  depuis  Noël  jusqu'à  la  Purification 
tous  les  ans,  tant  que  ladite  crèche  durera.  1734.  » 

La  partie  inférieure  de  ce  monument  est  formée  d'un  épais  enchevêtrement  de  rinceaux  de  fer  et  elle  se 
termine  par  une  grosse  boule  aplatie  à  laquelle  est  suspendue  une  autre  boule  de  plus  petite  dimension. 


184  LANTERNES    DE    SUSPENSION 

soit  dehors,  soit  dans  les  vastes  corridors  des  châteaux,  de  petites  lanternes 
rondes  ou  quadrangulaires  pliantes  dites  «  à  portefeuille  ».  Ces  modestes 
ustensiles  étaient  généralement  en  fer  ou  en  cuivre  extrêmement  mince, 
décoré  au  repoussé  et  contenaient,  dans  un  léger  bâti,  soit  une  menue  feuille 
d'ivoire,  soit  une  lame  de  corne  plus  ou  moins  transparente,  car  le  verre 
était  alors  très  rare.  De  cette  façon  la  lumière  se  trouvait  non  seulement 
abritée,  mais  tamisée  et  c'est  ce  qui  explique  la  définition  de  «  coeca 
lanterna  »  que  le  continuateur  de  Du  Cange  applique  au  mot  latin  «absconcia» 
et  au  mot  français  «absconce»,  qui  était  donné  à  ces  appareils  de  luminaire. 

VI.  —  Esconees  et  absconces. 

L'une  des  plus  ancienne  représentation  figurée  que  nous  ayons  rencontrée 
de  l'esconce  se  trouve  dans  l'Album  de  Villars  de  Honnecourt  (vers  1248)  : 
c'est  une  sorte  de  tourelle  cyndrique  possédant  une  ouverture  trilobée 
à  sa  partie  inférieure  qui  laisse  apercevoir  une  lampe  à  huile  formant  veilleuse; 
elle  est  accompagnée  de  la  désignation  suivante  :  «  Vesci  une  esconse  qui 
bone  est  à  mones  por  lor  candèles  porter  argans.  » 

Dans  les  Comptes  de  l'argenterie  de  la  reine  (1392-1401),    on  relève  la 

mention  d'une  absconce  : 

1394.  —  A  Jehan  Auberl,  ymagier  d'yvoire,  pour  la  vente  d'une  absconce 
d'yvoire  achetée  de  lui  pour  mettre  la  chandelle  quand  la  royne  dit  ses  Heures, 
baillée  à  Katherine  de  Villers,  pour  ce  à  lui  paie  par  vertu  desdiz  roulle  et  mandement 
et  par  quittance  de  lui  donnée  le  VIe  jour  de  mars. 

Dès  le  xive  siècle,  le  mot  «absconse»  était  devenu  par  corruption  et  par 
contraction  «esconce». 

Dans  une  Lettre  de  Rémission,  de  1451,  nous  voyons  que  l'esconse  ou 

lanterne  était  une  seule  et  même  chose  : 

Lesquelz  compaignons  alumèrent  la  chandelle  et  la  mirent  dedans  une  esconce 
ou  lanterne. 

Il  semble  que  ces  menus  appareils  aient  été  fabriqués  chez  les  peigniers 
ou  tabletiers  et  ce  fut  probablement  une  des  raisons  pour  lesquelles  les  deux 
corporations  se  fondirent  ensemble. 

Les  esconces  possédaient  parfois  un  volet  mobile  permettant  de  les 
transformer  en  lanternes  sourdes.  Dans  Y  Inventaire  des  joyaux  delà  Couronne 
(1418),  on  mentionne  une  «  petite  esconce  d'argent  blanc  carrée  qui  se  clost 
et  ouvre,  avec  les  armes  de  Mgr  le  Dauphin  ». 

A  peu  près  à  la  même  époque  nous  trouvons  encore  la  mention  de 
«  une  grande  esconce  d'argent  blanc,  percée  à  fleurs  de  lys  ». 

U  Inventaire  de  Charles  V  décrit  un  certain  nombre  d'esconces  et  nous 
pouvons  voir  par  ces  citations  que  rien  n'était  moins  fixe  que  la  forme  de 
cet  ustensile  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXLV 


\  V 


SU 

7 


Lanternes  pliantes  dites  «  à  portefeuille  ».   Lanternes  vénitiennes  montées  en  cuivre  repoussé  et  en  bois.  xvme  siècle. 

(Collections  R.   Richebé  et   H.-R.   D'Allemagne.) 


DÉFINITION    DES    FALOTS  185 

1380.  —  Une  esconce  d'y  voire  qui  est  sur  ung  hault  pié  et  est  ung  petit  chandelier 
à  broche  d'argent  doré... 

Ung  chandelier  d'argent  blanc  en  manière  d'esconce,  à  deux  escuz  au  dos 
taillez  des  armes  de  France. 

Un  aigle  d'argent  blanc  sur  quoy  est  un  chandelier  à  esconce. 

Ces  trois  sortes  d'esconce  semblent  bien  être  tout  simplement  des 
flambeaux  dont  on  protégeait  la  bougie  au  moyen  d'un  petit  appareil  qui 
s'adaptait  à  leur  sommet. 

Quelquefois  on  rencontre,  dans  les  inventaires,  la  mention  d'esconce 
à  manche  en  bois  ;  ce  sont  évidemment  des  appareils  qui  se  rapprochaient 
de  ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  un  bougeoir.  C'est  ainsi  que  dans 
{'Inventaire  des  joyaux  de  la  Couronne  (1418),  on  trouve  la  désignation  de 
«  deux  petites  esconces  d'argent  à  manche  de  boys  ». 

VII.  —  Eseoneos  et  lu  m ornes  sourdes. 

Longtemps  avant  l'apparition  des  lanternes  verrées,  une  confusion 
s'était  opérée  entre  les  mots  esconce  et  lanterne.  Au  xve  siècle,  le  nom 
d'esconce  devint  peu  familier  et  pour  éviter  des  erreurs  d'interprétation 
les  scribes  dans  nombre  de  documents  mentionnaient  que  l'esconce  était 
une  lanterne  d'un  genre  particulier  et  d'un  service  spécial.  A  partir  du 
xvie  siècle,  le  mot  disparut  définitivement  et  fut  remplacé  par  celui  plus 
logique  de  lanterne  sourde. 

Dans  tous  les  romans  du  xvme  siècle  et  même  du  début  du  xixe,  il 
est  question  de  lanternes  sourdes  que  les  gens  plus  ou  moins  bien  intentionnés 
utilisaient  dans  leurs  expéditions  nocturnes  (1). 


HUITIEME  PARTIE 


FALOTS 

I.  —  Définition. 

On  désigne  plus  spécialement  sous  le  nom  de  falot  une  grande  lanterne, 
à  carcasse  de  fer  ou  de  bois,  recouverte  de  toile  blanche  qu'on  portait  la  nuit 
pour  s'éclairer.  Plus  tard  on  fit  des  lanternes  en  forme  de  cage  en  fer-blanc 
repercé  dont  la  porte  était  munie  d'une  plaque  de  corne  destinée  à  tamiser 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  existe  quatre  spécimens  de  ce  genre  d'appareil  ;  ils  sont  pour 
la  plupart  coiffés  d'un  toit  en  poivrière  godronné  permettant  l'introduction  de  l'air  nécessaire  à  la  combustion 
de  la  chandelle,  mais  sans  laisser  échapper  au  dehors  aucun  rayon  lumineux  quand  les  volets  en  étaient  fermés. 

24 


186  FALOTS 

la  lumière.  La  falot  servait  aussi  à  accompagner  le  Saint-Sacrement,  quand 
le  prêtre  se  rendait  de  nuit  au  chevet  d'un  malade. 

II.  —  Les  falots  et  l'éclairage  public. 

Les  grands  troubles  qui  marquèrent  la  première  période  du  xvie  siècle 
firent  apparaître  une  ordonnance  obligeant  les  habitants  à  éclairer  leurs 
maisons  à  l'aide  d'un  falot.  Le  Livre  des  actes  consulaires,  de  la  ville  de  Lyon 
(1516-1519)  nous  apprend  que  les  bourgeois  devaient  entretenir  des  falots 
dans  certains  carrefours  de  la  ville. 

C'était  aussi  sous  le  nom  de  falots  qu'on  désignait  les  fameuses  lanternes 
qu'on  avait  placées  sur  la  place  des  Victoires  et  qui  semblaient  monter  la 
garde  autour  de  la  statue  de  Louis  XIV.  A  ce  sujet  Saint-Simon  dans  ses 
Mémoires  nous  apprend  qu'un  jour  «  le  fils  de  la  Feuillade  se  lassa  de  faire 
allumer  tous  les  soirs  des  falots  aux  quatre  coins  de  la  place  ». 

De  nos  jours  on  donne  plutôt  le  nom  de  falot  aux  grosses  lanternes  que 
les  rouliers  accrochent  sous  leur  voiture. 

III.  —   Les  porte-falots. 

En  1662,  un  certain  abbé  italien,  Laudati  deCaraffa,  obtint  des  lettres 
patentes  à  l'effet  d'établir  un  service  de  porte-flambeaux  à  Paris.  Les 
hommes  chargés  de  ce  service  prirent  le  nom  de  porte-falots.  Cette  insti- 
tution continua  d'exister  pendant  tout  le  xvii0  et  le  xvme  siècle.  En  1766, 
le  nombre  des  porte-falots  était  si  considérable  que  le  lieutenant  de  Police 
prit  le  parti  de  réglementer  cette  industrie. 

Les  porte-falots  continuèrent  leurs  services  jusqu'à  la  fin  de  la 
monarchie.  Mercier  qui  les  vit  encore  à  l'œuvre,  a  laissé  une  page  curieuse 
sur  «  ces  porteurs  de  lanternes  numérotées  qui  vaguent  dans  les  rues  vers 
les  dix  heures  du  soir  :  voilà  le  falot  ». 

Les  falots  furent  remplacés  par  les  lanternes  à  réverbère  qui,  au  moment 
de  leur  apparition  émerveillèrent  les  Parisiens.  h'Almanach  général  des 
Marchands  pour  1772,  se  faisait  ainsi  l'écho  rétrospectif  de  cette  surprise  : 

Plusieurs  de  ceux  qui  travaillent  le  fer  blanc  ont  fait  de  leur  métier  un  art  qui 
mérite  des  égards  ;  il  en  est  parmi  eux  qu'on  doit  regarder  comme  des  artistes 
distingués. 

C'est  à  l'émulation  qu'a  su  faire  germer  chez  eux  un  magistrat  dont  l'adminis- 
tration fait  époque  dans  l'Histoire  de  la  Police,  qu'on  doit  ces  fanaux  ingénieux  qui 
multiplient  les  feux  et  les  effets  d'une  seule  lumière  et  qui  donnent  à  peu  de  frais 
à  une  grande  ville,  un  second  jour  dans  tout  le  cours  de  la  nuit. 

(1)  M.  Le  Secq  des  Tournelles  qui  ne  laisse  rien  perdre  des  traditions  du  passé,  a  recueilli  deux  de  ces  falots 
en  fer  blanc  repercé  et  nous  les  avons  reproduits  planche  CCCXXXII.  Ce  ne  sont  certes  pas  des  œuvres  d'art 
mais  ils  marquent  un  curieux  échelon  dans  l'histoire  de  l'éclairage  des  voitures  qui  circulent  sur  nos  grandes 
routes. 


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LES    LANTERNES    MAGIQUES    AU    XVIIIe    SIÈCLE  187 


NEUVIEME    PARTIE 


LANTERNES    MAGIQUES 
I.  —  Leur  définition  d'après  Furctièrc. 

A  une  époque  où  le  cinématographe  et  les  projections  en  noir  ou  en 
couleurs  font  presque  partie  de  la  récréation  de  nos  soirées  d'hiver,  il  nous  a 
paru  savoureux  de  reproduire  la  définition  que  donne  le  Dictionnaire  de 
Furetière  de  la  lanterne  magique  : 

La  lanterne  magique  est  une  petite  machine  d'optique  qui  fait  voir  dans  l'obs- 
curité, sur  une  muraille  blanche,  plusieurs  spectres  et  monstres  si  affreux,  que  celuy 
qui  n'en  sçait  pas  le  secret,  croit  que  cela  se  fait  par  magie.  Elle  est  composée  d'un 
miroir  parabolique  qui  réfleschit  la  lumière  d'une  bougie,  dont  la  lumière  sort  par 
le  petit  trou  d'un  tuyau  au  bout  duquel  il  y  a  un  verre  de  lunette  et  entre  deux  on 
y  coule  successivement  plusieurs  petits  verres  peints  de  diverses  figures  extraordi- 
naires et  affreuses,  lesquelles  se  représentent  sur  la  muraille  opposée,  en  plus  grand 
volume.  Le  premier  qui  a  enseigné  la  construction  de  la  lanterne  magique  est  Séen- 
eerus  en  son  livre  Deliciœ  mathématicœ.  Le  père  Kiker  et  Kestlerus  en  ont  aussi  éscrit 
et  avant  tous  Roger  Bakon,  anglais,  en  avoit  donné  quelque  idée. 

II.  —  Lanterne  magique  satirique. 

Le  Père  Kiker,  que  certains  biographes  appellent  Athanase  Kircher, 
était  un  célèbre  jésuite  connu  par  ses  nombreux  ouvrages  sur  les  sciences 
exactes,  mais  c'est  à  tort  qu'il  passe  pour  avoir  inventé,  en  1665,  la  lanterne 
magique,  qui  était  connue  en  France  bien  avant  qu'il  fût  né  (1602).  En  effet, 
le  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris  raconte  qu'en  1515,  un  prêtre  du  nom  de 
Cruche  fut  assez  téméraire  pour,  au  moyen  d'une  lanterne,  représenter  en 
pleine  place  Maubert,  à  Paris,  des  tableaux  allégoriques  des  aventureuses 
amours  de  François  Ier.  De  plus  en  consultant  le  Livre  des  Subtiles  et  plai- 
santes inventions  de  J.  Prévost,  natif  de  Toulouse  (1584),  nous  voyons  qu'il 
est  question  de  lanternes  vives  dont  les  pâtissiers  et  les  barbiers  du  Paris 
de  Henri  IV  et  de  Louis  XIII  faisaient  des  enseignes  lumineuses  ;  c'étaient 
des  espèces  d'ombres  chinoises  mises  en  mouvement  par  la  lumière  même 
qui  les  éclairait. 

III.  —  Les  lanternes  magiques  au  XVIII*  siècle. 

La  lanterne  magique  fut  surtout  en  faveur  en  France  pendant  le 
xvme  siècle  et  le  commencement  du  xixe.  Nombreuses  sont  les  gravures  de 


188  MOUCHETTES 

cette  époque  qui  représentent  le  spectacle  populaire  de  la  lanterne  magique. 
Cet  appareil  fut  perfectionné  vers  le  milieu  du  xixe  siècle  par  l'adaptation 
du  réflecteur  qui  augmentait  sensiblement  le  pouvoir  éclairant  de  la  lampe. 
Vers  1840,  en  effet,  on  utilisa  la  lampe  Carcel  dont  l'intensité  lumineuse 
parut  être  une  véritable  merveille  Mais,  à  l'encontre  de  bien  des  inventions, 
à  mesure  que  les  perfectionnements  rendaient  l'appareil  plus  délicat  et  lui 
donnaient  des  résultats  plus  brillants,  le  goût  se  détournait  de  ce  genre  de 
spectacle  (1). 


DIXIEME    PARTIE 


MOUCHETTES 

I.  —  Leur  emploi  aux  temps  bibliques  et  dans  l'Antiquité. 

Les  mouchettes  remontent  à  la  plus  haute  Antiquité.  Dans  les  Livres 
de  Moïse,  il  est  question  de  ces  instruments  ;  on  lit,  en  effet,  dans  l'Exode 
(chap.  25,  verset  38)  : 

Vous  ferez  encore  des  mouchettes  et  des  vases  où  sera  éteint  ce  qui  aura  été 
enlevé  des  lampes,  le  tout  d'un  or  très  pur. 

Dans  un  autre  passage  de  l'Ecriture,  il  est  dit  que  Salomon.  pour  cet 
usage,  employait  de  petites  pinces  qui  servaient  en  môme  temps  à  écarter 
les  fils  de  la  mèche,  afin  qu'elle  prît  plus  d'huile  et  qu'elle  donnât  plus  de 
clarté.  Salomon  consacra,  avec  la  table  d'or  pour  les  pains  de  propitiation, 
dix  candélabres  d'or  avec  des  lampes  et  leurs  pinces  également  d'or.  Rappelons 
enfin  que  le  Quatrième  Livre  de  Moïse,  en  traitant  du  service  des  lévites, 
fait  mention  d'un  autre  instrument  qui,  dans  la  Vulgate,  est  nommé  «  emunc- 
torium  »  expression  qui  équivaut  au  mot  français  mouchettes. 

Dans  l'Antiquité,  des  esclaves  étaient  préposés  à  l'entretien  des  lampes 
et  des  chandelles.  Ils  se  servaient,  pour  cet  office,  de  petits  crochets  et  de 

(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles  se  trouvent  deux  spécimens  fort  curieux  de  lanternes  magiques; 
l'un,  de  petites  dimensions,  est  rectangulaire  et  en  tôle  repoussée  ornée  de  coquilles.  Le  second  est  beaucoup 
plus  important  et  présente  le  buste  d'un  habitant  du  Céleste  Empire  en  cuivre  repoussé  et  coiffé  d'un  chapeau 
tuyauté  de  forme  conique.  Le  style  de  cette  lanterne  magique  indique  qu'elle  a  été  fabriquée  à  l'époque  où  la 
mode  voulait  que  les  objets  les  plus  précieux  fussent  décorés  «  à  la  chinoise  ».  C'est  à  cette  époque  que  l'on  fit 
ces  jolis  bouts  de  table  formés  de  personnages  en  porcelaine  de  Chine  et  montés  en  bronze  doré  richement 
ciselé.  La  mode  de  la  décoration  chinoise  dura  jusqu'au  moment  où  le  style  un  peu  froid  et  compassé  de  l'époque 
Louis  XVI  fit  disparaître  ces  fantaisies  si  gracieuses  et  d'un  aspect  réellement  décoratif.  (PI.  CCCXXXI). 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXLVII 


Mouchcttes  en  cuivre  fondu  et  ciselé.   Travail  allemand   et  oriental.   XVIe  et  XVIIe  siècles. 
(Collections  Albert  Figdor  et  H.-R.   D'Allemagne.) 


LES    CISEAUX    A    MOUCHER    CHANDELLES  189 

pincettes  propres  à  tirer  les  mèches,  à  les  éteindre  et  à  les  moucher.  Ces 
pincettes  (forcipes)  étaient  plates. 

Il  semble  que  l'usage  des  mouchettes  se  soit  perdu  pendant  tout  le  haut 
Moyen  Age,  car  il  n'en  est  pas  question  dans  les  textes  et  aucun  objet 
remontant  à  cette  époque  ne  se  rencontre  dans  les  collections  publiques  ou 
privées. 

II.  —  Les  ciseaux  aY  moucher  cliamlelles  eu  forme  de  cisaiilles 

aiux  XVI»  et  XVII»  siècles. 

La  première  mention  qu'il  est  donné  de  rencontrer,  pour  le  Moyen  Age, 

d'un  instrument  servant  à  moucher  les  chandelles  se  trouve  dans  une  Note 

des  Joyaux  d'Isabelle  de  France  réclamés  à  la  Couronne  d' Angleterre  (1400). 

Elle  est  ainsi  conçue  : 

Item,  il  lui  donna  une  esconce  d'or,  un  coffin  pour  chandelle,  un  mouschoir  à 
chandelier  moult  riche.  (Havard.  Dict.  du  mobilier.) 

Il  s'agit  bien  là  d'une  mouchette,  non  dans  la  forme  que  nous  lui 
connaissons,  mais  ayant  l'apparence  de  petites  tenailles  ou  ciseaux  qui 
étaient  retenus  au  chandelier  ou  à  la  lanterne  par  une  petite  chaîne. 

C'est,    en   effet,    sous   forme   de   petites   tenailles    qu'apparaissent   les 

premières  mouchettes  : 

1535.  —  Audit  coffre  est  trouvé  une  esconsette  d'argent,  où  on  failloit  avoir  une 
petite  tenaille,  lesquelles  ont  été  pendues  aud.  esconsettes,  pesant  VIII  onces  et 
demy...  Les  tenailles  pour  esmoucher  la  chandelle  sont  au  coffre  des  marambres. 
(Inv.  du  trésor  de  la  cathédrale  d' Amiens.) 

Dans  les  Comptes  royaux  (1552),  on  trouve  encore  la  mention  : 
Pour  ung  sysiaux  à  moucher  chandelle,  llj.  s.  (Delabordc.   Glossaire.) 
Ces  «  sysiaux  à  moucher  chandelle    »  étaient   des  instruments  bien 
primitifs  ;  ils  étaient  constitués  par  deux  branches  tranchantes  à  leur  extré- 
mité et,  le  plus  souvent,  on  leur  donnait  la  forme  d'un  oiseau.  La  besogne 
accomplie  par  cet  instrument  était  bien  imparfaite  :  il  fallait,  après  avoir 
coupé  la  mèche,  jeter  à  terre  la  partie  retranchée  et  l'écraser  avec  le  pied, 
opération  assez  peu  agréable  et  malpropre.  On  conçoit,  dès  lors,  que  la  mou- 
chette à  récipient  fut  accueillie  avec  beaucoup  de  faveur  à  son  apparition. 
Souvent  les  mouchettes  étaient  en  métal  précieux,  mais  on  en  fit  égale- 
ment en  fer  et  en  acier. 

1523.  —  Une  mouchette  d'argent.  (Irw.  de  Marguerite  d'Autriche,  f°  93.) 
1570.  -  -  Pour  une  paire  de  mouchettes  d'acier  façon  d'Allemaigne,  15  s.  (Arch. 
Nat.  KK.  131,  fo  4,  v°.) 

Si  les  mouchettes  étaient  connues  au  xvie  siècle,  elles  étaient  encore 
d'un  usage  peu  répandu,  car  pendant  la  plus  grande  partie  du  xvne  siècle, 
l'habitude    de   moucher  les   chandelles   avec  les   doigts   s'était   conservée, 


190  MOUCHETTES 

même  dans  les  nobles   familles.   Si   nous   en  croyons   Jean   Hérouard,   le 

26  novembre  1606,  le  Roi  dit  au  Dauphin  et  à  M.  de  Roquelaure  : 

Qui  voudra  être  le  mignon  de  papa,  il  faut  qu'il  mouche  ce  flambeau.  Il  (le 
dauphin)  y  saute  soudain  tout  le  premier,  le  mouche  net  et  se  brûle  au  bout  du  doigt 
indice,  sans  s'en  plaindre  qu'en  souriant.  (Journal  d' Hérouard,  T.  1,  p.  229.) 

III.  —  Généralisation  de  l'emploi  «les  mouclicttes  au  XVII*  siècle. 

Au  xvne  siècle,  les  mouchettes  commencent  à  devenir  plus  communes 
et,  dès  le  second  quart  de  ce  siècle,  on  les  rencontre  chez  les  simples 
bourgeois.  Dans  un  acte  Consulaire  du  magistrat  de  Lyon  de  l'année  1650, 
il  est  fait  défense  aux  fondeurs  de  poinçonner  les  fourchettes,  cuillers  et 
mouchettes  de  laiton  argenté. 

Dans  les  plus  anciennes  mouchettes  le  petit  récipient  qui  recevait  le 
bout  retranché  de  la  mèche  était  en  forme  de  cœur  et  l'une  des  branches 
fermait  un  des  côtés.  Au  xvne  siècle,  le  récipient  prit  la  forme  rectangulaire 
ou  carrée  et  fut  placé  verticalement  sur  l'une  des  branches. 

Toutes  les  mouchettes  n'offraient  cependant  pas  ces  dispositions  ingé- 
nieuses et  il  en  existait  encore  de  très  primitives.  C'est  ainsi  que  dans 
Y  Inventaire  de  Claudine  Bouzonnet-Stclla  »,  la  célèbre  graveur,  dressé, 
en  1693,  on  trouve  la  mention  d'  «  un  petit  chandelier  de  fer  dont  la  bau- 
bèche  sert  de  mouchette  ». 

IV.  —  Mouchettes  à  plateau  et  à  tombeau. 

Quelquefois  les  mouchettes  étaient  munies  d'un  plateau  auquel  elles 
étaient  retenues  par  une  chaînette  : 

1653.  —  Une  assiette  à  mouchette  garnie  de  sa  chaisne  et  mouchette  d'argent 
blanc  façon  de  Paris.  (Inv.  du  cardinal  de  Mazarin.) 

1673.  —  Deux  assiètes  à  mouchettes  avec  leurs  chaisnes  et  mouchettes  marquées 
aux  armes  du  roy,  en  argent  blanc.  (Inv.  des  meubles  de  la  Couronne.) 

Les  mouchettes  d'argent  et  de  vermeil  furent  particulièrement 
nombreuses  aux  xvne  et  xvnr3  siècles.  Dans  les  documents  de  cette  époque, 
nous  voyons  que  le  cardinal  Mazarin  avait  chez  lui  cinq  paires  de  mouchettes 
d'argent  blanc,  dont  deux  d'argent  d'Allemagne  et  trois  d'argent  façon 
de  Paris.  Louis  XIV  n'en  possédait  pas  moins  de  vingt-sept  paires,  dont 
vingt-quatre  en  argent  et  trois  en  vermeil  qui,  dans  l'inventaire,  sont 
qualifiées  de  «  mouchettes  à  soleil  ». 

Quelquefois  les  mouchettes  ne  sont  pas  simplement  placées  sur  un 
plateau  ou  sur  un  pied,  elles  sont  enfermées  dans  une  boîte,  qui  en  raison 
de  sa  forme  reçoit  le  nom  de  tombeau  : 

Une  mouchette  en  son  tombeau,  une  écuellc  couverte  et  une  soucoupe,  le  tout 
d'argent.  (Inv.  de  Marie  Roussel,  veuve  du  sieur  Etienne  Sibon.)  (Marseille  1755.) 


ÉNIGMES    SUR    LES    MOUCHETTES  191 

V.    -  Enigmes  sur  les  mouchettes. 

Dans  une  énigme  posée  par  le  Mercure  Galant   du  mois  de   novembre 

1713,  nous  relevons  la  citation  suivante  : 

Dans  une  espèce  de  cercueil 

Mais  qui  n'est  point  pourtant  désagréable  à  l'œil, 

Je  suis  le  plus  souvent  couchée... 

Plusieurs  fois  les  mouchettes  excitèrent  la  verve  et  l'ingéniosité  des 

poètes-rédacteurs  du  Mercure  Galant  et  nous  donnons  ici  l'énigme  qui  fut 

posée  aux  lecteurs  dans  le  livret  du  mois  d'avril  1688  : 

Ma  figure  est  assez  bizarre 

Un  des  bouts  de  mon  corps  est  étroit  et   pointu 

L'autre  est   double  et   plus   étendu. 

Pour    m'employer,    il    faut    que    l'on    sépare 

Et   qu'on  rejoigne   deux  anneaux 

Mon  corps  tient  le   milieu   de   ces   bouts   inégaux 

11    est    creux,    échancré    par   devant,    par   derrière 

Je  dois  mon  estre  à  la  lumière 

Et  cependant  je  ne  Sers  que  la  nuit 

A  qui  veut  s'en  passer,   bien  souvent  il  en  cuit, 

En  se  servant  de  moi  si  Ton  fait  le  contraire 

De  ce  que  l'on  prétendait  faire 

On   se   met   en   courroux   et    d'autres    fois    on    rit 

Celui  qui  commet  cette  faute 

En  a  toujours  quelque  dépit 

Quand  j'ai  servi,  mon  corps  en  dedans  se  noircit 

Mais  c'est  une  noirceur  que  sans  peine  on  m'ôte  (1). 

A  la  fin  du  xviii0  siècle,  on  se  préoccupait  de  moucher  les  chandelles 

d'une  façon  quasi-scientifique.    Voici   ce   qui    rapporte  à  ce  sujet.  {L'esprit 

des  Journaux)  en  1780. 

Ces  mouchettes,  dit-il,  ne  peuvent  servir  que  lorsque  la  mèche  a  déjà  brûlé, 
une  partie  à  la  pincette  sert  de  point  d'appui  sur  le  tuyau  pour  que  l'on  coupe 
précisément  où  il  convient  aussi,  à  une  mèche  neuve  on  doit  employer  des  cizeaux 
lins  et  en  général  on  n'arrange  jamais  mieux  la  mèche  en  pointe  qui  revient  d'être 
d'être  allumée.  A  défaut  de  ces  mouchettes,  l'on  peut  se  servir  de  cizeaux  fins  et 
bien  tranchans. 

Au  début  du  xix°  siècle,  pour  éviter  la  mauvaise  odeur  provenant  de 
la  mèche  incisée,  on  adjoignit  à  la  boîte  ordinaire  de  la  mouchette,  un 
second  compartiment  muni  d'une  fermeture  automatique  qui  escamotait  en 
quelque  sorte  le  bout  de  la  mèche  qu'on  venait  de  séparer  de  la  chandelle. 


(1)  Dans  le  Musée  Le  Secq  des  Tournelles,  il  y  a  une  véritable  profusion  de  mouchettes  richement  ornées 
dont  les  inventaires  qui  précèdent  nous  ont  donné  un  aperçu.  Les  boites  destinées  à  recevoir  la  partie  de  mèche 
retranchée  sont  de  véritables  petits  chefs-d'œuvre  de  décoration  ;  tantôt  ils  représentent  des  armoiries,  tantôt 
ce  sont  des  sujets  galants,  d'autres  fois  ce  sont  des  pastorales,  ou  des  scènes  de  genre  ;  enfin  ce  sont  encore 
des  attributs  de  chasse,  de  guerre,  de  musique,  etc..  (PI.  CCGXXXIV.) 

Nombreuses  sont  les  mouchettes  qui  sont  montées  sur  un  pied  élevé  ou  qui  reposent  sur  des  plateaux  ovales 
ou  de  forme  hexagonale  finement  ciselés  et  guillochés.  (PI.  CCCXXXV.) 

L'émail  a  été  mis  à  contribution  pour  le  décor  des  mouchettes  et  on  rencontre  sur  ces  petits  instruments 
des  peintures  aussi  fines  que  celles  qui  figurent  sur  les  boitiers  de  montre.  (PI.  CCCXXXVI.) 


192  ÉTEIGNOIRS 


ONZIEME     PARTIE 


ETEIGNOIRS 

I.  —  Leur  emploi  du  XIIe  au  XVe  siècle. 

Aux  temps  où  les  gens  riches  n'avaient  pour  s'éclairer  que  des  enan- 
delles  de  suif  ou  de  cire,  souvent  d'une  fabrication  assez  défectueuse,  l'étei- 
gnoir  devenait  un  meuble  indispensable. 

L'éteignoir  était  parfaitement  connu  dès  le  xne  siècle,  car  il  est  repro- 
duit dans  une  miniature  du  Hortus  déliciarum,  aujourd'hui  disparu  ;  ce 
merveilleux  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de  Strasbourg,  exécuté  vers  1180, 
donnait,  en  effet,  le  dessin  de  deux  petits  vases  ornés,  en  forme  de  coupes 
au-dessus  desquels  on  lisait  le  mot  «extinctoria». 

Toutefois  si  l'appareil  existait  chez  les  nobles  seigneurs,  les  gens  du 
peuple  s'en  passaient  encore  au  xive  siècle,  puisque  le  Ménagier  de  Paris 
recommande  aux  maîtres  de  maison  les  précautions  qu'il  doit  imposer  à 
ses  domestiques,  pour  éviter  qu'ils  mettent  le  feu  au  logis,  le  soir,  en  étei- 
gnant leur  chandelle  : 

Et  ayez  fait  adviser  par  avant,  qu'ils  aient  chascun  loing  de  son  lit  chandelier 
à  platine  pour  mettre  sa  chandelle  ;  et  les  aiez  fait  introduire  (instruire)  sagement 
de  l'estaindre  à  la  bouche  ou  à  la  main,  avant  qu'ilz  entrent  en  leur  lit,  et  non  mie 
à  la  chemise. 

A  cette  époque  l'habitude  était  de  coucher  tout  nu  et  il  arrivait  souvent 
qu'on  se  servait  de  sa  chemise  pour  éteindre  la  chandelle,  soit  en  la  jetant 
dessus,  soit  en  l'agitant  pour  faire  du  vent. 

II.  —  Busette,  entonnoir,  éteignoir. 

L'éteignoir  a  été  désigné  sous  différents  noms.   Dans  l'Inventaire  de 

Marguerite  d'Autriche,  il  est  dénommé  «  busette  »  : 

1523.  —  Une  busette  à  estaindre  chandelles,  le  manche  de  cristallin. 

Dans  l'Inventaire  de   Gabrielle  d'Estrée,  il  est  qualifié  «  d'antonnoir  »  : 

1599.  —  Ung  bougeoir  en  forme  de  fernère  avec  une  petite  chesne  et  un  anton- 
noir. 

C'est  seulement  à  la  fin  du  xvne  siècle  qu'on  rencontre  l'éteignoir 
désigné  sous  le  nom  qu'il  porte  encore  actuellement.  Dans  l'Inventaire 
général  du  mobilier  de  la  Couronne  (Etat  du  20  février  1673),  on  trouve  la 
mention  de  toute  une  série  d'éteignoirs  en  argent  massif,  aux  armes  du  roi  : 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXLVIII 


II 


14 


12 


10 


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15 


17 


Éteignoirs  en  cuivre  fondu  et  ciselé.   —  Éteignoirs  en  porcelaine.  XIXe  siècle. 
(Collection   H.-R.   D'Allemagne.) 


ÉTEIGNOIRS    AUTOMATIQUES  193 

Un  grand  éteignoir  pour  servir  à  éteindre  les  flambeaux  de  poing.  —  Un 
autre  petit  esteignoir  avec  sa  virole  pour  mettre  une  baguette.  —  Un  autre  plus 
petit  avec  une  anse  en  F. 

L'éteignoir  à  virole  dont  il  est  question  était  sans  doute  un  appareil 
destiné  à  éteindre  les  lustres  et  les  girandoles. 

Dans  le  courant  du  xvme  siècle,  les  éteignoirs  faisaient  partie  inté- 
grante de  toutes  les  garnitures  de  cheminée  ;  tantôt  ils  étaient  fixés  au 
bougeoir  par  une  petite  chaîne,  tantôt  ils  étaient  posés  sur  le  plateau  du 
flambeau,  d'autres  fois  enfin,  ils  étaient  montés  sur  de  longues  tiges  de  bois 
et  servaient  à  éteindre  les  lumières  placées  hors  de  portée. 

Dans  les  comptes  de  Lazare  Duvaux  on  rencontre  plusieurs  fois  la 
mention  d'éteignoirs  vendus  à  M.  de  Belhombre,  à  la  marquise  de  Pompa- 
dour,  au  comte  de  Luc,  etc.. 

III.  —  Enigme  sur  les  éteignoirs. 

L'éteignoir  a  tenté  la  verve  des  amateurs  de  charades  et  dans  le  Journal 
de  Verdun  du  mois  de  juin  1725,  on  donnait  celle-ci  à  résoudre  aux  lecteurs 


sagaces 


J'ai   l'air  d'un   capuchon   de   moine, 

Mon  corps  est  fait  de  différents  métaux  ; 

Je    suis    autant    utile    au    pape    qu'au    chanoine, 

Et   je    suis   très    connu    chez   tous   les    cardinaux. 

Peut-être    que    du    temps    du   roi    de    Macédoine, 

Il   se   servait   de  moi,   comme   ses   généraux  ; 

Quoi  qu'il  en  soit,   je  hais  tant  la  lumière, 

Que  mon  unique  emploi 

Est  de  l'éteindre  chez  le  roy, 

D'une  simple  manière. 

Qu'on  rêve  tant   qu'on   voudra. 

Bien    fin   sera   celui   qui   me   devinera. 

IV.  —  Eteignoir*  siiitoiiiatiqiiejK. 

Le  xvme  siècle,  si  fertile  en  inventions  ingénieuses,  ne  pouvait  manquer 
de  voir  apparaître  un  petit  appareil  qui  dispensât  de  la  préoccupation 
d'éteindre  la  chandelle  en  temps  opportun.  (1)  La  première  mention  d'un 
éteignoir  automatique  est  signalée  par  le  Mercure  de  France  du  mois  de 
juin  1739.  Cet  appareil  était  basé  sur  le  principe  du  sablier. 

En  1772,  YAlmanach  général  des  Marchands  annonçait,  en  ces  termes, 
un  éteignoir  automatique  inventé  par  le  sieur  Lallemant,  mécanicien  à 
Commercy. 

Eteignoirs  de  sûreté  pour  les  personnes  qui  aiment  à  lire  dans  le  lit,  les  étei- 


(1)  Voir  la  Notice  sur  les  bougeoirs  à  éteignoirs  automatiques,  p.  180. 

•25 


194  ABAT-.JOUR 

gnoirs  étouffent  la  lumière  dans  le  temps  donné  par  le  seul  secours  de  leur  gravité. 
L'effet  est  immanquable  et  ne  laisse  rien  à  craindre  pour  le  feu.  Prix  :  3  livres. 

Quelques  années  plus  tard,  le  Mercure  de  France,  de  juillet  1775,  signa- 
lait une  invention  nouvelle  due  à  M.  Athold  Fincher,  188  Fleet  Street,  à 
Londres.  Cet  artiste  avait  composé  : 

Un  chandelier  pour  les  chambres  à  coucher  auquel  est  adapté  un  petit  méca- 
nisme par  lequel  la  lumière  s'éteint  à  l'heure  de  la  nuit  que  l'on  veut,  sans  exiger 
d'autres  précautions  que  de  mettre  une  épingle  dans  la  bougie  au  moment  qu'en 
va  se  mettre  au  lit. 

En  1781,  Y Almanach  sous  verre  nous  annonce  l'invention  de  l'éteignoir 
mécanique  du  sieur  Douçain  «  qui  éteint  la  chandelle  au  moment  où  on  le 
désire  », 

En  1782,  le  Mercure  de  France  mentionne  également  des  éteignoirs 
basés  sur  le  même  principe  qui  étaient  fabriqués  par  le  sieur  Granchez 

Enfin,  signalons,  pour  terminer,  l'invention  du  sieur  Bianchi,  qui  se 
trouve  décrite  dans  la  Bibliothèque  Physico-économique  de  l'année  1784. 
Cet  appareil  se  fixait  sur  la  bougie,  à  l'endroit  où  on  voulait  qu'elle  s'étei- 
gnit ;  la  bougie  étant  consumée  à  cet  endroit,  les  diverses  parties  de  l'étei- 
gnoir se  refermaient  sur  la  mèche  et  ainsi  faisaient  disparaître  la  lumière 
sans  causer  aucune  fumée. 


DOUZIEME     PARTIE 


ABAT-JOUR 
I.  —  Càai>il<>- vue  «»t  écran  fixe. 

Toute  chose,  ici-bas,  n'est  que  relativité  et,  sans  nous  embarrasser  des 
théories  d'Einstein,  nous  devons  reconnaître  que  le  modeste  abat-jour  ou 
garde-vue  nous  en  donne  la  preuve.  Jusqu'au  xvme  siècle,  les  chandelles 
qu'on  utilisait  ne  répandaient  qu'une  lumière  si  modeste,  que  personne 
n'avait  éprouvé  le  besoin  de  protéger  ses  yeux  contre  cette  infime  source 
lumineuse  autrement  qu'avec  les  écrans  fixes  ou  à  main  dont  nous  avons 
déjà  parlé.  (1) 

Au  xvme  siècle,  lorsqu'on  arriva  à  fabriquer  des  bougies  de  cire  dont 


(1)  Voir  Notice  sur  les  écrans  à  feu,  p.  94. 


LES  ACCESSOIRES  DU  COSTUME  ET  DU  MOBILIER 


PI.  CXLIX 


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Chandeliers  en  bronze  doré  garnis  d'écran  en  soie  ou  en  papier  polychrome. 

I.ampe  eu  étain  marquant  les  heures.  xvine  et  xixe  siècles. 

(Collection  H.-R.   D'Allemagne.) 


LES    AUAT-JOUH    EN    TOLE    VERNIE  195 

l'éclat  était  un  peu  plus  brillant,  on  se  préoccupa  de  faire  des  garde-vue 
ou  écrans  fixes  destinés  à  tamiser  la  lumière.  La  quantité  de  ces  objets 
qu'on  trouve  mentionnés  sur  le  Livre-Journal  de  Lazare  Duvaux  montre 
que  ces  appareils  étaient  très  à  la  mode  au  milieu  du  xvme  siècle.  C'est  ainsi 
que  nous  voyons  qu'il  vend,  le  14  septembre  1749,  à  M.  de  Boulogne  de 
Prémainville  «  deux  garde-vue  argentés  »  ;  le  9  mars  1750,  à  la  vicomtesse 
de  Rochechouart  «  un  garde-vue  de  bronze  doré  d'or  moulu,  sur  une  figure 
de  Saxe  et  fleurs  de  Vincennes  ». 

Cette  citation  nous  amène  à  constater  que  certains  garde-vue  avaient 
un  support  complètement  indépendant  de  la  source  lumineuse  et  pouvaient 
se  placer  à  la  distance  qu'on  voulait  de  celle-ci.  Généralement,  ces  garde-vue 
avaient  la  forme  d'écrans  carrés,  ronds  ou  ovales;  ils  étaient  garnis  d'une 
monture  en  cuivre  ou  en  fer  dans  laquelle  un  trou  était  ménagé  pour  lui 
permettre  de  glisser  le  long  de  la  tringle  carrée  qui  lui  servait  de  support 
et  sur  laquelle  elle  était  arrêtée,  au  moyen  d'une  vis,  à  la  hauteur  désirée. 

II.  —  Abat-jour  de  foi* nie  cylindrique. 

Un  peu  plus  tard  le  garde-vue  changea  d'aspect  et  prit  la  forme  cylin- 
drique que  nous  lui  connaissons  encore  actuellement.  La  première  mention 
de  ce  genre  d'appareil  est  relevée  sur  le  Livre- Journal  de  Lazare  Duvaux  qui 
mentionne  la  fourniture,  en  1750,  à  la  comtesse  deBissy  d'un  «grand  chande- 
lier à  trois  bobèches  avec  un  garde-vue  en  entonnoir  ». 

Toutefois  ce  n'est  guère  qu'une  dizaine  d'années  plus  tard  qu'on  voit 
l'abat-jour  employé  couramment  et  l'une  des  premières  applications  qui 
en  est  faite  est  signalée  par  le  Mercure  de  France  d'avril  1761  et  avait  été 
réalisée  par  le  sieur  Messier  a  des  «  lampes  économiques  en  forme  de 
bougie,  propres  à  l'usage  des  bureaux  ».  C'est  également  un  abat-jour  que 
ce  «garde- vue  léger  et  suffisamment  solide,  composé  de  trois  feuilles  de  pa- 
pier, blanc  en  dedans,  pour  réfléchir  la  lumière  sur  le  papier,  et  vert  au  de- 
hors pour  ne  pas  fatiguer  la  vue  »  que  le  sieur  Maunoury,  ferblantier,  adap- 
tait à  ses  chandeliers  (Annonces,  Affiches  et  Avis  divers,  25  février  1702). 

III.  —  I-.es  alini-joui'  en  tôle  vernie  nu  XIVe  siècle. 

Dans  le  fort  curieux  recueil  d'un  commis-voyageur  du  début  du 
xixe  siècle  que  nous  avons  eu  la  bonne  fortune  d'acquérir,  on  rencontre 
plusieurs  douzaines  de  lampes  en  tôle  vernie  munies  de  leur  abat-jour  de 
même  métal  ;  ces  abat-jour,  de  même  que  les  lampes  qu'ils  accompagnent, 
sont  richement  polychromes  à  l'aide  de  vernis  sur  lequel  se  détachent, 
en  or,  les  plus  séduisantes  arabesques  (1). 

(1)  Musée  Le  Secq  «les  Tournelles,  PI.  CCCCXII  et  CCCCXIII. 


19G  TOLES    VERNIES 


TREIZIEME    PARTIE 


TOLE    VERNIE 
I.  —  Les  premiers  essais  sont  tentés  <>n  Angleterre. 

De  bonne  heure  on  eut  l'idée  de  revêtir  le  fer  d'un  enduit  destiné  à 
en  empêcher  l'oxydation.  Quand  le  fer  laminé,  connu  sous  le  nom  de  tôle, 
est  recouvert  d'une  mince  couche  d'étain,  il  prend  le  nom  de  fer-blanc  et 
sert  à  la  fabrication  de  nombreux  objets  de  ménage.  Cependant  son  aspect 
plutôt  modeste  le  faisant  rejeter,  on  eut  l'idée  de  rechercher  le  moyen  de 
décorer  la  tôle  afin  de  lui  donner  une  apparence  plus  en  rapport  avec  les 
idées  de  luxe  qui  étaient  en  honneur  à  la  fin  du  xvme  siècle. 

C'est  seulement  vers  1760  qu'on  commença  à  voir  apparaître  la  tôle 
vernie.  Elle  venait  alors  d'Angleterre  qui  possédait  quelques  manufactures 
mais  en  importait  surtout  de  Turquie. 

II. —  La  manufacture  «lu  sieur  Clément  si  la  «  l'élite  Pologne»  en  I  >'«"■». 

La  première  manufacture  de  ce  genre  d'ouvrages  qui  se  soit  montée  en 

France,  fut  celle  que  le  sieur  Clément  avait  établie,  en  1768,  à  Paris,  £  la 

«  Petite  Pologne  »  (quartier  Monceau).  En  1770,  le  Mercure  de  France  du 

mois  de  Mai,  informait  le  public  que  cet  homme  industrieux  venait  d'établir 

le  dépôt  de  sa  fabrique  chez  le  sieur  Framery,  marchand  bijoutier  rue  Saint- 

Honoré,  puis  il  ajoutait  : 

Les  nouveaux  efforts  que  le  sieur  Clément  a  faits  pour  atteindre  à  la  perfection 
sont  déjà  récompensés  par  la  quantité  de  fournitures  qu'il  a  faites  en  voitures,  bai- 
gnoires, commodes  et  autres  meubles...  Ses  formes  embellies,  ses  couleurs  perfec- 
tionnées ont  achevé  de  rendre  ses  ouvrages  dignes  de  la  célébrité  qu'ils  avoient  acquise 
Sa  manufacture  est  toujours  à  la  Petite  Pologne. 

Quelques  mois  plus  tard  Clément  confiait  le  dépôt  de  sa  fabrique  au 

sieur  Dulac,  demeurant  rue  Saint-Honoré,  près  de  l'Oratoire. 

III.  —  Reprise  de  la  manufacture  «le  Clément  par  Framery. 

Cependant,  malgré  ses  annonces  élogieuses,  les  produits  de  Clément 
étaient  loin  d'atteindre  le  degré  de  perfection  qu'il  leur  prêtait  et  ils  étaient 
très  inférieurs  aux  ouvrages  importés  chez  nous  par  les  Anglais,  aussi  son 
industrie  ne  tarda-t-elle  pas  à  péricliter.  Les  ouvriers  de  la  manufacture  de 


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LES    TOLES    VERNIES    D'APRÈS    .JAUBERT  197 

Clément  étaient  sur  le  point  de  se  disperser  et  de  porter  ailleurs  leurs  talents, 

lorsque  le  sieur  Framery,  le  premier  entrepositaire  de  Clément,  se  hasarda 

à  les  rassembler  pour  les  faire  travailler  à  son  compte. 

Framery,  nous  dit  Jaubert,  a  abandonné  la  manière  de  traiter  des  Anglais, 
quant  à  ce  poli  luisant,  dont  ils  recouvrent  le  fond  d'écaillé  qui  sert  de  base  à  tous 
leurs  ouvrages  et  quant  à  la  beauté  des  peintures,  à  moins  qu'on  ne  les  lui  demande 
exprès  et  que  des  amateurs  curieux  ne  veuillent  y  mettre  le  prix.  Pour  se  prêter  au 
goût  actuel  du  public,  il  ne  fait  exécuter  chez  lui  que  des  ouvrages  qui  ont  une  cou- 
verte d'aventurine,  de  japonné,  de  faux  laque  de  Chine  et  de  fausse  porcelaine  qu'on 
fait  avec  une  certaine  terre  modelée  en  relief  et  qui  conserve  toujours  un  luisant  mat, 
malgré  le  vernis  très  limpide  dont  on  recouvre  l'or  et  les  couleurs  qu'on  y  applique. 

IV.  —  La  manufacture  rie  Cligna ncourt,  en  1??8. 

En  1778,  une  nouvelle  fabrique  de  tôle  vernie  était  établie  à  Clignan- 
court  et  dans  le  Mercure  de  France  du  mois  de  janvier  de  cette  année,  le 
propriétaire  de  cet  établissement  proposait  au  public  «  des  garnitures  de 
cheminées  et  écritoires  en  tôle  vernie  de  la  fabrique  de  Clignancourt,  très 
perfectionnées  pour  les  peintures,  tant  à  sujets  qu'à  fruits  et  à  fleurs,  imitant 
les  plus  belles  porcelaines  et  garnies  de  bronze  doré  d'or  moulu   ». 

V.  —  Les  tôles  vernies  d'après  Jaubert. 

Dans  le  Dictionnaire  des  Arts- et- Métiers  de  Jaubert,  qui  parut  en  pleine 

effervescence  révolutionnaire,  on  peut  lire  un  article  fort  documenté  sur 

l'art  de  vernir  les  tôles. 

La  peinture  sur  tùle,  dit-il,  est  d'un  usage  très  ancien  en  Turquie  et  on  y  peint 
également  sur  le  cuivre  :  on  fait  de  ces  métaux  des  cafetières,  des  théières  et  autres 
vaisseaux  qu'on  couvre  d'un  vernis  qui  résiste  à  l'action  du  feu.  La  qualité  de  ce 
vernis  réunie  à  la  beauté  des  vases  qu'il  décorait  excita  l'émulation  des  étrangers  ; 
on  essaya  en  Italie,  en  Angleterre,  en  France  et  ailleurs  d'imiter  ce  procédé  du  Levant. 
Le  premier  qui  y  réussit  fut  un  particulier  qui  s'établit  à  Rome  il  y  a  près  de  40  ans  ; 
les  vaisseaux  qu'il  y  vendoit  étaient  couverts  d'un  vernis  qu'il  prétendait  être  le 
véritable  vernis  de  la  Chine,  à  l'épreuve  du  feu  ;  pour  le  prouver,  il  mettoit  ses  vases 
sur  des  charbons  allumés  sans  qu'ils  souffrissent  aucun  dommage,  quoiqu'ils  s'y 
échauffassent  de  manière  à  pouvoir  y  faire  du  café. 

Ces  expériences  stimulèrent  la  curiosité  des  chercheurs  et  bientôt,  ils 
découvrirent  que  le  vernis  d'ambre  appliqué  sur  un  métal  quelconque  ne 
s'en  détachait  pas,  quelle  que  fut  la  chaleur  à  laquelle  l'objet  était  soumis. 
D'après  Jaubert,  le  premier  homme  qui  fut  arrivé  à  un  résultat  pratique 
est  le  jésuite  italien  Bonami  qui,  ayant  découvert  la  manière  de  couvrir 
et  de  cuire  les  pièces  qu'il  vernissait,  constata  qu'il  était  nécessaire,  de  pré- 
férence à  tout  autre  système,  de  tenir  suspendue  sur  le  feu  la  plaque  ou  le 
vase  verni,  car  de  cette  façon  toutes  les  parties  étaient  chauffées  en  même 
temps.  Pour  soutenir  la  pièce  dans  une  position  toujours  horizontale,  pour 
l'approcher  ou  l'éloigner  plus  commodément  du  feu,  il  avait  inventé  un 
triangle  composé  de  trois  baguettes  de  fer  courbées  dans  leurs  parties  inté- 


198  TOLES    VERNIES 

rieures  et  extérieures,  c'e3t-à-dire  garnies  de  crans  afin  que,  par  le  moyen 

<l"un  anneau  on  pût  serrer  les  trois  baguettes  embrassant  la  plaque  ou 

l'objet  exposé  au  l'eu  avec  le  minimum  do  points  de  contact. 

Après  être  entré  dans  des  détails  techniques  de  fabrication.   Jaubert 

nous  apprend  que  les  ouvrages  de  tôle  qu'on  vernissait  le  plus  communément 

après  être  sortis  des  mains  des  ferblantiers  ou  des  chaudronniers,  étaient... 

...les  seaux  à  mettre  rafraîchir  les  liqueurs,  les  seaux  à  tenir  dans  l'eau  les  verres 
à  boire,  les  cabarets  garnis  de  toutes  les  pièces  qui  leur  sont  nécessaires,  les  bassins 
à  barbe,  les  garnitures  de  cheminées  pour  y  faire  végéter  des  bulbes  à  fleurs,  les 
ustensiles  de  toilette,  les  corbeilles  de  toutes  grandeurs,  les  surtouts,  les  plateaux, 
plats,  assiettes,  et  tous  les  assortiments  d'un  service  de  table  pour  le  dessert,  enfin 
les  vases  de  toutes  espèces,  de  quelque  manière  qu'on  puisse  les  désirer... 

VI.  La  manufacture  «lu  citoyen  Deharme  à  l'exposition  rie   !•!>!». 

En  1799,  dans  la  première  Exposition  d'art  industriel  que  Paris  ait  vue, 
et  qui  était  organisée  dans  la  cour  du  Palais  National  des  Sciences  et  des 
Arts  pendant  les  six  jours  complémentaires  de  cette  année,  on  avait  fort 
admiré  les  objets  de  tôle  vernie  sortis  de  la  manufacture  du  citoyen  Deharme. 

Cet  ingénieux  artiste,  disait  Le  Mois  (T.  Il,  p.  237),  a  trouvé  le  moyen  d'établir 
en  tôle  vernie  et  dorée,  des  vases  de  la  forme  la  plus  élégante,  même  dans  le  genre 
grec  ou  étrusque  et  de  les  décorer  de  peintures  les  plus  agréables  et  des  ornements 
ies  plus  délicats...  Les  différentes  natures  de  vases  dont  nous  donnons  seulement 
l'esquisse  dans  notre  gravure  prouvent  que  le  citoyen  Deharme  a  tiré  tout  le  parti 
possible  de  sa  découverte  ;  aussi  nous  ne  craignons  pas  d'avancer  que  le  degré  de 
perfection  auquel  il  est  parvenu  l'emporte  de  beaucoup  sur  les  manufactures  étran- 
gères. 

Il  est  à  même  de  satisfaire  aux  différentes  demandes  qui  peuvent  lui  être  faites 
de  quelque  nature  qu'elles  soient.  On  trouve  dans  son  magasin  depuis  le  porte-mou- 
chette  jusqu'à  la  baignoire. 

Il  demeure  rue  de  la  Magdeleine,  près  de  l'ancienne  église  de  la  Ville  l'Evêque. 

Le  public  faisait  un  accueil  enthousiasme  à  ces  objets  tant  à  cause 
de  leur  aspect  séduisant  que  de  leur  solidité  et  de  leur  bon  marché  relatif. 

VII.  —  Iteprotluet  ion  ries  modèles  rie  tôles  vernies  dans  l'album 
«l'un  commissionnaire  en  marchanriises. 

Dans  ce  curieux  album  d'un  commissionnaire  en  marchandises  des 
premières  années  du  xixe  siècle,  que  nous  avons  déjà  cité  un  peu  plus 
haut,  nous  avons  trouvé  une  centaine  de  planches  consacrées  à  ces 
objets  de  tôle  vernie  ;  ce  sont  surtout  des  quinquets  qui  occupent  une 
place  considérable  dans  les  références  de  notre  commis  voyageur  :  on  pouvait 
alors  se  procurer  une  fort  belle  lampe  à  double  bec  au  prix  de  17  livres 
10  sous.  Une  grande  suspension  à  quatre  lampes  avec  plateau  en  verre 
bombé  et  chaînes  formées  d'une  succession  de  cristaux  taillés  à  facettes 
valait  160  livres. 

Il  faut  croire  que  le  goût  des  clients  de  notre  commis  voyageur  n'était 


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MOIRÉS    MÉTALLIQUES  199 

pas  extrêmement  raffiné,  puisqu'il  osait  froidement  leur  proposer  ces  vases 
rectangulaires  contenant"  des  ananas  sortant  au  milieu  d'un  bouquet  de 
feuilles  ;  cet  appareil  supportait  une  lampe,  dont  le  réservoir  était  formé 
par  l'ananas  lui-même.  On  pouvait  se  procurer  ce  chef-d'œuvre  de  bon  goût 
pour  47  livres. 

Plus  agiéables  à  l'œil  et  plus  censés  dans  leur  composition  sont  ces 
rafraîchissons,  ces  huiliers,  ces  fontaines,  ces  corbeilles,  que  nous  rencontrons 
dans  les  planches  suivantes  (1). 

VIII.  —  Les  tôl«?s  vernies  «lu  sieur  Tavernier  au  XIXe  sièele. 

Un  des  fabricants  de  tôles  vernies  les  plus  renommés  du  début  du 
xixe  siècle  était  le  sieur  Tavernier,  rue  de  Paradis,  12,  qui,  à  l'Exposition 
des  Produits  de  l'Industrie  réunie  au  Palais  du  Louvre,  en  1819,  avait  pré- 
senté au  public  des  vases,  des  plateaux  et  des  sujets  en  tôle  vernie  de  diverses 
couleurs,  plaqués  d'or  et  ornés  de  bronzes.  Le  rapporteur  du  Jury  d'admis- 
sion à  cette  manifestation  industrielle,  nous  renseigne  ainsi  sur  la  fabrication 
de  M.  Tavernier  : 

La  manufacture  de  M.  Tavernier  obtint  en  1801  une  médaille  d'or  ;  depuis 
cette  époque  elle  s'est  particulièrement  attachée  à  perfectionner  sa  fabrication  ains-i 
que  le  prouvent  les  objets  qu'elle  présente.  C'est  dans  cette  belle  fabrique  qu'ont 
été  faits  les  grands  vases  de  la  galerie  de  Diane  et  de  la  chapelle  du  Roi. 

A  l'Exposition  de  1823,  un  concurrent  sérieux  pour  Tavernier  s'était 
révélé  en  M.  Pierre  Lessard,  rue  Saint-Denis,  302,  qui  présentait  entre 
autres  objets  des  lampes,  quinquets,  candélabres  et  cabarets  en  tôle  vernie. 

IX.  —  Moirés  métalliques. 

On  doit  faire  rentrer  dans  la  classe  des  tôles  vernies  le  décor  sur  métal 
appelé  «  moiré  métallique  »,  dont  on  rencontre  encore  de  nos  jours  d'assez 
nombreux  spécimens. 

A  l'Exposition  du  Louvre,  en  1819,  M.  Allard,  rue  Saint-Lazare,  l\, 
avait  présenté  une  série  fort  remarquable  d'objets  exécutés  sur  fer-blanc 
français  et  étranger,  décorés  en  moiré  métallique  ;  le  Rapport  du  Juri/ 
d'admission  nous  donne  sur  cette  fabrication,  ainsi  que  sur  la  maison  Allard, 
les  renseignements  circonstanciés  suivants  : 

La  fabrication  du  moiré  métallique  à  laquelle  on  ne  reproche  que  de  se  multi- 
plier avec  trop  de  facilité,  puisqu'elle  est  aujourd'hui  aussi  commune  et  aussi 
répandue  que  le  fer  blanc  et  la  tôle  vernie,  est,  pour  les  arts  qui  emploient  le  fer 
blanc,  une  découverte  importante,  mais  déjà  anciennement  faite  dans  nos  labo- 
ratoires de  chimie  et  dont  plusieurs  fabricants  ont  néanmoins  réclamé  la  priorité. 

M.  Allard  a,  plus  que  personne,  contribué  à  perfectionner  les  moirés,  et  il  est 
même  parvenu  à  en  varier  les  effets  au  point  de  faire  à  volonté  le  moiré  forcé,  sablé, 


(I)  Supplément  au  Musée  l.e  Secq  des  Tournelles.  PI.  CCCCXI1  à  CCCCXV. 


200 


TOLES    VERIN  IES 


étoile,  brillant,  satiné,  rubanné,  quadrillé  et  quadrillé  double  ;  c'est,  encore  à  cet 
artiste  intelligent  que  nous  devons  les  procédés  pour  obtenir  avec  les  fers  blancs 
français  tous  les  effets  magiques  qu'on  n'obtenait  primitivement  que  des  fers  blancs 
anglais. 

Le  sieur  Allard  avait  un  concurrent  en  la  maison  Boileau  et  Vincent, 
peintres,  rue  Saint-Maur,  76,  qui  avait  exposé  des  fers-blancs  moirés,  qu'ils 
appelaient  «mosaïque  métallique»,  et  étaient  destinés  à  orner  les  meubles, 
cabinets,  nécessaires,  etc.. 

L'industrie  de  la  tôle  laquée,  après  avoir  subi  un  arrêt  complet  pendant 
la  seconde  moitié  du  xix<"  siècle,  semble  être  revenue  plus  en  honneur  que 
jamais,  surtout  près  des  collectionneurs,  qui  s'arrachent  à  prix  d'or  les 
quelques  spécimens  qui  ont  survécu  de  la  production  des  objets  en  tôle 
vernie  établis  à  la  fin  du  xvui1'  et  au  début  du  xixc  siècle. 


STERLING   &    FRANGINE   C.ARK  ART   l"8'"™ 

Aitemao^Henry  Re/Les  accessoires  ç  i 


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